Dix études sur le roman et la loi

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Comment le roman conteste-t-il la Loi ? Que devient-il quand disparaît la transcendance ? La modernité occidentale semble liée au refus, voire à la disparition de la Loi entendue comme norme divine, acceptée comme telle, régissant les rapports humains et la vision que les individus ont de leur existence. Mais combien de romans peuvent se comprendre en dehors d’un rapport – souvent ambigu ou paradoxal – à la Loi ? Critique dissolvante ou tentation restauratrice, évanouissement ou dissémination de l’absolu, recherche d’une norme de substitution, confrontation cauchemardesque aux fantômes ou aux avatars monstrueux de la Loi ancienne : en quoi l’écriture romanesque constitue-t-elle une modalité privilégiée de cette enquête sur la Loi (humaine ou divine, religieuse, morale ou politique) ? Ce sont quelques-unes des questions abordées par les études de ce recueil, où se trouvent convoqués, parmi d’autres, Dostoïevski et Hugo, Bernanos et Kafka, Lamed Shapiro, Koestler et Camus, Joyce, Broch, Musil, Dos Passos, sans oublier le roman policier. Le comparatiste Norman David Thau (1959-2005) avait été à l’initiative de cette recherche collective. Il laisse derrière lui un grand livre (Romans de l’impossible identité. Être juif en Europe occidentale [1918-1940], éd. Peter Lang, 2001) et un souvenir impérissable à ses proches, ses amis, ses collègues, ses élèves… Les articles du recueil sont suivis d’une série de témoignages dédiés à sa mémoire.
Publié le : vendredi 17 juin 2011
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EAN13 : 9782304028225
Nombre de pages : 195
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Dix études sur Le Roman et la Loisuivies de…Hommages à Norman David Thau
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« L’Esprit des lettres » Collection coordonnée par Alain Schaffner et Philippe Zard « L’Esprit des lettres » présente, dans un esprit d’ouverture et de rigueur, un choix d’ouvrages reflétant les principales tendances de la critique en littérature française et comparée. Chaque proposition de publication y fait l’objet d’une évaluation par les directeurs de collection ainsi que par des spécialistes reconnus du domaine étudié. Dans la même collection : Agnès Spiquel et Alain Schaffner (ed.),Albert Camus, l’exigence morale. Hommage à Jacqueline Lévi-Valensi, 2006. Jeanyves Guérin (ed.),La Nouvelle Revue française de Jean Paulhan, 2006. Jeanyves Guérin (ed.),Audiberti. Chroniques, romans, théâtre,2007. Isabelle Poulin,Écritures de la douleur. Dostoïevski, Sarraute, Nabokov, 2007. Philippe Marty,Le poème et le phénomène, 2007. Philippe Zard (ed.),Sillage de Kafka, 2007 Emmanuelle André, Martine Boyer-Weinmann, Hélène Kuntz (ed.), Tout contre le réel. Miroirs du fait divers, 2008 Yves Landerouin et Aude Locatelli (ed), Musique et littérature, 2008 Jean Goldzink,La Plume et l’idée,ou l’intelligence des Lumières, 2008. Hedi Kaddour,Littérature et saveur. Explications de textes et commentaires offerts à Jean Goldzink, 2008.
Sous la direction de Norman David THAU
Dix études sur Le Roman et la Loisuivies de…Hommages à Norman David Thau (1959-2005)
Ouvrage publié avec le concours du Centre d’Études du Roman et du Romanesque de l’Université Picardie-Jules Verne
« L’Esprit des lettres » Éditions Le Manuscrit Paris
Illustration couverture : © Françoise Thau © Éditions Le Manuscrit, 2009 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-02822-5 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304028225 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-02823-2 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304028232 (livre numérique)
SOMMAIREFaute de préface, par Philippe Zard… ............................................9 La dérogation morale, une prérogative du roman ?, par Frédérique Leichter-Flack ........................................................ 15
Le roman politique : le sujet et/est la Loi, par Sylvie Servoise............................................................................ 29
Lamed Shapiro ou la loi perverse, par Carole Ksiazenicer-Matheron.................................................. 41
Quatre fils devant la Loi, par Karen Haddad-Wotling ............................................................ 53
Le roman catholique et la “mort de Dieu”, par Danielle Perrot ........................................................................... 71
Sens et culpabilité dansLe Procès de Kafka, par Christian Michel......................................................................... 81
La loi à l’agonie :Ulyssede Joyce etLes Somnambules deBroch, par Alison Boulanger ............................................................................ 95
Vivre dans l’enfance ou être de son temps, selon Dos Passos et Broch, par Vincent Ferré ........................................................................... 105
«La notion imaginaire de loi»dansL'Homme sans qualités, par Florence Godeau .................................................................... .117« Ce qui de nous doit disparaître… », par Isabelle Casta............................................................................ 129 LIVRE DOR..................................................................................... 149
FAUTE DE PREFACE
Philippe ZARD « Ce livre doit être lu comme le livre d’un mort. » L’avertissement de Victor Hugo au seuil desContemplationsn’a, en la circonstance, plus rien de métaphorique. Le 21 mars 2005, Norman Da-vid Thau nous quittait, terrassé par un cancer. Il avait quarante-cinq ans, une femme, un fils. Très jeune, il avait frôlé la mort et il semblait savoir qu’elle ne le lais-serait jamais longtemps en paix. Cette conscience donne à certains êtres une forme de désespoir mélancolique ; Norman était avide de bonheur. La pensée de la fin donne à d’autres une légèreté toute séraphique, comme s’ils n’étaient déjà plus tout à fait de ce monde ; Norman y avait gagné comme un poids supplémentaire, une pesanteur qui le tenait fer-mement arrimé au sol, une force de gravité. C’était un « Mensch », comme on dit en allemandet en yiddish. Et il fallait souvent toute sa formidable simplicité pour nous aider à ne pas nous sentir futiles en sa présence. Il avait donné à ses travauxpar ailleurs si rigoureuxce caractère de nécessité existentielle sans laquelle la critique ne serait qu’un vain di-vertissement. La profonde cohérence de ses recherches était à chercher dans ce que Proust appelle « les gisements profonds » de son « sol men-tal ». Son interrogation sur l’identité juive n’était qu’une manière il en est beaucoup d’autres, évidemments’interroger sur la condition de humaine, sur ces infinies complications de l’existence qui en font le sens, le sel et le drame. « Né à Vienne, d’un père new-yorkais, d’une mère viennoise et de grands-parents originaires respectivement de Bucovine et de Galicie » :
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Le Roman et la Loi. Hommages à Norman David Thau
ainsi commençait sa notice biographique, au dos de son grand livre sur lesde l’impossible identité Romans , fruit d’un travail qui l’avait imposé comme l’un des grands spécialistes des littératures dites « judéo-nationales ». Qui mieux que lui, qui avait vécu successivement en Au-triche, aux États-Unis et en France, parfaitement chez lui dans les trois langues, pouvait examiner avec une telle force de conviction les « mises en fiction » de l’identité juive en diaspora ? Il parlait comme nul autre de Joseph Rothsa lecture deLa Marche de Radetskycomme figuration im-plicite des apories de l’assimilation en Autriche est un modèle du genre , mais aussi de Lion Feuchtwanger, d’Arnold Zweig ; il connaissait ad-mirablement Albert Cohen, mais aussi Jean-Richard Bloch, Armand Lu-nel, Irène Némirovsky (bien des années avant que l’édition deSuite fran-çaisene la fît sortir de l’oubli où elle était tombée), et même des auteurs aujourd’hui ignorés comme Bernard Lecache ou Jacob Lévy. Il explorait avec rigueur la manière dont, dans les romans de l’entre-deux-guerres, s’exprimait une identité juive tourmentée, altérée, ostentatoire ou hon-teuse, affirmée ou niée, irréductible toujours, « inaliénable », comme il aimait à dire, parce que, quoi qu’on fasse, il semblait impossible de s’en défaire. Il scrutait les différences entre les modèles culturels français et allemand (pourquoiSolal est-il seul grand roman juif français à une époque où le roman judéo-allemand est si fécond ?). En septembre 2003, à Cerisy-la-Salle, il proposa encore une magistrale étude comparée des œuvres d’Albert Cohen et d’Israël Zangwill. Ni lui ni ceux qui l’écoutaient avec sympathie et admiration n’auraient pu imaginer qu’il participait à son dernier colloque. L’existence de Norman fut tout entière placée sous le signe de la fi-délité. Une image me restera, parmi des milliers d’autres : à quelques se-maines de sa mort, lorsqu’il était devenu impossible de s’aveugler devant la terrible échéance, il avait voulu montrer à son petit garçon de trois ans la synagogue de Vienne, où il avait jadis prié avec son père et son frère. Il voulait que son fils unique recueillît, dans un recoin de son âme d’enfant, l’empreinte fragile des existences qui l’avaient précédé. « Notre patrie est partout où nous avons nos morts », dit un personnage d’Hôtel Savoy de Joseph Roth. Cette Vienne lui était chère, mais elle était décidément han-tée de trop de fantômes et rongée de trop de silences. C’est en France que ce Juif, humaniste et laïc avait trouvé un lieu où vivre, des amis, un foyer enfin.
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