Économie générationnelle et dividende démographique

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La théorie de l'économie générationnelle vient compléter, approfondir et unifier un corpus de connaissance déjà connu en économie et en démographie. Les principes de l'économie générationnelle donne un fonds théorique pour analyser des problèmes aussi importants que le vieillissement de la population, la contribution des femmes dans l'économie, le dividende démographique, etc.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9782140003097
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Dr Latif DRAMANI
De nombreux pays, riches et pauvres, connaissent des changements
rapides de la structure par âge de la population. Bien que la baisse de la
fécondité conduise d’abord à faire baisser la dépendance économique
dans une économie, cette phase est inévitablement suivie par le
vieillissement de la population.
Ces changements dans les structures existantes régissant les fux
intergénérationnels ont des implications potentiellement critiques Économie
pour la croissance économique, l’équité intergénérationnelle, la
durabilité des programmes publics, la protection sociale et d’autres
questions macroéconomiques. gÉnÉrationnelle
Les fondements théoriques de l’économie générationnelle ont été
élaborés par les travaux précurseurs de Samuelson, suivis de Diamond, et dividende Tobin, Arthur et McNicoll, et bien d’autres. Les extensions, applications
récentes et approfondissements sont dus à Willis, Lee, Mason, Aeurbach,
Kotlikof, Bloom, Canning qui ont apporté une contribution majeure É ographiquedans la compréhension de l’impact économique des questions micro
et macro des variables démographiques.
La théorie de l’économie générationnelle vient compléter, théorie et applications
approfondir et unifer un corpus de connaissance déjà connu
en économie et en démographie. Les principes de l’économie au Sénégal
générationnelle donne un fonds théorique pour mesurer, analyser et
comprendre des problèmes aussi importants que le vieillissement de la
population, la contribution des femmes dans l’économie, le dividende
démographique, etc.
T Me 2
Titulaire d’un doctorat en Sciences économiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar,
Latif Dramani a servi à l’Agence nationale de la statistique et de la démographie. Professeur
d’économie et de statistiques à l’université de Thiès et coordonnateur du Centre de recherches
en économie et fnance appliquées de Thiès (CREFAT), il enseigne également dans d’autres
universités en Afrique et est associé à des universités à travers le monde (Manchester, Berkeley,
Préface des professeursParakou, Hawaii à Manoa) dans des projets de recherches internationaux. Ses recherches portent
Ron Lee et Andrew Masonprincipalement sur les pays du Sud et spécifquement en Afrique et tournent autour de trois axes
: questions d’intégration nationale et régionale des économies, questions de développement et
d’économie générationnelle et dynamique de pauvreté et connexes. Il est Membre Postface du Dr Cheickh Mbacké
d’un réseau assez large de centres de recherches en Afrique (AERC, LARTES, LAREG, CREFAT,
CARE-IFA) aux États-Unis et Canada (PEP, NTA, CIES, IUSSP) et en Europe (CPRC).
ISBN : 978-2-343-07822-9
49 €
omdo
HC_GF_DRAMANI_28_ECONOMIE-GENERATIONNELLE-SENEGAL_T2.indd 1 23/02/16 21:30:22
Économie g ÉnÉrationnelle et dividende d Émographique
Dr Latif DRAMANI
théorie et applications au Sénégal
T Me 2







ÉCONOMIE GÉNÉRATIONNELLE
ET DIVIDENDE DÉMOGRAPHIQUE


Théories et applications au Sénégal

Tome 2 LATIF DRAMANI







ÉCONOMIE GÉNÉRATIONNELLE
ET DIVIDENDE DÉMOGRAPHIQUE


Théorie et applications au Sénégal

Tome 2

















































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07822-9
EAN : 9782343078229

SOMMAIRE
Sommaire ........................................................................................................ 7
Dédicace ......................................................................................................... 9
Avant-propos ................................................................................................ 11
Remerciements.............................................................................................. 15
Sigles et Abréviations ................................................................................... 19
Préface .......................................................................................................... 23
Résumé synthétique ...................................................................................... 27
Introduction générale .................................................................................... 39

Première partie

Éléments théoriques sur l’économie générationnelle

Chapitre premier : Économie Générationnelle ........................................... 49
Chapitre 2 : Méthodologie de construction des comptes de transferts
nationaux au Sénégal .................................................................................... 77
Chapitre 3 : Détermination de la répartition des revenus primaires
et secondaires Equivalence SNA et NTA ..................................................... 93
Chapitre 4 : Incorporation du genre et du temps de travail
dans les comptes de transferts générationnels (NTA) : méthodologie
des comptes nationaux de transferts de temps (NTTA) ............................. 107
Appendice A .............................................................................................. 143
Appendice B153
Appendice C : Questions en suspens dans la méthodologie des NTA
selon le genre et des NTTA ........................................................................ 155

7 Deuxième partie

Applications et résultats

Chapitre 5 : Analyse descriptive des résultats de l’enquête
sur les migrants ........................................................................................... 159
Chapitre 6 : Transferts des émigrés sénégalais, le rôle des technologies
de l’information et de la communication .................................................... 189
Chapitre 7 : Financement du déficit du cycle de vie au Sénégal ............... 206
Chapitre 8 : Genre et dividende démographique au Sénégal :
l’apport des femmes dans le changement structurel de l’économie ........... 255
Chapitre 9 : Dividende démographique : quel impact sur la croissance
économique dans les pays africains ............................................................ 277
Chapitre 10 : Dividende démographique : quel impact sur la croissance
économique au Sénégal .............................................................................. 297
Chapitre 11 : Jeunesse, dividende démographique et marché
du travail ..................................................................................................... 312
Chapitre 12 : Croissance inclusive au Sénégal approche par les NTA .... 327
Chapitre 13 : Les transferts privés sont-ils soutenables à long terme ? .... 395

Conclusion generale .................................................................................... 415
Postface ....................................................................................................... 421
Références bibliographiques ....................................................................... 429
Lexique459
Index des auteurs Index des auteurs............................................................ 471
Index des mots-clés ..................................................................................... 475
Annexes ...................................................................................................... 485
Liste des figures, tableaux et encadrés ........................................................ 511
Table des matières ...................................................................................... 521


