//img.uscri.be/pth/5ec3e99eb8c01b6a4b47003aabee5132f3bc14d5
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Droits culturels et traitement des violences

De
215 pages
Les facteurs culturels, notamment les pathologies identitaires, restent sous-estimés dans la compréhension des causes de violence. Ils sont également négligés dans les processus de démocratisation auxquels toute nation est confrontée. Cependant, la violation des droits culturels apparaît comme une des origines principales des violences, celles-ci s'accompagnant d'humiliation identitaire et de destruction des liens sociaux. C'est pourquoi les droits culturels doivent faire l'objet d'une attention permanente.
Voir plus Voir moins

DROITS CULTURELS ET TRAITEMENT DES VIOLENCES

Ce document constitue les actes du colloque « Droits culturels et traitement des violences» qui s'est tenu à Nouakchott, en Mauritanie, les 9, 10 et 11 novembre 2007. Il fait suite à deux autres colloques organisés par les chaires UNESCO partenaires de ce programme:
-

« L'éthique

de la coopération

internationale

et l'effectivité

des droits

humains» publié chez le même éditeur; - « Cultura, Educaciôn y Desarroll » publié à Mexico, par la Cattedra UNESCO de Derechos Humanos de la Universidad Nacional Autônoma de México (UNAM). L'association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA), qui a participé au colloque, a accepté d'apporter son appui à l'édition et à la publication des actes en guise de soutien à la réflexion sur l'éthique de la coopération internationale et l'effectivité des droits humains.
Photo de couverture et maquette: Banque mondiale, Curt Carnemark; ~ UNESCO, Burke Niamh; Roger, Dominique; Marie Moncet Ouvrage paru dans cette collection

L'éthique de la coopération internationale et l'effectivité des droits humains - Actes du colloque international et interinstitutionnel, Université de Bergame, 12-14 mai, 2005)

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07014-1 EAN: 9782296070141

Sous la direction

de

Stefania Gandolfi Abdoulaye Sow Caroline Bieger- Merkli Patrice Meyer-Bisch

DROITS CULTURELS ET TRAITEMENT DES VIOLENCES
Actes du Colloque international (Nouakî'hott, 9-11 novembre 2007)

L'Harmattan

Droits culturels et traitement des violences
Actes du colloque international Université de Nouakchott, 9-11 novembre 2007

Colloqueorganisé ar: p Centre interdisciplinaire des droits culturels, Université de Nouakchott Chaire UNESCO pour les droits de l'homme et l'éthique de la coopération internationale de l'Université de Bergamo, Italie Chaire Unesco des droits de la Personne et de la Démocratie, Université d'Abomey-Calavi, Bénin Institut interdisciplinaire d'éthique et des droits de l'homme et Chaire UNESCO pour les droits de l'homme et la démocratie, Université de Fribourg, Suisse
Avec le partenariat de :

Région Lombardie, Italie Organisation Internationale de la Francophonie Département de Philosophie et de Sociologie de Nouakchott L'Association des Femmes Chefs de Famille Département fédéral des affaires étrangères, Suisse

~eLombcJr.
L'

CNfTnmA
,,,"'~}j%W""'" "'""

J:1'ŒSCQ
D' .''''''''4

~

nUtl I.ciancoot la ",nur. s
pour r'.duoatkm,

H'emattan

~ .£fi
' .

'r,rG~

"'''''.",""'''''', ",-"""'0"", ...,',.""'''"" "..,..

des Na""n. u

""""'--

la francophonie

""t".""." "". '''''f"''i'.ft!M<,''.f ,,*

0
'

.,'

Droits culturels et traitement des violences Sommaire
Thème du colloque In tro du cti 0 n
Les droits culturels, une compréhension plus exigeante de la sécurité humaine (Caroline Bieger-Merkli, Stefania Gandolfi, Abdoulaye Sow, Patrice Meyer-Bisch)

1

Première partie Droits culturels et sécurité humaine Stefania Gandolfi:
Sécurité humaine et développement 11

Alexandra Veleva :
Le projet politique de la Francophonie et la sécurité humaine 25 .3

Caroline Bieger-Merkli :
La sécurité ne peut pas être (( greffée
))

Patrice Meyer-Bisch: Aux sources de la violence: mépris de la diversité et violation des droits culturels

51

Jean-Bernard Marie:
Lutte contre la violence à l'égard des femmes et facteurs culturels: ressources juridiques

dans le cadre universel et régional..

