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Dire(s). Chemins de traverse cliniques

De

Présentation de l'ouvrage : Cet ouvrage est un recueil de textes choisis, qui, depuis presque vingt ans, ont été, chacun à leur époque, des Dires ; à chaque fois, un propos dans un contexte particulier du champ clinique. En effet, l'immense majorité de ces travaux sont des conférences dont le cadre varie : universitaire, confidentiel, associatif, local, régional ou international. Cela signifie que la forme orale est privilégiée dans l'écriture, et que le souci didactique y est toujours présent. Les publics auxquels se sont adressés ces Dires étaient souvent hétéroclites. La plupart du temps, l’adresse est ce que l'on appelle « grand public », autrement dit, pas spécialement initiés au discours et à la culture psy, notamment la psychanalyse.
Le psychanalyste qui s'adresse au public, prend toujours le risque de faire scandale (étymologiquement parlant), et peut facilement devenir ou passer pour un fou, car il est soumis à une double contrainte paradoxale ; dire ce qu'il ne sait pas sous la forme du vrai à des gens qui ne veulent pas le savoir et qui vont le croire ; alors autant faire « simple » et ne faire que Dire... pour que ceux qui se pensent ignorants s'interrogent autant que ceux qui croient savoir.

Auteur : Bernard Quatelas. Psychologue clinicien au CHRU de Nîmes, Service de pneumologie. Sociologue, Docteur en psychologie (PhD). Chargé de cours à l’Université Paul Valéry Montpellier III, psychanalyste en libéral.


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Bernard Quatelas
DIRE(S) chemins de traverses cliniques
Présentation de l'ouvrage :Cet ouvrage est un recueil de textes choisis, qui, depuis presque vingt ans, ont été, chacun à le ur époque, des Dires ; à chaque fois, un propos dans un contexte particulier du champ clinique. En effet, l'immense majorité de ces travaux sont des conféren ces dont le cadre varie : universitaire, confidentiel, associatif, local, régional ou international. Cela signifie que la forme orale est privilégiée dans l'écriture, et que le souci didactique y est toujours présent. Les publics auxquels se sont adressés ces Dires étaient souvent hétéroclites. La plupart du temps, l’adresse est ce que l'on appelle « grand public », autrement dit, pas spécialement initiés au disco urs et à la culture psy, notamment la psychanalyse.
Le psychanalyste qui s'adresse au public, prend tou jours le risque de faire scandale (étymologiquement parlant), et peut facile ment devenir ou passer pour un fou, car il est soumis à une double contrainte paradoxale ; dire ce qu'il ne sait pas sous la forme du vrai à des gens qui ne veulent pas le savoir et qui vont le croire ; alors autant faire « simple » et ne faire que Dire... pour que ceux qui se pensent ignorants s'interrogent autant que ceux qui croient savoir.
Auteur :Quatelas. Psychologue clinicien au CHRU de  Bernard Nîmes, Service de pneumologie. Sociologue, Docteur en psyc hologie (PhD). Chargé de cours à l’Université Paul Valéry Montpellier III, psychanalyste en libéral.
Sommaire
À mes enfants, petits-enfants
À Lily
À Christian
Tous mes remerciements à ceux qui d’une façon ou d’ une autre ont collaboré à cet ouvrage.
À tous ceux qui m’ont confié l’intimité de leur vie.
À toutes les équipes médico socio psycho éducatives et thérapeutiques qui ont accepté ce travail si sensible de Régulation et dont je tiens à témoigner de leur attachement profond à la qualité de leur trava il et aux personnes qu’elles accueillent ; notamment celles du planning familial de Bagnols su Cèze, de la Prévention Spécialisée du Vaucluse, de l’accompagne ment socio éducatif et d’hébergement – RHESO – et socioprofessionnel – PIAF – d’Orange, du Foyer de l’Enfance du Gard, de l’IME de la Croix Rouge de Nî mes, des Services d’Accompagnement Social d’Avignon et d’Orange de Ca rpentras, des unités de jour de psychiatrie adulte et infanto-juvénile du CHS Le Mas Careiron à Uzès.
À la famille d’accueil thérapeutique d’Yves et Mary se DIEUL, Sandrine DEBES et Héléna KESSLER, pour leur travail admirable et leur confiance depuis vingt ans.
À Catherine FERNANDEZ – SAADA et Youcef BENTAALLA pour leur amitié et leur confiance dans cette publication et les enseignements qu’ils m’ont confiés.
Pour leur relecture critique et éclairée : depuis l e début Marie Agnès QUATELAS, souvent Carine QUATELAS.
Pour sa relecture générale Chantal ZIMMERMANN.
Pour Nina ARAGON qui a accepté par amitié de prêter son talent afin d’illustrer cet ouvrage.
