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DROGUES ET SOCIÉTÉ

De
198 pages
La pratique des drogues licites et illicites dans notre société interroge, inquiète et angoisse autant les parents que l'ensemble des adultes en relation éducative avec des enfants ou des adolescents. L'auteur, responsable des actions de prévention en alcoologie et en toxicomanie en Eure-et-Loir, essaie de répondre ici aux uns et aux autres. Au fil des réponses apportées, le lecteur aura la capacité d'une mise en lumière et en perspective des problèmes de drogues dans notre société.
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DROGUES ET SOCIÉTÉ

Pascal LE REST

DROGUES

ET SOCIÉTÉ

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3
1026 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur

La voie du karaté, une technique Imprimerie Durand, 1997.

éducative,

Chartres,

Le karaté de maître Kamohara, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 1998. Sur une voie de l'intégration des limites, Chartres, Comité Départemental de Karaté d'Eure-et-Loir, 1999. Le Karaté, sport de combat ou art martial, Chartres, Comité Départemental de Karaté d'Eure-et-Loir, 2000.

Les jeunes, les drogues et leurs représentations, Paris, L'Harmattan, 2000.
Le karatéka et sa tribu, mythes et réalités, Paris, L'Harmattan, 2001.

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0881-1

A mes enfants, Elie et Guillaume.

« La foi en la vérité commence avec le doute au sujet de toutes les « vérités» en quoi l'on a cru jusqu'à présent.l »

«La souffrance d'autrui est chose qui doit s'apprendre: et jamais elle ne peut être apprise pleinement. 2 »

« Nous sommes en prison, nous ne pouvons que nous rêver libres et non point nous rendre libres.3»

Nietzsche, Opinions et sentences mêlées, [1902], Paris, Denoël Gonthier, 1981, page 26. 2 Nietzsche, Humain trop humain, [1910], Paris, Denol!l Gonthier, 1981, tome 1, page 101. 3 Nietzsche, Opinions et sentences mêlées, [1902], Paris, Denoël Gonthier,
1981, page 36.

I

Avant propos

Pascal LE REST est ethnométhodologue et docteur en ethnologie. Conseiller Technique à la Prévention Spécialisée de l'ADSEA 28, chargé de cours à l'Université de Tours, il est l'auteur de plusieurs ouvrages et d'un précédent livre, publié en 2000 chez l'Harmattan, intitulé Les jeunes, les drogues et leurs représentations. Son intérêt pour cette question est lié à une pratique de terrain qui a duré de 1997 à 1999 au Centre d'Information et de Consultations en Alcoologie et Toxicomanie de Chartres, en Eure-et-Loir.

Depuis lors, sa connaissance des questions d'usages de produits toxiques licites ou illicites suscite des demandes diverses d'intervention, pour des conférences, des débats ou des animations de groupes de paroles, par des institutions diverses, des établissements scolaires ou des structures associatives. Pascal LE REST est, par ailleurs, ceinture noire deuxième dan de karaté, discipline qu'il enseigne depuis sept ans dans une association de l'agglomération chartraine. Le karaté de maître Kamohara, publié aux Presses Universitaires du Septentrion, en 1998, et Le karatéka et sa tribu, publié chez l'Harmattan, en 2001, témoignent de la variété de ses travaux.

La personne qui formule les questions dans cet ouvrage a préféré conserver l'anonymat, compte tenu de sa fonction et de sa position dans l'administration publique. Elle a nourri son questionnement sur le registre. des toxicomanies en suivant Pascal LE REST, dans sa pratique de terrain. Après plusieurs mois de travail commun, de réflexions, de conversations, Pascal et cette personne se sont engagés dans l'idée d'une restitution de ce parcours. Ce fonctionnaire, qui connaissait le regard ethnologique porté par Pascal sur le monde moderne, a orienté le contenu du travail en posant un cadre constitué de ses questionnements. Pascal a accepté les contraintes imposées par ce cadre pour formuler sa vision des choses, en matière de pratiques de produits toxiques licites et illicites dans notre société. C'est le fruit de cette collaboration qui est exposé dans ce livre.

