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Dynamique et permanence des exclusions sociales au Brésil

De
308 pages
Quelle relation existe-t-il vraiment entre la pauvreté, l'inégalité et le processus de croissance économique au Brésil ? Le Brésil n'est pas un pays sous-développé, ni un pays développé, mais un pays mal développé où la modernité coexiste avec l'archaïsme. Ce livre donne les moyens de comprendre la structure du mal-développement brésilien des dernières décennies.
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DYNAMIQUE ET PERMANENCE DES EXCLUSIONS SOCIALES AU BRÉSIL

@L'Hannatlan,2004 ISBN: 2-7475-6114-3 EAN: 9782747561143

Mauricio Dias David

DYNAMIQUE ET PERMANENCE DES EXCLUSIONS SOCIALES AU BRÉSIL
Économie des pauvretés, des inégalités et de l'accumulation des richesses

Préface de Pierre Salama

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3
1026 Budapest

L'Harmattan Italla Via Bava, 37 10214 Torino

HONGRIE

ITALIE

Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collection Recherches Amériques latines publie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s'étend du Mexique et des Caraïbes à l'Argentine et au Chili.

Déjà parus
TETT AMANZI Régis, Les écrivains français et le Brésil, 2004.

CRUZOL

Jean,

Les

Antilles

- Guyane

et

la

Caraïbe,

coopération et globalisation, 2004. SAUTRON-CHOMPRÉ Marie, Le chant lyrique en langue nahuatl des anciens Mexicains: la symbolique de la fleur et de l'oiseau, 2004. CARBO ROND EROS Guillermo, Musique et danse traditionnelles en Colombie: la Tambora, 2003. NA V ARRETE William, Cuba: la musique en exil, 2003. LEMAISTRE Denis, Le chamane et son chant, 2003. RABY D., L 'épreuve fleurie, 2003. PROST C., L'armée brésilienne, 2003. MINGUET C., Alexandre de Humboldt, 2003. PEREZ-SILLER J., L 'hégémonie des financiers au Mexique sous le Porfiriat, 2003. DEL POZO- VERGNES E., Société, bergers et changements au Pérou. De l'hacienda à la mondialisation, 2003. PEUZIA T 1., Chili: les gitans de la mer. Pêche nomade et colonisation en Patagonie insulaire, 2003.

MATTOSO K., MUZART I., ROLLAND D., Le Noir et la culture africaine au Brésil, 2003. WALTER D., La domestication de la nature dans les Andes péruviennes,2003. GUICHARNAUD-TOLLIS M. (éd.), Caraïbes. Eléments pour une histoire de ports, 2003 (ouvrage en espagnol). GUICHARNAUD-TOLLIS M. (éd.), Les ports dans l'espace caraïbe, réalités et imaginaire, 2003. RAGON P., Les saints et les images du Mexique (XVI-XVIIIe siècle),2003.

GLOSSAIRE
SIGLES UTILISÉE DANS LES CHAPITRES

BID: Banque interaméricaine de développement BM: Banque mondiale BNDES: Banque de développement économique et social CEPALC: Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraibes ENDEF: Étude nationale de dépense familiale FBCF: Formation brute de capital fixe FGRM: Fonds de garantie du revenu minimum FINEP: Institution de financement d'études et projets FMI: Fonds monétaire international FUNDAP: Fondation pour le développement administratif FUNRURAL: Fonds d'assistance et prévoyance du travailleur rural IBGE: Institut brésilien de géographie et statistique IPEA: Institut de recherche économique appliquée MPAS: Ministère de la prévoyance et de l'assistance sociale ONG: Organisation non gouvernementale PEA: Population économiquement active PETI: Programme d'éradication du travail des enfants PIB: Produit intérieur brut PNAD: Enquête nationale par échantillon de Domiciles PNUD: Programme des Nations Unies pour le développement POF: Enquête nationale de budget familial PRO-RURAL: Programme d'assistance au travailleur rural RGPS: Régime général de la prévoyance sociale ABRÉVIATIONS UTILISÉE DANS LES CHAPITRES

ACP: (Chapitre II) ALQH: Revenu par loyer imputé BENS: Besoins essentiels non-satisfaits CIDE: Dette extérieure directe sur le PIB CV: Coefficient de variation DESEMP: Chômage DEUEXT: Dette extérieure Etab!.: Établissement G: Courbe de Lorenz Généralisée GAP: Insuffisance du revenu GASO: Dépense sociale en pourcentage de PIB HIR: Intensité de la richesse HIRE: Intensité de richesse effective HIRT: Intensité de la richesse totale HR: Incidence de la richesse HRE: Incidence de la richesse effective HRP: Incidence de la richesse potentielle HRT: Incidence de la richesse totale INFLAC: Inflation

Glossaire INVERSIO: Investissement IR: Tranche de Richesse Moyenne IRE: Tranche de richesse effective IRP: Tranche de richesse potentielle IRT: Tranche de Richesse Totale L: Courbe de Lorenz LP: Ligne de Pauvreté LRT: Ligne moyenne de Richesse totale MILL: Millions NSA: ne peut être calculé P: Parade de Pen PIBperc: PIB par tête PROSAPER: Nombre de salaires minimums par tête et par foyer R31: Rapport entre le revenu moyen d'1 % le plus riche et les 30% les plus pauvres RASR: (Chapitre VI) REO: Sans rémunération RE1:Jusqu'à 0.25 SM RE2: Au-dessus de 0.25 SM jusqu'à 0.50 SM RE3: Au-dessus de 0.50 SM jusqu'à 1 SM RE4: Au-dessus de 1 SM jusqu'à 2 SM RES: Au-dessus de 2 SM REND: Rémunération moyenne en valeurs de septembre 1999 SALAM: Niveau de salaire minimum SM: Salaire minimum TACAR: Taux de change TCAP: Taux d'intérêt THEILR: Indice d'inégalité de Theil UF: Unité Fédérale URV: (Chapitre I) VAR.: Variation VRAPR: Variation revenu de l'activité principale rurale VRASR: Variation revenu de l'activité secondaire rurale VRDR: Variation revenu domiciliaire rural VRPR: Variation revenu prévoyance rurale ABRÉVIATIONS CHAPITRES

DESÉTATS RÉGIONS DU BRÉSILUTILISÉESDANS LES ET

Acr / AC: Acre, Alago/ AL: Alagoas, Amap/ AP: Amapa, Amaz/ AM: Amazônia, BA: Bahia, C: Centre-ouest, Cear/CE: Ceara, Dfede/DF: District Fédéral, EsSan/ES: Espirito Santo, Gaia/GO: Goias, Maran/MA: Maranhào, Mgera/MG: Minas Gerais, MgroS/MS: Mato Grosso do Sul, Mgros/MT: Mato Grosso, N: Nord, NE: Nord-est, Par/PA: Para, Parai/PB: Parafba, Paran/PR: Parana, Perna/PE: Pernambuco, Piau/PI: Piaui, RGNor/RN: Rio Grande do Norte, Rja/RJ: Rio de Janeiro, Rond/Ra: Rondônia, Rorai/RR: Roraima, RS: Rio Grande do Sul, S: Sud, Scat/SC: Santa Catarina, SE: Sud-est, Sergi/SE: Sergipe, Spaul/SP: Sào Paulo, Tocan/TO: Tocantins