77

Deuxième partie Une gouvernance culturelle en faveur de la paix Abdoulaye Sow:
Le respect des droits culturels comme condition de la réalisation de la paix civile en Mauritanie 97

Ibrahima Traoré: Unelangue pour la paix Claudia Cremonesi :
Education et sécurité humaine Simon Obanda :. L'arbre à palabre. Médiation entre le dissensus et le consensus

113
129

143

Kassoum Coulibaly :
Du traitement de la violence chez les Bambara au Mali 159

Document de synthèse Droits culturels et traitement des violences aux sources de la sécurité humaine Annexe Les droits culturels, Déclaration de Fribourg

175

193

Thème et hypothèse
le recueil de l'universalité par l'accuez} de la diversité le recueil de la diversité par l'accuezJ de l'universalité

Les facteurs culturels et notamment les pathologies identitaires, restent largement sous-estimés dans la compréhension des causes de violence, en amont durant la prévention des conflits, et en aval dans les modes de réconciliation. Ils sont parallèlement négligés dans les processus de démocratisation auxquels toute nation, quelque soit son degré de développement et de démocratie, est confrontée. Il nous paraît essentiel dans cette perspective de remplacer les expressions de «lutte contre la violence », de «lutte contre le terrorisme» et de « lutte contre la pauvreté» par celle de lutte pour la paix et pour la richesse humaine. L'objectif est alors positif, refusant les solutions qui font croire que la violence peut s'extraire, que la sécurité humaine peut être opposée aux libertés et qu'enfin on peut lutter contre le rien de la pauvreté, alors qu'il convient d'abord de déceler et de renforcer les ressources, notamment culturelles, dans leur diversité et leur originalité. Il s'agit de démontrer - telle est notre hypothèse - que la protection mutuelle de la diversité et des droits culturels est prioritaire pour valoriser les capacités des personnes et, par conséquent, traiter la violence et la pauvreté par une compréhension plus fondamentale de la dimension culturelle de la paix et de la richesse, comprise dans toutes les dimensions de la richesse humaine. L'analyse porte par conséquent sur les droits culturels au croisement du droit, de l'anthropologie, de la philosophie et des sciences politiques en interaction avec les observations de terrain. Le système de collecte des informations ainsi que la méthodologie dans la rédaction des différentes observations font ressortir l'importance du poids et de la signification des conceptions, des mots et des pratiques dans la tradition des droits humains et surtout

l'emprise des valeurs socioculturelles dans le respect de la dignité humaine. Il s'agit maintenant de cerner de plus prés les traditions et les logiques qui sous-tendent les droits humains dans les différentes cultures, d'approfondir et de croiser les bonnes pratiques d'identifier des stratégies culturelles d'alerte précoce de violations des droits humains et enfin les mécanismes de valorisation des ressources culturelles permettant de déconstruire les mauvaises pratiques. L'universalité concrète, recueillie dans le respect et la valorisation diversité des situations est le lieu difficile de la paix. de la

Introduction Les droits culturels, une compréhension exigeante de la sécurité humaine

plus

Promouvoir les droits culturels pour traiter les violences et l'insécurité afin de restaurer la pleine dignité de l'homme a été l'une des aspirations les plus profondes pendant le colloque international qui s'est tenu à Nouakchott du 9 au 11 novembre 2007. Organisé par la Faculté des Lettres de l'Université de Nouakchott, en particulier le nouveau Centre Interdisciplinaire d'étude des Droits Culturels (CIDC), la Chaire UNESCO pour les Droits de l'homme et l'éthique de la coopération internationale de l'Université de Bergamo (Italie), la Chaire UNESCO des droits de la Personne et de la Démocratie de Université d'Abomey-Calavi (Bénin) et l'Institut interdisciplinaire d'éthique et des droits de l'homme et Chaire UNESCO pour les droits de l'homme et la démocratie de l'Université de Fribourg (Suisse), ce colloque s'inscrit dans la continuité d'une recherche consacrée à l'objectivité des droits de l'homme comme normes de l'éthique, ou légitimité politique, de la coopération internationale1. Ce colloque avait en particulier les objectifs suivants:

1 Voir: GANDOLFI, S., MEYER-BISCH, P., TOPANOU, V. (55. La dir. de), 2006, L'éthiqt/e de la coopérationinternationaleet l'eJfectivitédes droits ht/mains, Paris, L'Harmattan. Ce colloque s'est achevé par l'adoption du Doct/ment de Bergamo, w,vw.unibg.it, qui est aussi le Document de Synthèse 12 de

Introduction

1.

clarifier les concepts et les méthodes qui mettent en évidence le lien entre les droits culturels et le traitement des violences en démontrant que la protection mutuelle de la diversité et des droits culturels est prioritaire pour valoriser les capacités des personnes, analyser les droits culturels au croisement du droit, l'anthropologie, de la philosophie et des sciences politiques interaction avec les observations de terrain, de en

2.

