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Dourdan, capitale du Hurepoix

De
466 pages

PARTI de Paris pour aller à Tours, le voyageur qui suit la ligne du chemin de fer d’Orléans, après avoir côtoyé la Seine jusqu’à Athis, rencontre un modeste affluent. Quittant alors le grand fleuve, il s’engage sur la droite dans une vallée pleine de fraîcheur, où coule la rivière d’Orge, que bordent de charmants villages : Juvisy, Savigny-sur-Orge, Épinay-sur-Orge, Villiers-sur-Orge, Longpont, et au sommet du coteau qui domine Saint-Michel, la tour de Montlhéry commandant le passage.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

SOVSCRIPTION NATIONALE POVR L’ÉRECTION D′VN MONVMENT AV POÈTE REGNARD

200e Anniversaire
de sa Mort
Sept. 1709-1909

Illustration

L’IMMORTEL auteur du « Joueur », des « Ménechmes », des « Folies Amoureuses » et du « Légataire » est mort depuis deux cents ans, et il n’a nulle part encore de monument. Dans un siècle où les moindres célébrités ont le leur, les amis de l’Art français se sont émus de cet oubli et ils ont projeté de le réparer à la date prochaine du bi-centenaire de la mort du poète.

Ce monument, à la fois modeste et artistique qu’ils préparent, ils ont pensé qu’on ne saurait le mieux placer qu’à l’endroit même où Regnard a voulu se retirer, composer ses chefs-d’œuvre et mourir, à Dourdan, la ville charmante de Seine-et-Oise, où il exerçait les charges de Lieutenant des Eaux et Forêts et des Chasses, de Capitaine du Château et de Grand Bailli d’Épée.

Au milieu de la place qu’il traversait chaque jour pour se rendre dans son petit château de Grillon, entre l’antique forteresse de Philippe-Auguste dont il était le gardien et la vieille Halle où il tenait ses audiences forestières, en face de la grande Église où il fut inhumé, une haute stèle de pierre portera la reproduction en bronze de l’admirable buste de Foucou. Ce sera l’hommage enfin rendu à l’aimable et joyeux auteur, tout ensemble bon vivant et grand seigneur, dont on goûtera toujours, dans son pays comme à l’étranger, le style étincelant, le franc rire et la verve intarissable.

Un comité de Souscription s’est constitué à cet effet et il fait appel à tous ceux qui ont à cœur d’honorer une gloire vraiment française.

Membres d’honneur :MM. LE SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT DES BEAUX-ARTS.
LE BARON DE COURCEL, ancien Ambassadeur, Sénateur de Seine-et-Oise.
LE PRÉFET DE SEINE-ET-OISE.
LE PRÉSIDENT DU CONSEIL GÉNÉRAL.
LE MAIRE DE LA VILLE DE DOURDAN.
Président :M. JULES CLARETIE, de l’Académie Française.
Vice-Présidents :MM. ABEL LEFRANC, Professeur au Collège de France.
MOUNET-SULLY, Sociétaire Doyen de la Comédie-Française.
PAISANT, ancien magistrat, Vice-Président de la Commission des Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise.
Membres :MM. FERNAND BOURNON, Rédacteur au journal des « DÉBATS ».
ADOLPHE BRISSON, Directeur des « Annales », Critique théâtral du « Temps ».
COÜARD, Archiviste de Seine-et-Oise.
COÙET, Bibliothécaire Archiviste de la Comédie-Française.
G. LANSON, Professeur à la Faculté des Lettres.
G. LENÔTRE, Historien et Critique littéraire.
MAREUSE, Secrétaire de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France.
TRUFFIER, Sociétaire de la Comédie-Française.
Secrétaire :M. JOSEPH GUYOT, Auteur de l’« Histoire de Dourdan » et de « Regnard à Grillon ».
Trésorier ;M.A. PICARD, Libraire de la Société de l’École des Chartes.

LA COMPLAINTE DE REGNARD

attendant en vain un monument depuis deux cents ans

I

J’ÉTAIS jadis un bon compère
Au beau visage, au sort prospère,
Démocrite jouant, aimant,
Voyageant, observant, rimant.
D’un rire épanoui, sincère,
Depuis deux siècles constamment,
Je vous fais rire innocemment
Jusqu’aux larmes. Vive, légère,
Jeune, un peu folle par moment,
Ma Muse a toujours sur la terre
Poursuivi son chemin gaîment ;
Mais moi, par un destin sévère,
Sans mériter ce châtiment,
Avec ceux qui vont tristement
Privés de sépulture, j’erre...
Ma pauvre ombre se désespère,
Car je n’ai pas de monument !...