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PRÉFACE

Je connais Mauricio Dias David depuis de nombreuses années, d'abord par ses livres édités sur la distribution des revenus, ensuite et surtout lors de sa présence à Paris. Il a participé à de nombreux séminaires sur l'Amérique latine, les miens et ceux de quelques collègues, dialoguant, polémiquant parfois, toujours avec cette grande exigence intellectuelle, caractéristique des vrais scientifiques, de rejeter le superficiel, de débroussailler parmi les causes possibles du maintien des inégalités celles qui lui paraissent explicatives, au risque de déranger les «bien pensants», ceux qui se contentent de paroles généreuses, laudateurs de gouvernements et de leur politique sociale, en attente d'un prochain contrat. Mauricio Dias David a préféré la voie difficile, celle des exigences, de la probité intellectuelle à celle que suivent de nombreux économistes qui, «allant à la soupe», se prostituent au Pouvoir, déclament qu'une seule voie est possible, la leur, usant d'un langage complexe pour faire scientifique et abuser, voire «terroriser» ceux qui recherchent une voie alternative à cette «pensée unique» imposée. Les résultats des politiques économiques mises en place pour éradiquer la pauvreté plaident pour une recherche systématique du maintien, voire de l'aggravation de cette situation, loin de tout plaidoyer laudateur. C'est ce que fait Mauricio Dias David dans ce travail. Dans quelques pages débute une analyse statisticoéconomique extrêmement précise de l'évolution de la pauvreté, des in.égalités et de la concentration des richesses au Brésil qui ouvre la voie à de nouvelles questions quant à l'impact des politiques sociales menées. Les indicateurs présentés sont nombreux. Le rôle de différents facteurs comme l'âge, le sexe, les couleurs de peau, le degré d'alphabétisation, le lieu (ville-campagne), sensibilité du niveau de rémunération aux changements de la conjoncture en fonction du secteur d'activité et du type d'emploi, les différences observées enfin au sein des groupes et entre eux, est étudié avec une très grande précision. Une fois ceci fait, Mauricio Dias David affme l'analyse de l'évolution des inégalités en tenant compte de l'accès aux services publics, de la distribution différente des actifs selon trois classes d'emplois (précaire, basse, haute ou moyenne qualité) définis selon leur statut et leur niveau de rémunération, enfm de la distribution des richesses.

Préface

C'est cet ensemble d'indicateurs qui permet ensuite à Mauricio Dias David d'évaluer les politiques sociales menées au Brésil sans a priori. Cherchant à définir des politiques sociales qui pourraient être efficaces en terme de lutte contre la pauvreté, Mauricio Dias David met en avant deux expériences plus réussies que d'autres (qui se caractériseraient plutôt par leur échec dans la mesure où elles ont contribué à l'augmentation des inégalités, voire de la pauvreté), expériences qui ont permis de diminuer les profondes inégalités et d'alléger la pauvreté, soit en donnant les moyens d'une plus grande mobilité sociale, aujourd'hui bien faible, grâce à l'accès un peu plus réel (bien qu'encore largement insuffisant) et non formel à l'éducation (<<bourses scolaires»), soit en versant un revenu monétaire à des paysans âgés (versement d'une retraite pour diminuer la pauvreté rurale). Ce travail est important. Il est précis. Il évalue l'état des lieux, donne une idée des difficultés: à l'évidence le problème de l'allégement de la pauvreté ne consiste pas à trouver la «bonne technique» seulement (redistribuer et favoriser une croissance plus égalitaire en diminuant la dépendance financière du pays, mettre en place un nouveau mode de développement en retrouvant à la fois un Etat capable de réguler des marchés et de s'imposer face aux contraintes internationales). On l'aura compris: la difficulté est surtout d'ordre politique. Un livre comme celui que nous présente aujourd'hui Mauricio Dias David permet d'avancer d'un petit pas, petit mais combien essentiel, dans le chemin d'une société plus juste qui sache atténuer ses aspects les plus barbares, devenus aujourd'hui insoutenables. Pierre Salama

INTRODUCTION
« J'ai compris très tôt que le destin de l'homme, qu'il soit quelconque ou super-doué, est de contribuer à déchiffrer le mystère du monde ou à agir pour changer le cours des choses. Je n'ai jamais accepté la passivité ou l'indifférence face au monde qui est devant nous»
Celso Furtado

Le Brésil est-il un pays riche, est-ce un pays pauvre? Est-ce un pays riche avec beaucoup de pauvres, ou un pays pauvre avec beaucoup de riches? Un pays en développement sur le chemin d'une totale modernisation de ses structures de production, ou un pays semi-industrialisé souffrant de problèmes structuraux qui peuvent faire avorter son plein développement? Ces questions posent les grandes interrogations qui se présentent face au Brésil futur. Ce pays qui fut appelé "pays de l'avenir" dans une œuvre classique de Stefan Zweig, le restera-t-il pour toujours? Ou sera-t-il appelé à jouer un rôle mondial au XXIe siècle, aux côtés de la Chine, de l'Inde, ou de la Russie, pays vastes comme des continents, aux populations gigantesques, qui, selon quelques analystes, peuvent trouver des espaces d'autonomie dans un monde de plus en plus assujetti à l'hégémonie des puissances établies? Ce livre sur la relation entre la pauvreté, l'inégalité et le processus de croissance économique au Brésil tente de comprendre la structure du "mauvais développement"qui a régné dans ce pays au cours des deux dernières décennies. Par différents aspects, le Brésil est aujourd'hui un pays de grands contrastes, caractérisé par des indicateurs sociaux de niveaux de pauvreté et de déficit très au-dessus de ce qu'on attendrait d'un pays qui possède son degré de développement. Une grande partie de sa population se trouve dans une situation d'exclusion sociale permanente, à l'écart des bienfaits du progrès économique, malgré une mobilité sociale intense qui ouvre des possibilités à quelques fractions de la société. Quelquesuns s'élèvent, d'autres restent où ils sont, pour beaucoup, il n'y a aucune chance, et ils sont condamnés à une pauvreté à laquelle il est difficile d'échapper. Notre hypothèse principale est que le Brésil n'est pas un pays sous-développé ni un pays développé, mais certainement un pays mal-développé où la modernité coexiste avec l'archaïsme, les nouveautés technologiques les plus sophistiquées avec les méthodes de production les plus rudimentaires, où la richesse la plus absolue

Introduction

et la plus concentrée côtoie la misère la plus extrême et la plus généralisée. Ce mal-développement trouve ses racines, d'une part, dans un lourd héritage d'injustice sociale profonde où l'abolition de l'esclavage à la fin du XlXc siècle," libéra" les esclaves africains mais ne fut pas capable de leur offrir une citoyenneté économique et sociale, et d'autre part, dans la présence asphyxiante d'une grande concentration de la propriété terrienne. Ce mal-développement présente un facteur structurel déterminant: une inégalité perverse de la répartition des revenus et des chances qui fait de l'exclusion sociale l'élément caractéristique (dés)organisateur de la société brésilienne. Trois hypothèses complémentaires pourraient apporter une confirmation à l'hypothèse centrale: 1. La croissance économique est une condition nécessaire mais pas suffisante pour la diminution significative de la pauvreté, et il peut même se produire simultanément une augmentation de l'inégalité. 2. La pauvreté et l'inégalité, au Brésil, sont traditionnellement expliquées par des causes dérivées de l'analyse de la répartition du revenu personnel, mais il existe d'autres facteurs plus pertinents comme la "mauvaise" répartition du patrimoine (la richesse), la différence d'accès aux services publics et l'hétérogénéité structurelle qui conditionne l'insertion de la force de travail dans la production. 3. Dans des sociétés aussi inégales que la société brésilienne, les politiques orientées vers la diminution de l'inégalité pourraient avoir un impact plus important par l'élimination de la pauvreté plutôt que par des tentatives de la dépasser grâce aux résultats de la croissance économique. Ce livre est une version de la thèse de doctorat soutenue à l'Université de Paris XlII. Il se divise en trois parties. Pauvreté et inégalités au Brésil entre l'économie à marche forcée* et les réformes néolibérales L'objectif du premier chapitre est de présenter et d'analyser, d'après les dernières données disponibles, l'évolution des conditions de pauvreté et d'inégalité pendant les deux dernières décennies. On a choisi dans ce but, des indices complémentaires de pauvreté et d'inégalité qui seront analysés en fonction des divers contextes macro-économiques et des transformations qui se sont produites dans l'économie brésilienne durant cette période. 10