3.

diffuser et discuter la situation des droits culturels à la lumière de la réalité mauritanienne et régionale en dénonçant à la fois les mauvaises pratiques et en identifiant les stratégies culturelles d'alerte précoce permettant de les déconstruire, observer et société civile culturels dans construction réconciliation analyser la participation des organisations de la à la prise en compte de l'importance des facteurs la compréhension des causes de violence et dans la démocratique et dans la dynamique de nationale.

4.

Le présent ouvrage rassemble les diverses contributions qui ont été présentées lors du colloque. Il nous invite à discuter à la fois les concepts et la pratique, ou plus exactement leur éclairage mutuel. Les différentes interventions ont mis en lumière que le traitement de la violence ne pouvait pas être pensé sans faire recours au concept de sécurité humaine. Ce dernier a connu d'importantes transformations et demande à être repensé à la lumière des droits de l'homme, et des droits culturels en particulier. C'est dans les années cinquante que le théoricien behavioriste K. Deutsch, développe le concept de communauté de sécurité qui se détache d'une approche basée sur l'autorité Étatique pour s'orienter sur les personnes et leurs capacités pour régler les différends. Dans les années

l'observatoire de Le texte en ligne déroulé à Cuba, BISCH, P (eds.),

la diversité et des droits culturels www.droitsculturels.org. est une seconde version corrigée suite au colloque qui s'est voir: GANDOLFI, S., , Martin /G. Ramirez, MEYERCultura, Educadony Desarrollo,UNAM, Mexico

2

Les droits cu/ture/s, une compréhension plus exigeante

de /a séCllrité humaine

soixante-dix, Joseph Nye et Robert Keohane2 donnent naissance aux théories de 1'« interdépendance complexe» qui rompent avec la vision dominante des relations internationales, notamment le paradigme « réaliste» selon lequel l'ordre international est le champ exclusif d'exercice du pouvoir des Etats. Les théories de l'interdépendance complexe montrent qu'une vision essentiellement stato-centrée ne reflète pas la réalité du système international. La mise en scène de tous les acteurs de la société en interaction avec les acteurs publics amène à penser une souveraineté démocratique non réduite dans celle des Etats. Ces changements ont aussi influencé la manière de percevoir les enjeux et les conflits qui s'articulent dans des revendications de multiples particularismes et identités culturelles qui constituent des puissantes réactions identitaires. Dans ce contexte, la sécurité ne peut plus simplement être perçue comme une affaire stratégique qui implique le hard power, c'est-à-dire les traditionnels domaines de la coercition et des moyens militaires. Le soft power3, c'est-à-dire la puissance «douce» qui repose sur des moyens institutionnels, économiques ou coopératifs, sur la capacité d'attraction, l'exportation de normes et valeurs, la capacité d'influence indirecte, est prioritaire. C'est à ce thème qu'est consacrée la première partie de l'ouvrage. Ce déplacement de la force étatique vers celle du peuple a donné naissance au concept de sécurité humaine qui se focalise, vers la fin du 20èmc siècle, sur la protection des peuples contre des menaces diverses. La sécurité ne se décrit pas seulement à travers l'absence de conflits militaires interétatiques ou de conflits internes. Se décrivant initialement par l'absence de la peur et l'absence des besoins, la sécurité humaine devient l'affaire de champs complexes que couvre l'ensemble diversifié des droits de l'homme. C'est pourquoi elle est au principe même de l'ensemble du développement, à la fois sa condition et son

2 R. Keohane et 3 Introduit par

J. Nye,

Transnational Relations and World Politics, Harvard Bound to Lead; The ChangingNature
1990.

University Press, 1972.

