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Du corps a l'identité sexuée

176 pages
Au sommaire : la construction de l'identité masculine et ses vicissitudes, rêve de rencontre et corps de rêve, Aux sources de l'attirance corporelle, l'invention homosexuelle, enseigner le masculin/féminin : la part du corps, les malaises somatiques et leur caractère sexué, la prévention de la prostitution auprès des jeunes. D'autres articles sur les politiques de jeunesse, les activités sportives des jeunes en milieu carcéral et les drogues au Brésil viennent enrichir ce numéro.
Voir plus Voir moins

4ème

trimestrt' 1999

~

4 Editorial
Les associations tutellisées Tariq Ragi

9 Dossier "Les débats"
- Identités incertaines Chantal de Linares et Goucem Redjimi La construction

:

Lirepage 9

de l'identité masculine et ses vicissitudes Hugues Lagrange La construction de soi apparaît problématique à toutes les époques historiques, la nôtre y échappe moins encore que celles qui l'ont immédiatement précédée. Cette approche analyse quatre raisons essentielles à la compréhension des processus de constructions
identitaires contemporains. Lire page 13

Rêve de rencontre et corps Véronique Nahou11z-Grappe

de rêve

Aujourd'hui quelle est l'importance des critères esthétiques véhiculés dans les stéréotypes au regard de la construction de l'identité féminine des adolescentes? À quelle image de femme ou à quelle réalité de devoir de beauté le " rêve de rencontre" est-il soumis? Lire page 29 - Aux sources de l'attirance corporelle Pascal Duret Il s'agit d'une approche sociologique des critères de choix d'un échantillon de jeunes filles invitées à choisir des partenaires potentiels à partir de planches photographiques présentant une vingtaine de jeunes hon1mes
portant un simple caleçon... Lirepage 41

2

entretien Goucem

L'invention homosexuelle avec les l'association Contact Redjimi et Chantal de Linares

Des jeunes homosexuels de 20 à 30 ans expriment avec leurs parents le chemin de leur vie sexuelle et celui de leur reconnaissance. Lire page 51
le masculin/féminin: la part du corps Daniel Motta La mise au point d'enseignements conciliant les exigences d'une pensée de la différence" des sexes avec les contraintes des disciplines " scolaires et les objectifs éducatifs a été tentée dans deux configurations différentes. Elles ont en commun de viser la construction Enseigner

du masculin/féminin à l'adolescence.

Lire page 59

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sommalrt

-

Les malaises somatiques et leur caractère sexué

Jacques Arènes Comportements à problèmes, troubles fonctionnels et malaises somatiques plus ou moins diffus sont des" troubles" qui ne s'expriment pas de la même façon chez les adolescents et les adolescentes. L'auteur décrit une dynamique sexuée de rapport au corps" à œuvre dans la construction " l'
identitaire des jeunes. Lire page 69

La prévention de la prostitution auprès des jeunes Stéphanie Pryen Cet article fondé sur des observations et des entretiens menés sur les trottoirs de la prostitution de rue aborde et traite de la prostitution chez les jeunes dans la compréhension de la tension d'une reconnaissance identitaire " en jeu" lorsque le monde social apparaît lointain et stigmatisant... Lirepage81

Dossier "Points de vue" :
Jeunesse et drogues dans les territoires défavorisés du Brésil Teresa Cristina Carreteiro et Maria Fatima Olivier Sudbrack Les jeunes des milieux défavorisés au Brésil sont exposés à la drogue et à tous ses aspects de " socialisation". Le retissage des liens entre familles, jeunes et institutions s'avère indispensable pour les sortir de ce véritable cauchemar. .. Lirepage 95 Les activités sportives en milieu carcéral Le cas des mineurs de la maison d'arrêt de Brest 01nar Zanna et Philippe Lacombe -

Cet article analyse les processus de socialisation à l'œuvre dans les pratiques des activités sportives des jeunes dans les prisons. Lirepage 107
-

Atoutset faiblessesdes politiquesde jeunesse

3

Patricia Loncle L'auteur souligne la caractéristique essentielle des politiques locales et nationales de jeunesse, à savoir la permanence prévalant au sein des différents domaines de l'action publique dans un champ d'intervention qui demeure
territorial, infrasectoriel et transversal. Lire page 121

Lire, faire lire

Carnet de champs

Veille informative
@ L'harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8720-3 AGO RAD ÉBATS JEU NESSES NQ 8 l

Dans le but de protéger leurs intérêts, les autorités administratives et politiques tentent de contenir, de contrôler l'effervescence associative puisque ce milieu est considéré traditionnellement comme contestataire. Cette réputation est particulièrement vivace en France où la construction jacobine de l'État, doublée de pouvoirs régaliens légèrement réduits puis la Loi de décentralisation de 1982, supporte difficilement l'émergence d'un pôle institutionnel concurrent, réfractaire à la politique nationale. Si l'État ne peut empêcher le jaillissement, le surgissement sur la scène publique de groupements organisés, portant collectivement un message non pas hostile, du moins différent, celui-ci s'active autour de la limitation des critiques supposées ou attendues. De quels moyens dispose-t-il pour procéder à cet encadrement? Les ressources se répartissent globalement en deux catégories: la première concerne la formidable ramification de l'État dont les méandres semblent irriguer l'ensemble du territoire. En couvrant l'espace géographique, en assurant son omniprésence, l'État signifie non seulement sa puissance, son omnipotence, le fait qu'aucune action ne puisse être engagée sans sa participation, sinon son consentement, puisque chaque structure associative risque à tout moment d'entrer en contact avec l'administration dont elle conteste les méthodes, étant donné qu'elles agissent toutes deux dans le même domaine. L'État quadrille l'espace social

