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Dix enjeux économiques pour 2017

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96 pages
Avec ce premier dossier de l'année, les Cahiers français vous proposent dix thèmes majeurs en économie qui seront vraisemblablement au cœur du débat d'idées de la période électorale de 2017. Parmi lesquels : un état des lieux sur la situation économique et sociale des Français, l'état des finances publiques, l'effort consenti pour l'innovation et l'investissement, l'atonie du marché du travail, des questionnements sur la formation professionnelle initiale,... constats accompagnés d'analyses sur les évolutions en cours et sur les stratégies à l'œuvre. Une approche renouvelée et stimulante sur les grands enjeux qui nous attendent.
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MARCHÉ DU TRAVAIL : POURQUOI L’EMPLOI NE DÉCOLLETIL TOUJOURS PAS VRAIMENT EN FRANCE ? Yannick L’Horty Professeur d’économie à l’Université ParisEst MarnelaVallée
Si, avec la crise, le chômage a fortement augmenté en France depuis 2008, il était déjà à un niveau élevé depuis au moins trois décennies du fait d’une mauvaise correspondance entre l’offre et la demande de travail. L’étude des variations concernant le nombre des demandeurs d’emploi selon qu’ils relèvent des catégories A, B ou C permet de mettre en évidence une montée de la précarité associée à la multiplication des contrats courts ou à temps partiel. Yannick L’Horty insiste sur le fait que, nonobstant la progression du chômage, le niveau d’emploi en 2016 reste sensiblement plus élevé qu’au milieu des années 2000. Cela traduit une certaine efficacité de l’organisation du marché du travail, mais la dégradation de la qualité de l’emploi rend impérative une réflexion sur les moyens de créer davantage d’emplois à temps plein et mieux rémunérés. C. F.
Le thème de ’empoî occupe une posîtîon centrae dans ’ensembe des débats économîques et poîtîques. D’un côté, î s’agît d’un objectîf très consensue : tout e monde s’accorde pour consîdérer qu’î est essentîe d’améîorer ’empoî et de utter contre e chômage. Dans e contexte de crîse persîstante et de dégradatîon contînue du marché du travaî depuîs e début de 2008, î apparaït encore pus essentîe de créer de nouveaux empoîs et de sauvegarder ceux exîstants. Cet objectîf igure toujours en tête de îste dans a hîérarchîe des prîorîtés des acteurs pubîcs, et c’est e prîncîpa objectîf poursuîvî par tous es candîdats décarés à ’éectîon présîdentîee de 2017.
Maîs d’un autre côté, es dîvergences sont grandes sur es moyens à mettre en œuvre pour y parvenîr. De mutîpes désaccords exîstent sur a nature et ’ampeur des actîons à mener, dans e domaîne des poîtîques de ’empoî, de a réforme du code du travaî, de cee de
’assurance chômage, de ’organîsatîon de a formatîon professîonnee, ou encore des exonératîons de cotîsatîons (1) socîaes . Sur tous ces sujets et bîen d’autres en rapport avec ’empoî, des cîvages exîstent entre a gauche et a droîte, entre es organîsatîons syndîcaes et patro-naes, entre es tenants de ’înterventîon pubîque et es défenseurs du marché, entre es partîsans des aîdes aux entreprîses et ceux des aîdes aux ménages. Beaucoup d’acteurs du débat pubîc ont des îdées assez arrêtées et e pus souvent antînomîques sur es poîtîques à mener.
Ces désaccords sur es actîons à mettre en œuvre ont de nombreuses causes quî sont d’ordre îdéoogîque, poîtîque, économîque… Parmî toutes ces causes, a méconnaîssance
(1) Pour des exempes récents de proposîtîon de réforme radî-cae des poîtîques socîaes, voîr Deors et Doé (2009), Carbonnîer et al.(2014) ou encore, Lehmann et L’Horty (2014).
