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DROIT ET SOCIETE AU MIROIR DE LA CHANSON POPULAIRE

198 pages

Cet essai explique comment la chanson populaire congolaise véhicule des modèles de comportement et de conduite juridicisés et utilisés dans un contexte de pluralisme juridique, de crise sociale, politique et économique et, finalement, de recherche d'une innovation normative.

Publié par :
Ajouté le : 01 juin 2012
Lecture(s) : 37
EAN13 : 9782296495913
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DROIT ET SOCIÉTÉ AU MIROIR DE LA CHANSON
POPULAIRECOLLECTION
PUBLICATIONS DE L’INSTITUT UNIVERSITAIRE
ANDRÉ RYCKMANS
1. Camille K UYU, Droit et société au miroir de la chanson populaire. Anthro-
pologie juridique des relations entre les sexes à Kinshasa, 2008.
2. Camille K UYU, Écrits d’anthropologie juridique et politique, à paraître.
La collection PUBLICATIONS DE L’INSTITUT UNIVERSITAIRE ANDRÉ
RYCKMANS rassemble des recherches originales et rigoureuses des cher-
cheurs de l’Institut et de ses membres associés. Les différentes publica-
tions, dont certaines émanent des recherches doctorales, dans le domaine
des sciences humaines et sociales, concernent principalement les études
africaines et africaines-américaines, ainsi que des questions relatives à des
migrations internationales. Elles se situent dans une perspective d’innova-
tions normatives et de développement économique et social, et privilégient
les approches interdisciplinaires et comparatives. Collection
PUBLICATIONS DE L’INSTITUT UNIVERSITAIRE
ANDRÉ RYCKMANS
N° 1
DROIT ET SOCIÉTÉ AU MIROIR
DE LA CHANSON POPULAIRE
Anthropologie juridique des relations entre les sexes
à Kinshasa
Camille KUYU
P.U.R.D/2008/4910/11 ISBN 978-2-87209-900-9
© Bruylant-Academia s.a.
Grand’Place, 29
B-1348 LOUVAIN -LA -N EUVE
www.academia-bruylant.be
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque pro-
cédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de
ses ayants droit.
Imprimé en Belgique.À Arlène Damys, mon épouse
À Anthony, Darlène et Marc-Arthur, mes enfantsAvant-propos
OUS SOMMES DANS LES ANNÉES 1980. Il est 20 heures 30, Nlorsque la speakerine de la télévision nationale annonce,
comme tous les jeudis, l’émission Théâtre de Chez Nous. Au pro-
gramme ce soir, le troisième épisode de la très célèbre pièce Sans
soucis contre Diallo. La nuit est douce. Les rues sont désertes. La
1télévision apprivoise tous les Kinois . Dans les quartiers populaires,
des téléviseurs sont installés dehors, pour partager l’événement avec
2des voisins qui n’en ont pas. La chanson Laisser tomber intervient :
c’est le générique de l’émission. Des rires fusent de partout lorsque
l’acteur Ngadiadia entre en scène. Pendant plus de deux heures, cet
acteur et ses compagnons feront oublier aux Kinois leur struggle for
3life .
Sans soucis contre Diallo met en scène les régulations des relations
entre les membres des deux sexes de la société congolaise. Masumu
et sa femme Mopepe vivent dans l’aisance matérielle. Ils ne sont
cependant pas heureux. Et pour cause. Mopepe est stérile. Malgré
4les incursions de Masumu chez des Nganga , sa femme n’arrive pas
à concevoir. Le couple reste toutefois uni jusqu’au moment où deux
événements viennent le menacer.
La première menace vient de la famille du mari qui, mécon-
tente de voir ce dernier continuer à vivre avec une femme stérile,
lui choisit une autre femme au village et la lui envoie à Kinshasa.
Celle-ci arrive en l’absence de son destinataire. Masumu et sa
femme avaient deux domestiques, un Sénégalais dénommé Diallo,
et un Zaïrois répondant au sobriquet Sans Soucis. Ce dernier se
5fait passer pour son patron et détourne le colis postal . C’est ainsi
que la première menace qui a failli perturber le foyer de Masumu et
1 Les habitants de Kinshasa. Le terme s’applique aussi à tout ce qui est relatif à
la ville de Kinshasa.