8 DÉDICACE
Au gorgorlu lambda en quête de devenir

« Nous ne souffrons pas tant du manque de ressources économiques, nous
souffrons beaucoup plus de l’obscurantisme et du manque de connaissance »

9 AVANT-PROPOS
Lorsque l’idée de la conception de cet ouvrage a germé il y a quelques
années en 2010, le concept de dividende démographique n’était pas aussi
populaire qu’aujourd’hui. Il nous a paru alors essentiel de partager les
nouveaux atouts de la théorie sur l’économie générationnelle et de compiler
tous les résultats de recherche obtenus au Sénégal depuis plus d’une décennie
sur les questions aussi importantes que : l’éducation, la santé, la pauvreté,
l’emploi, les dynamiques de population et la gouvernance.
La théorie de l’économie générationnelle dont l’un des principaux
précurseurs fut Paul Samuelson a réussi à unifier plusieurs corpus théoriques
qui jusqu’alors étaient épars. Avec cette nouvelle théorie, il est actuellement
possible de comprendre avec une formalisation théorique très simple, les
imbrications entre l’économie, la démographie, la sociologie et les sciences
politiques. En prenant comme unité de mesure l’individu et son âge, la théorie
de l’économie générationnelle montre sous un jour nouveau mais de façon
plus intuitive le dilemme économique et social quotidien auquel chacun de
nous est confronté : comment se prendre en charge soi-même, comment
prendre en charge son ménage, sa famille, ceci à court, moyen et long termes.
Ces arbitrages au niveau le plus basique de l’individu et du ménage ont des
répercussions importantes sur l’équilibre de la société.
Le capital humain est décisif pour la réussite économique des individus et
des nations. Mais le savoir, les habiletés et les compétences sont aussi les
conditions du bien-être personnel et social de chacun et de la collectivité à
laquelle il appartient.
L’éducation joue un rôle de premier plan dans la formation du capital
humain. L’impact d’un capital humain de bonne qualité va au-delà de
l’économie classique. En effet, un bon niveau de capital humain a comme
corollaire : une amélioration des niveaux de santé, un meilleur engagement
communautaire et une dynamisation du marché de l’emploi. Avec l’entrée de
plain-pied dans l’ère du numérique combinée à la mondialisation au XXI
siècle, la qualité du capital humain sera de plus en plus cruciale surtout que le
système valorisera beaucoup les compétences technologiques et les capacités
d’adaptation à un monde très dynamique.
L’analyse du dividende démographique qui est aujourd’hui en vogue n’est
pas le seul problème auquel les pays en Afrique subsaharienne seront
confrontés dans un futur proche. Plusieurs questions essentielles sont
également appréhendées avec cette théorie. Il s’agit entre autres: des effets de
la migration sur le cycle de vie, de l’analyse du transfert de temps domestique
11 non pris en compte par la comptabilité nationale classique, de l’analyse du
genre, de la prise en compte du vieillissement de la population ainsi que des
disparités spatiales. On le voit bien, des pays possédant une forte diaspora
comme le Nigéria, le Sénégal ou le Cap-Vert seront confrontés à terme à des
problèmes liés aux contrecoups des décisions qui seront prises un peu partout
en Europe et dans les autres pays développés quant au statut des migrants. Ces
problèmes sont divers et multiformes : fuite de cerveaux, migration liée au
climat, migration économique, etc.
Les estimations effectuées avec la théorie de l’économie générationnelle et
plus précisément avec la méthodologie des comptes de transferts nationaux qui
y sont dérivés mettent en évidence l’ouverture de la fenêtre dividende
démographique pour plusieurs pays en Afrique Subsaharienne. Les récentes
découvertes faites sur la capture du dividende par les chercheurs du réseau des
NTA, et confirmées par des estimations faites au Sénégal (Dramani, 2014b,
2014c) montrent que plusieurs autres variables entrent en jeu dans la capture
du dividende démographique et que ces variables ont des effets plus directs et
plus importants sur la transformation économique et sociale que la variable de
référence utilisée jusqu’alors: la fécondité. En effet, des variables comme
l’urbanisation, la prise en compte du travail domestique, l’autonomisation des
femmes ont un impact positif très important sur la dépendance à court terme
des ménages. Ainsi, il est facile de comprendre que si la plupart des personnes
en âge de travailler dans un ménage dégagent un surplus, la dépendance
économique du ménage baisserait de beaucoup.
Ce travail de recherche est divisé en deux tomes. Le premier tome fait le
diagnostic de la problématique du dividende démographique et analyse les
principaux piliers du dividende en y consacrant au moins un chapitre. Le
second tome traite de la théorie de l’économie générationnelle et de ses
applications au Sénégal.
L'objet de ce livre est d'explorer les contours de la problématique du
dividende. Ainsi, on comprendrait mieux les efforts déployés par le
gouvernement pour réduire la pauvreté ces dernières années, sans que pour
autant ce soit le miracle espéré par certains; les différents états de la pauvreté,
les déterminants de l’emploi et de l’auto-emploi, le lien entre pauvreté et
fécondité, les déterminants de la santé de la reproduction, et l’impact de la
gouvernance sur la croissance.
Ce livre explique pourquoi tant de solutions miracles ne sont pas faciles à
opérationnaliser sur le terrain. En effet, la plupart des pays d’Afrique au Sud
du Sahara, sont de petits pays preneurs de prix. Ils sont donc très vulnérables
aux chocs exogènes. Ces chocs exogènes engendrent des risques systémiques
qui peuvent réduire à néant les efforts et acquis obtenus durant des décennies.
12 Actuellement, selon l’OCDE, l’économie mondiale est en plein exercice
d’équilibrage. D’une part, les pays doivent s’attaquer aux séquelles de la crise
financière mondiale, allant du surendettement au chômage élevé. D’autre part,
ils font face à un avenir trouble.
En partant des problèmes de défaillance de marché et de régulation des
marchés financiers, en passant par les risques géopolitiques au niveau mondial
(crise au Moyen-Orient et répercussion sur le cours du baril), régional (montée
du terrorisme) et sous-régional (problème d’instabilités diverses dans les pays
frontaliers du Sénégal), les risques de dégradation sont manifestes. Ces risques
ne doivent pas être exagérés, mais il est clair que les dirigeants des pays
africains doivent être vigilants pour préserver les fragiles acquis obtenus
depuis les indépendances.
Cet ouvrage a pour vocation de susciter un débat constructif à la fois
informé et éclairé sur les questions démo-économiques essentielles qui
touchent la société. En général, de tels débats sont plus passionnés
qu’éclairants. L’idée est de jeter les bases d’un dialogue de fond qui
transcende les échanges partisans en s’appuyant sur des faits et des chiffres
objectifs.
Mon vœu est que ce livre apporte aux lecteurs les données et les éclairages
nécessaires pour comprendre, en citoyen du XXIe siècle, les changements et
les défis qui modèleront dans le futur nos économies, nos sociétés et nos
vies.
La plupart des pays en Afrique subsaharienne ont actuellement à leur
disposition des outils, la technologie et la masse critique nécessaire leur
permettant d’entrevoir et surtout d’anticiper l’avenir et non de le subir. Sur le
chemin du développement, l’espoir est donc permis à condition d’avoir les
connaissances essentielles qui la sous-tendent et les institutions qui
l’encadrent.

