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Double Jeu

De
280 pages

Pierre partage son temps entre Studio 82 où il est un jeune journaliste et le Casino du tigre où il joue régulièrement au poker.

Lorsque deux de ses amis de jeu disparaissent, il se refuse de croire à une simple coïncidence et enquête alors...

Très vite, ses investigations vont amener Pierre à douter de ses plus profondes convictions.

Comprendra-t-il avant qu’il ne soit trop tard que certaines personnes de son entourage proche jouent un double jeu ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-22229-7

 

© Edilivre, 2016

 

Synopsis

Pierre partage son temps entre Studio 82 où il est un jeune journaliste et le casino du Tigre où il joue régulièrement au Poker.

Lorsque deux de ses amis de jeu disparaissent, il se refuse de croire à une simple coïncidence et enquête.

Très vite, ses investigations vont amener Pierre à douter de ses plus profondes convictions.

Pierre comprendra-t-il avant qu’il ne soit trop tard que certaines personnes de son entourage proche jouent un double jeu ?

Préface

Commencer un livre c’est un peu comme commencer une enquête ; on sait où on veut aller, mais on ne sait pas encore par quel chemin nous y parviendrons et encore moins celui qu’il faut privilégier.

Je vais donc débuter ce livre par son vrai commencement.

C’est à la fois apaisé et dépaysé que je rentrais de vacances en ce jeudi d’août 2013. Aux alentours de 00h30, je vais me coucher, accompagné de ma chère et tendre compagne.

Elle en est certainement pour beaucoup dans ce sentiment d’apaisement dans lequel je cherche le sommeil en ce tout début de 23 août.

Au matin, sans que le réveil ait besoin de sonner, mes yeux s’ouvrent. J’ai besoin de me lever pour écrire ; écrire sur un papier tout ce que mon inconscient m’a soufflé à l’oreille cette nuit-là.

Voici ce que j’écris ce matin-là.

Chapitre 1

Comme tous les matins, Pierre épluchait les journaux : Métro, 20 Minutes, Le Progrès, tous y passèrent ; sans oublier les interminables pages d’informations en ligne qu’il consultait aussi.

Pierre aimait savoir ce qu’il se passait autour de lui et dans le monde entier. C’est donc tout naturellement, une fois son Bac S en poche (avec mention « Bien »), qu’il s’était tourné vers une école de journalisme. La sélection pour entrer dans ce genre d’écoles réputées est sans pitié. Bien que conscient de cette difficulté, Pierre n’avait pas été effrayé par les concours. Il était sûr d’être dans les meilleurs. D’une part, parce qu’il avait toujours été de nature optimiste et qu’il avait confiance en lui et, d’autre part, parce qu’il pensait que le travail finissait toujours par payer un jour. Et il est vrai que de ce côté-là, Pierre n’avait pas de raison de douter. Il était un Stakhanov du journalisme. Il bossait dur. A en croire les plus anciens, c’est de plus en plus rare de trouver des jeunes comme cela.

Ses parents Yves et Patricia avaient toujours été fiers de la réussite de leur dernier fils Pierre. Il n’avait que 14 ans quand ils s’étaient séparés en 2003. Balancé une semaine par-ci, une semaine par-là, Pierre avait redoublé sa classe de 3e. Yves et Patricia se sentaient très coupables de cet échec. Pierre avait toujours été premier de la classe et cette dégringolade était assurément liée à ce bouleversement sentimental survenu dans une période décisive de la construction de sa propre identité.

Son grand frère Fabrice, de 3 ans son aîné, avait été bien moins perturbé par cette séparation ; d’abord parce qu’il avait 17 ans et donc était plus mature, ensuite parce qu’il y voyait une bonne occasion de rafler deux fois plus d’argent de poche, et enfin, parce que Fabrice était doté d’une incroyable insensibilité.

Pierre et Fabrice étaient très soudés et complices. Il n’y avait peut-être qu’en vers son petit frère que Fabrice était capable de se montrer attentif, aimant, humain.