2 La chanson Laisser tomber de Fariala dénonce la légèreté des mœurs des femmes
kinoises.
3 Lutte pour la survie.
4 Tradi-praticiens.
5 C’est ainsi que sont désignées les femmes choisies au village par des parents et
expédiées en mariage à Kinshasa ou dans d’autres grandes villes.8 Droit et société au miroir de la chanson populaire
Mopepe est écartée. S’agit-il d’un arrangement entre Masumu et son
domestique ? Nul ne le sait.
La deuxième menace est cependant plus sérieuse. Masumu
6prend un bureau . Il fnit par abandonner le toit conjugal.
Diallo, le domestique sénégalais, profte de cette absence de son
patron pour courtiser la patronne. Il réussit son coup et devient
l’amant de Mopepe.
Pour avoir de l’argent, Diallo se fait passer pour un marabout. Il
est arrêté pour escroquerie. Sa compagne Mopepe est aussi arrêtée
pour complicité. Le gouvernement sénégalais envoie un avocat au
Zaïre pour plaider la cause de Diallo. Maître Ndiaye arrive à Kin-
shasa et fait libérer Mopepe en lieu et place de son frère Diallo.
Lorsque ce dernier retrouve sa liberté, c’est avec stupéfaction qu’il
constate ce qu’il appelle la trahison de son frère : l’avocat est devenu
l’amant de Mopepe. Mais, jusques à quand durera ce désordre ?
Déshonoré par le comportement de son épouse, malgré leur
séparation de fait, Masumu décide de vendre sa villa afn de mettre
fn au désordre. Il vient faire part de son intention à Mopepe. Mais,
celle-ci, rusée qu’elle est, réussit à lui faire changer d’avis et à se faire
pardonner. Maître Ndiaye comprend de lui-même qu’il n’avait plus
de place dans cette maison et se retire. Masumu, de son côté, met
fn à sa liaison avec son deuxième bureau.
Il est 22 heures 30 lorsque intervient le générique. L’ émission
se termine là-dessus. La speakerine, souriante, reprend l’antenne :
« vous retrouverez Sans Soucis jeudi prochain dans une nouvelle pièce ». Les
téléspectateurs se dispersent en commentant l’émission. Certains
7d’entre eux se retrouveront tout à l’heure dans des nganda . Mais,
l’anthropologue du droit s’interroge : comment, au milieu de tant de
désordre et de dérèglement, la vie continue à avoir un sens ? C’est le
mystère de Kinshasa.
Cette interrogation fondamentale guide mes réfexions dans
les pages qui suivent. Mais, plutôt que de partir de ce miroir de
la société kinoise qu’est le Théâtre de Chez Nous, j’ai choisi un autre
miroir de la société auquel les Kinois sont encore plus attachés : la
chanson populaire.
Je remercie Michel Alliot qui m’a ouvert les portes de cette
auberge espagnole qu’est le Laboratoire d’Anthropologie Juridique
6 Seconde épouse. Nous reviendrons plus loin sur cette forme d’union matri-
moniale.
7 Le terme nganda signife coin de retraite du pêcheur. En parler kinois, il vient à
désigner un lieu de rencontre où l’on peut manger et boire entre amis. Par extension,
le terme s’applique à buvette, bar ou night-club.Avant-propos 9
de Paris, et qui m’a permis de comprendre qu’au-delà de la musique il
y a une métamusique qui mérite l’attention non seulement des théori-
ciens et anthropologues du droit, mais aussi d’autres spécialistes des
sciences sociales. Je rends un vibrant hommage à Étienne Le Roy, au
moment où il prend sa retraite, pour tout ce qu’il a fait pour moi. En
efet, au-delà d’une étroite collaboration scientifque ces vingt der -
nières années, ce dernier m’a toujours prêté une oreille attentive, et
a contribué, consciemment ou non, à éclairer mes choix humaniste
8et spirituel .