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De quoi parle-t-on quand on parle de société? Le terme société est un mot que tout le monde comprend mais qu'il est redoutablement complexe, délicat et dangereux de traduire dans une définition. Personnellement, en qualité d'ethnologue, je regarde avec beaucoup d'attention les définitions qui peuvent être proposées par les sociologues, les philosophes, les hommes politiques, les idéologues et les citoyens. Dans la production des discours, le concept de société se traduit dans la définition des superstructures et des infrastructures4, des institutions et des acteurs5, dans celle du lien social6 ou de la fracture sociale7. Mais la réalité, c'est la difficulté de traduire le vivant, de capter les limites de ce qui est en train de se faire au jour le jour et que nous appelons, à défaut d'un autre mot, société. La société humaine, c'est ce dans quoi l'homme est situé en permanence, où qu'il soit, qu'il y ait ou non des interactions
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De Marx à Lévi-Strauss, les sociologueset les ethnologuesont tenté cette

impossible entreprise. S Sur ces questions, on peut se référer à Crozier, Touraine et bien d'autres. 6 « Le lien social n'est pas seulement ce qui unit les personnes entre elles, c'est surtout ce qui rattache à la société. La famille, l'école, le travail, la politique étaient avec la religion, les médiations traditionnelles du lien social. Ces instances nécessitent toutes la participation active, l'engagement de chacun et la reconnaissance de règles communes, qui fondent la vie sociale. Il n'y a pas si longtemps, ces « institutions» se relayaient dans un ordre qui allait de soi, l'école formant des individus destinés à entrer sur le marché du travail, à fonder un foyer et qui allaient, ainsi, contribuer, à leur tour, à la pérennisation de la société. » (Tribalat Michèle, Dreux, voyage au cœur du malaise français, Paris, Syros, 1999, page 23 I). « La défection du contrôle social, aux trois niveaux où il peut s'exercer, pose la question de l'état du lien social entre les gens, entre ces derniers et leur environnement (qu'est-ce qui les concerne encore ?), mais aussi entre eux et les institutions. })(Tribalat. Page 241). 7 De Gaulejac Vincent, La lutte des places, Paris, Desclée de Brouwer, 1997. Castel Robert, Métamorphose de la question sociale, Paris, Fayard, 1996.

vécues dans le moment, avec d'autres hommes. Même seul, l'homme est habité par des interactions passées qui n'en finissent jamais de le relier, pour la vie, aux autres hommes8. Cela signifie que si l'homme évolue physiquement dans l'espace, il se déplace aussi dans un univers mental qui s'est échafaudé dans des interactions humaines innombrables. La société vit en lui parce qu'en l'homme vivent le souvenir des parents, leurs prescriptions et leurs proscriptions, leur morale, leur sens de la vie, leur manière de vivre la relation aux autres humains. La société vit en l'homme car il est habité d'une mémoire où dans tout événement, il y a des hommes et des femmes, des enfants et des personnes âgées, où dans toute chose, tout objet, il y a des mots d'une langue donnée qui signifient des pratiques humaines, des cultures humaines, avec des rites et des mythes. La société est mise en scène jusque dans les rêves de l'homme. Au plus profond du sommeil, l'homme rêve dans sa langue maternelle ou dans celle de sa culture d'accueil. Les signes et les sYmboles qui s'y manifestent sont tout autant référés à sa culture. Déjà, Freud reconnaît cela au début du XXèmesiècle quand il écrit « que l'on sait aujourd'hui que tous les songeurs de même langue se servent des mêmes sYmboles.9» Freud déclare de plus que « l'expression sYmbolique du rêve [...] nous conduit bien au-delà du domaine du rêve dans celui de l'imagination populairelO ». Ainsi, l'homme, au cœur du sommeil, dans la dimension la plus privée, inconsciente, intime,

est encore situé dans le social, le culturel, le collectif

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8 Goffinan Erving, Les rites d'interaction, [1967], Paris, Les Editions de minuit, 1998. 9 Freud Sigmund, Le rêve et son interprétation, [1925], Paris, Gallimard, 1980, page Il L 10 Freud Sigmund, Le rêve et son interprétation, [1925], Paris, Gallimard, 1980, page 116.