L’aîné de la famille c’était Mathilde. Deux ans d’écart avec Fabrice, 5 avec Pierre. Malgré ses 19 ans lors de la séparation de ses parents, elle avait été très touchée par celle-ci. Il faut dire que Mathilde, contrairement à Fabrice, était très sensible. Pierre semblait être de ce côté-là, le juste milieu entre sa sœur à fleur de peau et son frère imperturbable face aux épreuves de la vie, hormis celles qui pouvaient compromettre sa carrière et son argent.

Sa générosité dans le travail, Pierre la devait certainement à son Père Yves. Fils d’une famille pauvre et nombreuse, Yves avait dû arrêter l’école après le certificat de fin d’études obligatoires (équivalent du brevet actuel, bien que probablement plus difficile que celui-ci) puis avait commencé à travailler comme apprenti dans le bâtiment. Au début des années 70, ce secteur était une aubaine pour ceux qui étaient assez courageux pour se lever le matin et travailler au gré de la pluie et du soleil durant des heures éreintantes physiquement. Tout juste majeur, Yves s’était lancé comme on dit, il avait monté sa propre affaire préférant s’user à la tâche pour lui que pour un autre. Les premières années avaient été difficiles, mais avec sa persévérance et son travail de qualité, Yves avait fini par se faire un nom dans la région lyonnaise où il exerçait. Grâce à ses nouvelles relations, la « boîte » d’Yves prenait de l’ampleur au fil des années. Parti de rien, il avait construit son rêve américain à la sueur de son front. Généreux, il en avait fait profiter ses trois enfants qu’il adorait ainsi que Patricia, sa femme dévouée et aimante. Patricia était, outre une épouse attentionnée, une formidable mère. Institutrice de profession, elle vouait une véritable passion aux enfants. L’éducation de ses rejetons était donc pour elle une évidence. Elle avait fixé un cadre à la fois strict et souple à ses enfants qu’elle aimait plus que tout. Seul Fabrice se permettait parfois de franchir les limites posées par Yves et Patricia.

En 2003, à la surprise de tout leur entourage, Yves et Patricia s’étaient séparés. Pour autant, ils restaient en bon terme et se voyaient régulièrement. Yves avait gardé la maison familiale qui était aussi le siège de son entreprise. Patricia s’était installée à seulement quelques kilomètres afin que les enfants soient le moins perturbé possible.

Pierre avait d’abord jonglé entre les deux domiciles, mais cette situation s’était avérée trop inconfortable pour lui. A la rentrée de sa deuxième 3e, en septembre 2004, Pierre s’était donc installé chez sa mère. Il allait régulièrement voir son père, surtout le week-end quand il avait du temps de libre. Fabrice lui aussi avait élu comme domicile la maison de sa mère. Il avait fait ce choix pour son petit frère et non pour lui, preuve que Fabrice était parfois capable de ne pas penser uniquement à son propre intérêt. En effet, Fabrice avait pour ambition de reprendre l’entreprise familiale. Chaque matin, il regagnait donc le domicile de son père, siège de l’entreprise, là où il habitait depuis tout petit et aurait pu encore habiter s’il n’avait pas fait le choix de rester avec son petit frère.

Mathilde, elle, vivait dans un petit appartement de 22 m2 situé rue Maréchal Foch à Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon. Elle était étudiante en biologie à la faculté.

Pierre travaillait maintenant comme journaliste à Studio 82, un petit journal lyonnais. Ce n’est pas tout à fait le genre de journal dont il rêvait pendant ses études. Lui, il se serait plutôt vu comme un journaliste de terrain, un envoyé spécial comme on les appelle dans le métier. Il rêvait de parcourir le globe, d’être là où l’action se passe. Il admirait les journalistes qui risquaient leur vie pour couvrir une guerre. Le droit à l’information, le droit de savoir, le droit à l’expression étaient ses leitmotive.