13 REMERCIEMENTS
Ce manuscrit a été conçu avec l’appui de plusieurs personnes qui y ont
contribué que ce soit directement ou indirectement.
Le soutien pour la préparation et la publication de ce livre a été fourni par
la fondation Bill & Melinda Gates Institute for Population and Reproductive
Health at the Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health.
J’adresse mes remerciements très particuliers à Jose « Oying » Rimon et
Amy Tsui, respectivement, Directeur et Professeur à Gates Institute pour leur
encouragement dès la première heure de l’idée de cet ouvrage en me soutenant
à explorer plus en profondeur les politiques et programmes en lien avec la
problématique du dividende démographique dans les pays francophones. Je
remercie également Juliana Zuccaro et les autres à Gates Institute qui ont
permis de faire aboutir le processus d’édition de cet ouvrage.
Dans le même sillage, que précédemment, je remercie le Centre de
Recherche pour le Développement International (CRDI) qui a donné un
soutien financier généreux au Consortium pour la Recherche Economique en
Afrique (CREA) pour conduire le projet initial sur les Comptes de Transferts
Nationaux (NTA) en Afrique et dont nous avions bénéficié. Ainsi que, le
Fonds des Nations Unies pour la Population qui a soutenu plusieurs activités à
travers des subventions au Centre de Recherches en Economie et Finances
Appliquées de Thiès (CREFAT).
Je tiens à remercier particulièrement John May du Population Reference
Bureau (PRB) qui par son expérience sur les thématiques développées dans le
manuscrit et relectures attentionnées m’a permis de recalibrer le manuscrit et
d’améliorer sa teneur.
Mes remerciements vont à tous les chercheurs du Centre de Recherche en
Économie et Finances Appliquées de Thiès (CREFAT) ainsi que les
chercheurs de l’Unité de Formation et de Recherche Sciences Economiques et
Sociales de l’Université de Thiès.
Je remercie mes collègues à qui je suis redevable d’avoir commenté les
versions préliminaires du manuscrit et d’avoir échangé sur certaines questions
particulières.
Je tiens à remercier Monsieur El Hadj Alioune Camara, Monsieur Ibrahima
Thiam, Monsieur Mamadou Bousso qui ont contribué à la stabilisation de
certaines parties de ce manuscrit par les discussions que nous avons eues et
leur disponibilité.
15 Je remercie de très bon cœur les relecteurs patients et attentionnés de ce
manuscrit en l’occurrence, Edem Akpo, Guy Amouzou, Kharma , Anta Cissé
assistants de recherches associés au Centre de Recherche en Économie et
Finance Appliquées de Thiès (CREFAT), Fatou Ndiaye statisticienne
économiste ainsi que Hilaire Hounkpodoté statisticien économiste. Oga Jean
Baptiste et Camille Guidimé, enseignants chercheurs à l’Université de
Parakou, pour les touches finales qu’ils ont apportées dans la finalisation de ce
travail.
Je remercie également les étudiants en cycle d’ingénieur et maintenant
ingénieur, Amath Ndiaye et Hamidou Konkobo qui ont fortement contribué en
ébauchant certains chapitres.
Mes remerciements vont aussi, à Fahd Ndiaye et Alaya Ouarmé, membres
de l’équipe NTA du Sénégal. Leurs conseils, leur aide et les discussions que
j’ai pu avoir avec eux m’ont permis d’avancer dans mes recherches.
Mes remerciements vont également à toute l’équipe des National Transfer
Accounts (NTA) pour leur gentillesse et leur soutien. J’ai beaucoup appris à
leur côté. J’ai une reconnaissance toute particulière envers Andrew Mason,
Ronald Lee, Gretchen Donehower, Adedoyin Soyibo, Germano Mwabu,
Olanrewaju Olanyan ; Ruben Mutegi, Akanni Lawanson, Moses Muriithi,
Eugenie Amporfu.
Merci également à l’ensemble des participants aux différents colloques et
séminaires où j’ai eu l’occasion de présenter mes recherches, que ce soit au
Bénin, au Cameroun, au Kenya, en Afrique du Sud, en Espagne, au Brésil, au
Canada, en Corée du Sud et aux Etats-Unis.
Je remercie par ailleurs l’Agence Nationale de la Statistique et de la
Démographie (ANSD), ainsi que la Direction de la Monnaie et du Crédit
(DMC) du Ministère de l’Économie et des Finances du Sénégal pour m’avoir
fourni les données utilisées dans ce manuscrit.
Au cours de ce projet de manuscrit, des observations importantes, parfois
des critiques, des suggestions et un soutien non négligeable ont été donnés par
plusieurs personnes. Pour ne citer que quelques-une : Boureima Diadié,
Laurent Assogba, Aliou Faye, Aliou Ndiaye, Babacar Ndir, Oumy Laye,
Dieynaba Sakho, Madiop Diop, Mbarou Gassama.
Enfin, je tiens à exprimer ma gratitude, pour leur soutien moral et affectif,
envers les amis de toujours, et bien entendu, la famille.
Toutes les imperfections liées à ce document relèvent directement de ma
responsabilité et ne sauraient en aucune façon engager la responsabilité des
personnes ci-dessus citées.
16 Cet ouvrage est l’aboutissement d’un travail qui a nécessité la collaboration
d’un certain nombre de directions techniques qui ont bien voulu apporter leur
contribution en information et expertise. Je tiens à remercier tout
particulièrement les personnes-ressources et les structures partenaires pour leur
aide et leurs précieuses contributions sans lesquelles la réalisation de cet
ouvrage ne saurait être possible.
Puisse ce document répondre aux préoccupations des utilisateurs.