afin qu'il ne soit pas livré aux initiatives azimutales de groupes multiples, particuliers, insaisissables. Par la structuration du lieu, l'État impose aux associations qui se développent le respect de quelques critères dont la non-observation peut entraîner des sanctions variées et proportionnées à l'écart vis-à-vis de la norme; la seconde concerne la pression financière qu'il peut exercer notamment en ces temps de limitation budgétaire. En privant l'association incriminée de la subvention qui lui était jusque-là allouée, il l'asphyxie, l'étouffe et l'efface au terme d'un processus d'agonie plus ou moins long, variable en fonction de la part du financement étatique dans le budget associatif et de la diversité des sources de revenus mobilisées par le groupe. Par cette occupation du terrain, l'État délimite les cadres du possible, du souhaitable, mais aussi les bornes de l'inacceptable. Il concentre, de surcroît, l'innovation dite périphérique et agit en pôle unificateur, facteur d 'homogénéisation des demandes sociales hétéroclites exprimées. En un sens, les autorités administratives et politiques ordonnent, organisent, rassemblent des réalités fort différentes, éclatées, en un magma certes difforme mais paré d'un discours lui octroyant l'apparence de la cohérence. Dans leur volonté de contrôler les moindres recoins de la sphère publique, les autorités précitées jouissent d'un éventail d'actions poten-

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tielles important, allant de la pression douce jusqu'à la répression ou la sanction ultime qui débouche sur le dépôt de bilan de l'association considérée sur la foi, soit d'un audit pour habiller la suppression d'une subvention du vêtement de la mauvaise gestion, soit en renonçant à financer un projet malgré l'accord passé avec les responsables associatifs en invoquant l'abandon dudit domaine d'intervention, soit enfin en annulant une subvention et sans qu'aucune motivation ne soit avancée. Parfois, elles peuvent créer une institution nouvelle chargée de contrôler et d'agir dans un champ d'attribution spécifique, par exemple par la mise en place d'un centre socioculturel, etc. Dans les questions socioculturelles se confrontent en réalité des pratiques éducatives multiples, d'où le positionnement singulier visà-vis de l'institution scolaire, des enseignants, des méthodes pédagogiques, des techniques d'apprentissage, des rythmes à l'école, bref en rapport avec tout ce qui relève de l'Éducation Nationale. Les animateurs transgressent quelques règles fondamentales de la vie de l'école en instaurant, à titre d'illustration, le tutoiement en lieu et place du vouvoiement, l'absence de prise en compte de l'âge de l'élève dans la gestion d'une animation... autant de singularités qui constituent somme toute la marque, la signature et la raison d'être des associations à vocation d'éducation populaire. Et pourtant, peu à peu s'effrite cette dimension contestataire au profit d'une fusion dans le moule institutionnel global: les aspérités vindicatives sont polies, le besoin d'autonomie semble moins crucial pour la survie de l'association, les engagements sont infléchis dans une orientation plus favorable, les critiques sont moins virulentes, les doléances paraissent uniformes, si bien

que l'association se transforme en un segment supplémentaire du découpage territorial. En s'institutionnalisant, elle reproduit à son tour ce qu'elle niait autrefois, elle devient une instance surérogatoire de l'action administrative et politique, parée des fonctions classiquement dévolues à celle-ci, à savoir le rôle de socialisation, de régulation et conservation de l'ordre social. À la suite de l'acceptation du jeu institutionnel, des règles administratives et des normes sociopolitiques, l'association se vide, se déleste en quelque sorte de sa base militante, se" fonctionnarise ", ce qui peut accroître sensiblement son influence et son efficacité puisqu'elle devient un interlocuteur préférentiel des autorités publiques. Cependant, la rémunération des animateurs et des cadres techniques associatifs, outre la

dépendance accrue manifestéeenversles financeurs, risque de priver définitivement le tissu associatif de ses forces les plus vives, celles qui induisent son mouvement, sont à l'origine de son dynamisme et caractérisent les innovations qu'il recèle. L'institutionnalisation sonnerait d'une certaine manière le glas de la vie associative; l'observation minutieuse, l'enquête de terrain relèvent empiriquement le double glissement imprévisible et insoupçonné qui s'opère: d'une part, les associations pullulent, pour reprendre les propos d'un leader associatif qui souhaite l'instauration de règles plus strictes dans la prolifération évoquée mais dans le respect du renouvellement indispensable des structures associatives, porteuses de changements et de nouveautés; d'autre part, et ce constat peut paraître surprenant, voire paradoxal, il peut être raisonnablement soutenu que ce sont les autori~