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La société est une chose qui peut se donner à lire au travers d'un seul homme. C'est d'ailleurs ce qui se révèle dans le livre de Théodora Kroeber IshiI1. Mais le projet de saisir cette chose est si ambitieux que des sociologues, structuralistes ou marxistes, partant du postulat que l'homme n'est que le produit des structures sociales, ont considéré qu'il n'était pas nécessaire d'en tenir compte pour analyser les structures sociales. Au contraire, d'autres courants, tels que l'ethnométhodologie, issue de la microsociologie de l'école de Chicago, ont défendu l'idée selon laquelle c'est l'homme qui crée le social. L'hypothèse implique alors d'entendre les motivations des hommes et des femmes d'un quartier, par exemple, afin de comprendre les façons qu'ils ont de s'y prendre pour construire leurs rapports aux uns et aux autres.. Pour Alain Touraine, chacune des deux options, l'une qui consiste à considérer un système qui exclut l'homme et l'autre qui pense l'homme en dehors de tout système sont toutes les deux problématiques. Touraine analyse alors la société en s'intéressant aux mouvements sociaux, produits par des acteurs, dont les luttes permettent d'imposer un projet ou un modèle de société. La société peut-elle se réduire au seul produit d'une succession de mouvements, de luttes? Assurément, non! Alors, comme titre François Dubet dans l'un de ces livres, Dans quelle société vivons-nous ?12 Effectivement, «L'essentiel est de comprendre jusqu'à quel point la société est moins un tout sociétal qu'une

11Kroeber Théodora, Ishi, Paris, Plon, 1968. 12 Dubet François, MartucceIIi Danilo, Dans quelle société vivons-nous ?, Paris, Seuil, 1998.

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dynamique, qu'une auto production.13}) Seulement, cela ne répond pas à notre question: de quoi parlons-nous quand nous parlons de société? Nous sommes contraints de reconnaître que « notre société est une totalité désarticulée, [...] que, désormais, c'est la désarticulation qui commande la représentation de la totalité. Le principe de totalité ne gouverne plus la vie sociale, il n'est que son principe aléatoire.14 }) Une société, c'est un concept abstrait. Pour le sociologue Talcott Parsons, c'est la culture, en tant que système de symboles expressifs partagés, qui donne forme aux sociétés et assure leur pérennité. Ruth Benedict15 et Margaret Mead 16 ont voulu montrer que la culture s'incarne dans les hommes et les femmes qui constituent le groupe, la société. Elles considéraient donc qu'il fallait partir de l'observation de ces hommes et ces femmes pour comprendre les techniques, les savoir-faire, les façons d'être, les signes et les symboles. Chacun se représente la société en fonction de la place qu'il occupe parmi les autres hommes et femmes qui l'environnent. Certains hommes parcourent de grandes distances et rencontrent des humains de différents groupes, ce qui conditionne leur vision de ce qu'est la société. Cette vision sera très différente de celle que produiront ceux qui vivent depuis toujours sur une aire géographique limitée. Or, dans l'idée de société, ce qui relève du ressenti des hommes est aussi important que ce qui appartient à ce que l'on nomme l'objectivité, celle-ci étant également la production des hommes et par conséquent discutable, révisable,
13 Dubet François, Martuccelli Danilo, Dans quelle société vivons-nous?, Paris, Seuil, 1998, page 300. 14 Dubet François, Martuccelli Danilo, Dans quelle société vivons-nous?, Paris, Seuil, 1998, page 300. 15Benedict Ruth, Echantillons de civilisations, Paris, Gallimard, 1950. Benedict Ruth, Le chrysanthème et le sabre, Paris, Picquier, 1987. 16Mead Margaret, L'un et l'autre sexe, [1966], Paris, Denoël/Gonthier, 1988.

