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Douloureuse souffrance

De
32 pages

Mina, Mélanie, Victoire et Lisa sont quatre jeunes filles qui ne se connaissent pas. Elles n'ont pas grand chose en commun et vivent bien éloignées les unes des autres. Pourtant une chose les rapproche : leur souffrance. Toutes les quatre n'en peuvent plus de vivre, elles ne peuvent plus supporter cette douleur qui broie leurs entrailles.


Les enfants peuvent être cruels et ces quatre jeunes filles sont bien placées pour le savoir. C'est l'histoire de la douleur et de la souffrance. C'est ce qui arrive quand le gouffre te précipite.

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Amélia Varin

 

 

Douloureuse souffrance

Quand le gouffre te précipite

 

 

Illustration : Néro

 

 

 

Publié dans la Collection Electrons Libres,

Dirigée par Poppy

 

 

 

Image

 

 

 

 

© Evidence Editions 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon le site Le Figaro, le harcèlement scolaire, en 2015, touchait 12 % des élèves de l’école élémentaire, 10 % au collège et 3,4 % au lycée. Des chiffres alarmants. Il est temps d’agir, parce que le harcèlement, ça n’arrive pas qu’aux autres !

 

Stop au harcèlement !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À tous ceux dont la souffrance est insupportable,

à tous ceux qui trouvent ça drôle,

à tous ceux qui ne font rien et regardent,

à tous,

parce que le harcèlement, ça n’arrive pas qu’aux autres...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Moi, tout simplement

 

 

 

Le harcèlement, un grand mot, n’est-ce pas ? Un gros mot même, pour certain. Pour moi c’était la réalité. C’était ce que je vivais au quotidien pendant mes deux dernières années de lycée. La vérité c’est qu’à ce moment, je ne considérais pas ça comme du harcèlement. J’aurais tendance à dire que je n’étais pas vraiment familière de ce mot. Bien sûr, à l’école on vous en parle. On vous dit que harceler c’est mal. Mais on vous dit aussi que le harcèlement c’est le racket, on vous dit que le harcèlement c’est le mec à l’extérieur de l’école qui vous attend pour vous frapper tous les soirs, on vous dit que le harcèlement ce sont des blessures physiques. Alors, forcément, quand on se fait insulter, quand on subit des brimades, on ne pense pas au harcèlement. Pourtant, c’est ça aussi. Le harcèlement ce ne sont pas que les blessures physiques, ce sont les blessures morales, et c’est sans doute ce qui fait le plus mal. C’est ce qui vous brise et vous referme sur vous-même.

J’ai vécu un harcèlement moral, à coup d’insultes, de remarques acerbes, voire même demenaces, mais jamais mises à exécution. Quand j’en parle à mes amis d’aujourd’hui, ils ont du mal à y croire. Comment dans un pays développé comme la France, comment dans le pays des droits de l’homme, comment dans le deuxième millénaire, comment au lycée, un individu lambda peut-il subir ça ? En fait, plutôt que « comment », la question que je me posais sans cesse était « pourquoi ». Pourquoi moi ? Ça, c’était ma rengaine quotidienne.

J’ai toujours été un peu insultée. Quand j’étais à l’école élémentaire, c’était pour mon physique un peu rondelet (pour ne pas dire gros). Quand je suis arrivée au collège, je me suis fait rejeter par mes amis, de façon totalement arbitraire, à cause d’une personne qui ne pouvait pas me sentir, quant au lycée… une bien triste histoire. Quand je repense à tout ça, je me dis que ça devait être moi le problème. Après tout, j’avais qu’à être maigre, j’avais qu’à être appréciée, j’avais qu’à ne pas exister. Oui, tout est là... Y repenser, repenser à tout ce qu’ils m’ont dit, repenser à leur comportement envers moi, ça me noue le ventre. J’ai de nouveau les larmes qui coulent et j’ai mal. J’ai mal alors que c’est fini. J’ai mal parce que je sais que ça m’est arrivé. J’ai mal parce que je sais que ça arrive à d’autres personnes.

Aujourd’hui, je suis différente. Quand quelqu’un rit près de moi, j’ai toujours peur qu’il se moque. Quand je vois des personnes qui ont un caractère similaire à mes harceleurs, je n’ose plus rien dire. Je feins l’indifférence alors que je ne fais que me créer une coquille. À l’extérieur, je peux paraître froide mais à l’intérieur, je pense que je suis toujours aussi effrayée. C’est difficile d’écrire ça, vous savez. C’est s’exposer. Alors, même si au final j’ai tourné la page, il y a des cicatrices qui ne s’effaceront jamais.