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tés politiques et administratives qui concourent, à leur insu, à la conservation et au maintien de l'esprit vindicatif du personnel associatif. Quels sont les éléments qui fondent une telle proposition? Est-il concevable que l'État qui cherche en permanence à contrôler le vivier associatif alimente celui-ci dans son orientation contestataire? Il semble que, précisément, les conditions d'encadrement du tissu associatif par les autorités publiques expliquent ce retournement. Comment s'opère-t-il ? Les associations, faut-il le rappeler, émergent de façon autonome le plus souvent, suite à des initiatives personnelles. Elles s'inscrivent, de ce fait, dans une opposition relative des formes existantes, préalable à leur auto-justification dans le champ de compétences concerné. Elles tentent de s'imposer en spécialistes de questions sociales et culturelles qui constituent un enjeu sociopolitique majeur, elles font valoir } ) J leur singularité, leur originalité et leur efficacité. Aussitôt les autorités publiques tentent de ramener vers elles cette" boursouflure périphérique" dont elles fixent les hostilités, réduisent les capacités, circonscrivent la vocation première, canalisent les énergies afin de les intégrer. Or, cette assimilation ne peut jamais être totale en raison des règles qui régissent le fonctionnement public, d'où la fragilisation inévitable des associations. L'argument financier qui soumet les associations contribue paradoxalement à leur émancipation relative. TIsemble, en effet, que les autorités publiques se montrent incapables de financer intégralement et indéfiniment les associations, ce qui justifie l'existence simultanée d'un double mouvement, l'un d'allégeance vis-à-vis du centre et l'autre de rejet. À cet égard, les associations semblent soumises à

une tension insurmontable les attirant à la fois vers le pôle rassurant et réconfortant de l'emploi garanti, surtout en cette période de taux de chômage important et vers le pÔle instable, mais qui procure d'autres sensations, notamment celle d'obéir prioritairement au militantisme. TIen ressort que les associations se caractérisent fondamentalement par un procès d' institutionnalisation permanent mais toujours inachevé. Par conséquent, cet inachèvement peut expliquer pour une large part que des associations, vieilles de plus de quinze ans et inscrites avec vigueur dans un système social et culturel local, continuent de porter, certes irrégulièrement, un message contestataire. Ainsi, l'éclipse, sinon la dissolution du projet au profit de logiques institutionnelles immédiates destinées à assurer la pérennité de l'association, en particulier sur le plan financier, peut jouer le rôle d'écran et masquer une réalité complexe, comprenant des stratégies de glissement dans les interstices laissés momentanément vacants par l'institution éducative et culturelle, cette pénétration devant servir, à terme, soit à infléchir les orientations principales, soit éventuellement à bloquer son fonctionnement. Les autorités sont conscientes de cette menace, d'où leur aspiration à la dominer en l'utilisant, en l'exploitant, en l' épuisant. Tout se passe comme si le système tente en permanence d'opérer une mainmise sur la contestation ambiante, préférant à cette fin de financer des projets qui s'inscrivent manifestement contre son hégémonie. D'aucuns pourraient penser naïvement qu'il s'agit là d'un acte déterminé par la maturité des acteurs étatiques au sens large, c'est-à-dire que ce financement renforce la démocratie locale dont il est tant question aujourd'hui en permettant à toutes les sensibili-

J

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eCltorld

tés, fussent-elles opposées à sa politique, de s'exprimer et d'exister au grand jour. En réalité, par l'octroi de ressources financières, de surcroît insuffisantes, le système s'assure non seulement de la dépendance contrainte des responsables associatifs, mais il les engage, de plus, dans une quête financière infinie, ce qui se traduit aux yeux des directeurs des associations par la formule suivante: " On a à peine fini de ficeler les dossiers de l'année et obtenu une subvention qu'il faut constituer les dossiers de l'année suivante!... " La question financière constitue la pierre angulaire de la vie associative, elle devient épineuse voire douteuse lorsque les administrations publiques et les collectivités territoriales et politiques injectent des deniers publics dans des asso-

organisent des animations interculturelles que certains considèrent comme contraires à l'idéal républicain qui anime ce pays. Dans un sens, ils reprochent à l'interculturel de se développer sur les bases de la conception allemande de la nation et non pas sur la vision française de la société. Constitue-t-il un exercice périlleux de conciliation entre des intérêts contradictoires de rapprochement de visées antagonistes? Ces questions restent ouvertes et la seule qui mérite véritablement de retenir l'attent.ion, dit un directeur d'association, consiste dans l'objectif affiché de ces actions: " Donner à chacun les moyens d'exister, d'être reconnu, respecté et de s'épanouir en toute harmonie" . L'être humain est-il réconciliable avec luimême? Tariq RAGI

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ciations à vocation d I éducation populaire qui

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Voici le nouveau logo de l'Injep :

MINfSTËRE

D£ lA

JEUNESSE

ET DES SPORTS

C'est

une création

de Stan Vincent,

jeune

graphiste

de talent...