Je manquerais à mon devoir de reconnaissance si j’oubliais de
remercier de tout cœur mes collègues Jacques Commaille, Musanji
Mwatha Ngalasso, Jean Kazadi Ntole et Elikia Mbokolo, pour leurs
remarques, critiques, conseils et encouragements qui m’ont per-
mis d’aboutir à cette publication. Je n’oublie pas Nicole Ntumba
Bwatshia, assistante aux Publications de l’Institut universitaire
André Ryckmans, qui a saisi une partie du manuscrit.
J’espère vivement que le lecteur trouvera dans ce livre des élé-
ments nécessaires à la compréhension de la vie sociale et juridique
africaine, et que la chanson populaire sera prise au sérieux comme
objet des sciences sociales.

8 Voici un beau témoignage en rapport avec cet hommage. En 1992, Étienne Le
Roy me fait découvrir l’Académie Européenne de Théorie du Droit, dont il fait partie
en tant qu’enseignant. Je m’installe dès lors pour une année universitaire à Bruxelles.
J’y découvre et fréquente un groupe de prière du renouveau charismatique dans la
commune d’Ixelles. Le mardi 16 février, je me retrouve devant un dilemme. Je veux
me rendre à la prière. Mais je n’ai que 100 francs belges. Il me faut choisir entre aller
à la prière et garder cette somme d’argent pour payer mon transport pour me rendre
à l’université le lendemain. Je me souviens alors du passage de l’évangile de Jésus selon
saint Jean, sur la multiplication au centuple, commenté par le berger à la réunion
précédente. Je décide d’aller à la prière, avec l’espoir secret que Dieu me rende ces
100 francs au centuple. Eric Maulin, un camarade français de la promotion vient avec
moi. En chemin, il me dit qu’il a reçu sa bourse et me propose de m’ofrir 2000 francs
belges. Ce qu’il fait le lendemain. Le jour suivant, le jeudi 18 février, Étienne Le Roy
m’ofre 8000 francs belges à la fn de son cours. Le calcul est vite fait. Mes 100 francs
belges sont multipliés au centuple, le troisième jour…Introduction
ANS TOUTES LES SOCIÉTÉS, la chanson populaire véhicule des Dmodèles de comportement et de conduite privilégiés par les
populations. Dans les sociétés africaines, ces modèles qui ont le
poids d’une norme juridique dans un contexte d’apparente anomie
(du moins si l’on s’en tient aux critères classiques du droit occiden-
tal), constituent le fondement privilégié du droit.
Qualifés de droit informel par les juristes attachés au positivisme
étatique, les modèles de comportement et de conduite que les
populations ou diverses organisations de type extrêmement divers
génèrent ont, en réalité, comme caractéristique principale ce fait
que leur nature est essentiellement coutumière au sens où ce terme
est entendu non dans un vocabulaire colonial, mais dans la théorie
du droit, c’est-à-dire qu’ils trouvent surtout leur origine dans le com-
portement des individus reconnu comme juridique par les membres
1du groupe social .
Notre étude porte sur les relations entre les sexes qui consti-
tuent le thème de prédilection de la chanson populaire congolaise,
et aussi le domaine où se manifeste le mieux l’innovation juridique
africaine. Notre objectif est d’identifer les régulations réelles
des rapports entre les hommes et les femmes de Kinshasa, et les
logiques qui les déterminent. Ce qui nous intéresse ici, c’est de com-
prendre comment, en situation de crise généralisée, les modalités
ofcielles de transmission du modèle moderne tombant en panne,
un phénomène de substitution se met en place et conduit non seule-
ment à assurer la reproduction de l’identité collective mais en outre
inféchit cette dans le sens d’une meilleure adaptation
aux contraintes de la société.
L’ étude permet aussi d’éclairer les choix de société et les modes
de vie des Kinois à partir d’un mode d’expression auquel ils sont
1 J. VANDERLINDEN, « Appel à communication », revue électronique Afrilex, n° 1,
Bordeaux, CEAN.12 Droit et société au miroir de la chanson populaire
très attachés, de mieux mettre en évidence les formes de sociabilité
actuelles à Kinshasa, de penser la reconstruction sociale à partir des
représentations plus endogènes qu’occidentales, et de comprendre
des principes de fonctionnement généralisables à l’ensemble des
sociétés.
