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Du mouvement coopératif international

De
178 pages

L’enquête. — Origine des Sociétés coopératives. — Définition. — Associations en 1848. — Sociétés coopératives en Angleterre, en Allemagne, en France, en Belgique, etc. — Principes sur lesquels elles reposent.

En parlant de l’enquête accomplie sur les Sociétés coopératives, un des publicistes les plus autorisés en pareille matière, M. Audiganne, explique comment, tout en fournissant d’utiles éléments pour une saine appréciation du mouvement coopératif, elle ne pourra éclairer également tous les aspects du sujet, tous les coins de la situation et conduire à des notions complètes.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Eugène Pelletier
Du mouvement coopératif international
Étude théorique et pratique sur les différentes formes de l'association
AUX SOCIÉTAIRES DE LA COMPAGNIE FRANÇAISE DES CHOCOLATS ET DES THÉS
Chers Coopérateurs,
Ce livre est en partie votre œuvre ! J’y ai tracé l’histoire de notre Société ; j’ai cherché à y formuler les sentiments qui nous animent, les idé es et les principes qui nous guident. Depuis quinze ans nous vivons en coopération consta nte, journalière ; aucun orage intérieur soulevé par un mauvais levain quelconque n’est venu menacer la fortune de notre entreprise, aucun souffle n’a altéré notre confiance mutuelle. Merci pour moi et au nom de tous ! Nous avons acquis le droit d’affirmer notre existence et de nous citer comme exemple à côté de ces associations, maintenant illustres, q ui marchent en tête du mouvement coopératif. Puissent ces pages que je vous dédie fortifier notr e foi en l’avenir et nous aider à vulgariser les principes si justes et si féconds del’Association coopérative !
A vous,
PELLETIER.
PREMIÈRE PARTIE
LE MOUVEMENT COOPÉRATIF
L’enquête. — Origine des Sociétés coopératives. — D éfinition. — Associations en 1848. — Sociétés coopératives en Angleterre, en All emagne, en France, en Belgique, etc. — Principes sur lesquels elles reposent.
I
En parlant de l’enquête accomplie sur les Sociétés coopératives, un des publicistes les plus autorisés en pareille matière, M. Audiganne, explique comment, tout en fournissant d’utiles éléments pour une saine appréciation du mo uvement coopératif, elle ne pourra éclairer également tous les aspects du sujet, tous les coins de la situation et conduire à des notions complètes. « C’est, dit-il, qu’en fait de questions sociales, la voix la plus intéressante, la plus concluante, ce se rait précisément la voix de ceux qui ne sont pas en tendus... dans les enquêtes. » Cette vérité nous a d’autant plus frappé, que l’enq uête est passée à côté de la Compagnie française des chocolats et des thés,association coopérativeet fondée prospérant depuis 1854, sans paraître se douter de son existence. En cela l’enquête est bien excusable : La dénomination de Société coopérative n’existait pas en 1854, et celles d’association, de mutualité, étaient loin, on le sait, d’être en o deur de sainteté. Il eût été imprudent de les prendre pour enseigne d’une entreprise qui avait besoin de conquérir la confiance du capitaliste et du marchand. Nous tenions, d’ailleurs, plus au fait, à l’idée, au principe en lui-même qu’au mot ou à l’enseigne ; nous prîmes la dénomination deCompagnie,qui ne pouvait porter ombrage à aucune des susceptibilités de l’époque. Cette dénomination a pu faire croire que nous ne fa isions pas partie des Sociétés coopératives. En outre la Compagnie est obligée, par la nature mê me de ses produits et de ses opérations commerciales, d’aller chercher ses socié taires dans toutes les parties de la France et en dehors de l’élément ouvrier, pour lequel on semble croire que les principes d’association et de mutualité sont seuls praticables et utiles. On ne pouvait soupçonner qu’une Société coopérative, comptant quinze cents membres, existât et prospérât depuis douze ans dans de telles conditions. Nous ne réclamons donc pas contre un oubli que nous trouvons naturel, et nous sommes surtout loin de penser que notre témoignage aurait suffi pour éclairer, dans tous ses termes, une question aussi complexe et aussi ar due. Les investigations de la science, les efforts des hommes pratiques et dévoué s, l’initiative individuelle s’exerçant librement,la coopération de tous, le, chacun apportant suivant son esprit et ses forces temps et l’expérience, tout ce qui constitue en un mot les forces actives et agissantes du progrès social, peuvent seuls la résoudre d’une manière complète. Mais nous aurions apporté dans cette étude un élément nouveau en faisant connaître une application du principe coopératif complétement différente de toutes celles qui ont été faites en France, en Angleterre et en Allemagne , et réalisant, par la mutualité et l’association, ce triple but : le crédit, la production et la consommation. L’enquête est close officiellement, mais la question reste à l’étude. Le projet de loi qui