J. Nye,

0/Ame17can

POP.Jer,

New York, Basic Books,

3

Introduction

but, ainsi que le montre Stefania GANDOLFI dans sa contribution, S élurité humaine et développement. Il ne suffit pas d'avoir des institutions, des droits et des mécanismes de prise en charge de l'Etat face à ses citoyens et à toutes les personnes qui vivent sur le territoire, encore faut-il une responsabilité de chaque personne habilitée à appeler, alerter, expertiser afIn d'adapter les capacités de réaction au sein de l'espace public. La sécurité humaine signifIe la possibilité d'opérer ses choix dans un environnement sûr dont nous sommes nous-mêmes responsables. De cette manière, l'auteur relie la sécurité au développement de la démocratie. C'est pourquoi la Francophonie a fait de la protection de la diversité puis des droits culturels une priorité ainsi que le montre Alexandra VELEV A dans sa contribution: fe prqjet pofitique de fa Fram'ophonie et fa sécurité humaine. La Déclaration de Bamako dans son Chapitre 5 prévoit un dispositif d'observation et d'alerte qui doit aujourd'hui être interprété selon un concept de la sécurité humaine intégrant à la fois les droits de l'homme en tant que droits individuels et la diversité en tant que patrimoine commun de l'humanité, conformément aux instruments récents de l'UNESCO. La protection de la sécurité, comprise en ses multiples dimensions, nécessite l'interaction d'une grande diversité d'acteurs, mais aussi leur coordination aux différents niveaux nationaux et internationaux de coopération. La Francophonie, par sa structure en réseaux d'opérateurs transnationaux est totalement orientée selon cette perspective. La résolution d'un problème social demande « l'action de groupes socialement intéressés à produire une nouvelle catégorie de perception du monde social afIn d'agir sur ce dernier »4. Le bien-être et la sécurité des personnes n'appellent pas seulement à l'obligation des Etats à l'égard de leurs citoyens, mais demande un questionnement et des nouveaux apprentissages des relations sociales ainsi que des conditions historiques qui les influencent. Traiter la violence par l'approche de la sécurité humaine signifie une habilitation des savoirs dont les acteurs sont porteurs.

4 Lenoir, R, «Objet sociologique et problème social », in: L'approche de la sécuritépar la cohésionsociale,Tendances de la cohésion sociale, nOll, Ed. du Conseil de l'Europe, 2005. 4

Les droits culturels, une compréhension plus exigeante de la sécurité humaine

Il ne peut donc pas être question de « greffer» une politique de sécurité sur un terrain dont on ignore les ressources culturelles, ainsi que l'explique Caroline BIEGER-MERKLI dans son texte: la sérurité ne peut pas être «(griffée )). Ni le traitement de la violence, ni la sécurité humaine ne peuvent être pensés par une formule fIxe; ils doivent être abordés par une méthodologie discursive etparticipative qui prend en compte les diverses façons dont les conflits sociétaux s'articulent. Traiter la violence signifIe d'abord mettre à jour les témoignages de cas de violations mais aussi de bonnes pratiques permettant l'acquisition de capacités et le renforcement du sentiment d'appartenance. Il s'agit de traiter les discriminations et les distinctions culturelles: les premières sont sources d'amalgames et donc de contraintes qui amènent à la violence, alors que les secondes sont des espaces de rencontre, de valorisation mutuelle et de paix. Les discriminations ne peuvent être traitées par le seul appel au bon sens et à la tolérance; les blessures remontent loin dans l'histoire et elles ont produit des dégâts qui correspondent à bien des atteintes à divers droits de l'homme, sous l'angle du mépris - voire du déni - de l'identité. Patrice MEYER-BISCH identifIe ainsi une source principale de violence: le mépris de la diversité et la violation des droits culturels. La sécurité humaine n'est pas pensable sans prendre en compte l'indivisibilité et l'interdépendance des droits de l'homme, car le mépris d'un droit peut produire une « réaction en chaine» qui altère une société entière, développe une « pathologie sociale». Il importe donc de repérer les ressources culturelles, les facteurs de lien social qui, s'ils sont reconnus et ré appropriés permettent à chacun de développer des capacités de paix, de résistance face aux discriminations. L'accès aux ressources culturelles est garanti par les droits culturels. Si la démocratie est un mode de gestion pacifIque des problèmes politiques, si elle est un système politique qui permet l'expression et l'afftrmation de la pluralité des opinions, un lieu d'expression de la diversité et des libertés culturelles, alors elle ne saurait exister sans la prise en charge concrète des droits culturels. On constate que le non-respect des droits culturels engendre des violences latentes ou vives au sein d'une société: outre les victimes directement touchées, il convient de considérer aussi les dommages causés à 5