17 SIGLES ET ABRÉVIATIONS
ABD : Banque Asiatique de Développement
ACDI : Agence Canadienne de Développement International
ANSD : Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie
APD : Aide Publique au Développement
APU : Administration publique
BAD : Banque Africaine de Développement
BIT : Bureau international du Travail
BTP : Bâtiments et Travaux Publics
CBE : Coût des Besoins de base
CEDEAO : Communauté Économique Des États de l’Afrique de l’Ouest
CEA : Commission Économique pour l’Afrique
CFE : Consommation privée en Education
CFH : Consommation privée en Santé
CFX : Autre consommation privée
CGE : Consommation publique en Education
CGH : Consommatiique en Santé
CISP : Classification Internationale d’après la situation dans la
profession
CM : Chef de Ménage
CNES : Confédération Nationale des Employeurs du Sénégal
CRDI : Centre de Recherche pour le Développement International
CREFAT : Centre de Recherches en Economie et Finance Appliquée de
l’Université de Thiès
CRES : Consortium pour la Recherche Économique et Sociale
CTN : Comptes de Transferts Nationaux
DD : Dividende Démographique
DIAL : Développement Institutions et Mondialisation
DMC : Direction de la Monnaie et du Crédit
DPEE : Direction de la Prévision et des Études Économiques
DPS : Direction de la Prévision et de la Statistique
DR : Districts de Recensement
19 DSRP : Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
EBE : Excédent Brut d’Exploitation
EDS : Enquête Démographique Santé
ECAM : Enquête Camerounaise Auprès des Ménages
EMAS : Enquête sur Migration et Urbanisation
ESAM : Enquête Sénégalaise Auprès des Ménages
ESP : Enquête Sur les Priorités
ESPS : Enquête de Suivi de la Pauvreté au Sénégal
FBCF : Formation Brute de Capital Fixe
FCFA : Franc des Communautés Financières d’Afrique
FCFA : Franc des Colonies Françaises d’Afrique
FMI : Fonds Monétaire International
FNAE : Fonds National d’Action pour l’Emploi
FNPJ : Fonds National de la Promotion de la Jeunesse
FNUAP : Fonds des Nations Unies pour la Population
GE : Économie Générationnelle
GOANA : Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance
ICS : Industries Chimiques du Sénégal
IDE : Investissement Direct Étranger
IDH : Indice de Développement Humain
IR : Inclusion Rate / Taux d’inclusion
ISF : Indice Synthétique de Fécondité
JICA : Agence Internationale de Coopération Japonaise
LCD : Life Cycle Deficit (le déficit du cycle de vie)
LFPR : Labor Force Participation Rate/Taux de Participation
MCO : Moindres Carrés Ordinaires
MCS : Matrice de Comptabilité Sociale
MEF : Ministère de l’Économie et des Finances
NIA : National Institute of Aging
NPNE : Nouvelle Politique Nationale de l’Emploi
NTA : National Transfer Accounts
NTIC : Nouvelles Technologies de l’Information et de la
Communication
NTTA : National Time Transfer Accounts
20 OCDE : Organisation de Coopération et de Développement
Économiques
OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
ONU : Organisation des Nations Unies
PAS : Politiques d’Ajustement Structurel
PASLMT : Programme d’Ajustement Structurel à Long et Moyen Termes
PDEF : Programme Décennal de l’Éducation et de la Formation
PED : Pays en Développement
PEV : Programme Élargi de Vaccination
PIB : Produit Intérieur Brut
PME : Petites et Moyennes Entreprises
PMT : Proxy Mean Test
PNB : Produit National Brut
RNB : Revenu national brut
PPTE : Pays Pauvres Très Endettés
PREF : Plan de Redressement Economique et Financier
PSE : Plan Sénégal Émergent
RGP : Recensement Général de la Population
RGPH : Rent général de la Population et de l’Habitat
SENELEC : Sénégalaise d’Électricité
SMIG : Salaire Minimum Interprofessionnel garanti
SNA : System of National Accounts
TBS : Taux Brut de Scolarisation
TIC : Technologies de l’Information et de la Communication
UA : Union Africaine
UE : Union Européenne
UEMOA : Union Économique et Monétaire Ouest-Africain
UPI : Unité de Production Informelle
VIH/Sida : Virus de l’Immunodéficience Humaine/Syndrome
d’Immunodéficience Acquise
WDI : World Development Indicators
YLE : Revenu du Travail des Salariés
YLS : Revenu de l’Auto Emploi