Dynamique

et permanence

des exclusions sociales au Brésil

Ce thème a été amplement abordé par de nombreux analystes (Ferreira et Paes de Barros, 2000; Camargo et Neri, 2000; Paes de Barros, Henriques et Mendonça, 2000). Les travaux cités insistent beaucoup, au niveau global (urbain et rural), sur les facteurs économiques et sociaux associés, et sont basés sur les revenus des familles ainsi que sur leurs modes de répartition. À l'inverse notre objectif est de fournir une vision plus large de la problématique en insistant sur les disparités spatiales, aussi bien urbano-rurales que régionales. Nous considérons cette approche indispensable pour l'étude de l'évolution de la pauvreté et de l'inégalité étant donnée la grande hétérogénéité géographique brésilienne qui se traduit par des contextes productifs et sociaux radicalement différents (sur ce type d'approche, voir Park, 2000). L'analyse se fonde essentiellement sur les micro-données des Recensements de Population de 1980 et 1991 et des Enquêtes Nationales par Echantillon de Domiciles (pesquisas Nacionais por Amostragem de Domicilios, ou PNAD) de 1992 à 1999. Les microdonnées des PNADS de 1981 à 1990 ne sont pas prises en compte dans cette analyse puisqu'elles présentent des différences de méthodes et de conception importantes qui limitent leur comparaison avec la série PNAD 1992 à 1999 (Da Silva et Del Grossi, 1997). Cependant, tout en tenant toujours compte de ces restrictions, on a recours à quelques-uns de ces résultats pour illustrer le propos de cette analyse. La variable utilisée est le revenu familial total qui inclut toutes les sources de revenu, c'est-à-dire les revenus du travail (la retraite, pensions de reversion incluses) et les autres revenus comme les intérêts et les loyers. Elle tient compte de toutes les ressources des membres du noyau familial, excluant celles qui se réfèrent aux employés domestiques et parents de ceux-ci. Les séries de micro-données disponibles pour cette analyse sont présentées en valeur constante de septembre 1999. Pour effectuer l'analyse on a considéré le revenu familial par tête, et des estimations de pauvreté et d'inégalité entre individus ont été réalisées. Le foyer, comme unité d'analyse, est uniquement pris en compte pour l'étude des besoins essentiels non-satisfaits. Le premier chapitre commence par une discussion des questions relatives au concept de pauvreté, et l'on souligne les aspects méthodologiques employés pour la mesurer. Ensuite, sont présentés 11

Introduction

les indices de pauvreté et d'inégalité, en spécifiant le processus de leur construction ainsi que leurs interprétations. Par la suite, on fournit une analyse statistique détaillée, aussi bien au niveau global et régional qu'urbano-rural, par laquelle on tente de décrire en profondeur l'évolution de la pauvreté et de la répartition du revenu dans les décennies 80 et 90. L'analyse met en relief les principaux faits économiques et politiques liés au niveau de bien-être social de la population, en examinant les différences spatiales aussi bien de la pauvreté que des niveaux d'inégalité. Elle s'appuie sur des points de vue méthodologiques complémentaires pour l'étude de la pauvreté et de l'inégalité, comme la notion de pauvreté absolue -basée sur le revenu et l'insatisfaction des besoins essentiels- et la notion de pauvreté relative et son lien avec l'inégalité sociale. Pour estimer le niveau de pauvreté absolue, on a défini deux lignes de pauvreté, à 0,25 et 0,50 du salaire minimum. Puis, on a évalué, par rapport à ces lignes, l'incidence et l'intensité de cette pauvreté. En partant de l'inégalité du revenu l'analyse se fonde sur les indices relatifs, à savoir les indices de Gini, Theil et Atkinson. Du point de vue des besoins essentiels non-satisfaits (BENS) l'analyse s'oriente vers les différences régionales de ressources de base: absence de scolarisation des enfants dans les écoles primaires, fourniture inadéquate des foyers en eau, manque (ou inadéquation) de services d'assainissement des eaux usées et traitement des ordures ménagères. Ensuite on présente une analyse comparative des conditions d'accès aux ressources de base de 1980 à 1991 et de 1991 à 1998 au niveau des États de la Fédération brésilienne. À partir de cette analyse on parvient à expliquer le fort développement urbain du Brésil entre 1980 et 1990 ainsi qu'à repérer les zones les plus déficitaires en ressources de base à la fin de la décennie des années 90. Enfin, on propose une vision d'ensemble et des conclusions où se trouve résumé ce qui ressort de l'évolution de la pauvreté et de l'inégalité au Brésil dans les deux dernières décennies. Dans la seconde partie, on cherche à établir une mesure nouvelle de la relation entre la qualité de vie et le niveau de revenu au Brésil. Même si le revenu du foyer constitue, peut-être, la forme la plus utilisée dans l'étude des conditions de vie de la population, il existe aussi de sérieuses limitations dans son utilisation. La mesure du 12

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des exclusions sociales au Brésil

niveau de revenu présente des lacunes associées à l'insuffisance des méthodes employées pour la collecte des données de base (Recherches sur les ménages, Recensements de population). Ceci a pour effet de sous-estimer le revenu des foyers ruraux, spécialement ceux qui sont le moins intégrés au système économique, à faibles revenus, et dont une partie importante provient de l'autoconsommation. Par ailleurs, même si le niveau de revenus du foyer se ttaduit par un signe d'intégration économique et de capacité de transaction des moyens productifs sur le marché, il existe également des conditions structurelles, comme la qualité des services essentiels. Celles-ci affectent, en général, les conditions de vie de tous les foyers, mais sans doute, plus sévèrement, celles des foyers ayant un plus faible niveau de revenu. La thèse de doctorat à l'origine de cet partie (chapitre II) nommée« L'accès aux mesure alternative des niveaux de revenus ci-après les éléments essentiels de ce intégralement publié ici. ouvrage, comprend une services publics, comme au Brésil ». On trouvera chapitre qui n'est pas

Les Enquêtes nationales par échantillons de domiciles (pNADS) et les Recensements démographiques de 1980 et 1991, relèvent certaines caractéristiques importantes pour déterminer l'environnement matériel des conditions sanitaires présentes dans. les foyers: approvisionnement en eau, type d'installations sanitaires et traitement des ordures ménagères et déchets domestiques. Ces caractéristiques, associées à un indicateur de revenu sont généralement considérées comme une bonne mesure du niveau de pauvreté du foyer, et distinguent différents types de pauvreté. L'analyse de l'effet qu'a produit la modernisation de l'infrastructure sanitaire au Brésil, lors des deux dernières décennies, met en valeur sa relation avec les niveaux de revenus et signale les changements survenus au niveau de la région et de l'État. L'évolution de la qualité de l'infrastructure sanitaire se produit lentement. Par conséquent, l'évaluation des changements n'est efficace que sur une période relativement longue. Pour cette analyse nous avons créé une typologie de «base», à partir des données du Recensement de population de 1980 et 1991 et de celles de la PNADS 1998. Une analyse comparative des conditions d'accès aux ressources de base de 1980 à 1991 et de 1991 à 1998 au niveau des États de la Fédération permet de décrire le fort développement urbain du Brésil entre 1980 et 1990 ainsi que de repérer les zones 13

