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Du paranormal au malaise multidimensionnel de l'Afrique

De
224 pages
La rationalité ou la cohérence interne qui a été reconnue aux phénomènes paranormaux par Meinrad Hebga ouvre une nouvelle piste à l'autopsie du malaise africain. Rationnels dans l'univers mental africain, ces phénomènes communément désignés sous le vocable de sorcellerie font sourdre une peur qui influe sur la quasi-totalité des secteurs de la vie en Afrique. Cependant, le rêve d'une reprise responsable de l'initiative et du destin africains reste permis.
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Du paranormal au malaise multidimensionnel de l'Afrique

Une réflexion à partir de la pensée de Meinrad Hebga

~ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7614-0 E~:9782747576147

Paul Christian KITI

Du paranormal au malaise muItidimensionnel de l'Afrique
Une réflexion à partir de la pensée de Meinrad Hebga

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Klinyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

DÉDICACE

A tous les fils et filles d'Afrique et d'ailleurs qui, sans défense, sont morts, physiquement ou psychologiquement, sous le poids des phénomènes communément désignés sous le vocable de la sorcellerie, je dédie affectueusement cet ouvrage.
A tous les amis du bien et de l 'humanité qui, sans prendre garde aux risques qu'ils prenaient, se sont, gratuitement et avec grand dévouement, selon les divers talents que le ciel leur a donnés, portés au secours des malades réels ou imaginaires du phénomène de la sorcellerie, je dédie également ce modeste cri qui sourd du plus profond de mon cœur.

GRATITUDE

Ma gratitude voudrait s'adresser ici à vous, Révérend Père NZUZI BIBAKl qui, avec rigueur, patience et grande honnêteté intellectuelle, avez éclairé mes pas sur le sentier de la réalisation de cet ouvrage. L'esprit dans lequel vous avez dirigé

ma réflexion m'a semblé trancher radicalement avec le malheureux obscurantisme caractéristique de tant d'intellectuels africains. Veuillez donc bien accueillir ici mes profonds sentiments de reconnaissance.
A toi aussi, mon cher frère et compagnon TEKADIOMONA Nima qui, par ton soutien discret et par la lecture persévérante du manuscrit de cet ouvrage, m'as été d'un si chaleureux encouragement, ma profonde gratitude...

A vous, enfin, mes chers étudiants du Grand Séminaire
ma gr.ati1utle~-J1OUl'lapellsÉ.e partagée, nos échanges et notre passion commune pour notre terre bien-aimée, l'Afrique...
.

SainL MbagdTuzindL(I£bad},

ÉPIGRAPHE

L'Afrique doit rêver de ses lendemains meilleurs; car il est des réalités qui apparaissent tellement lointaines qu'elles ne peuvent naître que des rêves.

KIT! Paul Christian, sj

PRÉFACE

L'ouvrage que nous propose Christian KITI est le fruit d'une réflexion profonde à partir du livre de Meinrad Hebga, Rationalité d'un Discours Africain sur les phénomènes paranormaux. Depuis des années, le jeune auteur est hanté par le «Malaise multidimensionnel de l'Afrique». Avec courage et ténacité, il a fait une lecture lucide d'une thèse que d'autres qualifient de difficile. Ni l'analyse des dualismes platonicien, aristotélicien, thomiste, cartésien et bergsonien, ni la métaphysique de la coprésence interpersonnelle ou intrapersonnelle, ni l'indispensable recours aux sciences humaines et aux sciences dites exactes ne l'ont rebuté. A ma connaissance, C. KITI est l'un de ceux qui ont le mieux pénétré ma pensée dans l'ouvrage auquel il marque un grand intérêt. Dans la première partie de son travail, il fait un profond et brillant exposé de la thèse susdite. Il a bien saisi qu'il s'agissait pour moi, après quelque 30 ans de recherches et de publications sur de multiples aspects concrets des phénomènes paranormaux, de tenter une synthèse philosophique des travaux antérieurs. Dans cette perspective ma visée ne pouvait guère être que l'établissement de la rationalité formelle, théorique d'un discours africain sur lesdits phénomènes. La vérité objective de ces faits, vigoureusement affirmée dans d'autres de mes livres et nullement mise en cause dans ma thèse demande semble-t-il une approche avant tout scientifique. C'est avec lucidité et à dessein que C. KIT! a décidé de pousser plus loin la recherche et d'examiner l'impact de mes conclusions sur le traitement à donner aux problèmes concrets qui suscitent et entretiennent le malaise multi-dimensionnel de l'Afrique. Ce sera l'enjeu de la deuxième partie de son ouvrage.