ilLe dessin du logo se constitue à partir de la lettre "i" repère de l'INJEP, les quatre autres lettres s'inscrivent dans un rapport d'équilibre avec le "i" pour permettre une lecture facile en lui laissant ce rôle d'élément phare. L'apport d'un i " perturbateur" semble nécessaire autant pour l'efficacité qU'il donne que pour l'image qu'il amène auprès des milieux associatifs et d'un public plus jeune, moins impliqué dans le discours institutionnel. Le dessin du I du sigle de l'INJEP, au-delà de sa fonction signalétique, affiche une silhouette volontaire et non agressive de façon non figurative. Un espace rectangulaire se définit de lui-même autour du sigle et présente une " forme" non fermée à l'image du terrain d'activité de l'institut. Pour la dénomination de l'INJEP, le choix a été fait d'une typographie linéaire pour sa modernité, sa facilité de lecture et d'accès. L'usage de " capitales "et de " minuscules" permet une lecture différenciée de l'institut et du ministère. Les minuscules donnent du rythme et une présentation moins rigide. Le rajout de la dénomination du ministère de tutelle doit se faire en toute logique en dehors du cadre d'expression de l'INJEP et rester à un niveau de lecture inférieur, ceci afin d'éviter toute confusion, de respecter la notion de tutelle et d'affirmer l'institut dans sa position originale."
Ce logo peut être décliné constitutives de l'Injep : Il paraitra unité unité unité unité en quatre couleurs correspondant aux quatre unités Oaune)

de la documentation, de l'information et des publications de la recherche, des études et de la formation (rouge) des programmes européens (bleu) Jeunes et société de l'information (vert) de l'Institut à compter du 1er janvier

sur tous les documents

2000.

service

communication

de l'Injep

- contact:

fil
_Ml~__f1'Gf$$_J

Rachel Blondel, 01 39 172581,

e-mail: blonde/@injep.fr

AGO

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NQ 1 8

Identités

incertaines
par Chantal DE LINARES et Goucem REDJIMI

Chantal Chargée

de Linares, de mission de la

Le masculin et le féminin ont pu être pensés différemment dans les sociétés, les rôles sexués beaucoup varier. TInous semble toutefois que, jusqu'à une date assez récente, une forme de transmission dans l'identité de genre était offerte en héritage d'une génération à l'autre dans la mesure où toute pratique sexuelle était assujettie (fût-ce pour l'éviter ou la rejeter) à la reproduction. Aujourd'hui, nous sommes dans une société où les questions essentielles de la reproduction, de la filiation, qui ont largement structuré la construction de l'identité des générations précédentes, sont en crise. Comment alors se construit-on comme homme ou comme femme quand la perspective de la procréation et de la reproduction n'est plus l'élément majeur de la construction identitaire sexuée? La question se pose d'une véritable rupture avec les générations précédentes dans la construction de l'identité de genre, avec des articulations à repenser sur la place de l'identité sexuelle, du choix et des orientations sexuelles, de l'identité sexuée1. Cette interrogation en engendre une autre sur les changements observables dans les repré-

au Ministère Jeunesse

et des

Sports. 78, rue Olivier de Serres 75739 Paris cedex 15. Tél. : 01 45 45 Il 30 Goucem d'éducation Redjimi, Sociologue, conseillère Direction

populaire

et de jeunesse.

Départementale Marne.

Jeunesse

et Sports du Val de Enesco 94025 Créteil cedex

12, rue Georges 170948

Tél. : 0145

Identités sexuées? Devenir hOlnme ou femme aujourd'hui ne va pas de soi. Sans doute n'est-ce-pas nouveau, et chacun, chacune a dû toujours tracer son chemin vers une forme sinon d'unité, au moins d'un équilibre fragile en se référant à des modèles façonnés par des rôles sociaux sexués très précisément séparés. Ces rôles sociaux ont pu évoluer. Les orientations et les choix de pratiques sexuelles aussi, avec des degrés de tolérance variables selon les moments... Les @les et les garçons en devenir avaient à s'accomplir en tant que sujet de désir, homme et femme, à condition de donner sens aux expériences singulières qu'ils pouvaient vivre, si périphériques et marginales fussent-elles, en les reliant au sens élaboré par le monde dans lequel ils vivaient à travers ses institutions et son organisation.

9

Nous reprenons ici la distinction faite par Irène Théryentre sexuel "et Ilsexué" (" Pacs, sexualité et dffférences des sexes", in Esprit, octobre 1999) ainsi que par D. Motta" le genre se distingue du sexe biologique par définition même s'il en dérive
Il

1

par construction"

(article proposé

pour ce numéro).

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sentations que nous pouvons avoir de l'importance du substrat biologique dans cette identité sexuée, mais aussi de la place assignée au corps, à son propre corps, au corps de l'autre tel qu'il se donne à voir dans la rencontre sexuée et sexuelle entre deux êtres. En proposant ce numéro, nous savions que nous abordions un champ très complexe, où une question en amène une autre tout aussi difficile et où il aurait fallu faire appel au sociologue mais aussi au psychanalyste, au philosophe, au juriste... pour ne citer que ceux-là. Les textes ici rassemblés, plutôt que de répondre aux questions que nous avons pu poser à leurs auteurs, nous ouvrent des pistes, différentes, et qui chacune pourtant nous confirme dans notre hypothèse. C'est l'incertitude et l'exploration qui règlent la construction de l'identité sexuée des jeunes aujourd'hui, incertitude qui va de pair avec une forme de solitude2 mais aussi d'invention créatrice de nouvelles normes et valeurs, de nouveaux statuts identitaires. Mais comment concevoir l'identité? Pour sa part, Hugues Lagrange part d'une conception de l'identité dynamique et ouverte et éclaire le processus de passage d'" identités assignées" à des" identités acquises" sans omettre les difficultés et les vicissitudes spécifiques rencontrées par les jeunes contemporains, différentes selon les appartenances sociales. Sont interrogées quelques idées reçues concernant la cause de la crise de l'identité masculine qui serait due à un défaut d'autorité de la part des figures paternelles