II

On me compare avec Molière ;

On vante mon style élégant,
Ma verve plus primesautière,
Mon vers plus aisé, plus fringant,
Et ma prose moins roturière ;
On trouve mon Joueur charmant,
On se pâme à mon Légataire ;
Folies, Ménechmes fréquemment
Sont réclamés par le parterre ;
Maint illustre sociétaire
Tour à tour se fait brillamment
Ou mon Crispin ou mon Valère,
Et même à Londres récemment.
« Ils n’en ont pas en Angleterre. »
C’est possible... Mais, sur la terre,
Moi, je n’ai pas de monument !...

III

Moi, le joyeux célibataire,

Je n’eus pas de chance vraiment :
Tontine qui m’était si chère
Ne veut pas de moi pour amant ;
Ma belle santé qui s’altère
Ne veut plus que je sois gourmand,
Et je meurs d’un malheureux verre
D’eau froide pris imprudemment.
Je suis soupçonné par Voltaire ;
Dans une église où l’on m’enterre,
Mon crâne est brisé méchamment.
Mon Grillon se vend pierre à pierre
Et, pour comble de ma misère,
On me refuse un monument !...

IV

D’un petit grand homme éphémère

Vous qui faites journellement
La statue en pied, simplement
Mettez sur un socle de pierre
Rien que mon buste seulement !...

 

Eh bien ! ce que Regnard espère,

On va le faire incontinent
A Dourdan, dont il fut naguère
Bailli d’épée et Lieutenant
Des Forêts ; Dourdan qu’il préfère
Même à Paris de son vivant,
Avec son vallon solitaire,
Ses tours et son site charmant.

Mais pour que le socle de pierre

Porte le buste dignement
Et que la fête soit entière,
Amis de l’art, discrètement
« Donnez l’obole à Bélisaire, »
Donnez... L’auteur du Légataire,
Au jour de son bi-centenaire,
Enfin aura son monument !...

*
**
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Joseph Guyot

Dourdan, capitale du Hurepoix

Chronique d'une ancienne ville royale

AU LECTEUR

JACQUES DE LESCORNAY, conseiller et avocat du roi Louis XIII à Dourdan, a recueilli, pour les offrir à son maître, en 1624, ce qu’il appelle les Mémoires de la ville de Dourdan. Louis XIII, jeune encore, s’amusait au château, dont Marie de Médicis était usufruitière. La jalouse régente y trouvait son intérêt. De Lescornay voulut plaire à la mère et au fils : il célébra Dourdan, vanta le passé, exalta le présent, flatta tout le monde et réussit.

Nous serions trop indulgent, si nous ne constations pas les lacunes, les erreurs, le défaut complet de critique, les fades hyperboles et le style ennuyeux de cet opuscule. Mais nous serions injuste si nous méconnaissions le véritable service rendu à la ville de Dourdan par un homme, intelligent d’ailleurs, qui rassembla et publia un certain nombre de titres et de pièces qu’on aurait quelque peine à se procurer aujourd’hui. Comme recueil des principales chartes qui intéressent l’histoire des mutations de Dourdan, le travail du complaisant annaliste est loin d’être sans valeur.

Personne n’a tenté depuis de refaire ou de compléter le petit livre de de Lescornay. Un commissaire de police de Dourdan, à la fin du XVIIIesiècle, le sieur Gaumer, a eu la patience de le recopier de sa main en ajoutant quelques notes informes sur ce qui le frappait alors dans la ville, mesures municipales, embellissements et restaurations du moment. M. Dauvigny, maire de Dourdan sous le Consulat et l’Empire, paraît avoir consigné quelques indications plus sérieuses dans des cahiers malheureusement perdus.

Il n’existe aucune étude moderne sur Dourdan : les dictionnaires ont reproduit plus ou moins exactement l’article abrégé de Dulaure. En dépit de sa mystérieuse origine, de ses royales destinées et de son vieux château, l’ancienne capitale du Hurepoix, pour être à la fois trop près de Paris et trop loin de la grande route, a vu ses souvenirs oubliés comme les charmants sites de sa vallée.