Introduction

l'ensemble des ressources culturelles qui sont autant de réserves de paix, parce que des réserves d'intelligence, de communautés et de peuples entiers. Apprendre à regarder de façon critique la complexité de la société constitue le premier exercice démocratique. Ce n'est donc pas par hasard que ce colloque a aussi servi de plate-forme d'alerte par rapport à toutes les formes de violation des droits culturels en particulier dans la région. Le colloque a permis aux participants de Mauritanie et des pays voisins (universitaires, étudiants et acteurs de la société civile) d'identifier et de parler des graves violations des droits de l'homme qui ont secoué en particulier la nation mauritanienne afm de prendre conscience de l'importance des droits culturels dans la dynamique de la réconciliation nationale. Les exemples qui ont été mis au jour n'ont pas seulement permis de démontrer la situation des droits culturels mais aussi de diffuser le savoir lié à leur utilisation afin de discuter et de traiter leur violation. Dans le contexte de ces témoignages, il s'est avéré que la thématique de la violence à l'égard des femmes prenait une place importante par la gravité et par le nombre de victimes dans tous les pays du monde, mais aussi parce que cette violence spécifique est liée à beaucoup d'autres: son analyse est d'une portée transversale pour notre sujet. Jean Bernard MARIE dans sa contribution, Lutte contre la violence à l'égard desfemmes, facteurs culturels: ressources jun'diques dans le cadre universel et régional, montre que la prise en compte relativement tardive de ce problème est, entre autres, due à la banalisation des cas de violation cachés derrière un « facteur culturel ». Le poids de ce facteur culturel a aussi été une des observations de la rapporteuse spéciale concernant la violence à l'égard des femmes nommée par le Conseil des droits de l'homme. Son étude vise à formuler des stratégies qui permettent non seulement de transformer les discours qui instrumentalisent les facteurs culturels pour remettre en cause l'égalité des sexes, mais qui permettent de lire les instruments internationaux et régionaux à l'égard de la violation contre les femmes sous l'angle de la culture. La seconde partie de l'ouvrage contient des « chemins de paix» variés par leurs thèmes et par leurs milieux culturels. La fonction centrale des 6

Les droits culturels, une compréhension plus exigeante de la sécurité humaine

droits culturels sur la ligne-clé d'interprétation des questions les plus brûlantes et les plus concrètes est montrée par Abdoulaye SOW dans sa contribution: le respect des droits culturels comme condition de réalisation de paix civile en Mauritanie. A travers notamment les exemples du système éducatif et des médias dans son pays, l'auteur décrit les lieux de crispation identz"taire qui constituent des sources de tensions permanentes; il plaide pour une gestion correcte et démocratique des médias et une réforme pédagogique qui tienne compte des diversités existantes dans son pays. Ce colloque a lieu à un moment important pour la Mauritanie. En effet durant cette phase, les questions à l'ordre du jour sont la réconciliation nationale, le retour des réfugiés, la gouvernance démocratique et le respect de la diversité culturelle symbolisée par l'affiche que l'on voit sur toutes les grandes artères de Nouakchott: « plusieurs visages, une seule nation ». Mais bien que ce nouveau souffle de liberté parle en faveur du respect de l'identité, la façon de constituer les espaces sociaux nécessaires à la stabilité dans la compréhension interculturelle et à la valorisation des diversités, reste à définir. Car les tensions qui secouent non seulement la Mauritanie mais l'ensemble des pays africains ont pour sources dans des humiliations profondes qu'il est nécessaire de prendre en compte dans la durée. C'est pourquoi la quête de démocratie est une véritable réconciliation nationale qui suppose des réparations et des compromis sur la base d'un seuil acceptable par tous. Voici pourquoi lbrahima TRAORE insiste sur ce qu'il appelle la langue pour la paix. Le traitement de la violence passe aussi par la prise en charge des traditions de respect de dignité humaine au sein des différentes cultures. La langue pour la paix n'est pas seulement la parole échangée, mais aussi le comportement, le langage corporel, l'intention et beaucoup d'autres vecteurs qui peuvent influencer les échanges interpersonnels et intercommunautaires. L'analyse des conditions de respect de l'usage de la langue est une pédagogie active pour mettre la violence hors-jeu, une réflexion axiologique pour instaurer une non-violence exigeante, principe de toute réconciliation. Claudia CREMONESl insiste sur le fait qu'il est important de remettre la paix à la base de tout apprentissage. Dans sa contribution: éducation et sécurité humaine, elle explique que l'école est le miroir de la