(père, éducateur, policier). L'auteur voit plutôt à l'origine de cette crise" l'altération de l'institution symbolique de la société" et met l'accent sur le retour d'un certain ultra-viril qui d'ailleurs" fonctionne mal". La mauvaise perception de soi des garçons pauvres et mal scolarisés permet de mieux comprendre en quoi cette crise de la masculinité est une crise du rapport rapport à l'autre. à soi-même et du

La femme, elle, doit affronter le diktat d'un jugement esthétique amplifié et qui, de fait, est aujourd'hui un véritable critère d'identification sociale. Tel est le constat opéré par Véronique Nahoum-Grappe. Le corps de l'adolescente incarne le rêve social d'une culture contemporaine, partagée par tous les milieux, où l'événement pertinent est la rencontre du couple, vécue comme une intégration sociale voire une réussite sociale. Le corollaire de cela étant que laideur, solitude, ont un statut de véritable" faute sociale" et vouent les femmes qui en sont victimes à une forme d'exclusion. Cette description d'une contrainte sociale impitoyable, écrite de manière très singulière et portée par une grande tension, nous permet de comprendre à quelles injonctions paradoxales, à quels défis impossibles sont soumises les femmes contemporaines dans la construction de leur identité. Belles, déliées (du poids de la maternité), obligatoirement minces, il leur faut en même temps manifester une densité psychique forte, faite de richesses intérieures, d'engagements professionnels, politiques, intellectuels sans faille, d'autonomie affective (sur fond de rencontre amoureuse indispensable). Mais l'accès à la reconnaissance de cette autonomie, de ces

,
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J ) J j
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~

2 EHRENBERG, col. Pluriel,

Alain, 1999.

L'individu

incertain,

Hachette

Littératures,

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richesses, suppose que l'apparence corporelle soit d'abord conforme à l'impérialisme des critères esthétiques. La place du corps, de la valeur accordée ou non à certains caractères esthétiques du corps est-elle un facteur pertinent de la construction de l'identité masculine? Pascal Duret rend compte des résultats d'une enquête par planches photographiques administrées à des lycéen(nes) et des étudiant(es) Il met en évidence comment les modèles masculins varient en fonction des appartenances sociales et culturelles, et comment ce sont des valeurs hétéronomes qui sous-tendent des conduites pouvant être à la fois légitimes et illégitimes. L'enquête montre également une évolution importante de la part des filles d'aujourd'hui qui adoptent des attitudes qui auraient été" masculines" hier. Ce brouillage entre dominant et dominé, légitime, illégitime, nous semble être un trait dominant des représentations assumées par

certains jeunes qui, aujourd'hui, revendiquent la responsabilité, voire l'invention de leur vie sexuelle et leur vie sexuée mais aussi de leur reconnaissance. Nous avions souhaité un entretien avec des représentants de la génération des 20-30 ans avec celle de leurs parents. L'association Contact a accepté ce dialogue. Les jeunes rencontrés ont affirmé leur homosexualité Si leur" choix sexuel" reste d'ordre privé, ils ont clairement manifesté le désir de reconnaissance publique pour leur éventuelle vie de couple, leur envie de filiation et l'affirmation juridique de leurs droits. Et cela ne manque pas d'interroger la société tout entière sur les modes de filiation aujourd'hui. L'entretien avec les mères présentes a montré aussi coml11ent des femmes d'une autre génération, entrées dans une destinée sexuée traditionnelle pouvaient être le ferment de transformations essentielles dans ce domaine, en faisant bouger des représentations tenues parfois pour acquises... Ni 11

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", ni " organicistes " pour " identitaristes reprendre les termes d'I. Théry, ces jeunes et ces femmes rencontrés pie toute la complexité à Contact portent des questions à de

un statut puberté.

spécifique

au n10ment

de la

leur compte, avec modestie, ambition et utol'identité sexuée aujourd'hui. Pour nous, l'homosexualité, ne représente pas, alors, une figure identitaire spécifique mais fonctionne comme un analyseur d'un destin sexué à inventer pour chacun. Histoires de corps... Aider les filles et les garçons contemporains à faire un apprentissage sensible, physique, de la parité pour un développement personnel de chacune et de chacun s'inscrit dans cette logique exploratoire et inventive. D. Motta, dans son article, " enseigner le masculin et le féminin: la part du corps" montre comment l'école, après avoir fondé l'égalité entre les sexes en principe et en faisant appel à la raison, doit aujourd'hui, pour répondre à cette finalité, faire un détour par le corps, par l''' éprouvé" de l'autre sexe pour échapper aux contraintes des stéréotypes. Cette découverte de 1'" éprouvé" de l'autre, peut se faire notamment en passant par l'exploration de la danse contemporaine. C'est aussi à travers le ressenti corporel de l'adolescence et de la jeunesse que J. Arènes décrit un parcours somatique qui apparaît comme différencié selon les sexes. Sans énoncer ce qui, dans cette sexuation des malaises et dans les stratégies mises en œuvre pour y répondre, ressortit à une forme d'héritage culturel (même s'il l'évoque en citant A. Birraux), l'auteur décrit une" dynamique sexuée de rapport au corps" dont il est évident qu'elle n'est pas sans effet sur une construction identitaire des jeunes chez qui le corps acquiert