21 PRÉFACE
The demographic transition is a global phenomenon in which first death
rates and then birth rates decline from initially high levels to low ones. In the
process, population growth rates first accelerate and then decline, and the size
of the population increases, sometimes dramatically. The economic and
environmental consequences of these changes have been the focus of much
thattention and concern since the middle of the 20 century. More recently,
however, attention has also been drawn to major changes in the population age
distribution that accompany the demographic transition. Once fertility begins
to decline, the proportion of the population in the working ages rises and the
dependency rate falls, giving rise to the Demographic Dividend which boosts
the rate of growth of income per capita. This Dividend stage or “Window or
Opportunity” lasts at least four decades and sometimes much longer, but
eventually it is followed by population aging and rising dependency which
slows the rate of growth of per capita income, and occasions worries in the
countries that are in the later stages of the transition. But during the dividend
stage and in early stages of population aging there are additional beneficial
effects of the changing population age distribution that have been called the
“Second Demographic Dividend”. Lower fertility is typically accompanied by
increased investment in the human capital of each child, improving children’s
wellbeing and raising their future productivity in the labor force. Rising
proportions of older people and longer life may raise the amount of assets per
capita and per worker. Fewer children per mother reduces the time needed at
home and thereby raises the market labor she supplies, further boosting
economic growth. These changes are not automatic, but they can be fostered
by appropriate policies and institutional settings.
This transition has begun at different times in different regions of the
world, and has proceeded at different rates. Europe experienced the first
fertility transition and is now well-into the stage of population aging, and the
worries it brings about the growing costs of supporting a growing share of
elderly, particularly the public costs of pensions, health care, and long term
care. East Asia began its fertility transition much later, but fertility declined so
rapidly and so deeply that Japan is now leading the world in aging while other
countries in the region are leaving the Dividend phase and will be moving to
the global forefront of aging in coming decades. Countries of South and
Southeast Asia began their fertility transitions at similar times but are
proceeding more slowly with important exceptions. Latin American countries
also show mixed and complex patterns, but some already have very low
fertility and are facing rapid aging not long after East Asia. While some North
23 African countries have low fertility, most of sub-Saharan Africa either has not
yet begun fertility decline or is still at early stages while experiencing slow
and interrupted declines. According to United Nations projections, fertility
decline here will continue slowly for many decades, resulting in a smaller
Demographic Dividend but one that will continue longer than in Asia or Latin
America. This situation poses challenges: through what kinds of policies can
Africa best take advantage of the opportunities presented by the First and
Second Demographic Dividends? And should Africa seek to achieve a more
rapid and deeper fertility decline than is currently projected, thereby benefiting
from larger Dividends ?
Although there is growing interest in these economic consequences of
changing population age distributions, both during the Dividend stage and the
Aging stage, standard government statistics such as National Income and
Product Accounts do not provide the information needed to analyze these
consequences. The National Transfer Accounts (NTA) are a new kind of data
developed for this purpose, based on special analyses of a variety of existing
data sets according to carefully formulated methods. NTA focuses on
individual members of households. Using household expenditure and labor
surveys, it calculates average labor income and consumption by age, where
consumption includes government transfers of goods and services such as
public education and publicly provided health care, and taxes that support
these transfers. At younger ages, individuals consume far more than they earn,
and the same is true in old age. NTA asks how individuals make up these
deficits in childhood and old age, and how working age adults dispose of their
surplus. The answer is that children and the elderly receive both private
transfers from their families (for example, the food and shelter that children
receive from their parents) and public transfers through the government, and
the elderly also may have assets they accumulated during their working lives.
On net, adults may also pay for public transfers through their taxes, make
private transfers to others, and save and invest in assets. NTA estimates all
these flows of income across age within the family, the government, and
financial markets. These estimates can then be combined with population data
and projections to shed light on the economic consequences of demographic
change.
In 2015 the NTA project included research teams from almost 50 countries
from every region of the world, including Senegal and six other countries from
sub-Saharan Africa. The Senegal team is led by Dr. Latif Dramani, the author
of these two volumes. The global NTA project published a book in 2011 titled
Population Aging and the Generational Economy: A Global Perspective
which presented results for the first 23 countries including theoretical
perspectives and comparative analyses. In 2013 the United Nations published
24 the National Transfer Accounts Manual: Measuring and Analyzing the
Generational Economy, largely written by Andrew Mason and Gretchen
Donehower.
While the National Transfer Accounts are concerned with measurement
and do not reflect any particular hypotheses or theoretical assumptions, they
may be interpreted with the guidance of theory and they may be used to
explore various hypotheses. The basic economic theory of age distributions
and intergenerational transfers begins with Samuelson’s famous article in 1958
on the consumption loan economy and continues up to the present with
contributions on age-structured economies and overlapping generations
models from many economists. A different line of literature relative to present
concerns addresses population in relation to economic development, and the
role of changing population age distributions. This literature begins with a
seminal study by Coale and Hoover, also in 1958, and led to a rich literature
continuing to the present, in which recently the concept of the Demographic
Dividend has become prominent. This was originally introduced by Bloom
and Williamson in 1998, and the concept of the Second Demographic
Dividend was introduced by Mason and Lee (2007).
This book makes an important contribution to this growing literature, a
contribution which should assist researchers, government officials and
planners in Senegal and in Africa both to construct the National Transfer
Accounts and to interpret them and put them to use for policy analysis, with
the objective of enhancing the first and second demographic dividends in
subSaharan Africa.

Ronald Lee & Andrew Mason
Co-Directors of the National Transfer Accounts Project
Bloom, D. E. and J. G. Williamson (1998). "Demographic Transitions and
Economic Miracles in Emerging Asia." World Bank Economic Review
12(3): 419-456.
Coale, Ansley. J. and Edgar. M. Hoover (1958) Population Growth and
Economic Development in Low-Income Countries Princeton, Princeton
University Press.
Lee, R. and A. Mason, principal authors and editors (2011). Population Aging
and the Generational Economy: À Global Perspective. Cheltenham, UK,
Edward Elgar.
Mason, A. and R. Lee (2007). Transfers, Capital, and Consumption over the
Demographic Transition. Population Aging, Intergenerational Transfers
and the Macroeconomy. R. Clark, A.
25 Mason and N. Ogawa. Cheltenham, UK; Northampton, MA, USA, Elgar
Press: 128-162.
Samuelson, Paul (1958) “An Exact Consumption-Loan Model of Interest With
or Without the Social Contrivance of Money” Journal of Political
Economy 66(6):467-467
United Nations Population Division (2013). National Transfer Accounts
Manual: Measuring and Analysing the Generational Economy. New York,
United Nations.