Introduction

les plus déficitaires en ressources de base à la fin de la décennie des années 90. L'amélioration des conditions de vie s'est produite, principalement entre 1980 et 1991, avec une tendance àla diminution des différences entre États. Cette tendance à l'amélioration s'est poursuivie entre 1991 et 1998, mais avec une plus grande inégalité entre les États, causant ainsi, en 1998, une plus grande hétérogénéité d'infrastructure au niveau du Brésil tout entier. On remarque aussi cette évolution dans la moindre fréquence des situations insupportables. C'est-à-dire qu'il y a de moins en moins d'habitations -en termes relatifssans système d'approvisionnement en eau ou d'intallation sanitaire et dans lesquelles on brûle ou l'on enterre les déchets domestiques. Finalement, il est important de souligner que la qualité de l'infrastructure sanitaire n'a pas de relation directe avec un plus haut niveau de revenu, puisqu'il reste des groupes d'États qui ont connu des améliorations de leurs conditions sanitaires sans qu'apparaissent des changements significatifs dans leur répartition de revenus, comme, par exemple dans le Nord-est. À l'inverse, il existe des États ayant un bon degré de développement économique, comme les États du Sud-est, qui présentent encore de faibles infrastructures sanitaires. Le propos central du chapitre sur l'emploi est l'analyse de l'hypothèse selon laquelle l'hétérogénéité structurelle et l'insertion dans la production ont une importance fondamentale dans la détermination du revenu personnel et du niveau de bien-être des familles. Le concept d'hétérogénéité structurelle est un concept clef dans la pensée structuraliste latino-américaine. L'idée même d'hétérogénéité est déjà présente dans les œuvres fondatrices de Prebisch, c'est-à-dire, le «manifeste» de 1948 (prebisch, 1962) et l'Étude économique de l'Amérique latine de 1949 (prebisch, 1973). Mais Anibal Pinto l'approfondit par la suite (pinto, 1970, 1971, et 1976) en précisant ce concept d'hétérogénéité structurelle et en soulignant son importance pour l'analyse du sous-développement ou de la condition périphérique (Rodrîguez, 1998). On dit qu'il y a hétérogénéité structurelle lorsque coexistent, dans la structure de production, des secteurs d'activité où la productivité est forte ou moyenne, à côté de secteurs où la 14

Dynamique

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productivité est beaucoup plus faible. À cette structure productive correspond une structure d'emploi symétrique, où coexistent une main-d'œuvre active dans des conditions de forte ou moyenne productivité. Celle-ci constitue le segment de la Population Économiquement Active -PEA- employé dans le secteur formel (emploi), et une main-d'œuvre active dans des conditions de très faible productivité (sous-emploi). Ces deux conditions se distinguent du chômage ouvert:, ce qui signifie que la PEA = emploi + sous-emploi + chômage ouvert. Selon Anibal Pinto, ce qui caractérise la périphérie c'est le pourcentage élevé du sous-emploi dans l'activité, tant dans l'ensemble de l'économie que dans quelques-uns de ses secteurs (Rodriguez, 1998). Au cours de notre analyse, nous établirons d'abord une méthode pour spécifier différents types d'insertion dans la production, par laquelle nous diviserons la catégorie emploi en trois classes: emplois de haute et moyenne qualité, de basse qualité et précaires. La caractérisation de chaque type est liée aux garanties et bénéfices qu'ils procurent: contrat de travail formel ou non, niveau de salaire reçu, fonction dans l'activité -employé, employeur indépendant, secteur de travail qui utilise une technologie de pointe, ou bien se situe à un niveau intermédiaire ou de faible technologie. En partant de ces prémisses, on calcule le revenu moyen pour chaque type d'activité et pour les différentes régions, en classant aussi la qualité du travail en fonction de sa position par rapport au revenu moyen. Dans la partie suivante on étudiera l'évolution des différents types d'emploi pendant les années 1980-1991, d'après les Recensements démographiques, et 1992-1999, d'après les Enquêtes nationales par échantillons de domiciles (pNADS). En partant d'une analyse exploratoire des données, qui a pour but d'identifier les caractéristiques géographiques et socioéconomiques liées au niveau de revenu, nous évaluerons deux modèles d'interprétation: un modèle linéaire général et un modèle log linéaire. Les variables prises en considération sont géographiques (région et lieu de résidence), sodo-démographiques (sexe, âge, niveau de diplôme), et sodo-économiques (propriété de l'habitation, qualité de l'emploi, type d'emploi, fonction dans l'emploi, secteur de production et branche d'activité, nombre d'heures travaillées et niveau de revenu en salaires minima).

15

Introduction

Le chapitre III analyse la concentration de la richesse (des actifs) dans l'économie brésilienne. Nous allons aussi nous efforcer de déterminer la façon dont on pourrait la mesurer, en essayant de franchir les obstacles traditionnels souvent apparus lors de sa mesure. Deux hypothèses de base sous-tendent notre analyse: a) le comportement du stock de richesse et son appropriation sont un élément explicatif fondamental de l'inégalité de l'économie brésilienne, b) l'extrême inégalité de la distribution de la richesse constitue un élément central dans le modèle du (<mauvais-développemenb> qui caractérise l'évolution de l'économie brésilienne et tend à devenir un obstacle à l'efficacité et à la croissance économiques durables. Les implications de ces deux hypothèses sont toutefois évidentes: si elles se confirment, la redistribution des actifs patrimoniaux devrait être une option prioritaire dans la formulation des politiques publiques de réduction de l'inégalité et dans l'obtention d'une croissance économique durable. Dans la littérature sur le développement économique, une place importante est réservée traditionnellement au thème de la distribution inter-personnelle du revenu. Cependant on y constate une tendance à négliger la question de la distribution de la richesse (ici comprise comme le stock accumulé de capitaux). Il est néanmoins évident que la possession et le contrôle du patrimoine impliquent, pour ceux qui les détiennent, des avantages significatifs en termes d'acquisition de biens et de services de qualité. Ils permettent aussi l'intégration de l'individu à un réseau social, et le fait d'y appartenir lui procure en outre des informations variées, une certaine influence sociale et du pouvoir. Des salaires élevés peuvent, théoriquement, engendrer des opportunités semblables mais la disponibilité d'un stock de richesse accumulée procure des garanties (hypothèques, cautions) qui favorisent l'obtention de ressources pour de nouveaux investissements. Il est vrai que dans les sociétés soumises à des situations d'extrême inégalité dans la distribution de la richesse, le pouvoir politique a tendance à être fortement conditionné par les intérêts de ceux qui détiennent la part la plus concentrée de la richesse. La question de savoir si la distribution de la richesse (des actifs) lorsque celle-ci favorise l'égalité des chances, stimule ou non la croissance économique est un thème capital de l'économie politique. 16