Le livre que nous offrons est le résultat modeste de recherches longues, patientes, faites avec un scrupuleux amour du sujet.

Des liens de naissance, de gratitude et d’affection ont donné pour nous un intérêt de famille au passé de la ville et de l’antique demeure où nous vivons. Un goût instinctif pour les choses d’autrefois nous a dirigé et soutenu dans nos études. En les publiant, nous n’avons ni d’autres raisons ni d’autres titres.

Nous devons au lecteur l’indication des sources où nous avons puisé·

Les archives de la mairie de Dourdan sont nulles au point de vue historique. Aucun papier n’existe au château. Il a fallu chercher ailleurs. Les immenses dépôts inexplorés des Archives de l’Empire nous ont offert une foule de documents épars ; les nombreux cartons de la section domaniale ont dû être complétés à Orléans, au centre de la généralité, où il existe un fonds du comté de Dourdan, malheureusement trop restreint. Les archives de Seine-et-Oise qui ont centralisé des documents modernes et quelques anciens fonds ecclésiastiques de la contrée, les archives d’Eure-et-Loir qui possèdent sur l’église de Dourdan plusieurs vieilles pièces intéressantes, ont été interrogées tour à tour.

Les établissements particuliers de Dourdan ont été pour nous l’objet d’une minutieuse enquête. A l’église, nous avons trouvé les papiers de Saint-Germain et de l’ancienne fabrique Saint-Pierre, dans l’état d’incohérence et de confusion où ils avaient été abandonnés après la révolution. Nous avons constaté là, une fois de plus, ce qui partout nous a laissé des regrets : les pertes immenses, les irréparables lacunes causées par les pillages que Dourdan a subis dans plusieurs siéges et surtout par les fanatiques auto-da-fé des guerres de la Ligue. Les archives paroissiales de Dourdan remontent au lendemain du siége de 1591. Elles sont assez complètes à partir de cette époque.

Le fonds de l’Hôtel-Dieu, classé avec soin, contient des documents spéciaux fort nombreux. La maison de la Communauté garde quelques pièces dont les originaux sont en grande partie à Versailles.

Dourdan étant une ville du domaine royal, nous n’avions pas la ressource des archives seigneuriales. Pourtant, comme plusieurs mouvances féodales se croisaient sur son territoire, nous avons désiré fouiller les terriers et les titres fonciers des nobles maisons des environs, spécialement de Bandeville et du Marais. Ils ont tous été mis, avec la plus gracieuse obligeance, à notre entière disposition.

Un nom nous était signalé, c’était celui du fils du dernier bailli de Dourdan, M. Roger d’Étampes, dont les ancêtres avaient exercé des charges importantes pendant près de deux siècles. Il a bien voulu nous ouvrir ses cartons de famille et nous laisser faire chez lui une assez ample moisson de parchemins, liasses et registres précieux pour l’histoire de l’administration locale aux derniers siècles. Nous avons le regret de ne pas les rendre aujourd’hui à leur aimable propriétaire, mais nous offrons nos remercîments à sa veuve qui a daigné, à notre prière, doter la mairie de Dourdan de ces pièces intéressantes qui seront religieusement conservées.

Nous ne saurions oublier les innombrables ouvrages qui ont pu nous éclairer sur les différentes parties de notre sujet, les bibliothèques qui nous ont prêté leur secours, les savants bienveillants qui nous les ont ouvertes et auxquels nous rendrons plus d’une fois hommage. Nous avons cherché à ne rien négliger pour être aussi complet et aussi exact que possible, et nous sommes reconnaissant envers tous ceux qui nous ont fourni des renseignements, des documents ou même des souvenirs. Quant aux erreurs, aux lacunes qui peuvent subsister dans ce long travail, nous en demandons pardon au lecteur, et nous le prions d’ajouter à nos recherches ce qu’il sait ou ce qu’il apprendra.

Nous souhaitons que les érudits qui voudront bien nous lire, trouvent dans cette Chronique locale d’une petite ville d’Élection quelques observations, quelques faits intéressants pour leur œuvre de généralisation et de synthèse qui est tout l’avenir de la science historique. Nous serons heureux si nous avons pu révéler à des amis du passé plusieurs vestiges qu’ils ignorent. Nous serions plus heureux encore s’il nous était donné de laisser entrevoir à certaines personnes de loisir le puissant intérêt qui s’attache, malgré le labeur, à l’étude, quelle qu’elle soit, du moindre coin de la terre natale.