7

Introduction

société et qu'elle reflète ses pathologies. Mais elle peut aussi créer des mauvaises images qui se maintiennent dans les mémoires collectives et peuvent péjorer la situation. A l'inverse, l'école peut aussi contribuer dans ses contenus comme dans ses fonctionnements institutionnels -à une compréhension de la démocratie, de la tolérance et de l'interaction entre les diverses valeurs culturelles présentes dans les milieux toujours mixés. La parole en débat s'apprend tout au long de la vie. Simon OBANDA analyse la pratique de l'arbre à palabre, en tant qu'ensemble de mécanismes traditionnels de réconciliation. L'arbre à palabre est une plate-forme de traitement des divergences pour trouver le consensus à travers les dissensions. C'est un exemple de pratique culturelle permettant de surmonter les incompréhensions par la réhabilitation des valeurs communes. Cette procédure fait appel à la responsabilité de tout un chacun face aux diverses communautés auxquelles il appartient. Kassoum Coulibaly nous montre une bonne dialectique: 1, la valorisation du vivre communautaire, comme ressource de compréhension et de paix ; 2. la valorisation de la responsabilité de chacun au sein de ses groupes d'appartenance et de l'humanité qu'il porte en lui; 3. les conditions d'un dialogue authentique respectant à la fois la vie communautaire dans sa diversité et la responsabilité personnelle. Nous sommes loin des opinions paresseuses qui amalgament l'Occident avec l'individualisme et l'Afrique, ou l'Asie, avec le communautansme. Le traitement de la paix implique la reconnaissance de la diversité des acteurs sociaux, tout autant que celle de l'initiative personnelle. A l'issue du colloque, les participants se sont mis d'accord sur les grandes lignes de synthèse. Le texte ici présenté a été mis en forme durant le suivi du colloque selon une logique interactive. Il est prétexte à la poursuite de l'analyse, en vue de trouver des chemins concrets de paix qui s'appuient sur les ressources culturelles. Celles-là permettent à chacun de puiser dans les patrimoines de compréhension et d'interprétation, de montrer que la responsabilité personnelle et collective ne peut s'exercer au détriment des grandes valeurs accumulées, et enfin que ces responsabilités commencent par une réinterprétation permanente des patrimoines, qui n'abandonnent

8

Les droits culturels, une compréhension plus exigeante de la sécurité humaine

jamais la liberté de critique à l'égard de toutes les récupérations que l'on peut juger à leurs fruits.

Caroline BIEGER-MERKLI, Stefania GANDOLFI, Abdoulaye SOW, Patrice MEYER-BISCH

9

Sécurité humaine et développement
Stefania Professeur, Gando!ft comparée

pédagogie

Nations

Unies

«JIn a pas de développement sans sécurité, il n y a pas de sécurité sans développement et il ne peut y avoir ni sécurité ni développement si les droits de l'homme ne sont pas respectés. Sile o'ombat n'est pas Iz"vrésur tous lesfronts, aucune victoire ne sera possible" - Rapport du Secrétaire général, 2005, 7,

y

Un des principaux défis que nous avons dans ce siècle est de parvenir à une nouvelle conception, plus large, de la sécurité collective qui combine tous les engagements et les responsabilités des acteurs publics, privés et civils. La « sécurité est de plus en plus considérée comme une situation globale dans laquelle les personnes et les communautés vivent libres, en paix et à l'abri du danger, participent à la gestion des affaires publiques, jouissent de leurs droits fondamentaux. L'idée que la sécurité des personnes et la sécurité des Etats se renforcent mutuellement sous-tend cette définition élargie >/. La sécurité humaine n'est pas un concept clairement défini ni une notion juridique, mais elle a des implications concrètes sur l'habitat, la santé, l'alimentation, l'emploi et toute autre liberté garantie par les droits de l'homme. La sécurité vise à protéger doublement les personnes: du danger et du besoin afin de leur garantir la dignité, la liberté et les droits. C'est dans le Rapport du développement humain du PNUD de 19942 qu'apparaît pour la première fois le terme 'sécurité humaine'. Si le