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borné. Alexandre Koyré a montré que la pensée scientifique évolue dans le temps, que certains phénomènes ne sont pas pensables à certaines époques et le deviennent à d'autres. Nous sommes victimes de représentations et nous produisons à chaque époque des représentations de ce qu'est la société, ce qui n'implique pas que nous ayons Une image très fiable de ce qu'elle est en réalité, comme le montre Benedict Anderson17, qui va jusqu'à parler de communautés imaginées. Ceci est important à conserver en mémoire pour aborder la question des drogues dans la société. Ainsi quand nous parlons de société, nous ne savons jamais trop bien de quoi nous parlons, ce qui n'empêche pas certains d'être convaincus de le croire. Mais quand nous en parlons, c'est pour nous y inclure, ce qui suppose que certains puissent en être exclus. Nous parlons de société comme s'il y avait un dedans et un dehors, puisque nous parlons de marge et de marginaux. Quand nous l'évoquons, nous parlons toujours de quelque chose qui réduit la réalité, de nature à produire des sécurisations, des mécanismes sociaux de défense, de protection, contre des objets ou des pratiques, jugés mauvais, dangereux. Ainsi parlons-nous de lien social, d'exclusion ou de fracture sociale. Mais tout homme est dans la société quels que soient ses comportements, ses pratiques, ses conduites. Il a produit des actes que la société l'a conduit à produire. Ce qu'un homme fait, il le produit dans un ordre d'interactions, puisqu'il est habité par le social. Aussi erronées qu'elles soient, les définitions de la société permettent néanmoins de donner du sens à un certain nombre de productions humaines, d'interactions plus ou moins complexes, de mouvements, de signes, de pratiques. Par ces définitions, les
17 Anderson Benedict, L'imaginaire national, Paris, La découverte, 1989.

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hommes créent du sens à leur vécu, mettent en mots la réalité de groupes constitués, structurés. C'est aussi ce qui permet de se représenter un moment et une image incomplète, d'une réalité donnée, dans une aire géographique donnée. C'est un point de vue qui peut apparaître démonstratif, séduisant, lumineux, concret, manifeste et élaboré. Le problème, c'est que la société est une chose qui se construit au jour le jour et qui est bien plus fragile, subjective, imprévisible, livré au désordre et au chaos que nous le croyons. Robert Jaulin disait dans la paix blanche: « Sans doute, lorsque nous parlons de totalité, voire de civilisation, ne savons-nous pas de quoi nous parlons; mais cela n'est pas si important qu'il y paraît, car il suffit que nous sachions avoir à en parler pour que notre discours se justifie, et à condition que nous puissions caractériser une partie de cette totalité.18 }} Quand nous parlons de société, nous parlons de quelque chose qui n'existe que parce que nous y croyons. C'est parce que nous la nommons qu'elle est. Nous nous organisons au jour le jour pour donner vie à quelque chose que nous. projetons, et auquel nous adhérons collectivement. Nous y adhérons aussi parce que les autres y adhèrent. L'ordre qui semble prévaloir est celui auquel les hommes se conforment. Mais ils peuvent cesser de s'y conformer sans que personne ne s'y soit attendu et construire un autre ordre. Pour prendre un exemple, il suffirait que les Français aient le sentiment de vivre dans des tribus qui coexistent, sans contacts réels, avec des enjeux différents, des projets contradictoires, des rites et des mythes respectifs, sans liens, pour que l'idée de tribus s'imposeI9. Or, cela pourrait . advenir. La plupart des hommes et des femmes ne fréquentent pas plus d'une cinquantaine de personnes. Les groupes dans
18Jaulin Robert, La paix blanche, Paris, 10/18, 1974, tome 2, page 273. 19Maffesoli Michel, Le temps des tribus, Paris, Méridiens Klincksieck, 1988.

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lesquels ils sont intégrés évoluent à côté d'autres groupes, dans une ignorance réciproque qui n'empêche pourtant pas la production d'échanges symboliques, internes au groupe, pour signifier l'existence contre les autres, jugés moins bons, positifs, efficaces, pertinents. Le renforcement d'un groupe, par de telles productions, contre les autres, peut se réaliser sans nécessité aucune de relations avec eux. Si les groupes coexistent, ils s'ignorent et n'entretiennent pas de relations matérielles, concrètes. Ils appartiennent à quelque chose de l'ordre du système, mais un système abstrait, qui n'est pas pensé, discuté, analysé et dont l'épaisseur est nulle. La seule épaisseur tangible est celle de l'appartenance au groupe. Ce phénomène est bien analogue à celui de la tribalisation. Chaque tribu élabore ses signes, ses rites, ses initiations, ses passations et son rapport au. dehors. Cela passe par des productions de langage, des manières d'utiliser des objets usuels, d'accéder à des types d'objets et pas à d'autres, de valoriser des conduites et de dénigrer certaines autres. C'est ainsi que dans le système des valeurs que le groupe construit, la violence peut être un vecteur d'affirmation vécu comme quelque chose de positif Celui qui recourt à ce vecteur peut se mettre hors la loi dans la société mais obtenir des signes de reconnaissance valorisés dans son groupe. C'est ce qui se produit dans des quartiers où passer par la prison constitue une sorte de diplôme, une initiation accessible, la seule parfois disponible. Or, pour celui qui correspond à ce cas de figure, le groupe auquel il appartient est tangible, rée~ concret. La société est abstraite, irréelle et incarnée par des juges qu'il ne comprend pas. Cette. lecture des choses peut paraître excessive. Cependant, les sociologues parlent de styles, les commerciaux de niches, ce qui