On nous permettra d’inscrire en tête de notre Chronique de Dourdan un nom qui nous est cher à bien des titres, celui de l’homme excellent auquel nous avons la douleur de ne pouvoir dédier ce livre. C’est à M. Amédée Guettée que Dourdan doit la conservation de son vieux château ; c’est à lui que nous devons l’inspiration de notre travail. Que nos efforts soient au moins un reconnaissant hommage à son souvenir !

Nos chers concitoyens, les dévoués administrateurs de notre ville, voudront bien agréer l’offre que nous leur faisons de ce tableau de leur histoire. Nous n’avons point ménagé les détails, car on aime à tout retrouver dans un portrait. Nous espérons qu’ils liront, sans trop d’ennui, certains développements un peu techniques, qu’on ne peut omettre aujourd’hui. Nous souhaitons qu’ils éprouvent quelque plaisir à savoir en détail tout ce qu’ont fait, vu ou souffert leurs pères, tout ce que vaut le passé, d’où naît le présent et d’où sort l’avenir. Nous sommes sûr qu’en connaissant mieux leur vieille cité, ils ne pourront que l’aimer davantage.

 

JOSEPH GUYOT.

Dourdan, 25 août 1869.

CHAPITRE PREMIER

LES ORIGINES DE DOURDAN

*
**

PARTI de Paris pour aller à Tours, le voyageur qui suit la ligne du chemin de fer d’Orléans, après avoir côtoyé la Seine jusqu’à Athis, rencontre un modeste affluent. Quittant alors le grand fleuve, il s’engage sur la droite dans une vallée pleine de fraîcheur, où coule la rivière d’Orge, que bordent de charmants villages : Juvisy, Savigny-sur-Orge, Épinay-sur-Orge, Villiers-sur-Orge, Longpont, et au sommet du coteau qui domine Saint-Michel, la tour de Montlhéry commandant le passage. C’est là que, naguère encore, emporté sur la gauche par le chemin de fer, dans la direction d’Étampes et de la Beauce, le voyageur quittait à regret la vallée de l’Orge. Aujourd’hui, sans allonger sa route, il peut, grâce à l’embranchement de Brétigny et à la nouvelle ligne de Tours par Châteaudun et Vendôme, remonter jusqu’au bout le cours pittoresque de l’affluent de la Seine le plus voisin de Paris et jusqu’ici le moins connu. Arpajon, Breuillet, Saint-Chéron, que les artistes ont su depuis longtemps découvrir, sont les premières stations de cette ligne nouvelle. La quatrième est DOURDAN, l’ancienne capitale du Hurepoix, où nous conduisons nos lecteurs.

Situé à 51 kil. de Paris, à 37 kil. de Versailles, à 21 kil. 6 de Rambouillet, à 16 kil. 9 d’Étampes et à 44 kil. 3 de Chartres, Dourdan, ville de trois mille âmes, du département de Seine-et-Oise, de l’arrondissement de Rambouillet, chef-lieu de deux cantons qui portent son nom, s’élève à mi-côte sur le versant de la vallée exposé au midi, dominé par les grands clochers de son église et le donjon de son vieux château. Presque circulaire, contenue dans une enceinte de murailles fortifiées, prolongée seulement par quelques faubourgs, bordée plutôt que traversée dans sa partie inférieure par la rivière d’Orge, la ville est coupée dans le sens de sa longueur par deux voies principales, qui relient ses quatre portes et auxquelles toutes les autres rues viennent aboutir. L’église, le château, la place de la halle, occupent le centre. La rivière, qui prend sa source à deux lieues de là, au village de Bretencourt, forme en se divisant une sorte d’île au pied des murailles de Dourdan. A l’est et à l’ouest s’étendent des prairies qui étaient autrefois des étangs ; sur les pentes, jadis cultivées en vignes, les champs s’étagent et rejoignent la plaine. Au nord la forêt de Dourdan, au sud-ouest les bois de Louye couronnent de verdure la cime des coteaux et complètent un paysage dont la variété, l’harmonie et le calme intéressent l’œil en le reposant.