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et permanence

des exclusions sociales au Brésil

Longtemps dans la littérature sur le développement économique, l'hypothèse de Kuznets (1995) basée sur les tentatives empiriques d'explication des phénomènes récurrents en relation avec la distribution et la croissance économique, a obtenu le consensus des économistes qui admettent que la croissance économique serait accompagnée, dans une première étape, par des taux d'inégalité élevés et croissants. Depuis quelque temps, cette hypothèse est souvent contestée par différentes études qui montrent qu'une distribution de la richesse est une condition nécessaire pour une croissance économique sur des bases durables (cf. p.ex. Adelman, 1995). En écho à l'importance que ce thème paraît avoir dans le débat théorique actuel, on remarque un nombre croissant d'études qui analysent l'effet de transferts d'actifs productifs sur la croissance économique et sur la réduction de la pauvreté (putterman et Al., 1998 ; Hoff, 1996; Kanbur et Lustig, 1999). D'autres études montrent l'existence très nette d'une relation positive entre la distribution d'actifs (à la différrence des ressources) et la croissance économique (Birdsall et Londono, 1998; Deininger et Olinto, 2000; Bourguignon, 1998). Malgré cet intérêt croissant, en ce qui concerne le cas brésilien on constate l'inexistence d'études approfondies sur la concentration de la richesse et l'effet qu'une politique de distribution d'actifs économiques pourrait avoir sur l'inégalité et sur la croissance économique. Ce fait pourrait avoir deux explications: premièrement, des préjugés idéologiques qui empêchent d'aborder le thème de la distribution de la richesse; deuxièmement, l'acceptation sans discussion, par les analystes spécialisés, de l'idée néo-classique traditionnelle selon laquelle les questions d'efficacité et d'équité peuvent être traitées tout à fait séparément. En réalité les études empiriques sur l'inégalité au Brésil se limitent de façon générale à la répartition du revenu et laissent de côté la question primordiale concernant l'accès aux actifs (richesse). Cette seconde partie est complétée par un chapitre (IV), dans lequel l'objectif est de développer une analyse des relations de causalité entre des variables macro-économiques, par exemple, la croissance économique, et l'évolution des niveaux de pauvreté et d'inégalité au Brésil. Cette analyse est effectuée sur les vingt dernières années (19801999), d'après les données présentées dans le chapitre sur la pauvreté et l'inégalité. 17

Introduction

Nous allons partir d'un modèle théorique au moyen duquel on essaiera d'évaluer empiriquement les interrelations entre les différents indices d'inégalité du revenu et un ensemble de plusieurs indicateurs macro-économiques. Ce modèle théorique est résumé parle diagramme 1 (voir page 180). Ce diagramme souligne comme point de départ l'existence d'une relation entre la croissance et la répartition du revenu. La pauvreté, conséquence directe des déséquilibres dans la répartition du revenu, est étroitement liée à l'accès aux ressources productives (terre, travail) et au capital humain disponible. Elle est également en relation avec l'investissement productif et l'investissement social. D'autres déséquilibres dépendent de facteurs internes en relation avec des aspects financiers comme le taux d'intérêt, le niveau de stabilité interne (inflation, dette extérieure) la productivité, et des aspects institutionnels comme l'efficacité du fonctionnement de l'État, de sa politique sociale et économique. Elle est aussi en relation avec des facteurs extérieurs, les importations et les exportations, ou bien le niveau d'ouverture extérieure. En ce sens, la dépense sociale apparaît comme un facteur d'investissement social, et intermédiaire, qui influe sur la répartition du revenu par l'incidence sur le capital humain, l'accès au marché du travail, et la pauvreté. Les facteurs internes, surtout l'inflation, conditionnent, en outre, directement, le niveau et la répartition du revenu et, en ce qui concerne la pauvreté, celle-ci se mesure, non seulement par les possibilités internes d'investissement social (dépense sociale pour l'éducation, le travail, la formation, l'assistance et la prévention, les infrastructures) mais aussi par son effet différentiel sur le pouvoir d'achat du revenu des différents groupes socio-économiques. Le diagramme non seulement présente les facteurs principaux, mais il démontre la complexité de leurs interrelations. Ces relations ne sont pas, en général, unilatérales ou directes, mais plutôt biunivoques. Pour les analyses on a choisi un ensemble d'indicateurs pour chacun des facteurs mentionnés, même si on ne dispose pas d'indices pour tous leurs aspects (par exemple: les indices qui mesurent l'apport de l'État, la quantité et la qualité des politiques sociales entre autres). La méthode que nous utiliserons est celle de l'analyse des composantes principales. Cette analyse est une méthode descriptive 18

Dynamique

et permanence

des exclusions sociales au Brésil

qui permet, dans le but de synthétiser l'essentiel de l'information disponible, une réduction ou une simplification des données à partir desquelles on obtiendra une description plus claire et simplifiée des relations de l'ensemble. Cette technique utilise largement l'analyse actuelle des données. Bien que son origine remonte au début du xxe siècle, elle a connu un regain d'intérêt dans les sciences géographiques vers 1979 (Bosque et Moreno 1994, p. 89). Cette technique est une méthode d'analyse essentiellement graphique. Pour de plus amples informations sur son application, on peut recourir à Escofier et Pages, 1992. L'analyse des composantes principales met en évidence les liens entre les variables, et permet leur visualisation par un résumé graphique de l'ensemble des données. L'objectif est de répondre à des questions comme: quelles variables présentent une corrélation? Est-il possible de grouper des variables d'après leurs corrélations? Le but de l'analyse des composantes principales est de simplifier la structure des données en recherchant des images planes qui représentent "le mieux possible" la disposition des points - variables dans l'espace -. Ce qui veut dire que l'analyse des composantes principales cherche de nouveaux référentiels pour deux nuages de points. Pour l'analyse que nous allons effectuer, théoriquement comme pratiquement, les indices associés (variables du Tableau 5, voir page 181) à chacun des éléments du diagramme 1 (investissement, dépense sociale, facteurs macro-économiques extérieurs et intérieurs, pauvreté et croissance) apparaissent étroitement liés entre eux (voir matrice de corrélations Tableau 8).Des profils macroéconomiques et sociaux prédominants sont sous-jacents à ces relations. La synthèse de tels patrons permet une description de l'évolution dans le temps des principaux facteurs macro~ économiques et sociaux et, en outre, permet de montrer de façon descriptive les relations les plus distinctives entre les variables choisies. Grâce à la technique d'analyse des composantes principales, qui permet de synthétiser, à partir de la matrice de corrélations entre variables, les principales structures d'intercorrélation d'un ensemble de données existant entre les variables, on a procédé à l'établissement d'un ftltre analytique initial de celles-ci en réduisant l'ensemble p des variables considérées initialement à un ensemble plus petit. Le principe de la réduction est d'éliminer la redondance (étant donné l'intercorrélation entre les variables) et de fondre les variables hautement corrélées en un nombre de facteurs ou 19

