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Douloureuse souffrance

De
34 pages

Mina, Mélanie, Victoire et Lisa sont quatre jeunes filles qui ne se connaissent pas. Elles n'ont pas grand chose en commun et vivent bien éloignées les unes des autres. Pourtant une chose les rapproche : leur souffrance. Toutes les quatre n'en peuvent plus de vivre, elles ne peuvent plus supporter cette douleur qui broie leurs entrailles.


Les enfants peuvent être cruels et ces quatre jeunes filles sont bien placées pour le savoir. C'est l'histoire de la douleur et de la souffrance. C'est ce qui arrive quand le gouffre te précipite.


***


France, quelques jours auparavant. Le lycée de Strasbourg était silencieux. Pas un bruit n'émanait des couloirs. Une jeune fille cependant pleurait, seule, dans les toilettes des dames. Recroquevillée, elle était méconnaissable. La jeune fille était trempée, si bien qu'il était difficile de distinguer ses larmes des multiples gouttes qui parsemaient son visage.


- Mélanie ! hurlait-on dans le lycée.


La jeune fille redressa la tête et renifla un bon coup avant de répondre à son tour. Elle ouvrit la porte de la cabine où elle se trouvait pour attendre son amie. Quand celle-ci arriva, Mélanie voyait à son visage qu'elle ne s'attendait pas à ce spectacle. Elle sourit alors, penaude.


- Je suis désolée, Amandine, mais aurais-tu des rechanges à me prêter ?


- Merde alors ! s'exclama la jeune fille. Mais il t'es arrivé quoi là ?!


Prise de panique, Mélanie bégaya à la recherche d'une excuse. Elle ne pouvait pas dire la vérité à son amie. C'était impensable. Finalement, elle lâcha un évasif « Ce n'est rien. » et c'était, peu satisfaite par la réponse de sa camarade, qu'Amandine parti chercher ses affaires de sport.