Mais pour l’instant, on peut dire que son premier job dans le milieu était aux antipodes de ce qu’il recherchait. Il aurait d’ailleurs sûrement pu trouver mieux après un bon classement dans son école de journalisme. Laurent, le patron de Studio 82, avait fait les yeux doux à Pierre. Son profil était idéal pour son équipe de rédaction. Depuis quelque temps déjà Laurent voulait rajeunir le journal. Les 14 collaborateurs qui bossaient chez Studio 82 avaient tous dépassé la barre des 40 ans hormis Rebecca, une petite nouvelle. L’expérience dans ce boulot est très importante pour avoir les informations avant les autres ou, en tout cas, pas après les autres… Mais, il manquait à l’équipe une bonne dose de jeunesse et de fougue.

Les 24 ans de Pierre ainsi que son ambition n’avaient donc pas laissé insensible Laurent qui lui avait tout de suite proposé le même salaire que son collaborateur le plus expérimenté. Il faut dire qu’il n’avait pas trop le choix en recrutant un jeune diplômé d’une grande école de journalisme.

Les 2300 € nets mensuels, promis par Laurent, convenaient largement à Pierre. De l’argent, Pierre n’en manquait pas. Depuis ses 18 ans, il jouait trois fois par semaine dans les casinos et autres cercles de jeux au « No Limit Texas Hold’hem Poker ». Le commun des mortels dirait que le Poker est un jeu de chance. Certainement pas pour Pierre. Les probabilités et les statistiques de gagner dans telle ou telle situation, de toucher telle ou telle carte, Pierre les connaissait par cœur. Mais la carte maîtresse dans le jeu de Pierre était ailleurs. Il lisait dans les pensées des autres joueurs comme il est possible de lire un livre. C’était grâce à cette capacité de savoir quand les autres avaient peur, quand les autres mentaient que Pierre était gagnant au Poker. En moyenne, il empochait entre 1000 et 5000 € par semaine grâce au jeu ce qui, une fois mensualisé, lui générait un salaire très attractif pour seulement 24 ans.

Après un laps de temps assez court passé comme assistant, Pierre avait obtenu ce qu’il désirait : « bosser » en autonomie, avoir carte blanche. Il allait pouvoir s’occuper de ses propres affaires et arrêter de passer son temps à approvisionner en café ses collaborateurs qui bossaient comme des vrais employés de bureau.

Rebecca était arrivée à Studio 82 seulement quelques semaines avant Pierre. Elle arrivait tout droit des Etats-Unis. Là-bas, une grande carrière dans la natation l’attendait. Mais un soir d’hiver, en rentrant d’un entraînement, elle n’avait pas vu traverser, à quelques mètres devant son capot, ce jeune de quelques années seulement son cadet. Il était décédé sur le coup. Quant à elle, elle avait été hospitalisée pendant près d’un an. Elle avait fini par être jugée non responsable par les tribunaux, car le jeune s’était littéralement jeté sous ses roues sous l’emprise d’alcool et de Shit.

Après ce drame, Rebecca avait voulu changer de vie pour essayer de repartir à zéro. En partant loin, elle pensait fuir ses cauchemars qui, chaque nuit, venaient la réveiller en sursaut. Mais il n’en était rien. La distance n’y faisait rien. Elle espérait que le temps, lui, serait capable de l’aider. Après tout, il était bien capable de transformer un lac en une forêt, une montagne en une plaine, pourquoi ne serait-il pas capable de transformer ses cauchemars en rêves ?

Malgré leurs âges proches, Pierre et Rebecca n’avaient pas réellement d’atomes crochus. Une sorte de concurrence s’était installée entre les jeunes recrues. Les deux maîtrisaient parfaitement les outils de communications de nouvelle génération. Les deux parlaient plusieurs langues. Les deux étaient ambitieux et voulaient sortir du lot.

Chapitre 2

« Macabre découverte », voilà le titre qui faisait la une de Studio 82 en ce matin du 26 février 2013.

