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Discriminations et accès aux soins en Guyane française

De
228 pages
Cet ouvrage explore les discriminations liées à l’origine des gens dans le système de santé. À partir d’un terrain spécifique – la Guyane française, terre d’outre-mer au passé de colonie esclavagiste –, l’auteure, dont l’expertise dans ce domaine n’est plus à démontrer, étudie le décalage entre les cadres institutionnels et la réalité d’un contexte précis. Elle vient combler une brèche dans les savoirs lacunaires sur les pratiques discriminatoires dans les systèmes de santé et analyse les processus sociaux et politiques qui y conduisent. Immigration, culturalisme, racisme, inégalités sociales, droit aux soins : autant d’enjeux universels qui sont ici décryptés de façon limpide.
Estelle Carde, professeure au Département de sociologie de l’Université de Montréal, a suivi une formation en médecine et en sciences sociales. Elle travaille sur les inégalités sociales de santé en Guyane française, en France métropolitaine et au Québec.
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34,95$31
www.pum.umontreal.ca
PUM
Discriminations et accès aux soins en Guyane française
Estelle Carde
Les Presses de l’Université de Montréal
DISCRIMINATIONS ET ACCÈS AUX SOINS EN G UYANE FRANÇAISE
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Estelle Carde
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DISCRIMINATIONS ET ACCÈS AUX SOINS EN GUYANE FRANÇAISE
Les Presses de l’Université de Montréal
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Carde, Estelle, - Discriminations et accès aux soins en Guyane française  (PUM)  Comprend des références bibliograpiques.   ----  . Services de santé - Accessibilité - Guyane française. . Discrimination dans les soins médicaux - Guyane française. I. Titre. . Collection : PUM. .  . --
Mise en pages : Folio infograpie
 (papier) : ----  (PDF) : ----  (ePub) : ----
e Dépôt légal :  trimestre  Bibliotèque et Arcives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération des sciences umaines de concert avec le Prix d’auteurs pour l’édition savante, dont les fonds proviennent du Conseil de recerces en sciences umaines du Canada.
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Liste des acronymes
AMD (Aide médicale départementale) AME (Aide médicale d’État) ARH (Agence régionale d’ospitalisation) CAF (Caisse d’allocations familiales) CGSS (Caisse générale de sécurité sociale) CMU (Couverture maladie universelle) CMUc (CMU complémentaire) CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) CPV (Centre de prévention et de vaccination) DFA (Département français d’Amérique) DOM (Département d’outre-mer) DSDS (Direction de la santé et du développement social) IDH (Indices de développement umain) INED (Institut national d’études démograpiques) INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) JDN (Jugement déclaratif de naissance) MIP (Maladie infectieuse et parasitaire) MST (Maladie sexuellement transmissible) OMS (Organisation mondiale de la Santé) ONU (Organisation des Nations unies) PASS (Permanences d’accès aux soins de santé) PIB (Produit intérieur brut) PMI (Protection maternelle et infantile) RMI (Revenu minimum d’insertion) RSA (Revenu de solidarité active) UMP (Union pour un mouvement populaire) VIH (Virus de l’immunodéficience umaine)
Introduction
Mai , service de médecine de l’ôpital de Saint-Laurent du Maroni, en Guyane française. Nombreux, parmi les patients, sont des étrangers infectés par le VIH. Entre l’aide médicale d’État (AME), la couverture maladie universelle (CMU) et bien sûr les affiliations sur critère profes-1 sionnel , ils devraient tous bénéficier d’une couverture maladie, à un titre ou à un autre. Or on est loin du compte : beaucoup ne sont pas couverts à leur entrée à l’ôpital, et ne le sont toujours pas à leur sortie, malgré les efforts des assistantes sociales du service. Le même scénario se répète alors trop souvent : une fois rentrés cez eux, ils n’acètent pas les médicaments qui leur ont été prescrits puisqu’ils ne peuvent pas se les faire rembourser ; leur état se dégrade rapidement et ils sont bientôt réadmis en catastrope dans le service. Lors de ma prise de fonction comme interne de santé publique dans le service, le médecin-cef de service me confie un mandat qui tient en quelques mots : j’ai six mois pour mener l’enquête sur ce qui « ne marce pas » dans les ouvertures de droit à une couverture maladie. Je pars alors à la rencontre de travailleurs sociaux, de soignants, de parmaciens et d’agents administratifs pour les interroger sur l’accès aux droits et aux soins en Guyane. Deux premiers constats s’imposent rapi-dement. Tout d’abord, les difficultés pour accéder à une couverture
. La protection sociale française offre téoriquement une couverture du risque maladie à toute personne qui réside sur le territoire français : Français et étrangers en situation régulière relèvent de l’assurance maladie (leur affiliation se fait sur critères pro-fessionnels ; en l’absence d’emploi, l’individu peut prétendre à la CMU), et les étrangers en situation irrégulière de l’aide médicale (celle-ci leur délivre une AME). Bien entendu, ces droits sont assujettis à une série de conditions.
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maladie ne sont pas l’apanage des étrangers infectés par le VIH. Aux dires des professionnels, tous les étrangers y sont confrontés. Or, ajoutent-ils souvent, les étrangers sont nombreux, beaucoup trop nombreux, dans les services de soins. De la juxtaposition de ces deux affirmations naît une interrogation : y aurait-il un lien entre la présence jugée excessive des étrangers parmi les usagers du système de soins et leurs difficultés pour obtenir une couverture maladie ? Ensuite, on me parle d’étrangers, mais pas seulement. Il est aussi question de Noirs marrons, d’Amérindiens, de Créoles, de Hmong, de Cinois ou encore de Métropolitains, et cacune de ces catégories de patients est censée rencontrer des difficultés d’accès aux soins qui lui sont propres. L’utilisation de telles catégories de l’origine, etniques et raciales, suscite en France métropolitaine un certain malaise ou du moins quelques précautions. Cette absence de censure ne manque donc pas de surprendre la Métropolitaine que je suis : comment ces catégories s’articulent-elles à celles de la nationalité, lors de l’accès aux soins ? Les étrangers rencontrent-ils plus ou moins de difficultés, selon leur catégorie etnoraciale ? Certains Français sont-ils eux aussi confrontés à des difficultés en raison de leur faciès, de leur couleur de peau ou encore de leur patronyme ? Ces questionnements ne sont pas seulement ceux d’une interne en santé publique. Je suis alors aussi doctorante en sociologie et ma tèse porte sur les discriminations selon l’origine dans l’accès aux soins. J’ai déjà étudié, en France métropolitaine, les représentations sur « l’illégiti-mité » de la présence étrangère et les discriminations que ces représenta-tions suscitent parfois. Faut-il voir dans les difficultés d’accès aux droits des nombreux étrangers présents en Guyane la reproduction, à grande écelle, de ce processus observé en métropole ? Quant aux catégories etnoraciales, leur banalisation en Guyane a l’avantage de faciliter l’étude de processus qui, en terrain métropolitain, restent généralement impli-cites : les discriminations fondées sur le rejet non pas de l’étranger, mais du minoritaire etnoracial. La Guyane s’annonce comme un second terrain d’étude prometteur... Et en effet, les processus d’illégitimation des étrangers et d’etnici-racialisation s’y avèreront particulièrement flagrants. Mais si le terrain guyanais tient sa promesse, ce n’est pas seulement pour son « effet loupe » sur des processus moins discrets qu’ailleurs. C’est qu’il permet aussi d’étudier le déploiement de logiques discriminatoires originales. En effet,