Pour leur collaboration et leur partage dans le gro upe de cartel depuis plus de vingt ans : Monique de HADJETLACHE, Nelly BETTAN , Françoise PINCEMAILLE MOUTON, Anne Marie CABANETTES et notre amie Jeanine VIALATTE.
À mes collègues de l’Université Paul Valery notamme nt Lionel DIEBOLD pour nos échanges et Isabelle BOULZE LAUNAY pour son amitié, sa confiance et son expertise.
Un remerciement particulier au Professeur émérite C laude Guy BRUERE DAWSON pour son accompagnent expert et son soutien bienveillant, ancien et sans faille.
Préambule
Avant d’aller et venir
«Penser, aujourd’hui, c’est prendre en compte la folie de la raison, la démesure de l’économie des pulsions et l’aliénation originelle du désir qui anime {1} l’incomparable “détour” qu’est la vie humaine.» (Serge LECLAIRE)
Pourquoi ces quelques lignes?
Parce que je mesure le risque que le parti-pris des DIRES peut occulter le prédicat épistémo-somatique qui depuis le début de mon activité professionnelle anime l’éthique de mes pratiques hospitalière et libérale.
Le corps est souvent l’objet source de la demande, de la souffrance, celui de la plainte et surtout l’objet fétiche de la médecine hospitalière.
Le psychologue, qui plus est psychanalyste, est le garant de la subjectivité de celui qu’il rencontre, d’autant que ce dernier a te ndance à s’objectiver dans une image «de son corps propre» que le stade du miroir achève de bâtir sur des fondations symboliques qui président à sa naissance dans le Réel. Garantir la subjectivité, c’est prendre en compte la dimension de l’inconscient dans la demande.
{2} L’inconscient a été pressenti très tôt dans notre c ulture avant d’être magistralement dévoilé par la psychanalyse.
{3} De l’énigme du «saut du psychisme dans l’innervatio n somatique» , selon l’expression freudienne, à l’incarnation du signifiant selon l’approche lacanienne, il y a cette constance que «c’est dans l’hystérie que s’ancre le discours analytique, {4} et toute la problématique d’une action possible par la parole» .
Le corps forcément relationnel, appareillé par la libido donc érogène, le corps de la pulsion freudienne, en même temps nous échappe et se laisse capturer car le spéculaire s’en saisit. Très tôt dans son œuvre Sigmund FREUD mesure l’impact du langage au centre du vécu corporel lors qu’il dévoile le symptôme {5} d’Anna O. , une paralysie sensitive d’une partie de son avant -bras correspondant à aucune réalité neurobiologique. Elle souffrait, dit-il, «d’une idée du bras», celui où était gravée la zone qui servait d’appui à la main de son père qu’elle avait veillé durant des mois sur son lit de mort.
{6} Le «corps freudien», celui qui souffre de «réminiscences» , c’est avant tout celui des stades, des terrains de Je pulsionnels, o ù l’oralité, l’analité et la génitalité se montrent de véritables espaces psychiques troués, à partir desquels se construisent des déterminants scéniques de la relation au monde.
C’est autour du Phallus et de la Castration que s’o rganise la jouissance en teinte œdipienne par et dans le symptôme. Dans ce r egistre là, le sexuel s’y déploie bien au-delà du génital en infiltrant le co rporel, en y transfigurant ses fonctions. La pulsion reste le concept premier et t oujours limite entre psyché et soma, ce qui explique sa fréquente résistance dernière.
Le «corps lacanien», sans renier l’apport freudien, apparaît comme l’espace où règnent les pulsions orale, anale, scopique et i nvocante, chacune avec leur objetaet leurs jouissances. Le langage, dans le discours de l’Autre, effectue des fractures dans le réel de l’organisme. S’installe un manque à être autour duquel le désir du sujet peut s’organiser, à condition que ce lui-ci trouve sa propre métaphore dans l’Autre.
Dans ce moment pulsionnel d’émergence du sujet, que le stade du miroir vient «imaginariser», la pulsion invocante semble rassembler sous son primat toutes les autres. Cela laisse dans le corps de l’individu des cicatrices sonores langagières, des signifiants, véritables empreintes du contact charnel avec l’Autre {7} Chose, avec «lalangue» maternante de cette dernière, toute entière dans l e sensible du corps à corps précoce.
Le «corps lacanien», est en quelque sorte un corps écrit, un corps à lire.
Cette écriture se lit dans les trois registres noués de façon borroméenne (Réel, Imaginaire et Symbolique) où se débat l’individu dans le rapport avec lui-même et les autres. Sur les trois scènes de ce théâtre existentiel, se joue la tragi-comédie de la demande.
«Je te demande – quoi? De refuser – quoi? Ce que je t’offre - pourquoi? {8} Parce que c’est pas ça.»