Pour atteindre les objectifs fxés, l’étude s’inscrit dans la
problématique générale de l’anthropologie juridique et dans sa
démarche méthodologique : enquêtes de terrain, analyse des dis-
cours, pratiques et représentations, et identifcation des logiques
de leur déploiement interne. Toutefois, il a fallu adapter cette
démarche anthropologique à la nature de notre matériau empirique :
des paroles chantées. En analysant ce matériau, nous nous sommes
eforcé de faire ressortir les trois niveaux en profondeur chers à
Georges Gurvitch. Le premier niveau est celui des jugements de
réalité ou de sens commun. Il s’agit de ce que les épistémologues
désignent par champ doxologique, c’est-à-dire le champ du savoir non
systématisé, du langage et des évidences de la pratique quotidienne.
Le deuxième niveau est celui des jugements intellectualisés. C’est le
champ épistémique, c’est-à-dire le champ de la connaissance scienti-
fque parvenue à un degré d’objectivité reconnu : état des théories,
état de la réfexion épistémologique, état de la méthodologie, état
de la technique d’investigation. Le troisième niveau est celui des
représentations implicites. Dans toutes les sociétés, ces dernières constituent des éléments de censure. Elles sont
largement inconscientes.
Pour ne pas nous perdre dans des considérations trop générales,
nous avons opté pour une analyse approfondie de huit chansons.
Nous aurions très bien pu limiter notre analyse à ces chansons, tant
est précis et explicite le droit qui s’y développe. Mais il nous a paru
moins fastidieux d’inclure des citations tirées d’autres chansons, et
prouver ainsi que notre démonstration ne s’applique pas seulement
aux huit chansons retenues.
L’ ouvrage comprend deux parties. La première est consacrée à
l’identifcation des modèles de comportement et de conduite véhi -
2culés par les chansons du corpus . Les deux chapitres de la partie
sont consacrés respectivement aux modèles de comportement et
de conduite de la femme, et à ceux de l’homme. La deuxième par-
tie aborde, dans un premier chapitre, les logiques de déploiement
2 Ces chansons datent des années 90. Mais les modèles de comportement et
de conduite qu’elles véhiculent restent d’actualité à Kinshasa, et aussi dans tout le
Congo.Introduction générale 13
interne des pratiques analysées, et dans un deuxième la question
éthique qui explique l’hiatus entre l’autorité du musicien et son
statut social réel.
Comme le dit si bien Monique Chemiller Gendreau, « la défni -
tion du droit ne s’impose pas comme une évidence. Si chacun par
intuition croit savoir à peu près ce qu’est le droit, le passage de cette à une connaissance élaborée met à jour de nombreuses
3difcultés » . Notre ouvrage n’a aucune prétention d’aider le lecteur
à opérer ce passage. Car l’anthropologue du droit porte moins son
attention sur la connaissance élaborée du droit que sur les processus
de juridisation.

3 M. CHEMILLER GENDREAU, Introduction générale au droit, Paris, Eyrolles Uni-
versité, 1990, p. 1. Pour aller plus loin, S. RIALS (dir.), « Défnir le droit », in Droits,
osn 10 et 11, Paris, PUF, 1990.Première partie
Chanson populaire
et modèles socio-juridiques
N AFRIQUE SUBSAHARIENNE, le fondement privilégié du droit Eest le modèle de comportement et de conduite, et non la norme
générale et impersonnelle. À partir d’une lecture anthropologique
des chansons populaires du Congo, nous allons nous atteler à une
identifcation et à une analyse de diférents modèles de comporte -
ment et de conduite qu’elles véhiculent. Contrairement aux normes
de droit positif qui sont prescrits ou interdits, les modèles sont valo-
risés ou dévalorisés. Dans un premier chapitre, il sera question des
modèles de la femme, et dans un deuxième de ceux de l’homme.