Qu’avait-il bien pu se passer cette nuit du 25 au 26 février ? Pierre était pressé de le savoir, mais il l’était encore plus de savoir qui avait écrit l’article. Il parcourut la page de ses yeux pour découvrir quel collègue avait dégoté une telle affaire. En bas de page on pouvait lire « par Rebecca Smith ». « Et merde », s’exclama-t-il. Enfin une affaire qui semblait sortir du commun dans la région et voilà qu’il se faisait doubler par sa collègue et concurrente. Il parcourut à nouveau la page en sens inverse cette fois-ci et lut avec attention l’article : « Le corps d’un homme a été retrouvé près du lac du parc de la Tête d’Or situé en plein cœur de Lyon. C’est un groupe de carpistes de nuit qui pêchent régulièrement en toute illégalité dans le lac qui a fait cette macabre découverte. L’homme est mort blessé par balle au niveau de la tête. A l’heure actuelle, il n’a pas pu être identifié. Les policiers en charge de l’enquête n’excluent aucune piste ».

Le temps que Pierre lise l’article, il se trouvait déjà dans sa voiture direction le parc de la Tête d’Or.

L’accès au parc était interdit, et délimité par des bandes jaunes sur lesquelles on pouvait lire « NE PAS FRANCHIR ».

A ce moment-là, Pierre aurait aimé être policier pour pouvoir accéder à la scène de crime dans l’espoir d’obtenir des informations qui auraient pu échapper aux autres. Il tenta, sans réel espoir, les différentes entrées du parc au cas où ils en auraient oublié une. Raté ! Elles étaient toutes verrouillées. Le parc semblait, à cet instant-là, être une vraie fourmilière. La police scientifique, institution judiciaire devenue incontournable pour les enquêtes était bien sûr là. Cela n’avait pas échappé à Pierre. Il savait bien qu’un jour, la carrière de sa sœur allait pouvoir lui être profitable. Ce jour était peut-être arrivé !

Mathilde, après son master « Perfectionnement en analyses chimiques et spectroscopiques », avait passé un concours pour entrer dans la police scientifique. Cela faisait maintenant 7 ans qu’elle avait réussi et avait intégré le commissariat de Lyon 6e, doté d’un laboratoire d’analyse et de recherche à la pointe de la technologie.

Mathilde avait ça de surprenant ; elle était toujours là où l’on ne l’attendait pas. Qui l’eût cru : qu’avec son émotivité et son empathie exacerbée elle finirait un jour sur les scènes de crimes, experte en spectrométrie de masse ! Mathilde avait expliqué à son petit frère que cette technique permettait de détecter et d’identifier des molécules d’intérêt par la mesure de leur masse. La suite lui avait paru trop complexe et inutile. Il avait préféré seulement retenir que sa sœur était experte des scènes de crimes et capable d’identifier à peu près n’importe quelle substance suspecte.

Pierre consulta dans son iPhone ses favoris puis toucha délicatement l’icône « Sœur ».

« Allô, Mathilde ? Comment vas-tu ?

– Ça va bien, et toi ?

– Super merci. Tu devines pourquoi je t’appelle ?

– Je crois oui… C’est le journaliste qui veut me parler, n’est-ce pas ?

– En effet. Je voulais avoir quelques infos sur l’affaire du parc…

– Pierre, tu sais bien que je suis tenue par le secret professionnel. Tout ce que je peux te dire, tu le sais déjà sûrement. Le mec a été tué d’une balle en pleine tête. Il y a des traces de sang sur plusieurs dizaines de mètres ce qui semble vouloir dire qu’il a été exécuté et transporté (ou qu’il ne soit pas mort sur le coup et qu’il se soit déplacé, pensait Pierre sans interrompre sa sœur).

– D’accord. Pas de traces particulières ? Une signature de tueur en série ça pourrait me faire un super article ?!

– Des analyses sont en cours. Je ne peux pas t’en dire plus, mais ça semble être un « simple » règlement de compte.

– Dommage… Merci quand même. »

Pierre raccrocha déçu. Déçu de ne pas avoir obtenu de réelles informations sur l’affaire, mais surtout déçu qu’il s’agisse a priori d’un simple règlement de compte. Pas de quoi faire un article qui ferait décoller sa carrière.