Malgré tout ça, il y a tout de même certaines choses que je regrette. Je regrette d’avoir perdu mes amis, les uns après les autres. Et j’aimerais qu’ils me pardonnent, parce que j’ai bien dû faire quelque chose, non ? Pour qu’ils me rayent de leur vie, j’ai bien dû faire quelque chose ? Mais, certains sont restés à mes côtés, vous savez ? Je voudrais les remercier. Ils m’ont aidé à surmonter les insultes et les brimades. Je ne suis plus en contact avec certains, le temps a fait son affaire et on s’est perdu de vue. Je pense que c’est un peu grâce à eux que je m’en suis sortie. Que je n’ai pas craqué. Alors, merci !

Après tout ça, je me suis mise à écrire. Écrire c’est un peu une échappatoire, un moyen de remettre les pendules à l’heure. J’ai couché sur le papier toutes ces histoires. Elles reprennent certains éléments de ma vie. Ce n’est pas mon histoire que je raconte mais bien celle de Mina, de Mélanie, de Victoire et de Lisa. Elles représentent tous ceux qui souffrent. Elles représentent la douleur provoquée par d’autres. Mon histoire à moi, je préférerais l’oublier...

Sur 100 lycéens, 3,4 étaient harcelés en 2015. À ce moment-là, j’en faisais encore partie. J’étais dans les statistiques. On m’a beaucoup demandé : « Et tes professeurs, ils n’ont rien fait ? ». Que pouvaient-ils faire ? À dire vrai, ils savaient. Pas tous, mais certains. J’en avais d’ailleurs discuté avec ma professeur principale de première. À l’époque, les mots ont été plus forts que les actions. Elle m’avait dit de ne pas m’occuper d’eux. Elle m’avait dit que je valais mille fois mieux qu’eux. C’était plutôt simple comme encouragement et pourtant ça m’a un peu remonté le moral. Je m’étais dit qu’elle avait raison. Que j’étais forte et qu’ils ne gagneraient pas. Et ils n’ont pas gagné !

Je pense que mon année de terminale a été l’année de l’hypocrisie. C’est dingue avec quelle facilité ils viennent discuter avec vous alors que quelques jours auparavant, ils vous avaient insulté. Je n’ai jamais compris cette facette de leur personnalité. Quand on n’apprécie pas quelqu’un, on évite de lui parler, tout de même. En terminale, je me suis fait beaucoup d’ennemis. Comprenez que j’en avais assez d’être prise pour le pigeon de service. J’ai décidé à cette époque que je ne devais rien à personne. Alors j’ai commencé à refuser de prêter mon exercice de maths à ceux qui ne l’avaient pas fait. J’ai commencé à dire NON, en fait. Mes amis m’encourageaient. Ils me disaient que je n’avais pas à faire ci ou à faire ça. Et ils avaient raison !

Aujourd’hui, je me sens mieux. Il reste encore quelques séquelles bien enfouies au fond de moi mais je me suis relevée. J’en croise encore. Je croise encore quelques-uns de mes persécuteurs. Vous savez ce qui est le plus drôle ? C’est que je leur ferais presque peur ! Quand ils me voient, ils tournent la tête, ils feignent ne pas m’avoir vue. Et le principal, ils ne me disent plus rien. Tout simplement parce qu’ils sont seuls. Ça, ça fait toute la différence !

 

Ce bouquin c’est ma revanche. C’est ma chance de faire bouger les choses. C’est ce que j’ai trouvé pour réveiller les esprits. Ce bouquin c’est toute ma colère, mon désespoir et ma souffrance !

Epilogue

 

 

 

Parce que malgré la douleur, parce que malgré la souffrance, parce que malgré la haine, n’abandonne pas ! Abandonner c’est perdre. Abandonner c’est les laisser gagner. Abandonner c’est partir. Abandonner c’est mourir. Tu as devant toi, une vie qui s’étale, à perte de vue. Un océan de rêve, un avenir heureux. Alors, ne fait pas cette connerie de croire en un monde meilleur, ailleurs. Parce que le monde meilleur est...