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Ebisu 2

82 pages
Travaux des japonologues de la Maison Franco-Japonaise de Tokyo.
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EBISU

Etudes Japonaises
Bulletin de la Maison Franco- Japonaise

numéro juillet-septembre

2
1993

LI Harmattan

Maison Franco-Japonaise de Tôkyô

COMITÉ ÉDITORIAL Olivier ANSART, directeur HIGUCHI Yôichi MIYAJIMA Takashi NISHIKAWA Jun WATANABE Hiroshi François GIPOULOUX Pierre MORIZET-MAHOUDEAU Erika PESCHARD-ERLIH Alain-Marc RIEU Benoit ROSSIGNOL

Ebisu est le nom d'un des Sept Dieux du Bonheur au Japon. C'est aussi le nom d'un quartier de Tôkyô où la Maison Franco-Japonaise, aujourd'hui à Ochanomizu, s'installera au début de l'année 1995.

Rédacteur

en chef :

Olivier ANSART
Rédaction:

Maison Franco-Japonaise, 2-3, Kanda Surugadai, Chiyoda-ku, Tokyo, 101 Japon. Tél. : (3) 3291 1144- Télécopie: (3) 3291 8360
@ L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-7384-2135-0

SOMMAIRE
Avant-propos .,. ... du japonais: l'absence de r à de Yamato kotoba
Paris VII (sciences du langage)

5

A propos d'un trait typologique l'initiale des mots indépendants Laurence LABRUNE
Etudiilnte en doctorat à l'Université

7

Une école primaire:

les activités

spéciales

23

Martine JULLIEN Professeurinvitéà l'Universitéde Matsuyama Les particularités du système japonais _ unecomparaisonuro-nippone e de sous-traitance

:

47

IKEDA Masayoshi
Professeur à l' Université Chûô

L'Ermite du Mont Kôya, une lecture d'IZUMI Kyôka François LACHAUD
Etudiant en doctorat à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales

67

Avertissement

Les noms japonais sont transcrits dans l'ordre japonais: nom personnel derrière. Lorsque des caractères chinois sont insérés, il arrive qu/une simplification locale soit utilisée.

AVANT-PROPOS

Ce deuxième numéro d'Ebisu, le bulletin d'études japonaises de la MFJ s'ouvre sur un article de Laurence Labrune sur le "r" dans le japonais ancien. Cette contribution s'inscrit dans l'une des quatre rubriques qui doivent composer chaque numéro de cette revue: celle qui englobe l'histoire des idées, la philosophie et la linguistique. Travail de linguistique donc, il s'adresse non seulement aux spécialistes mais aussi à tous ceux qui portent un intérêt au japonais, ancien ou moderne, quitte à solliciter, par un texte très dense, une attention soutenue. La contribution de Martine Jullien, dans la rubrique société-politique, est une description, éloquente dans sa sobriété, d'un moment essentiel et peu étudié pourtant du processus de socialisation des Japonais. Ce texte s'inscrit dans les réflexions d'un groupe de travail de la MFJ sur les mécanismes d'exclusion et d'inclusion, sur le même et l'autre, dans la société japonaise. Ebisu s'efforce dans chaque livraison de faire une place à un article d'un universitaire japonais; cette fois Ikeda Masayoshi nous a offert, pour la rubrique économie, un article sur le système de sous-traitance. Ce point de vue japonais sur une question cruciale suscitera sans doute bien des réactions. Ce n'est pas le moindre de ses mérites. Cette contribution rejoint également un travail en cours à la MFJ sur la stratégie des entreprises japonaises à l'étranger. Enfin la rubrique arts-littérature est représentée par un travail de François Lachaud, dans le cadre du groupe sur les lettres japonaises, au sujet d'une figure importante et étrange de la littérature japonaise moderne. Izumi Kyôka est encore très peu traduit en français. Nous espérons que cet article le fera regretter.

Olivier ANSART
Directeur français à la Maison Franco-Japonaise

A PROPOS D'UN TRAIT TYPOLOGIQUE DU JAPONAIS: L'ABSENCE DE r À L'INITIALE DES MOTS INDÉPENDANTS DE YAMATO KOTOBAl
Laurence LABRUNE

Résumé Aucun mot de Yamato kotoba ne commence par r. Ce son est pourtant parmi les plus fréquents en position non-initiale. Cet article montre qu'en proto-japonais, r et la consonne zéro notée' (consonne présente à l'initiale des syllabes dites vocaliques et doivent phonétique d'une être considérés ~ It' -? ;z 13 ) se trouvaient en distribution complémentaire comme deux réalisations différentes en fonction de l'environnement même consonne sous-jacente. Celle-ci se réalise tantôt comme' à l'initale des mots, ou après consonne à l'intérieur des mots, tantôt comme r dans les autres positions. Plusieurs types de données phonologiques, morphologiques et phonétiques supportant cette hypothèse sont examinés: notamment, le système de la conjugaison du japonais yu/ -rayu, certaines alternances anciennes ancien et moderne, les auxiliaires -ru/ -raru et entre r et n, y, ainsi que' et n, y, des formations lexicales en apparence aberrantes, des faits phonétiques tirés des dialectes du japonais moderne, ainsi que divers autres procès morpho-phono logiques propres au Yamato kotoba.

