Ecole et milieu traditionnel chez les numu au Burkina Faso

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Les pratiques ancestrales et traditionnelles des Numu du pays tusian se sont montrées réfractaires aux changements et à toute évolution. Ce groupe s'est retrouvé au milieu des apports et symboles de la technologie moderne. L'école est ce sur quoi l'auteur gage pour sauver ce groupe, son groupe d'appartenance. A partir des valeurs communes à la tradition et à la modernité, il préconise que l'école soit ce lieu de la (ré)conciliation par l'agrégation de ce qu'il y a "d'universel" de part et d'autre
Publié le : dimanche 15 novembre 2015
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EAN13 : 9782336396163
Nombre de pages : 314
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CHEZ LES NUMU
 AU BURKINA FASO
Missa Marius Barro
ÉCOLE ET MILIEU TRADITIONNEL CHEZ LES NUMU AU BURKINA FASO
Les valeurs en question
L’armattan International Burkina Faso
ÉCOLE ET MILIEU TRADITIONNEL CHEZ LES NUMU AU BURKINA FASO
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07876-2 EAN : 9782343078762
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Missa Marius BARRO ÉCOLE ET MILIEU TRADITIONNEL CHEZ LES NUMU AU BURKINA FASOLes valeurs en question L’Harmattan International Burkina Faso
INTRODUCTION ET PROBLÉMATIQUE
Notre siècle est celui des bouleversements profonds et rapides. Grâce aux navettes spatiales et aux satellites, les médias ont réduit la terre à un gros village. Par l’entremise de ces moyens techniques de l’information et de la communication, les mentalités sont en passe d’être, elles aussi, réduites à un dénominateur commun. Les progrès scientifiques ont permis une accélération du temps grâce aux performances des moyens de déplacement. Ainsi, partout, les choses évoluent à grande vitesse. Nous quittons l’ère de la survivance pour celle de l’abondance, l’avènement de la "mère gaveuse". De la peur du dénuement, on passe à la peur de l’étouffement par la surabondance. Et les possibilités de destruction de la terre se sont multipliées grâce au surplus économique. Pour autant, on n’est pas plus rassuré qu’avant. Cependant, l’histoire ne marche pas à reculons. Les changements continuent. On gagne en performance et en efficacité, mais pas toujours en sécurité. Les groupes demeurés dans la subsistance et la vie en communauté homogène ne veulent pas toujours de ces changements dont les conséquences sont souvent imprévisibles. Pour se préserver des métamorphoses inattendues, les Numu ont vécu reclus. Tout avait une apparence stable et réglée. Mais, «l’univers frileux des communautés» (MANNONI P. 1990, p..) peut-il vivre encore longtemps ? Changer, se développer, s’adapter sont devenus des nécessités urgentes. L’on tente par tous les moyens de réaliser ce besoin désormais incontournable. Les hypothèses s’ébauchent de part et d’autre. Au nombre de ceux qui ont écrit sur les problèmes du développement, certains ont estimé que “l’Afrique noire (est) était mal partie"(DUMONT R, 1962). D’autres, au vu des difficultés africaines à se frayer une voie originale vers le développement, accusent les
Africains d’un refus délibéré du développement (KABOU A, 1991). Tandis que de nouvelles théories trouvent des "excuses" aux pays sous-développés en plaçant les causes à leur situation généralement sous les tropiques « photopériodicité y est défavorable » (HALLÉ F, 1993) des fils du continent africain accusent plutôt leur culture. C’est le cas de Daniel ETOUNGA- MANGUELLE (1991), qui, en interrogeant par un titre très évocateur,"l’Afrique a-t-elle besoin d’un 1 programme d’ajustement culturel ?", le fait en réplique aux programmes d’ajustement structurel (PAS) qu’ont signés la quasi-totalité des pays d’Afrique noire. Cet auteur semble avoir pointé l’une des tares du développement, même si ce développement est encore à définir, il n’empêche qu’en montrant une des pistes, il l’a, de ce fait même, balisé.Ce problème d’éducation, ne pointe-t-il pas un aspect culturel, un ajustement