Introduction

composantes communément appelées principales, d'où le nom de cette technique. Par l'application de l'analyse des composantes principales, on a réduit les variables considérées au départ à quatre nouvelles variables analytiques (composantes principales) qui, ensemble, synthétiseraient 77% de la variabilité contenue dans les données. Dans l'intention d'approfondir l'analyse des relations entre la croissance du PIB par tête et les variables macro-économiques et d'inégalité du revenu, on a synthétisé le pouvoir explicatif des variables étudiées en considérant les principaux éléments centraux du diagramme 1 (croissance économique, chômage, investissement, dépense sociale, pauvreté et inégalité du revenu) comme des variables dépendantes et expliquées dans chaque cas par le reste des indices considérés. Cette analyse a été effectuée d'après une régression multiple (application basée sur le logiciel XLSTA1), avec une sélection pas à pas (stepwise) des variables explicatives, en considérant l'intersection égale à zéro, sauf dans quelques cas ponctuels que l'on signalera en temps opportun. La synthèse de cette analyse est résumée dans les tableaux 6 et 7 . Enfin, dans la troisième partie, on étudie l'évolution des politiques sociales au moyen de l'analyse de l'évolution des dépenses sociales pendant les deux dernières décennies. Les années 80 ont été marquées au Brésil par une profonde instabilité macro économique. Le réajustement récessif du début de la décennie comme la forte inflation des dernières années de cette période ont entraîné une grave détérioration des conditions sociales et des impacts négatifs sur les indicateurs de pauvreté. Paradoxalement, cette période a été caractérisée par une augmentation significative des dépenses sociales, résultat sans aucun doute du nouveau climat politique lié à la redémocratisation du pays. L'idée que le gâteau devait tout d'abord croître avant d'être partagé n'était plus, comme jadis, défendable. La décennie 90, qui avait commencé sous l'impact de la déstructuration des programmes sociaux à partir de la tentative radicale du gouvernement Collor de Mello (mars 1990 - septembre 1992) d'implantation d'un modèle de type néolibéral dans l'économie brésilienne, a été essentiellement marquée par l'adoption de politiques sociales d'un tyl?e nouveau sous le gouvernement Fernando Henrique Cardoso. A partir de l'investiture de Cardoso, pendant tout son premier mandat présidentiel (1995-1998) et la 20

Dynamique

et permanence

des exclusions sociales au Brésil

moitié de son second mandat (1999-2000), le gouvernement a annoncé une proposition différente d'affrontement de la pauvreté et de l'exclusion sociale au Brésil. Le nouvelles politiques se fondent sur l'incapacité du gouvernement fédéral à résoudre seul les graves problèmes de pauvreté, et sur l'obligation de rechercher un partenariat entre le gouvernement fédéral, les États, les communes et la société pour affronter la lutte contre la pauvreté au moyen d'actions décentralisées. Si les principes de base restent valables, leur application a révélé un grand fossé entre la rhétorique officielle et la réalité quotidienne. Subordonné à une stricte politique de contrôle des dépenses publiques établie en commun avec le FMI, le gouvernement fédéral a vu ses propres politiques économiques se traduire par une recrudescence de la crise sociale. L'adoption d'un agenda social peu imaginatif et aux résultats difficilement perceptibles par la population, lui valut des attaques de l'opposition contre <<l'absencede politique sociale» et le gouvernement se vit obligé de reconnaître, à travers le discours de ses plus hauts représentants, que ce serait là son point faible. Dans le langage politique (gouvernement et opposition, presse et analystes spécialisés) typique du Brésil, le «social» est considéré de façon consensuelle comme le talon d'Achille de la performance gouvernementale qui devra être évaluée au cours de la campagne électorale de 2002. L'augmentation des dépenses publiques totales à partir des années 80 (à la grande exception de la période Collor) a ouvert l'espace à une discussion sur l'efficacité de l'emploi des ressources dans ce domaine. Des institutions comme la Banque Mondiale et la Banque Nationale de Développement Économique et Social (BNDESt) en vinrent à estimer, non officiellement, que seuls 25% des dépenses gouvernementales dans le domaine social parvenaient effectivement aux pauvres, le reste se perdant dans les méandres de la bureaucratie, dans la politique clientéliste, dans la corruption et dans l'inefficacité. Récemment, l'un des conseillers les plus influents du gouvernement Cardoso dans l'analyse et la formulation des politiques sociales contesta publiquement l'efficacité des politiques sociales gouvernementales dans la combat contre la pauvrete
1. L'ancienne
tant qu'institution

Banque Nationale
d'Ëtat pour

de Développement
financer

Economique
à

(BNDE) créée dans les années
en infrastructure

50 en
et

les investissements

long terme

et énergie

qui joua un rôle fondamental son sigle à partir des années sociaux.

dans l'industrialisation

substitutive

des importations

se vit ajouter un S à des programmes ce que la

80 et élargit son champ d'activité

avec le financement

2. Déclaration de Ricardo Pa es e Barros, Directeur des Politiques Sociales de l'IPEA, d'après presse brésilienne rapporta abondamment fin 2000.

21

Introduction

Des estimations récentes de la Banque Mondiale, bien que non publiées, et auxquelles l'auteur a pu avoir accès, montrent que 20% de la population la plus démunie reçoit à peine 13% des dépenses du secteur social. Il est évident, indépendamment des estimations de la Banque Mondiale quant à l'efficacité des dépenses du secteur social au Brésil ciblées sur les secteurs les plus pauvres de la population -ce qui pourrait donner lieu à controverses et polémiques-, qu'on ne peut en aucun cas conclure que le Brésil dépense peu dans le secteur social: ce secteur reçut 132 milliards de reals en 1995 Q'équivalent de 135 milliards de dollars, comptetenu du taux de change de décembre 1995, 1$ = 0.9716355 reals). En rendant compatibles ces chiffres, il est possible de vérifier que, en pourcentage du PIB, les ressources destinées au secteur social ont augmenté de façon modérée durant ces dernières années (de 12,2 % en 1995 à 13,22 % du PIB en 1999). La contradiction entre la pression de l'opinion publique en faveur d'une augmentation des dépenses sociales et l'impression qu'une bonne partie des ressources n'arrive jamais à leurs destinataires -les pauvres- reste toutefois gravée dans le débat des politiques sociales au Brésil. Il en va de même pour la question: universalisation ou focalisation des politiques sociales, discussion qui n'est d'ailleurs pas propre au Brésil dans la mesure où les tendances à focaliser les dépenses sociales publiques font partie des recettes des nouvelles politiques sociales vantées par les institutions comme la Banque Mondiale et la BID. Pour analyser les politiques sociales récemment appliquées au Brésil et réfléchir sur leurs impacts sur la réduction de la pauvreté, et dans l'impossibilité de les considérer toutes, nous nous proposons de mener deux études de cas: l'une sur un programme de type focalisé, destiné à venir en aide aux personnes plongées le plus sévèrement dans la pauvreté et l'exclusion, l'autre sur des politiques à caractère universel. Les programmes ont été sélectionnés pour leur importance quantitative et qualitative, mais aussi parce qu'ils permettent une analyse comparative des effets des programmes focalisés et de ceux des allocations à caractère universel. L'un d'eux fait l'objet d'une grande publicité et a même été adopté par la Banque Mondiale comme programme dont l'implantation sera stimulée dans d'autres pays; l'autre fait l'objet d'une moins grande publicité, probablement parce qu'il échappe à la mode de la «focalisation», même s'il est adopté depuis les années 80 et s'il concerne le plus grand programme en œuvre au Brésil. 22

Dynamique

et permanence

des exclusions sociales au Brésil

Pour la première étude de cas, nous avons choisi les programmes Bourse-École (BoIsa Escola), et en particulier celui de Brasilia - programmes qui visent la lutte contre la pauvreté en se focalisant sur les familles les plus pauvres ayant des enfants en âge scolaire. L'objectif principal de ce type de programme est d'éviter le travail infantile précoce (parce que les enfants sont obligés d'aider fmancièrement la famille, ou parce que les parents ne voient pas l'intérêt de les envoyer à l'école), et la désertion scolaire. En ce qui concerne les actions à caractère universel, nous avons choisi d'étudier le cas relatif à l'impact dérivé de l'accès aux retraites et pensions rurales établies par la nouvelle Constitution de 1988 et qui est sans doute celui qui présente le plus de résultats en termes de réduction de la pauvreté et d'amélioration du niveau de vie dans les campagnes. De même, les coûts de ce programme sont comparés à ceux des programmes destinés à la même population cible. Dans les conclusions, on tente de résumer les principaux résultats trouvés. Le thème social est immense, et il est impossible d'épuiser tous ses aspects dans cette étude. Mais on souhaiterait que les recherches que cette thèse pourrait susciter puissent permettre d'approfondir des perspectives importantes sous les angles les plus concrets. En quelque sorte on peut dire que ce travail constitue un ensemble bien téméraire qui tente d'aborder ces questions de façon fort peu traditionnelle et développe ses investigations sur des plans qui rendent possibles et nécessaires de plus amples explorations. La pauvreté, selon George Bernard Shaw, est le plus grand des maux et le pire des crimes. Étudier la pauvreté et l'inégalité c'est chercher la justice. Et la recherche de la justice, la plus belle des vertus d'après Aristote, "plus admirable même que l'étoile du soir et que celle du matin", ne mérite-t-elle pas quelque audace?