En début d’après-midi, lors du briefing au journal, Pierre laissa donc, sans sourciller, Rébecca s’occuper de la médiatisation de l’affaire.

Lui s’occuperait des résultats sportifs de la journée et de la soirée.

Comme tous les mardis soir, c’était une soirée Poker au casino. Heureusement, les matchs de ligue des champions étaient diffusés dans la Poker Room. Pierre pourrait suivre les scores tout en jouant. Il était 21h et la partie de Cash Game commençait. Pierre jouait 1000 € ce soir-là comme à chaque fois depuis qu’il jouait régulièrement au casino. Les blindes (mises « aveugles » obligatoires pour les deux joueurs situés à gauche du donneur) étaient de 5 € et 10 €.

Pierre scrutait ses ennemis du soir. Il en connaissait 8 sur 9. Tous des habitués qu’il côtoyait 3 fois par semaine. Seul Antonio, Sicilien d’origine, n’était pas là ce soir. Il était pourtant très régulier et jouait généralement tous les soirs de la semaine sauf le dimanche, jour du Seigneur. Il avait dû faire de mauvais résultats la veille et avait préféré faire l’impasse ce soir.

Sur l’écran, les 22 acteurs du match jouaient déjà depuis une quinzaine de minutes. Les Lyonnais étaient malmenés contre les Gunners d’Arsenal. Ils jouaient pourtant à domicile, au stade de Gerland. Pierre ne suivait que d’un œil le match. Il regarderait, de toute façon, les résumés complets sur Canal en rentrant avant d’écrire ses propres commentaires sur les différentes rencontres de la soirée.

Pierre était très respecté à la table. Les autres savaient qu’il était un très bon joueur malgré son jeune âge. Il pouvait donc tranquillement développer son jeu très agressif. Il relançait souvent avant le flop et même systématiquement lorsqu’il avait la position sur ses adversaires. Sa stratégie était encore payante ce soir-là. Après 3 heures de jeu, Pierre se levait de la table avec 2650 €. Il était temps de rentrer. Du travail attendait Pierre avant de pouvoir enfin aller dormir. Il faudrait un peu moins de deux heures à Pierre pour envoyer par e-mail la page sport résumant la soirée de ligue des champions à Laurent.

Pierre dormait en moyenne 5 heures par nuit. Il savait qu’il en fallait plus pour une bonne hygiène de vie, mais ça lui suffisait à lui ; alors, pourquoi perdre plus de temps chaque jour ?

7h, le réveil sonna. Pierre dut enjamber les affaires qui traînaient dans sa chambre pour atteindre sa salle de bain. Il avait horreur du désordre, mais force était de constater qu’il était plus facile de conserver un appartement en désordre que parfaitement rangé. Comme l’aurait dit Mathilde pour étaler sa science : l’univers tend vers le désordre selon le second principe de thermodynamique. Pierre ne savait pas si c’était ce foutu principe qui s’appliquait à son appartement de 50 m², mais tout traînait. « Je rangerai ce soir », se disait-il. Au fond, il savait très bien qu’il n’aurait pas le temps, comme d’habitude. Les seules solutions que voyait Pierre c’était d’allonger la journée à 25 heures ou encore diminuer son temps de sommeil.

Après sa douche qui sonnait le réel commencement de sa journée, Pierre engloutissait un petit déjeuner.

S’il y a bien une chose pour laquelle on peut dire que Pierre était resté enfant, c’est pour son régime alimentaire au petit déjeuner : un bol de lait chaud dans lequel il mélangeait du cacao et des croissants qu’il trempait délicatement dedans.