On conviendra que le chapitre 1er, « Sorcellerie et Peur en
Afrique» aborde une réalité prégnante, obsédante, paralysante dont les très graves méfaits sont à analyser et à maîtriser. Ensuite l'auteur étudie, dans les chapitres suivants tour à tour « Quelques plages de la crise Africaine» la crise des communautés, les paysages philosophiques et technoscientifiques de la crise: cette seconde plage (pp. 128-147) semble avoir été spécialement analysée par le jeune philosophe et pour cause. Il établit « qu'en philosophie, pensée et vie devraient être normalement indissociables». (p. 134) or, constate-t-il, nous manquons gravement, en général d'une philosophie articulée sur la vie (p.l3S). L'examen de l'Afrique politique permet à C. KITI de montrer que, s'agissant des Indépendances, nous sommes bien passés du rêve à la désillusion, mais que le rêve était une étape inéluctable comme le prouvent les destins de Martin Luther King, du Général Charles de Gaulle, du Mahatma Gandhi, de Nelson Mandela. Cependant il apparaît que la déception et la désillusion de nos peuples ont été et sont encore causées avant tout par leurs dirigeants africains dont les exactions et les crimes sont trop souvent sous-tendus par la peur des menées sorcières de leurs adversaires. (p.1S1 suiv.) Parmi les freins au développement, notre auteur cite l'archéologie. Il rapporte le questionnement essentiel, fondamental, angoissé de Jean-Paul Ngoupendé : pourquoi les impressionnants savoirs du peuple égyptien antique ne se sontils pas perpétués sur le continent? J.P. Ngoupendé se répond; la forme de la pratique scientifique et technique fut et restera ésotérique. Leur science ne s'est pas ouverte au public! (p180 suiv .) C.KlTI pense et écrit avec sa tête et avec son cœur. Ce jeune auteur fait preuve d'une culture philosophique, historique et politique étonnante. Et son amour pour l'Afrique est 12

émouvant. Il est grand temps que l'aliénation mentale d'intellectuels africains complexés prenne fin. La guerre antiethnophilosophique fut une période top longue de notre histoire. Les plus lucides de ses protagonistes d'antan ont tourné la page: les uns investissent leur brillante intelligence dans la philosophie politique, d'autres lancent et dirigent un colloque international sur la rencontre des Rationalités, laissant aux oubliettes la rhétorique de l'universalité, de l'eurocentricité héritée des falsificateurs de I'Histoire tels que Hegel, et les auteurs d'Afrocentrismes en question. Une Egyptologie scientifique, lucide, courageuse héritée du grand Cheick Anta Diop fait son chemin. Tout en reconnaissant l'avance scientifique et technologique de la civilisation occidentale moderne, elle rend caducs les mythes idéologiques du miracle grec, non pour se complaire dans un passé archéologique qui semble avoir tourné court, mais pour réinventer le miracle égyptien antique, le critiquer, le corriger et le développer avec toutes les ressources des sciences mathématiques, physiques, humaines, des philosophies et des savoirs proprement africains, faisant passer ces derniers de l'ésotérisme au travail en laboratoire. Aux jeunes générations, nous confions cette noble et lourde tâche. Montez sur nos épaules et voyez plus loin! Allez plus loin!
Meinrad Hebga.

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A VANT-PROPOS

Je suis un fils du pays du Vodun, le Bénin. Jeune enfant, j'ai eu à partager la peur et la terreur qu'inspirait le phénomène de la sorcellerie -Azé en Jon et en mina- dans le milieu de vie qui alors était le mien. J'ai vu, sans rien y pouvoir, plusieurs proches personnes souffrir et s'éteindre progressivement dans ce redoutable climat de peur. Puis, les années se succédant les unes aux autres, un sentiment à la fois de révolte et de curiosité a peu à peu surgi en moi. Plusieurs de mes professeurs, pendant mes années de séminaire, ont eu à me sensibiliser davantage sur la question. Le plus marquant d'entre eux fut le Révérend Père Barthélémy ADOUKONOU dont le pathétique souvenir m'est particulièrement resté. Mais ce fut surtout en Juillet 1997, qu'une rencontre de cinq minutes avec le Révérend Père Meinrad HEBGA 1 acheva de catalyser la problématique alors latente en moi. Ce petit échange m'a permis de rentrer déjà en possession du manuscrit qui paraîtra une année plus tard aux éditions de l'Harmattan sous le titre: La rationalité d'un discours africain sur les phénomènes paranormaux. Cet ouvrage se découvre donc comme un hommage et un signe de reconnaissance à l'égard de
. tousuceux.qui..illlteu àmes.ensihiliser.suLla.questiondes.
.