L'instrumentalisation du corps mise en jeu dans la prostitution permettrait, selon S. Pryen, une protection de l'identité des jeunes femmes qui s'y livrent. L'usage de leur corps vendu à d'autres se fait selon une codification extrême du service rendu. La sphère privée est ainsi soigneusement préservée. L'argent qui marque la transaction est condition de dignité et d'autonomie, surtout dans les quartiers dits difficiles. Réponse à la stigmatisation, à l'invalidation économique et sociale, la prostitution à travers l'usage difficile, douloureux, angoissant du corps" aidé" parfois par la drogue pour maintenir cette distance de soi au client, interroge la place donnée au corps dans les catégories de la prévention qui pour l'auteur ne sont pas pertinentes. On le voit, les questions abordées ici dans leur apparente hétérogénéité peuvent nourrir un débat, bien contemporain, et qui d'ailleurs ne cesse d'être abordé par les faits: celui de l'invention de nouvelles voies pour vivre la sexualité et son identité d'être sexué, en renonçant à l'illusion d'un modèle organiciste encore tenace, et en acceptant que c'est avant tout le rapport humain qui fonde l'histoire individuelle inscrite dans un corps, une sexualité, une société. Cette histoire doit être reconnue, respectée dans sa dimension privée et sa dimension publique. Génération charnière, les jeunes peuvent exiger que leur soit donnée la possibilité de vivre et d'inventer leur sexualité, leur parentalité dans l'estime de soi, dans la rencontre de l'autre, égal et différent, même dans l'incertitude.

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2

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La construction
de l'identité

masculine et ses vicissitudes
par Hugues LAGRANGE
Hugues Lagrange

Que signifie dans le contexte actuel devenir un homme? Quelles sont les conditions actuelles de la genèse du masculin? À ce point il n'est sans doute pas inutile de préciser la conception que nous avons de l'identité sexuée ou plus exactement de revenir sur la notion reçue d'identité. TIfaut, nous semblet-il, écarter une notion substantielle de l' identité reposant sur les trois attributs de constance dans le temps, d'unité et de distinction. L'identité est toujours à faire, l'inachèvement nous caractérise, nous ne restons pas identiques à nous-mêmes. L'unité est au mieux une division surmontée dans l'équilibre précaire d'un moi originairement clivé. Enfin la distinction, ce qui nous singularise, ne peut être conçu que sur le fond premier de ce qui nous lie aux autres générations et, en leur sein, aux êtres de chaque sexe. Sachant que ce monde est un ensemble moins structuré qu'autrefois, que l'imbrication des moyens de communications, les changements des techniques et le foisonnement des institutions donnent au contexte qui nous accueille un caractère mouvant, il paraît nécessaire de concevoir l'identité comme un processus à la fois dynamique et

Sociologue, directeur recherche Observatoire Fondation Sociologique nationale du Changement politiques de au CNRS

- OSC

des sciences 75007 PARIS

Il, rue de Grenelle Tél. : 0144395660

Fax: 0144 39 56 75

Hugues.Lagrange@wanadoo.fr

Nous

savons

aujourd'hui on le devient,

qu'on

ne naÎt pas homme

ou femme,

éventuellement. problématique à

La construction toutes moins précédée raison

de soi apparaÎt historiques,

les époques encore pour

la nôtre y échappe

que celles quatre

qui l'ont immédiatement essentielles. dans 1 / En la position que l'identité les rôles 3/ parce dans cette

raisons

des changements

majeurs

13

des femmes sexuée sociaux

dans la société;

2/ parce dans utilisables;

ne trouve de modèles

plus aujourd'hui projectifs

que même laquelle identité suffisantes parce

si l'on adopte est entée

une conception dans le corps,

/'identité ne trouve dans

pas des déterminations notre substrat physique; enfin imaginaires.

qu'il y a, crise

des significations

Les issues à cette crise impliquent
de
Il

des remaniements à opérer.

l'ordre

symbolique"

difficiles

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tâche à un sexe ou à l'autre. La séparation des rôles est pourtant systén1atique et a un caractère sacré: elle exprime un ordre social. Dans ces conditions la reproduction des rôles sexués est vitale, l'utilisation par un homme d'un ustensile féminin n'est pas seulement incongrue mais de nature à le rendre impuissant ou à l'exclure de l'ensemble des hommes (Clastres, 1972, 89). Si cette partition rigoureuse a disparu, si la séparation des rôles a perdu tout caractère sacré, l'identité sexuée a longtemps gardé dans nos sociétés ses appuis dans la division du travail. Le masculin se définissait et s'opposait au féminin par le type d'activité, par les modalités de comportement dans l'espace public entre autres. Il y a un demisiècle encore, dans la société industrielle, les rôles féminins et masculins pouvaient certes se recouper, mais restaient dans l'ensemble fortement délimités. Jusqu'à une date récente, la nature des tâches appelées par les formes de la division du travail, les outils et les techniques disponibles s'accordaient au dimorphisme physique et le renforçaient, de sorte qu'on avait l'impression que la division du travail consacrait, comme dans les sociétés archaïques, un ordre préexistant. Bien que la rupture avec les sociétés, où la division des tâches a une portée symbolique, ait depuis longtemps été consommée, tant que la grande masse des activités continuait d'avoir un genre en quelque sorte naturalisé par l'habitude, la disparition séparation
1 Dans un des chapitres de Identityand Youth Crisis, dévolu à cette épigenèse de l'identité, E. Erickson écrit: Ce qu'on peut " appeler l'identité est le principe d'organisation dans lequel