7h45, Pierre partait pour le journal. Il mettait une dizaine de minutes pour arriver à Studio 82. Pour l’instant, il se déplaçait dans son Opel Corsa noire qu’il avait achetée d’occasion, mais cela faisait plusieurs années maintenant qu’il économisait pour s’acheter une Audi R8 et son V10 de 525 chevaux. Pierre était passionné de voiture et de vitesse, il avait hâte de pouvoir payer sa belle sportive. Encore quelques bonnes soirées au casino et Pierre pourrait enfin acheter cash, avec ses gains de Poker, la sulfureuse. Cela allait probablement faire des jaloux dans la famille. Personne n’imaginait que le petit dernier amassait autant d’argent grâce au jeu !

Arrivé au journal, comme tous les matins, Pierre regarda si ses articles figuraient en bonne place dans l’édition de la journée. Aujourd’hui, il était content. La page sport occupait une bonne partie de l’édition. Il faut dire que voir s’imposer l’Olympique Lyonnais en huitième de final de ligue des champions contre un grand club d’Europe comme Arsenal c’était plutôt vendeur pour la presse locale. Pierre aurait certainement pu faire la une avec son titre accrocheur « Le Lyon a rugi jusqu’à Londres » si en ce jour du 27 février, les TCL (Transports en Commun Lyonnais) n’avaient pas décidé de faire grève paralysant entièrement la capitale des gaules.

Seul un petit article était accordé à l’affaire du parc de la Tête d’Or. Pierre ne l’avait même pas remarqué de prime abord. Rebecca avait écrit « L’homme retrouvé abattu au parc de la Tête d’Or a été identifié. Il s’agit d’Antonio Pellizini. Il avait 44 ans. »

« Putain de merde ! Antonio ! » ramona Pierre, se parlant à lui-même.

Chapitre 3

« Eh toi ! Réveille-toi ! Dégage d’ici !

– C’est bon patron je m’en occupe. Il n’est pas méchant. Juste bourré.

– OK, comme tu veux. Finis ton service et vire-moi ce mec de mon bar. Ta gentillesse te perdra, tu sais. »

Il était 2h du matin. Emma terminait enfin son service. L’inconnu dormait depuis une bonne heure, avachi sur le comptoir. C’est elle qui lui avait préparé les mojitos qu’il avait commandés depuis son arrivée aux alentours de 23h. Elle ne savait pas vraiment qui il était hormis le fait qu’il était journaliste. Le voyant se noyer dans l’alcool, elle lui avait demandé si une fille se cachait derrière ce chagrin. Il lui avait répondu que non, qu’il ne comprenait pas ce qui s’était passé. Elle avait tenté de le réconforter en lui payant la tournée suivante bien qu’elle ne comprenait pas de quoi il parlait.

Pierre avait très mal à la tête en se réveillant. Il ne reconnaissait pas le canapé dans lequel il se trouvait, ni les meubles qui l’entouraient et encore moins le visage qui le surplombait.

« Bonjour ! Eh bah, on peut dire que tu manquais de sommeil toi ! Tu veux quelque chose à manger ?

– Qui es-tu ?

– Ton hôte. Ou plutôt devrais-je dire ton ange gardien !

– Qu’est-ce que je fais ici ? continua Pierre, bien que la réponse obtenue à la première question ne le satisfaisait pas.

– On dirait bien que tu étais en train de dormir.

Voyant la mine décomposée et l’air agacé de son invité elle reprit :

– Je m’appelle Emma. Je suis serveuse au Sunset Bar. C’est moi qui t’ai servi hier.

Des images revinrent à l’esprit de Pierre.

– Enchanté Emma. Merci. Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé, mais je me rappelle que je n’étais pas très en forme.

– Ça c’est le moins que l’on puisse dire. Tu dormais sur le comptoir. Tu avais l’air si perdu, si seul…

– Merci de t’être occupé de moi. Je n’en aurais probablement pas fait autant.

– Alors, tu veux manger quelque chose ? proposa Emma.

– Oui, volontiers.

– Un chocolat chaud conviendra à monsieur le journaliste ?

– Oui, répondit Pierre étonné par le fait qu’elle connaissait son métier. Sans doute avait-il dû lui dire la veille au bar.

Pendant que Pierre dévorait son chocolat chaud. Emma tenta d’en savoir un peu plus sur le journaliste.