phénomènes paranormaux en Afrique.

1* -Né à Edéa le 31 Mars 1928, le Père Pierre Meinrad HEBGA est un prêtre jésuite camerounais. Il a, tant dans le domaine des lettres que dans le domaine de la science, fait de longues et brillantes études. Il a publié de nombreux livres et articles et a enseigné dans de prestigieuses univesités du monde (Rome, Etats-Unis, Angleterre, Côte d'Ivoire, Cameroun, R. D. CONGO etc...). Il s'occupe maintenant du ministère des malades, principalement.

J'ai, par ailleurs, choisi de me servir des deux tomes de l' œuvre du Père Meinrad HEBGA, parce que leur contenu m'a paru plus développé et plus dense. L'emploi fréquent du pronom personnel ''je'' que l'on ne manquera pas de remarquer, traduit mon désir d'assumer toute la responsabilité de ma pensée et de mes affirmations. Cependant, dès lors que le savoir, en matière de philosophie), est toujours rebondissant, ce travail voudrait se présenter plus comme l'amorce d'une démarche, que comme le terme d'un itinéraire... KITI Paul Christian sj

) -Ce travail a été défendu comme mémoire de licence de Philosophie à la Faculté de Philosophie Saint Pierre Canisius (Kinshasa) en juillet 2000.

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INTRODUCTION

l-Prolégomènes

: Constats sur l'Afrique

"Lorsqu'une civilisation en juge une autre, elle le fait, sauf rarissimes exceptions, d'après ses propres critères, pour s'estimer elle-même évidemment très supérieure" l,

Quand le malaise, la souffrance, la confusion et la complexité des difficultés violent les frontières de l'entendement et du "possible", il se crée comme une tragicomique banalisation de la réalité pourtant dramatique. C'est comme une injustifiable2 et suicidaire marche dans un pénombre athée qui s'amorce, Loin de moi, ici, toute envie 00 toute prétention d'intimider et de dépiter l'optimisme combien courageux de tant d'Africanistes et de tant d'amis de l'Afrique dont, du plus profond de mes tripes, je partage aussi l'invincible espérance! Mais tel me semble bien être l'état actuel de notre continent bien-aimé, l'Afrique. Un malaise réel et multi-facial se fait incontestablement sentir dans le vécu de toute l'Afrique, et de toute l'Afrique-noire principalement, Ce malaise, qui embrasse JQl!tàJI!Joi~..J'é~QIlQnÜe, Ja p~litiqu~,.Ja..religion ...ettou1e.la.. _. société, pose un problème existentiel profond, Mais, de même que, de l'iceberg, l'on ne voit souvent que la surface trompeuse, ce malaise a aussi des racines culturelles et historiques qui, souvent, nous échappent.
I -Raymond MAUNY, Les siècles obscurs de l'Afrique noire. Paris, Fayard, 1970, p.s.
-Cf. Jean NABERT, Essai sur le mal. Paris, PUF, 1955.