ouvert dont on esquissera progressivement les traits caractéristiquesl. I. Le brouillage des anciennes frontières du genre et le retour de l'instinct Dans les sociétés archaïques, alors même que leur contenu concret varie, les tâches masculines et féminines sont séparées de manière absolue. Si certaines des tâches, réclamant une dépense physique concentrée dans le temps -le défrichage ou un éloignement long, justifient une dévolution aux hommes pour des raisons physiologiques, dans beaucoup de domaines ni la pénibilité, ni la mobilité ne conduisent à attribuer une

du caractère sacré de la

des rôles féminins et masculins
décennies, à la fin du

n'avait guère eu de conséquences. En l'espace
de quelques

xxe siècle,

l'individuse maintient en tant que personnalité cohérente avec
une continuité à la fois dans son expérience réalité pour autrui. (1978, 74). " de soi et dans sa

la majorité des emplois proposés n'ont plus eu de genre, même implicite.

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C'est la compétition

entre les sexes pour

l'accès aux positions hiérarchiques qui détermine empiriquement le degré de féminité ou de masculinité des activités. Mais, fait inédit dans l'histoire de l'humanité, il n'y a pratiquement aucun obstacle tacite ou explicite quant à la nature des activités qui peuvent être remplies par l'un ou l'autre sexe. De ce fait, la rupture, non plus seulement principielle mais factuelle, avec des sociétés qui distinguaient symboliquement ce qui relève du masculin et du féminin a pris un sens nouveau: les flottements du lien entre sexe et genre d'activité se sont mués en une indétermination du genre par l'activité sociale. L'amarre professionnelle du genre s'étant subrepticement dénouée, la possibilité de construire son identité sexuée en se projetant dans une identité sociale figurative du genre a disparu. Ce n'est donc pas par hasard que ce que l'on interprète rétrospectivement comme une crise de la masculinité, touchant les hommes jeunes - à la fin de l'adolescence - s'est manifestée initialement dans les franges de l'Europe les plus touchées par le déclin industriel. Alors que dans d'autres zones, moins atteintes, les jeunes ouvriers restaient imprégnés de l'idéologie de l'effort physique qui greffe une forme de masculinité sur l'âpreté des tâches. Ainsi, au cours des années 1960, la lutte entre mods et rockers a mis aux prises deux expressions populaires de la masculinité: la version androgyne des mod? s'opposant au style dur des rockers. À cette résistance difficile devant la montée des valeurs consuméristes qui forme encore le credo des années 1970 s'est progressivement substitué une rage de vivre qui, perdant les

accents d'insolence du romantisme, valorise la consommation et affirme un individualisme cynique. De même, le mouvement skinhead, qui se développe dans des secteurs de la jeunesse anglaise et de l'Europe du Nord touchés par le déclin industriel est hyperagressif: si les skins, y compris dans ces milieux, sont amateurs de ska et de reggae cela ne les empêche pas d'agresser les noirs et les Jamaïcains3. L'affirmation virile est déjà porteuse de ressentiment et de frustration sinon de haine. Les années 1990 vont encore durcir les traits de cette évolution. Les zones de déclin urbain vont être le théâtre dans lequell' identité masculine, dans une tentative de reconquête d'elle-même, se fourvoie dans ce qu'on pourrait appeler un retour à l'instinct. Les acteurs sont des adolescents et des jeunes adultes qui ne sont plus définis par leur rapport au travail, ni par une culture professionnelle mais par l'appartenance à un territoire. Dans une situation d'énorme déficit statutaire, ces garçons vont chercher à regagner les marques extérieures du respect et de l'honneur, inutiles à ceux qui ont d'autres garanties et d'autres sécurités, par une affirmation de masculinité qui les associe à la dominance mâle. Aux marques hiérarchiques liées au statut professionnel se substitue une quête effrénée des indices d'appartenance et d'ascendant adaptés à l'espace urbain. Émerge la figure du prédateur des rues, dont les attributs sont la consommation ostentatoire, les délires et la violence. Jeté dans un

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Le style des mods emprunte aux bourgeois italiens. 3 Les jeunes blancs des couches populaires développent un goût pour les musiques afro-caribéennnes, pour le rock blues.

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~e qui nous singularise ne peut être conçu que sur Efond premier de ce qui nous lie aux autres généations et, en leur sein, aux êtres de chaque sexe.
monde compétitif dont il n'a plus les coordonnées, c'est en se faisant, de manière miréelle mi-fantasmatique, chasseur et fauve, qu'il parvient à une image de soi acceptable. Le désarroi et la nostalgie sont les plus forts dans les lieux mêmes où l'identité sexuée était le plus nourrie par le travail. Alors que, depuis près d'un siècle, le déclin de la civilisation industrielle et l'émancipation matérielle et sociale des femmes, sans détruire les hiérarchies ni les inégalités, rapprochaient les situations des deux sexes, les idéalisations de l'homme se sont constamment appuyées sur une romantisation de la culture ouvrière et des cultures du tiersmonde, pauvres et sexuellement clivées. Ainsi par exemple, l'industrie culturelle n'a cessé, depuis quarante ans, de recycler en glamour rock, en version soft, en tech no sage les formes de sensibilité rugueuses et viriles du heavy metal, du hard core, de la house) surgies des zones pauvres du monde. Particulièrement pour ceux qui ne disposent ni d'argent ni de pouvoir, le corps lui-même et les prouesses physiques sont appelés à devenir les vecteurs de cette dignité. Les formes du travailles plus harassantes ont souvent suscité une fierté que des activités mieux rémunérées, épargnant la sueur et les larmes, n'ont jamais engendrée. Il y a dans les activités qui ne sollicitent pas nos capacités physiques une absence de mérite qui les rend méprisables. Depuis deux décennies au moins, l'image valorisée de l'homme change radicalement