23

CHAPITRE

I

l'ÉVOLUTION AU BRÉSil

DE lA PAUVRETÉ ET DE l'INÉGALITÉ DANS lES 20 DERNIÈRES ANNÉES (1980 À 1999)
la situation présente du patient sera

«Celui qui prévoit ce qui adviendra d'après capable d'administrer le meilleur remède»

Hippocrate

1. ASPECTS MÉTHODOLOGIQUES

Le suivi de la situation sociale, déterminé selon des groupes ou strates sociaux, exige, au départ, une définition du concept de pauvreté utilisé. En vérité, peu de concepts sont plus difficiles à définir que celui de pauvreté. Ce phénomène peut être analysé aussi bien en termes objectifs qu'en termes subjectifs. La pauvreté dépend de la «privation» d'un ensemble de biens et d'activités considérés comme essentiels ou fondamentaux pour la vie. Les différents points de vue en usage pour l'étude de la pauvreté surgissent précisément des différentes positions relatives à la question de savoir si la pauvreté doit être associée à une identification «absolue» ou «relative» des privations qui la définissent (pauvreté objective), ou si, plutôt, l'existence d'une <<privation»découle d'une perception subjective de la réalité (pauvreté subjective). Dans la perspective de l'objectivité, la pauvreté absolue est envisagée comme une condition de privation manifestée de façon concrète par la carence d'éléments de base indispensables à la vie quotidienne. Donc, il est possible d'identifier les pauvres à partir de la détermination d'un ensemble de «besoins minima», et de considérer l'incapacité de les satisfaire comme une preuve de pauvreté. La définition des éléments de base indispensables à partir desquels on parvient à identifier la pauvreté d'une famille ou d'un individu est étroitement liée au concept de <<privation».Dans la perspective de «l'absolu», ces besoins constituent un noyau irréductible, inhérent à la nature humaine non seulement comme être biologique mais aussi comme être social et historique.

l'évolution

de la pauvreté

et de l'inégalité

au Brésil dans les 20 dernières

années

(1980 à 1999)

«En tant que privation
concrète suppose, de prise cette de carences par conséquent, en considération rencontre (Lustosa

absolue,
des éléments suffisants

la pauvreté
évidemment

est

vue

comme

une

manifestation

indispensables de ces carences Bien

à la survie.
et des

Cela

un consensus pour

au sujet

niveaux plausible

y remédier.

qu'intuitivement qui découlent

conception

des difficultés et Figueiredo,

de méthode

du manque

de consensus»

1990, p.355).

Il existe un consensus selon lequel, pour identifier la pauvreté ou non d'une famille, il est nécessaire de faire la différence entre besoins et conditions de leur satisfaction. Les besoins correspondraient aux catégories universelles: existentielles (être, avoir, faire, et se situer) et axiologiques (de subsistance, protection, affectivité, intelligence, participation, loisirs, création, identité et liberté). De leur côté, les conditions de satisfaction correspondraient aux moyens de satisfaire ces besoins. Ainsi, l'alimentation et l'accès au logement ne correspondraient pas à un besoin, mais à la satisfaction du besoin de subsistance, et l'accès à la santé, par exemple, correspondrait à la satisfaction de protection. L'identification des besoins est le premier pas de l'évaluation de la pauvreté, cependant, ce n'est pas suffisant, puisque, associé à ces besoins, le choix des éléments de satisfaction dépend des options méthodologiques, philosophiques, et anthropologiques, qui effectivement dépendront surtout d'une définition du consensus sur les critères des chercheurs ou sur les possibilités d'accès aux données de base pour évaluer chaque type de besoin. Selon Sen (1992), étant donné un ensemble de «besoins essentiels» il est possible d'utiliser au moins deux méthodes alternatives pour identifier les pauvres. La méthode «directe» qui consiste à rechercher les personnes dont «le panier de consommation» laisse insatisfaits les besoins essentiels, qui, au sens large, comprendraient aussi bien les déficiences dans l'accès aux conditions de logement, de nourriture, qu'aux services de base indispensables comme la santé et l'éducation. La méthode directe n'insère aucune notion directe de revenu et l'identification des pauvres s'effectue en classant parmi eux les familles dans lesquelles au moins un, ou plusieurs besoins essentiels ne sont pas satisfaits (BENS). La seconde méthode de pauvreté «absolue» est communément nommée «méthode du revenu ou ligne de pauvreté», et consiste essentiellement à identifier les pauvres au moyen de la «valeur monétaire» des éléments de satisfaction des «besoins essentiels», estimant un revenu minimum ou ligne de pauvreté, de

26

Dynamique

et permanence

des exclusions

sociales au Brésil

telle sorte que ces familles dont les revenus sont en deçà de cette ligne de pauvreté sont considérées pauvres. La méthode «directe» et la «méthode du revenu» sont des conceptions de la pauvreté de nature différente, et, par conséquent, ne sont pas des formes interchangeables mais plutôt complémentaires pour diagnostiquer la pauvreté absolue. Au moyen de la méthode directe (BENS) on identifie ceux dont la consommation réelle ne satisfait pas objectivement les besoins minimum selon les conventions acceptées. De son côté, la <<méthode du revenu» permet de détecter les foyers ou les personnes qui n'ont pas la «capacité économique» de satisfaire les dits besoins. La méthode de la ligne de pauvreté (LP) s'attache fondamentalement aux dépenses courantes et son diagnostic vise la détermination de cette population qui ne possède pas les revenus suffisants pour une consommation privée courante minimum. Les mesures qui découlent de ces deux méthodes, même si elles conviennent que les besoins essentiels minimum ont un caractère absolu, sont différentes dans leur interprétation. Tandis que la méthode des BENS se réfère à la satisfaction effective des besoins définis comme minimum, la méthode de la LP ne prend pas en compte la situation spécifique de satisfaction-insatisfaction, mais, au moyen d'une consommation minimum nécessaire, elle évalue la satisfaction potentielle des besoins essentiels. D'où cette méthode apparaît comme une approche indirecte de l'évolution de la privation absolue des besoins essentiels. La validité de la méthode directe (BENS) dépend fondamentalement des possibilités d'examiner la satisfaction ou non d'un ample ensemble de besoins essentiels, ce qui généralement requiert des instruments soigneusement cernés et des enquêtes spécialisées pour l'examen de telles informations. En général, ce genre d'informations est rare et son application s'est limitée à l'évaluation des besoins qui dépendent de l'investissement public, amplement relevés dans les Recensements de Population et Enquêtes sur les foyers tels que l'accès à l'eau potable, l'assainissement, le ramassage des ordures, l'éducation, la santé et le logement, éventuellement. Le concept de «pauvreté relative» procède d'une position critique à propos du choix des «besoins essentiels» et de la question de savoir si ceux-ci sont «absolus» ou bien prédéterminés. L'argument présenté par ce point de vue est que les «personnes 27