1 OCDE, Prévenir Paris 2001, p.42

les conflits

violents:

quels

moyens

d'action

?,

2 PNUD, Rapport mondial sur le développement humain, 2004

Stefania Gandolfi développement consiste à accroître la liberté de choix des personnes, la sécurité humaine vise à leur permettre d'opérer ces choix dans un environnement sûr. C'est-à-dire il s'agit du droit de vivre en sachant que tout ce que j'ai aujourd'hui, personne ne peut me le prendre brutalement et injustement demain. Le concept de sécurité humaine encourage à changer la vision traditionnelle de la sécurité centrée presque seulement sur la protection des Etats pour nous intéresser plus aux conditions de vie fondamentales des personnes arguant que la non jouissance de la sécurité au niveau individuel est en même temps une menace pour la sécurité et à la paix internationales. « La sécurité et le respect des droits de l'homme sont des impératifs qui se renforcent mutuellement. Les liens entre eux ne font que se resserrer à cette époque de progrès technologique rapide, d'interdépendance économique de plus en plus marquée, de mondialisation et de changements géopolitiques spectaculaires. Si l'on ne peut dire que la pauvreté et le non-respect des droits de l'homme sont les causes des guerres civiles, du terrorisme et de la criminalité organisée, on peut par contre affIrmer qu'ils augmentent considérablement le risque d'instabilité et de violence. De même, la guerre et les exactions ne sont pas, loin s'en faut, les seules raisons qui expliquent que certains pays soient englués dans la pauvreté, mais il ne »3 . fait aucun doute qu'elles freinent le développement

Sécurité

et souveraineté

Pour dégager un nouveau consensus sur la sécurité humaine il faut être conscient que le premier intervenant devant les menaces anciennes et nouvelles reste l'Etat, mais il faut être conscient aussi que l'Etat ne peut sufflre à lui-même: il est partie et expression d'un tout et il doit assurer que les acteurs de la société civile participent à la souveraineté. Pour qu'un système soit efflcace et équitable, des

3 NATIONS UNIES, Dans une liberté plus grande: développement, sécurité et respect des droits de l'homme poUt tous, Rapport du Secrétaire général, 2005, n° 16 12

Sécurité humaine et développement

stratégies individuelles et collectives sont indispensables parce que les menaces actuelles sont liées entre elles et nécessitent une action aux niveaux mondial, régional et national. La société civile doit être conçue comme espace public, comme sphère sociale autonome par rapport à l'Etat. Une sphère qui se fonde sur le principe de la reconnaissance mutuelle et qui reconnaît la personne comme sujet souverain capable de «reconfigurer l'espace public soit en se faisant reconnaître comme acteur permanent de celui-ci soit en élargissant les frontières de cet espace au-delà du cadre national chaque fois que sont en jeu des biens publics mondiaux »4. Sa force tient au fait que son action exprime non pas un intérêt propre à tel ou à tel groupe mais la défense des valeurs culturelles et éthiques qui ont un caractère universel. Dans ce sens la société civile a besoin de travailler en partenariat avec l'Etat sans s'opposer mais en se distinguant de lui pour assurer son autonomie. Mais comment la société civile peut-elle participer à la souveraineté de la nation? Avant tout avec une fonction d'alerte et d'expertise, notamment en matière de droits de l'homme et de développement. Alerter les Etats sur les droits de l'homme signifie dénoncer à l'opinion publique les violations et défendre les valeurs qui sont à la base. Deuxièmement sa souveraineté s'exprime dans la capacité de voir au-delà de ses propres frontières pour rechercher le bien commun, pour anticiper les situations, pour lutter contre les violations et pour chercher d'autres acteurs avec lesquels il est possible, voire nécessaire, de partager choix et responsabilités. Il s'agit d'une souveraineté «opérationnelle », contextualisée, qui a toujours besoin d'avoir une territorialité de base mais pas nécessairement nationale. «La souveraineté est désormais un principe transitif. On n'est plus arbitrairement souverain. On est souverain pour atteindre un objectif»5

4 ZADI LAIDI, Adieu Bodin, souveraineté IUED, 2003, Genève p. 21 5 Ibidem, p. 29

et mondialisation,

Itinéraires,

13