Urapiorum felix regio, « l’heureux pays de Hurepoix1, » disaient les anciens géographes en parlant de la province à laquelle ils donnaient Dourdan pour capitale ; et à leurs yeux cette contrée où s’entremêlaient bois, prairies, moissons, vignes et vergers, était un contraste, un dédommagement créés tout exprès par la nature à côté de la région moins favorisée du Gâtinais, Wastinium, pays des « Gastines » sablonneuses ou forestières. Aussi mal défini comme origine que comme étendue, le Hurepoix était ce pagus Huripensis, Heripensis,Mauripensis ou Morivensis, dans lequel venait se confondre le Châtrais ou Josas, et dont Dourdan, Chevreuse, Corbeil, la Ferté-Alais, Palaiseau étaient les villes principales2, tandis que le Gâtinais revendiquait les duchés d’Etampes, de Nemours, le comté de Rochefort et quantité d’autres seigneuries.

Géologiquement, Dourdan appartient encore à la Beauce ; il est situé sur un des anciens rivages de ce grand lac d’eau douce qui expirait tout près de là, dans les sables, au nord et au nord-est, et dont l’immense bassin se creusait au sud-ouest, rempli jusqu’au bord du sédiment calcaire témoin irrécusable de ses flots disparus.

Aussi loin qu’on peut remonter dans l’histoire, on trouve tout ce vaste espace entre Paris et Orléans couvert de grandes et impénétrables forêts, dont celles de Saint-Germain, Rambouillet, Dourdan, Orléans, Fontainebleau, etc., ne sont que des lambeaux détachés. Au cœur de ces forêts, qui étaient elles-mêmes le cœur de la Gaule, les Carnutes apparaissent comme les antiques possesseurs du sol. Au temps de César, l’homme avait déjà morcelé par le défrichement et coupé par des voies cette vaste agglomération de bois. La portion qui s’étendait sur les confins de la Beauce et de l’Ile-de-France s’appela forêt d’Yveline. ou des Yvelines, nom dérivé, dit-on, de l’humidité de son sol3, et devenu par sa transcription latine l’Aquilina ou l’Æqualina sylva des anciennes chartes4.

Le voisinage des eaux, le cours des rivières ont toujours attiré les hommes et fixé le choix de leur séjour. L’emplacement qu’occupe Dourdan dut tenter, à ce titre, les nomades et primitifs habitants de la forêt. L’Orge, se répandant au milieu du vallon élargi, y formait à la surface du sol, grâce à l’imperméabilité de couches argileuses, plusieurs grands étangs communiquant au terrain, dans cet endroit, une fertilité et une fraîcheur toutes particulières.

La clairière s’agrandit, et les parties défrichées ou desséchées furent peu à peu acquises à la culture. Si l’on nous demande les pièces justificatives de cet âge préhistorique de Dourdan, nous dirons que nous n’en connaissons pas d’autres que la rencontre dans le sol de quelques instruments de pierre et silex taillés, dits haches celtiques. Plusieurs de ces instruments se trouvent dans la forêt, aux abords de Dourdan ; l’un d’eux, qui nous a été remis l’an dernier, a été découvert à la porte de la ville, enfoncé de plusieurs pieds dans le sol de la prairie, précisément à l’endroit du grand étang ou étang du Roi5.

La meilleure preuve de l’existence de Dourdan pendant cette antique période serait le nom même de Dourdan. Dans la première syllabe de ce nom, évidemment fort ancien, on a voulu retrouver la racine dour, dor, dur, dru, qui signifierait « eau, rivière », et s’observe dans tant de noms géographiques : Durocasses, Dordogne, Dordrecht, Durance, etc.6.

Si ce qu’on appelle l’âge de pierre a laissé à Dourdan quelques vestiges, l’âge de bronze, plus voisin ou au moins mieux connu de nous, n’y a pas fourni jusqu’à présent de spécimens caractéristiques comme armes ou ustensiles. Quelques monnaies gauloises7 ont été toutefois rencontrées dans le sol, et la présence d’habitants sur l’emplacement de Dourdan avant la période romaine paraît un fait incontestable. Si on a pu dire avec quelque vérité que sous tout vieux château se retrouve le sol d’une forteresse romaine, et sous toute forteresse romaine un oppidum gaulois, la situation de Dourdan sur un des points extrêmes de la Carnutie, sa position qui commande une vallée fertile, l’élévation naturelle sur laquelle a été bâti son château, suffiraient presque, à priori, pour permettre d’affirmer l’existence d’un établissement antérieur à la conquête.

Quant à la période gallo-romaine, aucune incertitude n’est permise ; les témoins s’en retrouvent tous les jours et nous les indiquerons sommairement.

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