26
RÉSUMÉ SYNTHÉTIQUE
DIAGNOSTIC ÉCONOMIQUE ET SOCIAL
Le Sénégal compte une population d’environ 13.567.368 habitants en
2013, dont 49,9% d’hommes et 50,1% de femmes. À l’instar des autres pays
africains, le Sénégal est caractérisé par un taux d’accroissement
démographique relativement élevé (2,7%) et une population jeune (les
personnes âgées de moins de 20 ans représentent 50,1% de la population). Le
chômage et le sous-emploi touchent près de 32% de la population (ESPS,
2005-2006) et plus de la moitié des travailleurs sont rémunérés en deçà du
salaire minimum légal. Le secteur informel concentre la majorité des emplois
et représente 54% de la valeur ajoutée totale sur la période 2004-2008.
Le Sénégal est aussi caractérisé par des performances macro-économiques
faibles. Avec 3,3 % en moyenne entre 1990 et 2010, la croissance économique
est en deçà du taux moyen requis pour atteindre l’objectif de réduction de 50
% de la population pauvre à l’horizon 2015 qui en moyenne, se situe entre 7 %
et 8 %.
En baisse depuis quelques années, le taux de pauvreté est passé de 55,2%
en 2002 à 46,7% en 2011. Une analyse de la dynamique de la pauvreté en
termes d’entrées et sorties révèle des contrastes au niveau du sexe, du milieu
de résidence et de l’âge des individus entre autres. En effet, de façon générale,
on observe que les ménages pauvres urbains ont plus de chance de sortir de la
pauvreté que les ménages pauvres ruraux. De même, les ménages dirigés par
les femmes sont plus vulnérables que ceux dirigés par les hommes. La trappe à
pauvreté est de 27,7% pour les ménages dirigés par lemes alors que la
stabilité dans la non pauvreté sur la période 2005 à 2011 est de 32,2%.
La transmission intergénérationnelle de la pauvreté est non négligeable :
alors que les ménages dirigés par des personnes âgées de moins de 30 ans
étaient plus vulnérables durant les périodes 1995-2001 et 2001-2005, la
tendance s’est renversée durant la période 2005-2011, car ce sont plutôt les
ménages avec des chefs de ménage du troisième âge qui sont désormais les
plus vulnérables. Toutefois, la baisse de la pauvreté chronique semble être
maitrisée d’une période à une autre et d’un groupe d’âge à un autre.
L’étude du marché du travail révèle un déséquilibre de ce dernier, favorisé
en partie par la forte croissance démographique. La population, très jeune
constitue une main d’œuvre importante sur le marché du travail. La population
en âge de travailler est très importante et est estimée à 69.92% de la population
27 totale. Elle est majoritairement constituée de femmes (53.43%). Le taux
d’activité en milieu rural est supérieur à celui en milieu urbain. En effet, en
milieu rural, plus de la moitié des personnes en âge de travailler sont en
activité tandis qu’en milieu urbain sur 100 personnes en âge de travailler
moins de 44 personnes sont en activité. Ce taux est également plus élevé chez
les hommes que chez les femmes. De plus, les jeunes personnes sont plus
marginalisées par ce taux que les adultes.
Le taux d’occupation au niveau national est d’environ 47.3%. Il est plus
élevé en milieu rural (52.8%) qu’en milieu urbain (39.7%). Le niveau
d’occupation des hommes (52.6%) sur le marché du travail est également plus
élevé que celui des femmes (31.9%).
En ce qui concerne les déterminants de l’emploi et de l’auto-emploi, on
observe, d’une part, que l’éducation joue un rôle primordial dans
l’entrepreneuriat : la probabilité d’être entrepreneur augmente en effet avec le
niveau d’éducation des individus. D’autre part, les femmes ont relativement
moins de chance d’être entrepreneures que les hommes. Par ailleurs,
l’autoemploi informel est un phénomène de plus en plus rural par rapport au salariat
formel comme informel. De plus, les immigrés ont plus de chance de devenir
entrepreneurs comparativement aux natifs. Enfin, on note que le capital
détermine le statut d’entrepreneur et par conséquent les individus de revenus
élevés ont une probabilité plus élevée d’être entrepreneurs.
La santé et l’éducation sont des facteurs importants de développement
durable d’une nation dans la dimension tant économique que sociale et
environnementale. En matière de santé, l’on a essayé d’analyser les liens
existant entre la demande de services de santé de la reproduction et la
production de services de santé au Sénégal en utilisant le poids de l’enfant à la
naissance comme une mesure de la santé de la reproduction et la vaccination
contre le tétanos pendant la grossesse comme un proxy des services de soins
prénatals reçus par une femme. Il en ressort que la vaccination contre le
tétanos augmente substantiellement le poids de l’enfant à la naissance. Aussi,
la demande de vaccination contre le tétanos augmente-t-elle avec l'âge et le
niveau d’éducation de la mère, le niveau d’éducation du père et le revenu du
ménage. La précarité économique des ménages constitue ainsi un handicap
dans la probabilité qu’ont les enfants à naître dans des conditions optimales.
Par ailleurs, l’étude révèle que les femmes dans les zones rurales accordent
plus d'importance à la vaccination que les femmes en zones urbaines.
Toutefois, le milieu rural souffre de la disponibilité d’infrastructures sanitaires
adéquates ainsi que de personnel de santé.
Dans le secteur de l’éducation, malgré la baisse constante de la proportion
de la population sénégalaise sans instruction observée depuis plusieurs années,
28 celle-ci demeure toujours élevée en 2011 et représente 64,1% de la population
totale. Les personnes ayant atteint un niveau secondaire ou supérieur sont
moins importantes dans la population totale (13,3% en 2011). L’analyse de la
structure des dépenses de consommation des ménages montre une faible part
des dépenses allouées à l’éducation. En effet, les dépenses d’éducation
effectuées par les ménages représentent 2,6% des dépenses totales en 2011 et
1,6% en 2001.
Quant aux dépenses publiques d’éducation, leur part dans les dépenses
courantes de l’État a fortement évolué à la hausse en passant de 15,7% en
2001 à plus de 25% en 2011 ; cela traduit les efforts considérables effectués
par l’État dans le secteur de l’éducation.
Cependant, par rapport à l’année 2001, les rendements privés de