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Amélia Varin
Douloureuse souffrance
Quand le gouffre te précipite Illustration : Néro Publié dans la Collection Electrons Libres, Dirigée par Poppy
© Evidence Editions 2017
Selon le site Le Figaro, le harcèlement scolaire, e n 2015, touchait 12 % des élèves de l’école élémentaire, 10 % au collège et 3,4 % au ly cée. Des chiffres alarmants. Il est temps d’agir, parce que le harcèlement, ça n’arrive pas qu’aux autres! Stop au harcèlement!
À tous ceux dont la souffrance est insupportable,
à tous ceux qui trouvent ça drôle,
à tous ceux qui ne font rien et regardent,
à tous,
parce que le harcèlement, ça n’arrive pas qu’aux au tres...
Moi, tout simplement
Le harcèlement, un grand mot, n’est-ce pas? Un gros mot même, pour certain. Pour moi c’était la réalité. C’était ce que je vivais au quotidien pendant mes deux dernières années de lycée. La vérité c’est qu’à ce moment, je ne considérais pas ça comme du harcèlement. J’aurais tendance à dire que je n’étai s pas vraiment familière de ce mot. Bien sûr, à l’école on vous en parle. On vous dit q ue harceler c’est mal. Mais on vous dit aussi que le harcèlement c’est le racket, on vo us dit que le harcèlement c’est le mec à l’extérieur de l’école qui vous attend pour vous frapper tous les soirs, on vous dit que le harcèlement ce sont des blessures physiques. Alo rs, forcément, quand on se fait insulter, quand on subit des brimades, on ne pense pas au harcèlement. Pourtant, c’est ça aussi. Le harcèlement ce ne sont pas que les ble ssures physiques, ce sont les blessures morales, et c’est sans doute ce qui fait le plus mal. C’est ce qui vous brise et vous referme sur vous-même. J’ai vécu un harcèlement moral, à coup d’insultes, de remarques acerbes, voire même deparle à mes amismenaces, mais jamais mises à exécution. Quand j’en d’aujourd’hui, ils ont du mal à y croire. Comment d ans un pays développé comme la France, comment dans le pays des droits de l’homme, comment dans le deuxième millénaire, comment au lycée, un individu lambda pe ut-il subir ça? En fait, plutôt que « comment », la question que je me posais sans cess e était « pourquoi ». Pourquoi moi? Ça, c’était ma rengaine quotidienne. J’ai toujours été un peu insultée. Quand j’étais à l’école élémentaire, c’était pour mon physique un peu rondelet (pour ne pas dire gros). Q uand je suis arrivée au collège, je me suis fait rejeter par mes amis, de façon totalem ent arbitraire, à cause d’une personne qui ne pouvait pas me sentir, quant au lyc ée… une bien triste histoire. Quand je repense à tout ça, je me dis que ça devait être moi le problème. Après tout, j’avais qu’à être maigre, j’avais qu’à être appréciée, j’av ais qu’à ne pas exister. Oui, tout est là... Y repenser, repenser à tout ce qu’ils m’ont d it, repenser à leur comportement envers moi, ça me noue le ventre. J’ai de nouveau l es larmes qui coulent et j’ai mal. J’ai mal alors que c’est fini. J’ai mal parce que j e sais que ça m’est arrivé. J’ai mal parce que je sais que ça arrive à d’autres personne s. Aujourd’hui, je suis différente. Quand quelqu’un ri t près de moi, j’ai toujours peur qu’il se moque. Quand je vois des personnes qui ont un ca ractère similaire à mes harceleurs, je n’ose plus rien dire. Je feins l’ind ifférence alors que je ne fais que me créer une coquille. À l’extérieur, je peux paraître froide mais à l’intérieur, je pense que je suis toujours aussi effrayée. C’est difficile d’ écrire ça, vous savez. C’est s’exposer. Alors, même si au final j’ai tourné la page, il y a des cicatrices qui ne s’effaceront
jamais. Malgré tout ça, il y a tout de même certaines chose s que je regrette. Je regrette d’avoir perdu mes amis, les uns après les autres. E t j’aimerais qu’ils me pardonnent, parce que j’ai bien dû faire quelque chose, non? Pour qu’ils me rayent de leur vie, j’ai bien dû faire quelque chosez? Mais, certains sont restés à mes côtés, vous save ? Je voudrais les remercier. Ils m’ont aidé à surmonter les insultes et les brimades. Je ne suis plus en contact avec certains, le temps a fait son affaire et on s’est perdu de vue. Je pense que c’est un peu grâce à eux que je m’en s uis sortie. Que je n’ai pas craqué. Alors, merci! Après tout ça, je me suis mise à écrire. Écrire c’e st un peu une échappatoire, un moyen de remettre les pendules à l’heure. J’ai couc hé sur le papier toutes ces histoires. Elles reprennent certains éléments de ma vie. Ce n’est pas mon histoire que je raconte mais bien celle de Mina, de Mélanie, de Victoire et de Lisa. Elles représentent tous ceux qui souffrent. Elles représe ntent la douleur provoquée par d’autres. Mon histoire à moi, je préférerais l’oubl ier... Sur 100 lycéens, 3,4 étaient harcelés en 2015. À ce moment-là, j’en faisais encore partie. J’étais dans les statistiques. On m’a beauc oup demandé : « Et tes professeurs, ils n’ont rien fait? ». Que pouvaient-ils faire? À dire vrai, ils savaient. Pas tous, mais certains. J’en avais d’ailleurs discuté avec ma pro fesseur principale de première. À l’époque, les mots ont été plus forts que les actio ns. Elle m’avait dit de ne pas m’occuper d’eux. Elle m’avait dit que je valais mil le fois mieux qu’eux. C’était plutôt simple comme encouragement et pourtant ça m’a un pe u remonté le moral. Je m’étais dit qu’elle avait raison. Que j’étais forte et qu’i ls ne gagneraient pas. Et ils n’ont pas gagné! Je pense que mon année de terminale a été l’année d e l’hypocrisie. C’est dingue avec quelle facilité ils viennent discuter avec vou s alors que quelques jours auparavant, ils vous avaient insulté. Je n’ai jamais compris ce tte facette de leur personnalité. Quand on n’apprécie pas quelqu’un, on évite de lui parler , tout de même. En terminale, je me suis fait beaucoup d’ennemis. Comprenez que j’en av ais assez d’être prise pour le pigeon de service. J’ai décidé à cette époque que j e ne devais rien à personne. Alors j’ai commencé à refuser de prêter mon exercice de m aths à ceux qui ne l’avaient pas fait. J’ai commencé à dire NON, en fait. Mes amis m ’encourageaient. Ils me disaient que je n’avais pas à faire ci ou à faire ça. Et ils avaient raison! Aujourd’hui, je me sens mieux. Il reste encore quel ques séquelles bien enfouies au fond de moi mais je me suis relevée. J’en croise en core. Je croise encore quelques-uns de mes persécuteurs. Vous savez ce qui est le plus drôle? C’est que je leur ferais presque peurignent ne pas m’avoir vue.! Quand ils me voient, ils tournent la tête, ils fe Et le principal, ils ne me disent plus rien. Tout s implement parce qu’ils sont seuls. Ça, ça fait toute la différence! Ce bouquin c’est ma revanche. C’est ma chance de fa ire bouger les choses. C’est ce que j’ai trouvé pour réveiller les esprits. Ce bouq uin c’est toute ma colère, mon désespoir et ma souffrance!
Epilogue
Parce que malgré la douleur, parce que malgré la so uffrance, parce que malgré la haine, n’abandonne pas! Abandonner c’est perdre. Abandonner c’est les lai sser gagner. Abandonner c’est partir. Abandonner c’est m ourir. Tu as devant toi, une vie qui s’étale, à perte de vue. Un océan de rêve, un aveni r heureux. Alors, ne fait pas cette connerie de croire en un monde meilleur, ailleurs. Parce que le monde meilleur est là, près...