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des faîts joue sans doute un rôe. En effet, beaucoup d’îdées fausses cîrcuent sur es questîons d’empoî. On peut sans doute aer jusqu’à afirmer que e thème de ’empoî est une réaîté somme toute assez ma connue. Dans cet artîce, nous proposons de passer en revue un petît nombre de faîts essentîes que devraîent connaïtre tous ceux quî veuent améîorer e fonctîonnement du marché du travaî en France. Pour chacun de ces faîts, nous tentons d’en tîrer des conséquences pour es poîtîques pubîques.
Les effets aggravants de la crise sur un taux de chômage déjà élevé…
À ’épreuve de a crîse, es trajectoîres de ’empoî et du chômage ont subî des înlexîons très nettes dans tous es pays. De nouvees sources de dîvergences ont été constatées seon es économîes, en fonctîon des écarts de croîssance et des dîssembances dans es poîtîques pubîques mîses en œuvre, quî ont été très contrastées d’un pays à ’autre. La crîse est aînsî à ’orîgîne de dîfférences nouvees entre es pays et ee a sans doute accentué partout ’attentîon portée au chômage. Ce dernîer s’est împosé comme un thème permanent des dîscours poîtîques et un passage obîgé des débats éectoraux, tandîs que a déinîtîon des poî-tîques pubîques de ’empoî a été partout conirmée comme un enjeu centra de ’actîon des gouvernements.
Dans e cas de a France, a crîse n’expîque pas tout, oîn de à. I est caîr que a sîtuatîon du marché du travaî s’est fortement dégradée depuîs 2008, avec une augmentatîon de ’ordre de troîs poînts du taux de chômage, tandîs que e nombre de chômeurs au sens du Bureau înternatîona du travaî (BIT) est passé de 1,9 mîîon au premîer trîmestre 2008 à 2,9 mîîons début 2015, soît une hausse de pus de 40 %. Maîs e nîveau du chômage étaît déjà éevé avant a crîse (graphîque 1). Le taux de chômage en France n’est pas descendu sous a barre des 7 % depuîs pus de 30 ans. En baîsse tendancîee depuîs e mîîeu des années 1990, î étaît parvenu à un poînt bas de 7,1 % début 2008, avant d’augmenter sous ’effet de a crîse. En 2015, î dépasse 10 % et retrouve aînsî son nîveau e pus éevé atteînt près de vîngt ans pus tôt. Le mouvement est gobaement e même pour a moyenne des 28 pays membres de ’Unîon européenne, avec des trajectoîres contrastées seon es pays. Depuîs 2007, e taux de chômage a augmenté de pus de 15 poînts en Grèce et en Espagne, aors qu’î a baîssé en Aemagne et au Royaume-Unî. Aux États-Unîs, î est passé de 5 %
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en 2007 à 9,9 % en 2009, avant de dîmînuer fortement pour atteîndre 5,6 % in 2014. Le taux de chômage aux États-Unîs a aînsî dépassé e nîveau françaîs et euro-péen en 2009 et 2010, ce quî n’étaît pas arrîvé depuîs e début des années 1980.
… du fait d’un mauvais appariement entre l’offre et la demande de travail
Ce constat est împortant du poînt de vue des poî-tîques pubîques. Les mouvements du chômage dans e temps sont souvent reîés aux actîons de court et de ong terme mîses en œuvre. Dans un contexte de crîse grave, î convîent de mobîîser peînement es înstruments de poîtîque conjoncturee pour utter contre e chômage. Ces înstruments à a foîs massîfs et rapîdes sont es poîtîques monétaîres avec es baîsses des taux d’întérêt et es poîtîques budgétaîres avec e déicît pubîc. Ces deux ensembes d’înstruments sont utîîsés aujourd’huî au-deà des îmîtes du soutenabe et ’on a sans doute atteînt, voîre dépassé, es pafonds admîssîbes d’înterventîons monétaîres et de déicîts pubîcs. I împorte de déveopper égaement des actîons structurees pour agîr sur a composante de ong terme du chômage. Sa progressîon et sa persîstance bîen avant a crîse de 2008 sîgnaent une défaîance du processus d’apparîement entre offre et demande de travaî. Nî a quantîté, nî a quaîté des offres et des demandes ne concîdent, dans un contexte d’însufisante mobîîté géographîque et professîonnee de a maîn-d’œuvre. Le coût du travaî, y comprîs e coût d’embauche et e coût de îcencîement, dépasse a productîvîté des empoîs. Dans un te contexte, a poîtîque de utte contre e chômage doît nécessaîrement combîner des actîons macroéconomîques et des réformes structurees. LE CHÔMAGE AU SENS DU BIT
Un chômeur au sens du Bureau international du tra vail est une personne en âge de travailler (c’estàdire ayant 15 ans ou plus) qui n’a pas travaillé, ne serait ce qu’une heure, au cours de la semaine de réfé rence, et qui est disponible pour travailler dans les deux semaines et a entrepris des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent (ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois). La part des chômeurs au sein de la population totale diffère et est inférieure au taux de chômage, qui est le rapport entre le nombre de chômeurs et le nombre de personnes en activité (en emploi ou au chômage).