l’éducation ont baissé pour le primaire en 2005 et en 2011, tandis que ceux du
secondaire et du tertiaire ont augmenté en 2011. Cette tendance montre qu’au
Sénégal une année supplémentaire aux niveaux d’étude les plus élevés est
mieux rémunérée qu’une année supplémentaire aux niveaux les moins élevés.
Ces évolutions pourraient signifier que la politique d’emploi sur la période
2001-2011 est en faveur des plus diplômés. De plus, les taux de rendements
calculés pour l’année 2011 augmentent avec le niveau d’éducation, ce qui
indique qu’au Sénégal, le fait de passer d’un niveau d’études donné à un
niveau plus élevé est rentable.
THÉORIES DE L’ÉCONOMIE GÉNÉRATIONNELLE
L’objectif de l’économie générationnelle est de prendre en compte les
changements de la structure de la population et leurs conséquences dans
l’analyse des politiques publiques. Le comportement économique des
individus varie au fil de leur vie. En fonction de l’âge, l’activité et la
consommation des individus changent. Ainsi, la modification de la structure
par âge de la population influence la situation financière et le comportement
des groupes d’âge, ce qui est susceptible d’ébranler les structures
économiques. Bien que certains effets de cette modification soient attribuables
au marché, une part importante des ressources économiques circule d’une
génération à une autre en marge du marché.
L’économie générationnelle est principalement inspirée des théories
traditionnelles de l’économie de famille. La contribution de ces théories est
illustrée par les possibilités de transferts en société. Ce mélange de transferts et
d’échanges peut varier en fonction de plusieurs facteurs au nombre desquels
on peut citer le niveau de revenu, les valeurs culturelles et institutionnelles.
29 Toutefois, ces théories présentent des limites en raison, d’une part, de
l’existence du dilemme des générations qui résulte de l’absence de contrat
privé de long terme entre générations, et d’autre part, en raison de
l’irréversibilité temporelle qui décrit la nature des engagements pris par les
générations présentes au nom des générations futures et passées.
Ainsi, l’intervention publique à travers les transferts publics, les pensions
de retraite et taxes est supposée à ce niveau nécessaire pour remédier aux
défaillances du mécanisme de transferts par la famille. C’est dans ce sens
qu’intervient la comptabilité générationnelle qui se propose d’estimer la
différence entre le poids des contributions publiques d'une classe d'âge
existante et d'une classe d'âge à naître. L'objectif est ainsi de mesurer les
inégalités de traitement entre les générations présentes et futures dans le cadre
de leurs contributions respectives aux transferts entre générations.
Issus de l’économie générationnelle, les Comptes de transferts nationaux
(NTA) ont été formalisés dans le but de comprendre comment les
changements dans la structure de la population sont en relation avec les
transferts intergénérationnels, l’économie et la richesse, les niveaux de vie, et
d'autres variables macro-économiques.
L’élaboration des NTA s’inspire de diverses théories, dont les théories sur
les transferts publics et privés et celles sur le lien entre fécondité, transferts et
croissance économique. Ces théories fournissent un cadre d’analyse sur
l’impact de l’augmentation ou de la dégradation du rapport de dépendance sur
les pressions budgétaires.
L’approche des NTA a pour unité fondamentale d’analyse l’individu. Elle
propose une quantification précise des besoins des populations et vise la
désagrégation par âge des agrégats de comptabilité nationale en respectant les
équilibres établis par cette dernière. Elle examine comment chaque âge
produit, consomme, distribue et épargne les ressources économiques. En outre,
les données des NTA peuvent aussi être désagrégées par genre, région, ville ou
autre dimension d’analyse si les agrégats de comptes nationaux
correspondants sont disponibles. Ces informations de plus en plus fines
devraient permettre aux décideurs de mieux cibler leurs interventions.
L’équation fondamentale des NTA permet de mettre en évidence la notion
de cycle de vie et de dividende démographique. Le cycle de vie fait référence à
la variation au cours de la vie biologique des besoins et capacités d’un
individu sur le plan micro-économique et par ricochet sur le plan
macroéconomique des besoins et capacités d’une génération ou d’un groupe d’âge
donné. Il reflète plusieurs facteurs comportementaux et non comportementaux
qui influencent la relation entre l'âge, d'une part, et la consommation et le
revenu du travail, d'autre part. Le revenu moyen du travail à chaque âge
30 dépend des heures travaillées, du profil d'âge des salariés et de nombreux
facteurs socio-économiques et culturels. De même, la consommation moyenne
à chaque âge est influencée par des déterminants, dont les préférences de
consommation, les prix, des facteurs historiques ou encore culturels.
Le déficit du cycle de vie est calculé comme la différence entre la
consommation et le revenu du travail. La consommation comprend la mation privée et la consommation publique. La consommation privée
se compose de la consommation privée en éducation, en santé et des autres
consommations privées. Cette décomposition est la même pour la mation publique.
Quant au dividende démographique, il désigne l’accélération de la
croissance économique qui résulte de l’évolution de la structure par âge de sa
population. La transition démographique en cours dans de nombreux pays
africains peut être décrite comme une évolution de la structure par âge. Au
cours de cette évolution, la population en âge de travailler augmente
temporairement plus vite que le nombre de personnes jeunes et âgées. Par la
suite, le taux de dépendance se réduit et on assiste à une hausse des taux
d’épargne, ce qui conduit à libérer des ressources pour l’investissement dans le
développement économique et le bien-être des familles.
APPLICATIONS ET RÉSULTATS
L’application de la méthodologie des comptes nationaux de transferts
intergénérationnels à partir des données de l’ESPS I a permis d’estimer le
déficit global du cycle de vie du Sénégal pour l’année 2005 à 1676 milliards
de FCFA et à 36,7% du PIB. Selon les profils d’âges, ce déficit global se