Chapitre 1
Les modèles de comportement
et de conduite de la femme
A FEMME occupe une place importante dans la chanson popu-Llaire de la République démocratique du Congo dont le thème
de prédilection est l’amour. S’il est vrai que c’est sa beauté qui est le
thème le plus exploité par le musicien, il est aussi vrai que ce dernier
s’intéresse, souvent avec une pointe de misogynie, à ses modèles
de comportement et de conduite. Les chansons analysées dans ce
chapitre véhiculent des modèles de mauvaise femme et/ou épouse :
celle qui vit simultanément avec deux hommes (1.1), celle qui s’em-
pare des partenaires masculins de ses proches (1.2), celle qui fait des
scènes de ménage quand le mari connaît des difcultés fnancières
(1.3), celle qui ne s’attache à un homme que par intérêt (1.4), et celle
qui suit de mauvais conseils de ses amies (1.5). Voyons donc de près
ce qu’il en est.
1.1. Contre ma volonté
Par Pascal Tabu Ley Rochereau et l’orchestre Afrisa internatio-
nal, Brazzaville, Genidia, 1987.
1.1.1. L’auteur
Tabu Ley Rochereau est né à Baningville, au Congo belge, le
13 novembre 1940. Lorsque ses parents déménagèrent à Kinshasa,
il n’a que six mois. Il fut surnommé Rochereau par ses camarades
parce qu’il était le seul élève de la classe à connaître le nom du colo-
nel Denfert Rochereau, défenseur de la ville française de Belfort
econtre les Prussiens, au XIX siècle. Après ses études, Tabu Ley
débuta sa carrière musicale dans l’orchestre African Jazz de Grand
Kallé, en 1959. Sa première chanson dans ce groupe, Kelia, connaîtra
un franc succès. En 1963, il rejoint Nicolas Kasanda, dit docteur
Nico, dans l’African Fiesta. Il créera quelques années plus tard son
propre groupe qu’il dénommera l’African Fiesta National, et qui
deviendra plus tard l’Afrisa International.18 Chanson populaire et modèles socio-juridiques
En 1970, Rochereau se produit à l’Olympia de Paris. Les roche-
rettes, premières danseuses professionnelles dans l’histoire de la
musique congolaise, marqueront les esprits pendant la décennie
1970-1980. Les années 1980-1987 ont été marquées par la présence
de la chanteuse Mbilia Bel, qui apporta un nouvel élan à l’Afrisa.
Tabu Ley continue sa carrière musicale tout en s’intéressant à la
vie politique de son pays. Durant les cinq dernières années, il a été
député national, et vice-gouverneur de la ville de Kinshasa.
1.1.2. La chanson
La chanson Contre ma volonté relate l’histoire d’une jeune femme
mariée trop jeune et contre sa volonté, par ses parents. À l’âge de
maturité, elle rencontre un autre homme dont elle tombe amou-
reuse. Elle décide alors de mener une double vie, c’est-à-dire de
vivre simultanément avec les deux hommes, le premier pour la
double sécurité qu’il ofre, sur les plans économique et statutaire,
et le second pour l’équilibre sentimental. Mais la norme coutumière
n’autorise pas une femme à avoir simultanément deux hommes dans
sa vie.
1.1.3. Identifcation des modèles de comportement et de
conduite
Plusieurs modèles sont véhiculés par la chanson Contre ma
volonté. Ils concernent non seulement les relations entre les parents
et leurs enfants, mais aussi celles entre les femmes et les hommes.
Seuls les modèles de la femme, dans ses relations avec les hommes,
nous intéressent ici. Nous avons identifé les quatre suivants :
a) Modèle dévalorisé : avoir deux hommes à la fois, un pour l’argent,
un par amour
Le modèle dévalorisé est celui de la femme qui mène une double
vie, qu’il s’agisse de la jeune femme célibataire qui vit simultanément
avec deux hommes, un chic et un chèque, ou de la femme mariée qui a
un pied dedans et un pied dehors. Insistons sur cette dernière.
Le modèle est assez généralisé à Kinshasa où bien des
femmes mariées, parmi lesquelles celles engagées dans des
services publics, para-publics ou privés, pour s’acheter des bijoux,
des produits de beauté, des chaussures et des pagnes, n’hésitent pas
à répondre positivement aux demandes sexuelles de leurs supérieurs
hiérarchiques. Souvent aussi, les avancements et/ou le maintien à un