– Laisse-moi deviner. Si tu étais dans un tel état, c’est parce que tu t’es fait larguer par ta fiancée ?

La tête dans son bol, Pierre fit un mouvement de la tête de gauche à droite puis de droite à gauche pour dire non.

– OK, alors tu as perdu ton ticket d’Euro Millions gagnant ?

Pierre sourit sans le montrer et décocha un deuxième signe négatif de la tête.

– Et monsieur le journaliste ne voudrait pas développer ? »

Pierre appréciait la fraîcheur et la curiosité d’Emma, mais il n’avait pas trop envie de parler. Il avait besoin de réfléchir et de mettre un terme aux battements qu’il ressentait contre ses tempes. Il remercia à nouveau Emma puis appela un taxi pour rentrer chez lui après avoir récupéré sa voiture stationnée devant le bar.

Pierre avait reçu plusieurs appels en absence, de Laurent. Il allait devoir trouver une excuse plus acceptable que « j’ai bu toute la nuit au bar et j’ai dormi jusqu’à la mi-journée chez une inconnue » pour justifier au boss son absence. Il prit son courage à deux mains et appela Laurent :

« Eh bien, enfin tu donnes de tes nouvelles ! s’exclama Laurent sans même dire le « allô » conventionnel.

– Désolé chef. J’ai été malade toute la nuit et ça ne va toujours pas fort…

– Reviens dès que tu peux. On compte sur toi. »

Laurent avait raccroché avant que Pierre ne puisse répondre.

Pierre s’en voulait. Ce n’était pas dans ses habitudes d’agir comme cela. Il n’avait pas bu d’alcool depuis le week-end d’intégration de son école de journalisme organisé par les deuxièmes années. Quand il avait fini scotché entre deux matelas et balancé par une fenêtre du premier étage, il s’était dit que vraiment l’alcool ne menait à rien de bien. C’est pendant ce week-end-là que Pierre avait rencontré Julie. Ils étaient restés trois ans ensemble et avaient même emménagé tous les deux. La cohabitation entre les deux s’était avérée très compliquée, car ils avaient une vision des choses complètement différente. Quand Julie avait reçu une proposition de stage dans un journal à l’étranger et qu’elle l’avait acceptée, ils en avaient profité pour mettre un terme à leur relation. D’un commun accord, ils s’étaient donc séparés même s’il était plus d’accord qu’elle. Depuis ils ne s’étaient jamais revus et s’était mieux comme ça.

Après avoir avalé un Doliprane 1000, Pierre resta couché une bonne partie de l’après-midi, se ressassant, d’un côté, le meurtre de son ami de jeu, de l’autre, la rencontre avec cette inconnue aux yeux noisette.

Une semaine était passée depuis sa soirée au Sunset. Pierre n’avait pas trouvé la force de retourner au casino, encore trop perturbé par l’affaire du parc. C’était étrange, car Antonio n’était pas son meilleur ami ni son frère, mais c’était quelqu’un qu’il avait appris à connaître et à apprécier à force de jouer contre lui les mardis, jeudis et samedis de chaque semaine. C’était un personnage très charismatique, toujours élégant et respectueux.

Le plus troublant c’était la façon dont il était mort. Pourquoi lui ? Pourquoi assassiné ?

Tant de questions restaient sans réponses dans l’esprit de Pierre. Le pire c’était qu’il ne pouvait en parler à personne. Il ne voulait pas en parler à sa famille, sa sœur était trop proche de l’enquête. Il ne pouvait pas non plus en parler au boulot auquel cas Rebecca lui aurait fait subir un véritable interrogatoire sur son ami de jeu…

Finalement, il décida de retourner au Sunset dans l’espoir de revoir Emma. Si cette inconnue avait eu la générosité de le recueillir, elle serait probablement aussi capable de l’écouter.

C’était mercredi et il y avait toutes les chances qu’Emma travaille ce soir.