culturel à entrevoir à la base ? Or, qui dit (ré) conciliation entre le legs ancestral et les faits de modernité, dit ajustement et adaptation de l’un à l’autre. L’accommodation de l’oralité à un monde qui se code de plus en plus avec des lettres de l’alphabet. Et, l’assimilation ne pourra réussir que si ceux qui sont amenés à faire ces synthèses en eux y parviennent. Perçu sous l’optique de la rencontre des cultures, c’est un problème d’interculturalité, d’acculturation et, en fin de compte, un problème d’ajustement culturel qui est posé. Sa résolution ne passe-t-elle pas par une acceptation de la culture traditionnelle et sa confrontation à la réalité moderne transitant par l’école moderne ? Vu sous l’angle de la communication, c’est un sujet qui pose le problème de deux niveaux différents dans la "transformation" et des échanges culturels : oralité, écriture. C’est bien ce qui place dans une éducation aux valeurs doubles le jeune Numu de TUSIANA et nous suggère de ce fait notre titre « École et milieu traditionnel : les valeurs en question ». Enfin, une autre perception du sujet pourrait être celle d’un problème pédagogique visant la (ré) conciliation entre ce qui fut et ce qui est. Cette vision du problème cherche à prendre, dans le milieu traditionnel, les éléments de perfectionnement des méthodes de transmission des connaissances actuelles. Comment un milieu, comme
1  ETOUNGA MANGUELLE D.,L’Afrique a-t-elle besoin d’un ajustement culturel?, Editions Nouvelles du Sud, Paris 1990.
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celui des Numu à dominante traditionnelle, peut-il prêter les éléments de sa restructuration à des méthodes modernes ? Cette présentation trilogique s’impose à nous du fait de la contrainte liée à la nature de l’exposé écrit et de la nécessité de l’analyse, sinon, l’approche orale aurait fondu l’ensemble en un seul tableau. Mais, malgré la rigueur liée au fait de l’écrit, nous essaierons d’aborder chaque aspect important des différentes appréhensions du sujet. En effet, notre préoccupation est de découvrir, dans ce milieu jadis hermétique des Numu de TUSIANA, quelque chose à récupérer pour le monde d’aujourd’hui. Ils sont pris dans les tentacules de la modernité et tous les phénomènes nouveaux qui constituent les formes cristallisées des valeurs actuelles. Ils ne peuvent échapper à ce qu’ils 2 ont appelé les problèmes du "soleil des Nasara" . Au lieu de vivre cette époque malgré eux et comme condamnés à la subir, mieux vaudrait qu’ils s’équipent pour la vivre sans trop d’appréhensions et même avec une certaine exaltation. Nous sommes en plein dans l’ère où les exceptions atypiques sont abolies (KANE Cheickh Amidou, 1961). L’accélération est la règle. Le progrès est irréversible et inéluctable. Comment dire aux Numu qu’ils n’ont rien à redouter de l’avenir et même qu’ils ont tout à gagner en se confiant sans appréhension, en livrant eux-mêmes les éléments de leur sécurisation pour un monde en marche ! Comment les convaincre que le système actuel n’évolue pas contre eux et qu’il ne cache rien d’iconoclaste ? À ces questions, il faudrait répondre qu’une étude permettant de mieux les connaître lèverait les mépris de part et d’autre, et la scolarisation des petits Numu viendrait un jour ou l’autre à bout des réticences. Cependant, ce travail n’aura atteint son but que s’il parvient à influencer quelque peu les enseignants, à les amener à axer leur intérêt sur leur monde environnant encore empreint de traditions, il aura comblé notre attente. En effet, le monde des coutumes ancestrales, est celui d’où plus de 75% (enquêtes de 1994) des intellectuels actuels sont issus, et qui les a façonnés et/ou qui les hante encore. Cependant, l’intellectuel est, à notre avis, celui qui porte la solution à cette hantise. Si le Numulettré 2  Nasara : autre nom de l’homme blanc dont les premiers furent les missionnaires chrétiens qui parlaient de Jésus de Nazareth.C’est le nazaraélien qui a donné Nasara.
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