*D~ftO)~ft~Ji~: ~ :7qT-=f1fO)X.~O B *~ftO)~~(fJ~~~W: t ~ -C13~t It' . ~ftfif,I:: Ii Jilt Q)~ ¥) -c (i1:j {f J., è It' 7t;flJ ~ tj: L--C It' *~~ Ii, 7 11'{fi¥iJ è 711' {fi¥iJiI~tî f-t B * ~ft"(' ~IHm i¥iJ "(' ~ J., % r è 711'-1-% ' Ii, )Ci1kW.lWQ)B*~ftl::j3It'-C, -?$~I::~ è"'::fIt'-C, 711'-1-% Q)!it tj: J.,~sifd "(' ~ -? t.: ~ è ~ 3:.!iiT J.,0 %;t ~ ~ J:JH:: : -? -C:j;J,ljÈ n J." !Ii]t:.JJ.j( J n , 'I i of Q)it!!Q)f~ tll:: ;EJ! J.,~ Q) ~ftfif,Q)W:% fi!] "(' ~~JB~"(' ~ l') -:>1 1'), r Ii ~ft9J . Q Gn Q)iHjlt è L--c, JW~~ )t5ffll::.7}. J., r Q) ~ è ~JB~"(' J.,è It' -? ~ è "(' ~ J., 0 ~ ~ 7ti-1-{fè~ti.~ti-1-{f, of

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1 Je tiens à exprimer ma gratitude à toutes les personnes qui, trop nombreuses pour être citées ici, ont par leur savoir et leurs critiques fait progresser cette recherche. Elle a pu être poursuivie à l'université de Tsukuba, grâce au soutien de la Fondation du Japon. 7

Laurence LABRUNE

1. Aucun morphème indépendant d'origine purement japonaise (Yamato kotoba) ne commence par r2. C'est là un trait typologique3 de la langue souvent cité comme preuve intangible de son appartenance à la famille altaïque4, dont il constitue l'une des caractéristiques. Toutefois, peu de chercheurs se sont préoccupés d'aller au delà de la simple observation de ce phénomène, et d'en rechercher les causes possibles, que ce soit du point de vue de la linguistique japonaise, de la linguistique comparative ou même de la linguistique générale. A vrai dire, un seul l'a fait à notre connaissance. Il s'agit de Kuginuki (1982), qui soutient l'hypothèse que c'est parce que la consonne r n'est apparue que relativement tard en japonais, et que son développement répond à l'origine à un besoin de la langue d'accroître lé nombre de ses phonèmes distinctifs, que ce son connaît une distribution particulière. Simpliste en apparence, cette hypothèse n'est pas dénuée d'intérêt, mais elle est sans portée véritable dans la mesure où elle n'explique pas pourquoi le son nouveau est précisément r, et surtout, parce qu'elle se passe complètement du concept de système phonologique. C'est en tenant compte à la fois des particularités phonétiques, phonologiques et morphologiques de r à l'intérieur du système linguistique du japonais, et sans ignorer les acquis et les méthodes de la linguistique générale, que le présent travails se propose de traiter la question. 2. La particularité des syllabes ra, ri, ru, re, ro ( G ~ ~ n7.J ) n'est 'pas tant leur absence à l'initiale des mots indépendants de Yamato kotoba, que leur fréquence très élevée dans les autres positions. D'après plusieurs relevés statistiques (Sakakura, 1966 : 280, Kokuritsu Kokugo

2

On trouve quelques exceptions à ce principe en langue moderne, mais il s'agit

de cas de chute d'une syllabe initiale (iJutsubo < rutsubo "creuset"), d'inversions argotiques (reko < kore "cela"), de termes de la métalangue linguistique (rahen "classe ces verbes en -r'), ou enfin d'onomatopées de création récente (rinrin "dring"). Tous les autres mots de la langue japonaise commençant par r sont des emprunts à des langues étrangères ou des suffixes non-indépendants. 3 La première mention en est due au philologue Keichû (Wajishôranshô, 1695).

4 A savoir les langues turque, mongole, toungouze et, selon certains auteurs, coréenne. La non-apparition des liquides, et surtout des sons r, à l'initiale des morphèmes indépendants a cependant été signalée pour des langues aussi diverses que le proto-indo-européen, le basque ou certaines langues mélanésiennes. Elle ne constitue donc pas nécessairement en soi une preuve de parenté génétique. S Les symboles utilisés dans ce travail sont les suivants: V = voyelle; C = consonne; # = frontière de mot; le signe * signale des mots non-attestés ou non. acceptables, ou bien des racines reconstruites.

8