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2-Sur les traces de l'histoire Pour se saisir avec objectivité au présent et se poser avec lucidité face à l'avenir, un chemin de pèlerinage vers le passé, pour savoir ce que l'on a été et en quoi l'on est consciemment ou inconsciemment héritier de son histoire, s'impose. Voilà la raison qui me conduit à ce rapide -mais non vindicatif- rappel que l'esclavage et la colonisation!, avec les idéologies génocides qui les ont sous-tendus, ont largement contribué à la réification progressive de toute la race noire. La prétention esclavagiste a voulu faire travailler les "macaques" et les "singes" d'Afrique dans les plantations d'Amérique pour accroître la richesse et le prestige de l'Europe; et ce fut ainsi. Les "macaques" et les "sauvages", on le sait, n'ont ni humanité, ni dignité, ni liberté, ni volonté, ni désir... Tant d'instruments de honte, des chaînes aux fouets, en passant par les navires négriers, les miroirs et les costumes de théâtre offerts à nos rois en échange de leurs peuples, constituent aujourd'hui encore un témoignage incontestable de ce que fut cette histoire. Qui peut oser affirmer qu'à aucun moment les "macaques" n'ont eux-mêmes vécu ou connu la tentation de croire qu'ils étaient vraiment des "macaques" ? A quoi, pour ne s'interroger que sur cet exemple, attribuer la honte et parfois même le mépris qu'affichent certains intellectuels africains à parler franchement des réalités de leur culture? A la veille de la colonisation, à Berlin, les princes du monde se sont interrogés: de quel droit certains peuples peuvent-ils en coloniser d'autres? Au nom, avait-on prétexté, du principe de la "propriété universelle des biens" dont le pape avait alors réussi à s'imposer comme le principal héraut. Mais d'autres raisons, qu'on savait insoutenables pour leur caractère
I

-Cf. KITI Paul Christian sj, Travail, sens et bonheur. Une analyse de la

Condition de l'homme moderne de H. Arendt appliquée au contexte négroafricain. Mémoire de Baccalauréat de Philosophie, Faculté de Philosophie Saint Pierre Canisius, Kinshasa, Année Académique 1997-1998. 18

mensonger, diabolique et pécamineux, furent aussi évoquées à huis clos: l'Afrique, en plusieurs millénaires d'histoire, n'a pu rien apporter de valable à l'histoire; elle n'aurait contribué en rien au développement de la science; la raison discursive, déconnectée du mythe lui est totalement étrangère; elle n'a même pas d'écriture et végète dans une piteuse et primitive oralité. En vertu de ces raisons, elle pouvait donc, sans que nul ne se fasse des problèmes de conscience, être colonisée. Ceci dit, toutes les données de l'histoire qui pouvaient s'élever contre une telle idéologie furent systématiquement muselées, étouffées, effacées. Ainsi disparurent tant de sources précieuses de l'histoire réelle de l'Afrique!. Il y eut aussi un discrédit historique persistant dans plusieurs autres domaines. On sait que l'ethnologue français Lévy-Bruhl a publié un gros volume de 543 pages sur La mentalité primitivi qu'il conclut par l'expression suivante: "(...) la mentalité, plus mystique que logique, des sociétés primitives" 3. Même en Orient et en Afrique du Nord, la vision que les Arabes avaient des Noirs n'était pas moins réductrice. Raymond Manny, professeur émérite à la Sorbonne nous en donne un témoignage fort intéressant: "Un géographe et voyageur irakien, Ibn Hawqal (vers 950), écrit-il, avertissait le lecteur, dans sa Phvsionomie de la Terre. qu'il ne traitait pas des Soudan' 'car ils n'ont ni convictions religieuses, ni bonnes mœurs, ni institutions sages, ni justes méthodes de gouvernement" (...) Même écho chez Ibn Khaldoun, pour lequel les Noirs forment' 'une humanité inférieure" (Muqaddima, 1, Chez les philosophes de qui l'on aurait attendu un jugement plus rationnel, la carence de vision s'est parfois révélée plus pitoyable que nulle part ailleurs. Leur raison ne les
I -Lire à ce sujet les chapitres 16 et 17 de Cheikh Anta Diop, Civilisation ou barbarie. Paris, Présence Africaine, 1981, pp.293-477. 2 -Lévy-Bruhl, La mentalité primitive. ISèmeÉdition, Paris, PUF, 1960. 3 -Ibidem, p.S22. 4 -Raymond Mauny, Les siècles obscurs de l'Afrique noire. Fayard, 1970, p.6. 19

empêche pas toujours d'être de fidèles héritiers des passions meurtrières de leurs peuples. Au rang de ces philosophes, on retrouve ladite grande figure de Hegel. Voici ce qu'il dit en effet dans La raison dans l 'histoire:
"Ce continent n'est pas intéressant du point de vue de sa propre histoire, mais par le fait que nous voyons I 'homme dans un état de barbarie et de sauvagerie qui l'empêche encore de faire partie intégrante de la civilisation. L'Afrique, aussi loin que remonte I 'histoire, est restée fermée, sans lien avec le reste du monde,. c'est le pays de l'or, replié sur lui-même, le pays de l'enfance qui, au-delà du jour de l'histoire consciente, est enveloppé dans la couleur noire de la nuit" 1.