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caractérise la polymorphie des pratiques, des attitudes, des comportements, des conduites. On ne s'adresse pas de la même manière pour tout le monde. La publicité elle-même cible les hommes et les femmes en distinguant des profils. De façon générale, là où la société a le plus de réalité pour l'homme, c'est au travers des institutions: l'école, la police, la gendarmerie, l'armée, la préfecture, l'hôpital, la poste, le centre des impôts, les diverses administrations. Par la relation que l'homme entretient avec elles sur le territoire qu'il « habite », il peut parvenir à se représenter ce qu'est l'Etat ftançais. La société peut se révéler encore dans la promiscuité aux autres hommes, qu'il ne connaît pas et qui ne le reconnaissent pas, dans le centre commercial, le stade de football, le gymnase, etc. Là où la société a le moins d'épaisseur, c'est dans l'habitat, la sphère du privé. Cependant, le social est toujours présent puisqu'il donne à se voir, se lire ou s'entendre, par la télévision, l'ordinateur, la radio, le téléphone. La société, c'est un peu comme dans les livres de Philip K. Dic~o. Il Y a des moments où l'on a le sentiment de quelque chose de pas tout à fait vrai, d'un univers en carton pâte, où on peut croire que la réalité va se déchirer, pour laisser apparaître autre chose, un autre cauchemar. En quelques mots, qu'est-ce qui constitue une société? Une société est -vivante parce qu'elle est constituée par des hommes et des femmes. Elle se construit en permanence et change de formes, modifie son cadre, ses limites, ses choix, ses
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Parmi les nombreux titres de Philip K. Dick, on peut citer Le maitre du

haut-château, Docteur Bloodmoney, Au bout du labyrinthe, Ubik, L 'œil dans le ciel, La vérité avant dernière, ouvrages publiés principalement aux éditions Robert Laffont, Denoël et dans le Livre de poche.

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modèles, à grande vitesse, parce que ce sont les hommes et les femmes qui donnent du sens à leurs rapports. Or, les hommes peuvent modifier le désir de la forme, du contenu de ces rapports. La justice et les lois sont un exemple de cela. Les lois sur les rapports co~ugaux ont modifié la vie des hommes et des femmes depuis le milieu des années soixante d~l. Mais, c'est sous la pression des hommes et des femmes que les lois sur le divorce, par exemple, sont apparues. C'est dans la dynamique de la production des pratiques et des échanges que nous pouvons saisir les mouvances d'une société. Or, ces mouvances ne sont pas, par définition, des donnés, des faits sociaux, mais des processus. Ces processus ont une histoire qui peut être étudiée, voire comprise. Mais ils n'ont de fin qu'avec les hommes et les femmes qui les produisent continuellement. Les rapports des hommes et des femmes d'une société se définissent sur des dimensions différentes. Les rapports que les hommes et les femmes entretiennent entre eux, avec les choses, avec la vie, avec la mort signifient quelques éléments de ce qui constitue une société. Les rapports peuvent être saisis par les échanges qui se produisent entre les vivants et les morts, entre les hommes et les femmes, entre les adultes et les enfants, entre les enfants et leurs liens aux objets, entre les personnes âgées et les générations plus jeunes. Mais saisir l'ensemble des échanges de biens et de maux qui sont produits dans une société est un travail titanesque qui, de plus, est impossible à réaliser complètement. Il y a des phénomènes qui sont impensables à certaines époques et qui le deviennent à d'autres. Les pensables et les impensables évoluent d'une époque à l'autre. Le problème des drogues confi:onte à cette question des impensables de notre époque.
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Le livre de Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, est très
en tant que regard porté sur cette mutation.

intéressant

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