Du genre pour tou.te.s

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Le dossier de ce trimestre s'intéresse à l'épineuse question du genre. Certes variable, malléable et parfois subjectivable, le genre peut produire des théories, des histoires et des situations. Mais même théorisé, historicisé ou contextualisé, il ne semble pas pouvoir être embrassé par une seule et même théorie. On peut néanmoins le définir, provisoirement, comme les attributs du féminin et du masculin. Cela étant dit, nous avons besoin des théories du genre pour mieux vivre avec lui, puisqu'on ne peut pas vivre sans et puisqu'on ne peut faire qu'avec, ni faire d'éducation sans.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782336359243
Nombre de pages : 146
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Dossier Coordonné par DaVid Risse « DU genre poUr ToU.Te.s »
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Comité scientifique
Michel Autès (Lille), Georges Balandier (Paris), Cai Hua (Pékin), Boris Cyrulnik (La Seyne-sur-Mer), Christine Delory-Momberger (Paris-13), Pierre-André Dupuis (Nancy), Jean Duvignaud (1921-2007), Paul Fustier (Lyon), Remi Hess (Paris-8), Françoise Hurstel (Strasbourg), Martine Lani-Bayle (Nantes), François Laplantine (Lyon-2), Cosimo Marco Mazzoni (Sienne), Guy Ménard (Montréal), Jean Oury (1924-2014), André Rauch (Strasbourg), Claude Rivière (Paris-V), Christoph Wulf (Berlin).
Comité de rédaction
Rédacteur en chef :Thierry Goguel d’Allondans
Directeur de publication :Xavier Pryen
Président de l’Association des amis de la revue :Jean-François Gomez
Comité de rédaction :Roger Dadoun, Sylvestre Ganter (Pin Sylvestre), Philippe Hameau, David Le Breton, Yolande Touati, Renaud Tschudy
Collaborateurs :Yan Godart, Pascal Hintermeyer, Jocelyn Lachance, Nancy Midol
Corrections ortho- et typographiques :Isabelle Le Quinio
Couverture et mise en pages :L’Harmattan
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Sommaire
ÉDITORIAL?Et si nous n’avions toujours rien compris à la sexualité hierry Goguel d’Allondans ........................................................ 7
SI TU T’IMAGINES…« L’homme enturbé ». « Brêles » - et démocratie (re)foulée au pied Roger Dadoun........................................................................... 13
ENTRETIEN AVEC…Franck MICHEL........................................... 21
LA CHRONIQUEde David Le Breton Mauvais genre ?.......................................................................... 33
LE DOSSIER DU TRIMESTRE : « DU GENRE POUR TOU.TE.S »Sous la direction de David Risse37...................................................
PetIte hIstoIre de l’éducatIon à la sexualIté en France. e e PortraIts de remarquables oublIé.e.s desXIXetXXsIècles
La « vraie morale sexuelle » de Paul Robin Gonzague de Larocque & Émilie Moreau.................................. 55
e Féminismes et éducation sexuelle en France au début duXXsiècle Vanina Mozziconacci................................................................. 62
BénéicIaIres et partenaIres de l’éducatIon à la sexualIté aujourd’huI : enjeux IndIvIduels et collectIfs
Normes de conduites sexuées et genrées au collège et au lycée : quand les élèves « gèrent » Annie Lécenet ......................................................................... 68
Éducation à la sexualité et éducation au genre. Le modèle intégratif français, stratégie ou renoncement ? Cantal Picod ........................................................................... 75
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Éduquer contre le sexIsme et la vIolence de genre : réponses égalItarIstes et stratégIes pédagogIques
Lutte contre le sexisme et éducation à la sexualité : liens et répliques Bérangère Kolly ......................................................................... 82
L’impact des manuels scolaires de mathématiques sur la construction d’un rapport au savoir sexué Bérénice Piault .......................................................................... 88
HORS CHAMPAdolescence, homosexualité, violence, éducation sexuelle. Un cas brésilien Julia Siqueira da Roca.............................................................. 97
INITIATIQUESGouverner la folie au Cameroun Parfait D. Akana...................................................................... 103
LU & VU5............11.........................................................................
LE BILLETde l’Association des amis de Cultures & Sociétés....... 133
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Et si nous n’avions toujours rien compris à la sexualité ? 1
Thierry Goguel d’Allondans
À vouloir paraître trop civilisées, à se démarquer d’un sauvage trop frustre, nos sociétés n’ont-elles pas cultivé, en matière de sexualité, une hypocrisie plus tenace que le plus envahissant des liserons ? Michel Foucault, dansLa volonté de savoir(tome 1 de sonHistoire e de la sexualité, 1976), émet l’hypothèse, qu’avant leXVIIsiècle, nos sociétés connaissaient « des gestes directs, des discours sans honte, des transgressions visibles, des anatomies montrées et facilement mêlées, des enfants délurés rôdant sans gêne ni scandale parmi les rires des adultes : “les corps faisaient la roue” » (p. 9). Le crépuscule vient, pour lui, avec l’ère victorienne. Le philosophe voit plusieurs causes à cette irrépressible répression, notamment le repli familialiste (la sexualité est circonscrite aux « honorables » procréateurs) et le discours de la Science qui prétend se mêler de nos affects et de nos pulsions, s’il vous plait ! On peut dire – et cela ne se dément pas jusqu’à nos jours – que ce sont là deux pouvoirs qui s’arriment et vont longtemps se soutenir l’un l’autre. Dans une précédente recherche (Les sexualités initiatiques, 2005) j’avais soutenu que, désormais, « la sexualité se lit partout mais ne se dit nulle part ». Foucault, quant à lui, en la même matière, interrogeait, avec plus de hargne, « une société qui depuis plus d’un siècle se fustige bruyamment de son hypocrisie, parle avec prolixité de son
1. Lé îé dé o Èdîoîà éŝ éuÈ â ’éxçéé îvé Èoyé dé Dîdîé Duàŝ,?Et si nous n’avions toujours rien compris à la sexualité , Pàîŝ, Abî Mîçhé, 2004, 236 àgéŝ, 16 €.