en est résulté est aussi large et aussi libéral qu’ il puisse l’être sous le régime du droit commun, qui n’accorde ni le droit de réunion, ni la liberté de la presse, dont l’enquête a démontré une fois de plus la nécessité. Si le même bon vouloir pour le mouvement coopératif, le même esprit de progrès, la même inte lligence des besoins de notre époque, qui ont dirigé l’enquête, règnent, comme nous n’en doutons pas, dans l’examen du projet au Conseil d’État et dans sa discussion a u Corps législatif, il en sortira une bonne loi, supérieure, à notre avis, à celles qui existent ou qu’on prépare en Angleterre et en Allemagne. Désormais les Sociétés coopératives financières, co mmerciales, industrielles ou économiques, pourront se constituer et fonctionner légalement en France sous la forme qui leur paraîtra la meilleure pour atteindre le but qu’elles se proposeront. Mais à quelles combinaisons peut donner naissance la forme coopérative ? Sur quels principes doit reposer l’association ? Comment doit-elle s’administrer, opérer, répartir ses bénéfices ? Quels sont les droits et les devoirs ré ciproques de l’Association et de ses membres ? Quelles conventions doivent régler les in térêts des sociétaires entre eux ? Autant de questions que la loi ne pouvait trancher, qu’elle laisse sagement à l’intelligence et à la volonté des sociétaires le droit de décider et pour l’étude desquelles il est opportun que chacun apporte les éléments qu’il possède. Nous avons, d’ailleurs, toujours saisi avec empressement l’occasion de faire connaître les principes et le mécanisme de l’organisation de la Compagnie, les résultats qu’elle donne, et de faire mieux comprendre à ses membres c ombien sont puissantes et fécondes ses idées d’association, de mutualité, de coopération libre, mais active et dévouée, que nous cherchons à inculquer plus profon dément dans leur esprit. Jamais circonstances plus favorables ne s’offrirent à nous pour poursuivre cette tâche. Pour que le but de cette notice soit bien rempli, nous sommes obligé de dire quelques mots du mouvement coopératif en lui-même, de son ca ractère, de sa portée, de sa marche ; de définir et de résumer l’organisation des trois sortes d’associations principales qu’il a créées. On pourra ainsi mieux voir quels points rattachent la Compagnie française des chocolats et des thés aux autres sociétés exist antes, et quelles différences d’organisation, de composition et de but commercial la distinguent.
* * *
II
En 1848, un souffle populaire balaya tout cet étaya ge fictif et sans racines profondes dans le pays ni dans les choses sur lesquelles s’appuyait le gouvernement de l’époque. La démocratie surmontait d’un seul essor la réactio n plus ou moins violente ou habile, ouverte ou déguisée des cinquante dernières années et proclamait de nouveau et sans conteste ses droits politiques. Elle comprit en même temps par le sentiment de sa propre conservation, qui guide instinctivement les sociétés aussi bien que les individus, que les droits politiques étaient illusoires pour ceux de s es membres qui restaient sous la dépendance de la misère et de l’ignorance, et la révolution sociale, bouillante de passion et affamée d’appétits, se dressa à côté de la révolution politique. La terreur fut grande, et elle devait l’être. Que les partis et les gens attachés à des passés dé sormais impossibles aient habilement cherché à faire tourner ces craintes à l eur profit, qu’il s’en soit suivi des choses funestes et d’autres regrettables, nous n’av ons pas à soulever de telles
questions. La démocratie et le droit nouveau ayant trouvé leur base indestructible dans le suffrage universel, le temps et la logique des faits doivent, malgré les accidents, assurer leur libre développement. Ce dont nous devons nous féliciter, c’est que ce volcan incandescent de mauvaises passions et de folles doctrines ait été étouffé dans son foyer avant que la lave, en découlant à pleins bords, ait tout emporté sur son passage et enseveli sous les cendres l’édifice social. Mais le péril passé, il n’était pas difficile de vo ir que sa véritable cause n’était qu’un malentendu de l’ignorance, fomenté par des gens aveugles ou intéressés au désordre ; qu’au fond il y avait une vérité qui cherchait sa f ormule, des aspirations, des besoins légitimes qui demandaient satisfaction, des idées q ui méritaient l’impartial examen de tous les esprits prévoyants, des tendances qui entraînaient la sympathique adhésion de tous les cœurs pénétrés de la conviction que l’accroissement du bien de tous est le signe le plus caractéristique du progrès social actuel. Turgot avait légué à la révolution sa charte économ ique en déclarant la liberté de travail comme le droit imprescriptible et inaliénab le sur lequel reposent l’existence et la dignité de l’homme. Ce principe était entré dans no s lois depuis 89 ; on lui devait l’immense essor pris par l’industrie, mais il fallait, pour qu’il fût profitable à tous, comme il l’avait été à quelques-uns, que chacun pût disposer de l’instrument de travail,du capital, et trouvât le champ ouvert devant son activité, san s autres obstacles à sa réussite que ceux que lui créerait une loyale concurrence. Il fa llait, en outre. que l’isolement ne le réduisît pas à l’impuissance, ne le condamnât pas à épuiser, dans des efforts inutiles ou mal coordonnés, la plus grande partie de ses forces. Le crédit existait bien ; mais on le voyait prêter seulement son aide à celui qui possédait déjà capital et réputation, et refuser so n concours à celui qui n’avait que son intelligence, son adresse et sa force, des talents souvent encore ignorés. Cela irritait. On ne se rendait pas compte que le prêt ne peut aller à l’inconnu ; qu’il ne doit s’accorder que contre des garanties de tout risque ; que lorsqu’il agit autrement, il devient la cause la plus active de ruine et prépare les désastres les plus grands, qu’il n’est plus que la charité déguisée, l’imprévoyance ou la spéculation. L’effort collectif et savamment coordonné existait aussi ; on lui devait l’immense essor industriel et commercial qu’ont pris les nations mo dernes, mais toujours il paraissait uniquement organisé au profit du capital possédé. La société financière, en faisant appel à toutes les fortunes, assemblait un total suffisan t pour tenter et mener à bonne fin les plus grandes entreprises, dont le bénéfice se répar tissait en entier sous forme de dividende sur chaque sociétaire capitaliste, propor tionnellement à la part qu’il avait apportée. L’entreprise commerciale ou industrielle, l’usine, la fabrique, l’atelier, groupaient habilement les efforts des travailleurs, et tous les avantages de cette action commune étaient recueillis sous forme de bénéfices, par un seul, par le patron représentant le capital. Il ne revenait à la grande masse des coopérateurs, sous forme de salaire, que la part équivalente aux dépenses d’entretien qu’il faut accorder à l’instrument qu’on emploie, si l’on veut qu’il fonctionne avec r égularité et sans trop de fatigue, et crainte, en cas de refus ou de manque, de le voir s’arrêter ou se briser. Cela paraissait encore plus injuste et révoltait la masse, qui voit le fruit de son travail naître et grandir dans sa main, et qui s’explique difficilement la part exacte que le capital, qu’il soit représenté par la matière première, l’ou til ou l’intelligence, peut avoir dans l’œuvre, et ne voit pas que les bénéfices qu’il per çoit sont en raison du concours qu’il donne et des chances de perte que seul il supporte. Le salaire n’apparaissait pas à l’ouvrier comme le résultat d’un contrat librement accepté, mais comme imposé à sa misère ; il n’avait pu ni en discuter les conditions ni les
refuser. C’était sa seule ressource, et elle le laissait à la merci d’un patron qui pouvait le renvoyer sans considération aucune, lui ôter son travail sans autre motif qu’un caprice. La loi qui sévissait alors contre les fauteurs des coalitions et des grèves paraissait d’autant plus dure qu’elle ajoutait à la sujétion du travailleur au capital. De là un antagonisme funeste entre ces deux termes également essentiels de la production : le capital et le travail, antagonisme couvant sourdement comme un germe de guerre jusqu’à ce qu’un choc vînt faire jaillir une étincelle assez forte pour le faire éclater en désordres terribles. L’école économiste était née et avait grandi au mil ieu de ces malaises ; mais ses enseignements n’avaient encore profité qu’à un peti t nombre d’adeptes. Ses allures analytiques, sèches et arides comme la science, éta ient peu faites pour séduire l’esprit des masses, dont il faut frapper l’imagination avan t d’éclairer leur intelligence par le raisonnement. Certains la niaient ; beaucoup d’intérêts s’effrayaient de ses formules de libre-échange et les combattaient comme illusoires et dangereuses. A côté de l’école économiste, et suscités par ces m êmes tendances qui caractérisent notre époque de réorganisation sociale, avaient par u une classe à part de penseurs, hommes de génie par certains côtés, touchant presqu e à la folie et à l’ineptie par d’autres : les utopistes Saint-Simon, Fourier, en F rance, Owen en Angleterre ; et, bien au-dessous d’eux, les Cabet et la tourbe oubliée de s chefs de sectes. Chacun de ces hommes avait sa théorie à lui, embrassant l’ensembl e des rapports sociaux et des aspirations humaines, et faisant régner de plein jet l’harmonie sur la terre dès le jour où elle serait adoptée. Les utopistes avaient profondément scruté les plaies sociales et les avaient mises à nu avec une vérité saisissante ; ils offraient des rem èdes pour toutes. Leurs doctrines s’entouraient de ce mysticisme nuageux qui attire l es imaginations ardentes et les raisons faibles. Elles eurent leurs apôtres convain cus, des propagateurs adroits, et les gouvernements leur accordèrent ce brin de persécution qui est comme le baptême de tout apostolat et le plus sûr moyen de donner au se c égoïsme du calcul personnel le prestige d’un courageux dévouement à l’idée et à l’intérêt du peuple.
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