Le sujet de l’inconscient, confronté à la maladie, a besoin de pas-science…
Au su de ce qui se joue dans cette intimité psycho- corporelle, les velléités d’interprétation du symptôme, sur le modèle de lafuror sanandi médicale, devraient s’astreindre à une temporalité qui permette au malade d’être authentifié comme tel avant de vouloir l’expulser, non sans danger, de ce qui lui sert à vivre.
Puisque le symptôme est Jouissance, il faut laisser au sujet la possibilité d’en user, quitte à en abuser, pour ne pas le désavouer dans son statut de malade,
mais il doit pouvoir aussi l’interroger, l’historic iser, la céder, pour peut-être l’échanger.
La faille épistémo-somatique dans la médecine conte mporaine dont parle {9} LACAN git à ce point de Jouissance du sujet dans et par le symptôme corporel, car s’y joue pour cette pratique l’inentendable écart entre la demande et le désir. En effet cette béance, cette brèche dans le savoir sur le corps, fait du malade un objet-corps en quelque sorte purifié, lavé des «péc hés» de l’Inconscient, un corps sans sujet.
«Le discours de l’hystérique est troué, ai-je dit, et dans ce trou quelque chose apparaît qui ne devrait pas en fait effrayer le méd ecin. Et pourtant, dès que le médecin a perçu cette apparition dans le trou, il s ’est empressé de le {10} combler…»
Tel est le dialecte de l’hystérique.
««Je parle avec mon corps», dit Lacan, et le corps est bien en jeu avec son cortège d’affects dans cet espace-temps thérapeutique. Rappelons que, du fait de la pulsion, il n’y a de corps psychique que pour l’humain. En effet, le corps vécu découle de l’effet de la lettre. «La souffrance est , de ce fait, une douleur {11} psychique, qu’elle provienne de l’organisme ou de circonstances extérieures .»
Tout comme dans l’alcôve du cabinet du psychanalyst e, le psychologue clinicien hospitalier peut être un thérapeute; celui qui {12} étymologiquement « prend soin de quelqu’un» notamment de sa «de-meure», (le corps-parole) «au service de», du sujet; une re-trouvaille à construire avec lui, hors du piège du désir de guérir…
«Que la répétition retrouve cette dimension de création qui est signe de vie. Et {13} il n’y a pas d’autre visée dans l’analyse .»
Il n’y a pas d’autre visée dans la rencontre avec cet autre qui «somatise», que celle d’une sorte de réhabilitation, appropriation de cette «langue fondamentale» (grunspache), celle des signifiants.
«Les délires des malades m’apparaissent comme des é quivalents des {14} constructions que nous bâtissons dans le traitement psychanalytique,… » . Le délire, comme le travail analytique, a effectivement quelque chose à voir avec une vérité issue du roman familial, une vérité historique non advenue qui in-siste.
Dans ce corps qui nous habite autant que nous l’hab itons, parfois arrive au grand jour des circonstances, une autre écriture, «des hiéroglyphes» comme les appelait LACAN.
« Tout se passe comme si il y avait quelque chose d ’écrit sur le corps, sauf
{15} que nous ne savons pas le lire .»
Il s’agit du phénomène psychosomatique (PPS). La jo uissance semble aussi s’y déployer, s’y écrire, dans et par le symptôme m ais sous l’égide d’un Imaginaire dominé par le Réel qui s’inscrirait dans le Corps; de l’autoérotisme plus que du narcissisme. Le Symbolique semble faire défaut à cet endroit là de l’organisme, ou plus volontiers avoir comme dans la psychose paranoïaque, un caractère allusif. S’ils peuvent se lire c’est que les phénomènes psychosomatiques LACAN nous dit qu’ils ont un carac tère transversal par rapports à la structure (Névrose, Psychose et Perve rsion) et sont du registre du {16} nombre , à dénombrer et non à déchiffrer comme les rébus d e l’hystérique. Dénombrer, ce serait prendre en compte chaque nombr e, chaque crise, et accompagner une sorte de mise en arithmétique exis tentiale. LACAN finit son enseignement en privilégiant le concept de «parlêtre» dans une topique des trois corps (réel, imaginaire et symbolique) plutôt que celui du sujet de l’inconscient.
Quelles que soient ces rencontres convoquées par un e lésion, la construction créative est le prix de jouissance à payer pour une subjectivité moins douloureuse.
Dans ce qui reste toujours une clinique sous transfert, quelque chose, en guise de «sinthome», comme pour la psychose, doit pouvoir s’installer, capable de faire tenir Réel, Imaginaire et Symbolique de ce nœ ud borroméen indestructible, par une forme de «dyslexie signifiantisante» où le bâtir vient à prendre la place du pâtir.
Nîmes, Aout 2016