alors que diminuent les inégalités entre les sexes. À quelques exceptions près, de plus

en plus rares - Boy George, David Bowie, Michael Jackson - les personnages androgynes sont dévalués et perçus comme décadents. On assiste à une exaltation du corps par un double mouvement d'hyper masculinisation et d'hyper féminisation. Tout se passe comme si cette nouvelle polarisation sur le corps avait été possible en raison de son désinvestissement par la division du travail. La désaffection du travail physique a ouvert le champ à une culture du corps. Du côté masculin, les figures emblématiques les plus représentées qui répondent au besoin des garçons, au seuil de l'adolescence, d) être faits forts4 ont changé: plus que

l'aérien Bruce Lee, ce sont les Rambo nés par Stallone, Schwartzeneger

incar-

ou Van

Damme chez qui la masse musculaire et la taille des épaules sont les signes tangibles de la puissance. Ces icônes proposent aux garçons un programme d'entnlmement physique conduisant vers une masculinité pure. À travers cette culture de soi, le corps est l'incarnation tendue de l'exigence de performance, ce qui est visé ce n'est pas la grâce ou l' équilibre mais la puissance. De cette évolution des valeurs la fiction cinématographique est aussi témoin (Mongin, 1998). Dans les années 1980, la romance et les thèmes existentiels (Love Story, 1970 ; SumJner of) 42, 1971 ; Woodstock, n'excluaient
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1970

; Hair,

1979)

qui

pas dans la fiction des expresdu Dr Sacco.

Selon l'expression

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sions violentes (Orange mécanique, 1969 ; Aguire, 1970 ou Délivrance, 1972) sont devenus rares. Après la confusion mélo du début des années 1980, le cinéma de masse (Full metal jacket) My own private Idaho; 1991, Menace two society} 1993 ; Natural born Killers} 1995 ; Ter1ninator I, II...) développe une saga de la virilité dans un monde sans pitié que vient compléter Forest GUlnp (1997), et dont témoignent aussi dans un registre distancié, les films européens comme Trainspottin& La Haine ou La vie de Jésus5. La violence n'y est plus associée au courage et à la lutte contre l'injustice mais à la survie et à la prédation. L'exacerbation de l'agressivité prend une forme darwinienne de lutte pour la vie. À l'inverse des représentations d'une virilité socialement affiliée qui dominaient il y a quelques décennies, les références au monde animal traversent les représentations actuelles: les héros ne sont ni cow-boys, ni justiciers, ni même guerriers mais des êtres bruts chez qui l'intelligence prend la forme de la ruse et la force sert l'instinct. Symétriquement, les icônes de la féminité vont aussi s'efforcer de combler le vide laissé par l'indétermination des identités professionnelles : la femme est appelée à rem placer la mère dans l'inconscient des filles. Au lieu d'être face à un bébé dans la posture de la mère, la petite fille trouve dans Barbie un modèle physique, une hypostase du féminin située au stade de la maturité accomplie, et non plus d'abord un modèle de rôle. Né en 1959, l'original s'est extraordinairement démultiplié, accueillant des alter ego noires, métisses, indiennes6 qui ont universalisé la figure prototype, blonde aux yeux bleus. Cependant Barbie, qui a des frères et sœurs

et un copain parfaitement musclé, Ken, n'a pas de parents poupées, elle n'a pas d'enfants non plus. Immortelle régnant sur une société sans génération, sans inscription dans une lignée généalogique, Barbie nous appelle seulement à prendre la forme voluptueuse d'une éternelle jeunesse. Cette caricature d'un monde sans agencement générationnel traduit cependant indéniablement une aspiration contemporaine. La tentation de revenir à des formes du masculin et du féminin qui transcendent les assignations anciennes de rôle, ce retour mythique vers les origines, souligne que l'étendue de la crise de l'identité sexuée va bien au-delà des sphères de la jeunesse masculine déclassée. Les difficultés des garçons issus des milieux pauvres ou de l'immigration dans la construction de leur identité ne sont que les formes les plus visibles d'un mal-être plus général chez les adolescents. Si l'hypermasculinité apparaît plus spécifique des jeunes des milieux populaires, elle touche aussi les garçons des milieux aisés Inais peut être élaborée autrement dans les jeux et la fiction. Partout, la constitution au plan symbolique d'une identité séparée est pourtant vitale pour une génération qui ne quitte plus ses parents. Abordée ici à partir de ses manifestations les plus immédiates, la crise de l'identité masculine appelle une réflexion sur ce qu'être un homme dans la société contemporaine ou, pour reprendre une perspective génétique qui paraît fructueuse, de se demander qu'est
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5 Respectivement

de Irvine Wellsch,

de Mathieu

Kassovitz

et de

Bruno Dumont. 6 Il Y a même des Barbies

drag queens.

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