l'évolution

de la pauvreté

et de l'inégalité

au Brésil dans les 20 dernières

années

(1980 à 1999)

peuvent être considérées comme pauvres lorsque leurs ressources sont très nettement au-dessous de celles qu'exige la moyenne individuelle ou familiale» (Townsend, 1979). De telle sorte que les «besoins» seraient étroitement liés aux normes ou modèles d'un groupe de référence défini dans l'espace et le temps. L'importance d'une comparaison de situation de l'individu en rapport avec le modèle en vigueur dans la société découle de ce qu'effectivement la «pauvreté relative» est très proche de la perception d'inégalité dans la répartition du revenu, comparé à celui de ses membres les mieux lotis. La discussion qui se présente ici est de savoir si le concept de pauvreté peut se rattacher ou non à celui d'inégalité. À cet égard, des auteurs comme Miller et Roby (1971, p. 43) présentent de forts arguments pour souligner que la pauvreté est une condition inhérente à l'inégalité. Dans ce sens, on peut répliquer que la pauvreté et l'inégalité sont étroitement liées, se réfèrent à des problématiques complémentaires, mais différentes, et qu'il est nécessaire de les analyser séparément. Il est important de remarquer que le diagnostic de la pauvreté, du point de vue de l'inégalité, peut perdre de vue l'identification de groupes qui vivent dans des conditions extrêmes de pauvreté, puisqu'il n'est pas évident par rapport à un groupe de référence ou à un modèle normatif. La discussion pauvreté absolue x pauvreté relative recouvre divers points en rapport avec la conceptualisation aussi bien qu'avec l'application pratique des indices développés comme base pour chacun d'entre eux. Du point de vue conceptuel, un problème soulevé par l'adoption de la mesure de la pauvreté absolue concerne le fait que celle-ci ne tient pas compte des spécificités de chaque région par rapport à la culture, au niveau de développement socio-économique, et à l'inégalité des revenus. Ceci étant, il pourrait se produire une surestimation ou une sous-estimation du nombre de pauvres au cours de l'utilisation d'un critère unique pour la détermination de ce qui devrait entrer dans le calcul de la ligne de pauvreté des différentes communautés. Cependant, l'emploi de divers critères peut compromettre la comparabilité de la pauvreté entre des lieux qui sont envisagés sous des critères différents. En ce sens, outre la question des mesures, existe le problème de l'application de toute politique basée sur ce type d'étude, puisque seraient utilisés des critères inappropriés (en termes de composition) et, souvent 28

Dynamique

et permanence

des exclusions sociales au Brésil

irréalistes (en termes de quantité) par rapport au mode de vie de la population. À cet égard, Sen (1978, p. 7) observe que «étant donné un point de vue de politique publique, une déclaration publique disant que 'notre politique vise à éliminer la pauvreté' n'aura aucun sens, puisque la pauvreté sera défInie comme ce que la politique publique vise à éliminer». Déjà, en ce qui concerne la pauvreté relative, il semble y avoir un consensus au sujet de l'utilisation de ce critère pour mesurer la pauvreté dans les pays riches. Malgré tout, quelques auteurs (Sen, 1983, entre autres) prétendent qu'elle présente une confusion à propos des notions de pauvreté et d'inégalité, puisqu'une société peut présenter une répartition du revenu égalitaire qui, néanmoins, inclut uniquement les personnes pauvres. Ceci étant, la notion de pauvreté relative devrait être utilisée pour mesurer seulement le mode de répartition du revenu d'une société, et non son degré de pauvreté. Déjà, à propos de la pauvreté relative, il existe des discordances entre ceux qui utilisent n'importe quel décile de la population agissant comme ligne de partage entre les pauvres et les non-pauvres, et ceux qui considèrent que cette méthode est inappropriée. Les critiques les plus habituelles de cette méthode sont, qu'en procédant ainsi, d'une part, on prédéterminerait la proportion de la population considérée comme pauvre, et d'autre part, on laisserait sous-entendu que la pauvreté ne pourrait jamais être éradiquée, puisqu'il y aura toujours une partie de la population considérée comme pauvre, indépendamment de la répartition du revenu. (Anand, 1977, p.3), et Szal, 1977, p. 14): Ce faisant on détermine considérée pauvre. une proportion de la population

Ainsi, il est clair que les deux concepts présentent des limites. Cependant, selon Rocha (1998): «... la persistance généralisée et chronique actuelle de privation des besoins essentiels fait du concept de pauvreté absolue une priorité évidente en termes de défInition, mesure et action politique du point de vue international. C'est pourquoi la pauvreté absolue est le concept sous-jacent des agences internationales qui prennent ce thème comme point centrabr3 En outre, Sen (1983, p. 159) précise que «c'est là, (H') un noyau
3. «... the persistence of widespread and chronic deprivation of basic needs nowadays makes absolute poverty in terms of definition, measurement and political action from the international point of view. That is why absolute poverty is the underlying the center of their agenda». concept when international agencies place the theme at

29

l'évolution

de la pauvreté

et de l'inégalité

au Brésil dans les 20 dernières

années

(1980 à 1999)

absolument irréductible dans l'idée de pauvreté». D'un autre côté, il y a des arguments qui soutiennent l'idée que, dans des pays d'un niveau de développement économique plus avancé, on devrait donner la priorité au calcul de la pauvreté en termes relatifs, puisque la proportion de la population en état de pauvreté absolue y serait beaucoup plus petite, l'inégalité étant un meilleur indicateur de pauvreté. A cet égard, Sen souligne la possibilité de distorsions issues du calcul de la pauvreté en termes relatifs, puisque.
«Le fait

que des gens ont un niveau de vie plus bas que d'autres

est certainement

une preuve d'inégalité, ne peut être en soi une preuve de pauvreté, à moins que nous n'en sachions plus sur le niveau de vie dont ce peuple jouit effectivement. Il serait absurde de dire que quelqu'un est pauvre simplement parce qu'il a les moyens de n'acheter qu'une seule Cadillac par jour alors que d'autres dans cette communauté peuvent acheter deux de ces voitures chaque jour» (Sen, 1983, p.159).

Ainsi donc, la discussion au sujet des concepts qui devraient servir de base pour la mesure de la pauvreté ne devrait pas se prolonger, puisque chacun d'entre eux reflète des aspects différents du même problème. En réalité, le plus approprié est de tenir compte des deux concepts, puisqu'ils ne s'opposent pas mais sont complémentaires. «Il est important de savoir si les pauvres, relativement parlant, sont, au sens le plus profond, absolument dépourvus. Cela fait la différence», Sen (1983, p. 168). Dans le cas des études qui se rapportent au Brésil, la question opérationnelle rencontre des problèmes méthodologiques découlant de la diversité spatiale interne, non seulement entre les grandes régions, mais aussi sur leurs territoires, entre les zones urbaines et rurales. À ce propos, on peut mettre en relief certains aspects: L'adoption d'une ligne de pauvreté unique pour tout le pays est extrêmement discutable, puisque le coût de la vie et les modes de consommation sont très différents d'un lieu à l'autre. Dans la zone rurale on peut considérer qu'une partie du revenu familial provient de revenus et de productions alternatives qui ne sont pas représentées par des valeurs traditionnelles du marché, donc, dans le cas où l'on considère une seule ligne de pauvreté pour la zone urbaine et la zone rurale, il peut y avoir une surestimation de la pauvreté de la population de cette dernière. De la même façon, comme dans la zone urbaine le coût de la vie est bien plus élevé que celui de la zone rurale, l'adoption d'une

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