Dans les rangs des hommes de Lettres, le discrédit fut le même. Dans l'Esprit des lois de Montesquieu, on retrouve cette phrase désormais bien connue:
"Si j'avais eu à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais: Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête,. et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir...

Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de /'or, qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence. Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on

I

-G. W.F. Hegel, La raison dans ['histoire. Paris, Pion, 1965, p.247.

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commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens" I. En ce qui concerne les hommes de science, beaucoup d'entre eux ont longtemps soutenu que l'esprit qui se manifeste dans la culture africaine n'est en rien comparable à l'esprit scientifique des pays civilisés. Le résultat, l'aboutissement final de ce discrédit historique dont nous venons de parcourir les différentes plages, est bien logique: un assassinat plus ou moins conscient de l'homme noir à tout point de vue, un homicide subtil qu'il serait difficile de qualifier d'involontaire. Dans cette descente à la tombe, la culture noire a elle-même une part de la responsabilité à prendre.
3-Problématique

Les prolégomènes et le regard sur l'histoire me permettent de faire surgir avec plus d'aisance la problématique qui a soustendu le choix de cette réflexion et qui devra mouvoir toute la démarche qui s'engage ici. De ce qui précède, il est très important de faire remarquer que nous nous trouvons dans un contexte spécifique dont la précision ne manquera pas de jeter une lumière non-négligeable sur la suite des idées: il s'agit précisément d'un contexte de mort que baigne un air de cimetière. Toutes les épitaphes qu'on rencontre dans ce cimetière portent la même inscription: ci-gît la race noire. ---ED-questiOtl,en...sOlllnl(:~.; .le4estitl-et-lasufViede. teut-un-. peuple, de tout un continent, de la race noire entière. Alors vinrent aussi les temps de l'éveil et du refus. Déjà dans l'antiquité et au Moyen-Âge surtout, plusieurs Africains, qu'ils aient appartenu à la diaspora ou qu'il soient restés à l'intérieur du continent, se sont vigoureusement dressés contre cet état de

I -Montesquieu. De l'Esprit des lois. Paris. Hatier. 1926. p.78. 21

choses). On se souvient par ailleurs du combat récent de L.S. SENGHOR et d'Aimé CESAIRE, combat communément connu sous le nom de la négritude. Une figure qui aura profondément marqué l'histoire du combat pour la dignité des peuples noirs est celle de Cheikh Anta Diop qui a fait du champ anthropologique et scientifique son terrain de bataille. En introduction à l'un de ses derniers ouvrages, voici ce qu'il disait: "L'Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d'une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d'une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion,,2. Le Père Meinrad Hebga, dont les recherches servent de tremplin à ma présente étude, peut, à juste titre, à la fin de sa réflexion sur les phénomènes paranormaux, reprendre les paroles de Cheikh Anta Diop. Cette affirmation me conduit à circonscrire avec plus de netteté le cadre de mon investigation. Le Père Meinrad Hebga s'est, pendant une longue tranche de sa vie, intéressé au problème des phénomènes paranormaux en Afrique. Il s'est, sans passion aveugle, laissé interroger par la réalité telle qu'elle se présentait. Il a voulu laisser, pour ne pas trop se tromper de jugement, la chose se dire d'elle-même. Il a, sans aucun doute, une expérience qu'on pourrait dire de maître en la matière. Il est, par surcroît, un Noir Africain, né dans un milieu typiquement africain. C'est fort de cette disposition qu'il s'est, à mesure qu'il découvrait cette réalité africaine, progressivement indigné contre le jugement d'irrationalité et de "paranormal" porté sur elle. Mais il n'a pas fait que s'indigner sentimentalement. Il a
I -Lire à ce sujet le cours du Professeur M. MUTUNDA, Histoire et tâches de la philosophie africaine. Faculté de Philosophie Saint Pierre Canisius, Kinshasa, Année académique 1998-1999. Lire aussi le livre des professeurs A. HADDAD, K.MUFUTA et M.UTUNDA, Titres de gloire des Noirs sur les Blancs. Paris, Diffusion SEDES, 1989.
2 ..op. Cit. p.16.

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