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propre silence, s’acharne à détailler ce qu’elle ne dit pas, dénonce les pouvoirs qu’elle exerce et promet de se libérer des lois qui l’ont fait 1 fonctionner » (id. p.16) . Les récents débats sociétaux, en France, notamment autour du « mariage pour tous » et de la prétendue « théorie du genre » enseignée à l’école, démontrent, si besoin était, que les imaginaires les plus nauséabonds ont la vie dure et nourrissent des idéologies rétrogrades. La famille « hétéronormée », vertueuse, plus que bonne et sans aucune aspérité n’existe plus, si tant est qu’elle ait existée un jour (1 enfant sur 10 ne connaît pas son père, 1 couple sur deux divorce, les violences conjugales sont pléthores, l’aide sociale à l’enfance a du grain à moudre, les églises regorgent de pédophiles, les adultères et les affaires de mœurs éclaboussent jusqu’au grands de ce monde, etc.). La science bute de son côté sur les émotions et les désirs qui ne peuvent se cantonner à l’hypothalamus, une glande endocrinienne, un excès de testostérone, une anomalie génétique ; même si certains rêvent encore d’éradiquer les gênes de l’alcoolisme comme ceux de l’homosexualité ! Et puis il y a l’école ! Ah, l’école ! La pire et la meilleure des choses qui soit ! Le bonheur de l’élève face au maître accueillant, attentif, distinctif… Le désarroi de bien des élèves face à d’autres imbus, dogmatiques, sélectifs… Le problème s’accroît encore à l’adolescence, car les professeurs des collèges et des lycées deviennent, un peu plus, ce que Dolto appelait des « modèles à vivre ». On ne peut alors qu’espérer de belles rencontres pour nos enfants et que certains professeurs – dont des adolescents me parlent, hélas ! – homophobes, misogynes et même parfoisadophobes(cf.Cultures & Sociétésn°13) disparaissent à tout jamais dans les limbes ou soient rapidement frappés par la grâce comme Saint Paul, par autre chose, sur le chemin de Damas ! Il était une fois… un paradis où les enfants pouvaient découvrir avec ravissement les plaisirs éprouvés de la chair et des corps, où les adultes ne s’en mêlaient pas si ce n’est avec la douce nostalgie de leur propre enfance en ce lieu. Dans ces contrées, les adolescents découvraient le
1. E 2015, u uÈo déCultures & SociétésçoŝàçÈ â ’àçuàîÈ dé à ŝéà éŝÈé dé Mîçhé ouçàu. Cé doŝŝîé ŝéà çoodoÈ à Jéà Zougàà.
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désir de la rencontre de l’autre, dans ses balbutiements et ses fougues. Ils s’y initiaient mutuellement dans le respect absolu du sexe opposé. Et les émois entre partenaires du même sexe n’effrayaient personne. La jeunesse s’y passait à découvrir les arcanes de l’art érotique, prélude à une vie adulte épanouie… Des auteurs ont rêvé ce paradis, diversement : Christiane Rochefort dans des romans oniriques époustouflants et, hélas, un peu oubliés (1972 :Archaos ou le jardin étincelant:, 1975 Encore heureux qu’on va vers l’été…), des penseurs connus (Wilhelm Reich,La lutte sexuelle des jeunes), moins connus (Jean Carpentier et al.,Apprenons à faire l’amour), des poètes bien sûr (cf.Cultures & Sociétésn° 17)… Or, ce paradis, dans des formes culturelles – il est vrai – diverses, existe pourtant bel et bien. Verrier Elwin décrit, en 1947, l’un d’entre eux, leghotul des muria, en Inde (Maison des jeunes chez les muria, Gallimard « Tel », 1959). Les muria sont un des plus anciens peuples aborigènes d’Inde; ils vivent dans le district de Bastar. Les muria habitent des cases familiales, avec une pièce unique ; les adultes sont, de fait, en grande proximité avec les enfants. Or, comme dans bon nombre de traditions coutumières, la sexualité des adultes ne regardent pas les enfants et, parfois également, inversement. L’âge de six ou sept ans – presque « de raison » dirait-on par chez nous – est, chez les muria, en plus, celui de la pudeur. L’enfant qui allait nu demande à porter, lui aussi, un pagne. Il serait donc en mesure de comprendre, maintenant, ce qui se passe certaines nuits entre papa et maman, ce que Freud appelait « la scène primitive ». Cela ne serait pas convenable. C’est pourquoi les enfants muria quittent, à six ans environ, le domicile familial pour intégrer leghotul, la maison des jeunes. Ils y resteront jusqu’à leur mariage, vers vingt ans à peu près. Le ghotul est une forme autogérée de lieu de vie. « Nous obéissons aux lois de notre ghotul avec plus de fidélité qu’aux lois de notre Gouvernement ; car nous avons fait nous-mêmes les lois du ghotul, et c’est pourquoi nous les aimons. » (Dicton commun muria ; Elwin, 1959 : 209). L’aîné des garçons, lesirdar,et l’aînée des filles, la belosa, quasi substituts parentaux, ont une position d’autorité. Les garçons (chelik) et les filles (motiari) n’ont qu’une seule occupation, durant toutes
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