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Graphique 1.Quarante ans de taux de chômage en France 12
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Source : Insee, enquête Emploi.
Champ : France (hors Mayotte), population des ménages, personnes de 15 ans ou plus. Lecture : taux de chômage au sens du BIT. Le trait rouge vertical matérialise le début de la grande récession en France.
Les deux courbes du chômage et la montée de la précarité
La dégradatîon du marché du travaî avec a crîse paraït beaucoup pus accentuée sî ’on observe un autre îndîcateur, e nombre de demandeurs d’em-poî înscrîts à Pôe empoî. I s’agît à d’une source admînîstratîve à pérîodîcîté mensuee aors que e chômage au sens du BIT est cacué à partîr de ’enquête Empoî de ’INSEE (Instîtut natîona de a statîstîque et des études économîques) tous es trîmestres. Cette pérîodîcîté pus fréquente expîque que a source admînîstratîve est a pus présente dans es médîas quî commentent chaque moîs sa pubî-catîon. La source INSEE est préférée quant à ee par es experts du chômage parce que c’est a seue quî permette à a foî des comparaîsons înternatîo-naes et des comparaîsons hîstorîques (es chîffres de Pôe empoî ne sont pas toujours comparabes
d’une année sur ’autre, es modaîtés d’înscrîptîon pouvant changer).
Aors que e taux de chômage au sens du BIT a connu pusîeurs phases de baîsse depuîs 2008, î n’en va pas de même pour e nombre de demandeurs d’empoî recensés par Pôe empoî, quî a connu une progressîon contînue depuîs 2008 (graphîque 2). Sî ’on observe es demandeurs de catégorîe A, quî n’exercent aucune actîvîté réduîte, e dernîer poînt bas étaît en févrîer 2008, avec 1,981 mîîon d’înscrîts. En août 2016, on dénombre 3,557 mîîons d’înscrîts, soît une dîfférence de 1,575 mîîon correspondant à une progressîon de 80 % en huît ans et demî. Sî ’on prend en compte égaement es demandeurs de catégorîes B et C, en actîvîté réduîte, e poînt bas étaît atteînt en maî 2008 avec 3,054 mîîons d’înscrîts. En août 2016, nous sommes à 5,518 mîîons d’înscrîts, soît une hausse de 2,464 mîîons d’înscrîts, correspondant à une aug-mentatîon de pus de 80 % en un peu pus de huît ans.
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Ces sérîes ont connu des baîsses ponctuees sur un moîs, voîre même sur deux moîs consécutîfs, en 2011 et en 2016. Maîs ees n’ont jamaîs enregîstré troîs moîs de baîsses consécutîves depuîs 2008. Début 2016, e marché du travaî françaîs entraît donc dans sa neuvîème année consécutîve de dégradatîon înînterrompue, sans qu’î y aît encore eu d’înversîon de a courbe du chô-mage, que ’on consîdère es demandeurs de catégorîe A ou ceux de catégorîe A, B et C.