Il était presque minuit quand Pierre s’assit au comptoir. Emma alla naturellement vers lui.

« Que puis-je servir à monsieur le journaliste ?

– Pierre ! Appelle-moi Pierre. Deux Coca, s’il te plaît.

Emma lui servit deux bouteilles en verre de Coca-Cola. Il lui proposa de boire la deuxième en sa compagnie. Le bar était quasiment vide. Elle accepta sans hésiter très longtemps.

– Encore merci pour la semaine dernière. Tu as dû me trouver très étrange. Je peux tout t’expliquer. Enfin, si cela t’intéresse toujours ? »

Après qu’elle ait répondu oui, Pierre lui expliqua qu’il était journaliste pour un petit journal local. Qu’il rêvait de devenir un grand reporter et que pour cela il devait se faire connaître. C’est pourquoi il s’était intéressé de près à l’affaire de meurtre au parc jusqu’à découvrir que la victime était un ami de jeu à lui. Emma était très attentive. Elle n’hésitait pas à l’interrompre pour demander des détails supplémentaires. La discussion s’était poursuivie hors du bar, car celui-ci avait fermé depuis plus d’une heure maintenant.

Ses soirées au casino, sa concurrence avec Rebecca, sa complicité avec son frère, son rêve de voiture de sport… Tous les sujets avaient été abordés. Pierre avait besoin de parler et Emma savait écouter. La complicité entre ces deux était évidente.

Le samedi suivant, Pierre retourna au casino. Ce soir-là, l’atmosphère à la table était différente. La tension était palpable. Personne ne parlait d’Antonio, mais tout le monde y pensait. Pierre avait du mal à se concentrer sur ses cartes. Il ne pouvait s’empêcher de penser que c’était peut-être l’un des joueurs assis autour de cette table qui avait tué Antonio. M. Gautier le vieux joueur au crâne dégarni du siège 1 ou peut être Mme Pick au siège n° 8, pourquoi pas Hervé après tout, ou encore Mick et ses tatouages pleins les bras et un T-shirt beaucoup trop petit pour ses muscles saillants.

Et puis non, c’était impossible se disait Pierre. Cela faisait plusieurs années qu’ils jouaient ensemble. Antonio n’avait jamais gagné des fortunes. Il était plutôt perdant. Pas de quoi rendre les autres joueurs jaloux donc. Celui qui gagnait le plus, et de loin, c’était Pierre donc si le mobile du meurtre c’était l’argent il s’en serait pris à lui et à personne d’autre autour de cette table.

Apparemment Pierre n’était pas le seul à ne pas être concentré sur ses cartes. Pierre amassait les jetons comme dans les bons soirs. Aux alentours de minuit, il repartait avec plus de 4000 € de gain. Son objectif était atteint : il avait suffisamment d’argent pour son bolide !

Sur le parking, les quelques lampadaires remplaçaient à peine la lumière de la lune, absente cette nuit-là. Pierre était envahi d’un double sentiment : d’un côté l’excitation d’avoir gagné et de l’autre, Pierre était tendu, il avait même véritablement peur. De quoi ? Il ne le savait pas vraiment, mais pour la première fois il ne se sentait pas en sécurité ici au Tigre. Pierre voulait connaître la vérité. Il allait faire une pause dans ses parties de Poker et enquêter. Après tout il devait bien ça à son ami.

Chapitre 4

Lundi, 7h30, Pierre partit au journal avec un peu d’avance. Aujourd’hui, c’était l’excitation qui l’emportait. Il faut dire que c’était un grand jour pour Pierre. Après le boulot, il ira acheter la voiture dont il rêvait depuis si longtemps. Presque à chaque nouveau mot de son article qui résumait les événements sportifs du week-end, Pierre marquait une pause. Il s’enfonçait dans son siège de bureau équipé de roulettes puis tournait sur lui-même, le regard déconnecté. Dans sa tête il s’imaginait son Audi R8. Il affichait le même sourire qu’un gamin peut avoir devant un sapin de Noël en découvrant ses nombreux cadeaux.