À nouveau, î est utîe de dîscuter es conséquences de ces constats du poînt de vue des poîtîques pubîques. Ces
évoutîons contrastées entre a sérîe du taux de chômage au sens du BIT (graphîque 1) et cees des demandeurs d’empoî înscrîts à Pôe empoî (graphîque 2) îndîquent que a crîse a déveoppé un hao autour du chômage, c’est-à-dîre des sîtuatîons quî ne reèvent nî tout à faît du chômage, nî tout à faît de ’empoî au sens du BIT. On a assîsté en partîcuîer à une montée en puîssance du nombre de demandeurs d’empoî en actîvîté réduîte (quî faît s’écarter es deux courbes du graphîque 2).
Ce phénomène sîgnae une montée de a précarîté sur e marché du travaî et est assocîé à a progressîon
Graphique 2.Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi
6 000
5 000
4 000
3 000
2 000
1 000
0
Ensemble catégorie A, B, C
Ensemble catégorie A
oct.97juil.fé9v9.00oct.04juil.f0é6v.07avr.08oct.11juil.13 mai.98nov.08maid.é1c2.12 déc.98ril.01in.0n2v.03mai.d0é5c.05avril.15 janv.96novj.u01juinj.a0n9v.10févr.14novj.u1in5.16 aoûtm.a9r6s.97sepat.v00jaaosept.07aoûtm.a1r0s.11sept.14 ûtm.a0r3s.04
Source : STMT, Pôle emploiDares.
Lecture : demandeurs d’emploi inscrits en fin de mois à Pôle emploi en catégories A, B, C. Le trait rouge vertical matérialise le début de la grande récession en France. Unité : milliers, données CVSCJO. Champ : France métropolitaine.
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des contrats courts et/ou à temps partîe, dans e lux des nouvees embauches. I est îé aussî à des chan-gements dans es comportements d’înscrîptîon des demandeurs d’empoî, quî demeurent înscrîts sur es îstes de Pôe empoî et poursuîvent une recherche pus ou moîns actîve, même après avoîr trouvé un empoî. L’offre et a demande d’empoî sont donc concernées par ces mutatîons quî sîgnaent une pus grande fragîîté des sîtuatîons d’empoî. Du poînt de vue de ’actîon pubîque, ces constats conduîsent à renforcer es mesures permettant de sécurîser es parcours professîonnes. On peut souhaîter mîeux protéger ’empoî ou, dès ors que ’on reconnaït que es chocs professîonnes sont înévîtabes au ong d’une carrîère, mîeux équîper es personnes. Un meîeur accès à a formatîon professîonnee tout au ong de a vîe îraît dans cette dîrectîon. On peut aussî înterroger es înstîtutîons du marché du travaî, en partîcuîer e fonctîonnement de ’assurance chômage, quî peut contrîbuer à encourager ces sîtuatîons au travers des règes d’îndemnîsatîon.
Le risque d’enlisement dans le chômage de longue durée
Les statîstîques de Pôe empoî mettent en évîdence un autre phénomène quî înterpee es poîtîques pour ’empoî : a montée du chômage de ongue durée. Pusîeurs îndîcateurs ’attestent. On peut tout d’abord consîdérer a part de demandeurs d’empoî înscrîts depuîs un an ou pus parmî es demandeurs de catégorîe A, B et C. Cet îndîcateur atteînt un poînt cumînant en avrî 2016 où î se sîtue à 45,7 %. Son mînîmum précédent étaît de 29,8 % en avrî 2009. La dîfférence reatîve est de 53 %. Notons que es premîers moîs de a crîse sont caractérîsés par un aflux de nouveaux deman-deurs d’empoî, ce quî faît baîsser a durée moyenne du chômage. L’ancîenneté moyenne des demandeurs d’empoî de catégorîe A, B et C étaît quant à ee de 583 jours au poînt haut d’avrî 2016, soît 200 jours de pus qu’en avrî 2009, sept ans pus tôt. En septembre 2016, on dénombre 2,580 mîîons de demandeurs d’empoî de catégorîe A, B et C înscrîts depuîs d’un an.
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