décompose en un déficit de 1711 milliards de FCFA (37,5% du PIB) pour les
âges de 0 à 35 ans, un surplus de 195 milliards de francs CFA (4,3% du PIB)
pour les âges de 35 à 60 ans et un déficit de 159 milliards (3,5% du PIB) pour
les âges de plus de 60 ans. Le surplus généré par le groupe d’âge 35-60 ans est
èmedonc transféré aux enfants et aux jeunes de même qu’aux personnes du 3
âge.
L’étude s’attelle également à déterminer de quelle(s) façon(s) une partie
des déficits des jeunes et des personnes âgées est comblée par le surplus
dégagé par la population active à travers une analyse des différents transferts,
entrants comme sortants, privés comme publics. Ces différents transferts sont
des transferts en éducation, des transferts en santé, des transferts d’épargne et
des transferts publics.
Profil des transferts en éducation
31 Au Sénégal, les dépenses d’éducation provenant des parents commencent
lorsque l’enfant a 1 an, et augmentent au fur et à mesure que l’enfant grandit,
jusqu’à l’âge de 22 ans où le jeune étudiant commence à prendre en charge ses
dépenses d’éducation grâce à sa bourse, par exemple. Au-delà de cet âge (22
ans), l’étudiant effectue aussi des transferts pour promouvoir à l’éducation des
autres membres de sa famille. Et il faut attendre l’âge de 31 ans pour constater
une égalité entre les flux entrants et sortants des transferts privés d’éducation.
Profil des transferts en santé
Les dépenses de santé effectuées par les parents sont très élevées à la
naissance de l’enfant à cause d’importants soins de santé liés à
l’accouchement. Après la naissance du bébé, ces dépenses sont réduites
progressivement jusqu’à l’âge de 20 ans où l’individu, avec son peu de revenu,
effectue également des transferts pour ses propres soins de santé. Cependant,
les dégâts causés par la délinquance juvénile à travers les accidents de
circulation, les méfaits de la drogue et du tabac, les différentes maladies
sexuellement transmissibles auxquelles font face les jeunes, etc., vont
engendrer beaucoup de dépenses pour les jeunes dont l’âge est compris entre
20 et 30 ans. Mais n’ayant pas encore accès au marché du travail, ces jeunes
vont recevoir plus de transferts pour les soins de santé à cette période,
notamment de la part des parents ou des proches ; ce qui explique le déficit
assez important des transferts privés nets en santé au Sénégal entre 20 et 30
ans. Il faudra attendre l’âge de 37 ans pour observer un retournement de
situation, c’est-à-dire qu’à partir de 37 ans, les adultes dégagent suffisamment
de revenu issu de leur travail pour financer une grande partie de leurs besoins
en santé.
Profil des transferts d’épargne
Selon les résultats des NTA sur les données de l’ESPS I, les transferts
privés d’épargne commencent à partir de l’âge de 31 ans. Les excédents de
transfert d’épargne sont enregistrés entre 31 et 57 ans. Ces excédents
proviennent de l’activité économique génératrice de revenu exercé par la
population en âge de travailler lui permettant de dégager une épargne après
consommation. En revanche, les années voisinant l’âge de la retraite (entre 57
et 65 ans), les individus se préparent plus à la retraite et reçoivent ainsi plus de
transferts d’épargne qu’ils n’envoient. Mais au-delà de 65 ans, le déficit des
transferts d’épargne reste observé mais de façon faible, car l’individu vit
pleinement de sa retraite et reçoit peu de transferts ; ceci étant vrai pour ceux
qui ont épargné ou ont accès à une pension.
Profil des transferts publics reçus et versés
Les transferts publics reçus par les ménages sénégalais sont essentiellement
les prestations de retraite et concernent les personnes de plus de 55 ans.
32 Les transferts publics versés sont les impôts et taxes publics. Ils sont
concentrés aux profils d’âge des travailleurs lorsque les individus contribuent
au système de sécurité sociale et disposent d’actifs et de revenus du travail. Il
est important de remarquer que les taxes à la consommation sont en moyenne
plus élevées que les autres postes de taxes. En revanche, les taxes sur les
revenus sont en moyenne plus faibles pour des raisons évidentes liées au
nombre effectif de travailleurs qui s’acquittent de cet impôt. La prédominance
du secteur informel joue aussi un rôle important dans la faiblesse de ce poste
d’impôt.
Comment le déficit du cycle de vie est-il financé ?
Le déficit global du cycle de vie est principalement financé par la
réallocation des actifs à hauteur de 1140 milliards environ soit 25% du PIB et
des transferts nets contribuant à hauteur de 536 milliards, environ 11,7% du
PIB. Toutefois, les mécanismes de financement du déficit sont différents selon
les âges considérés.
Financement du déficit de l’enfance
Les principales sources de financement du déficit des groupes d’âge 0 à 14
ans sont les transferts nets 845,6 milliards soit 20,7% du PIB en 2005. La
réallocation des actifs, exclusivement supportée par les ménages, contribue
pour 153,3 milliards soit 3,7% du PIB.
Financement du déficit de la jeunesse
Concernant les groupes d’âge de 15 à 30 ans, les principales sources de
financement du déficit sont la réallocation des actifs pour 375 milliards soit
9,2% du PIB et les transferts nets 310 milliards soit 7,6% du PIB en 2005. Le
soutien familial est très important pour les jeunes qui reçoivent 699.600 FCFA
en moyenne par tête et versent environ 807.055 CFA par tête. Ceci implique
que les jeunes de la tranche d’âge 15 à 30 ans sont des donneurs nets de
transfert. Ils financent leur propre déficit et transfèrent une partie de leur
surplus pour financer le déficit de l’enfance.
Financement du déficit des adultes
Le surplus du cycle de vie des groupes 31 à 60 ans est composé des
transferts nets pour 69 milliards soit 1,5% du PIB et la réallocation des actifs
contribue pour 126 milliards soit 2,8% du PIB. On note une forte dominance
de la réallocation des actifs dans la composition du surplus. En effet, 65% du
surplus provient de la réaffectation des actifs et les 35% restant proviennent
des transferts nets.
Financement du déficit des personnes âgées
Les personnes âgées génèrent un surplus de 560 milliards soit 12,3% du
PIB provenant des transferts nets et un déficit 719 milliards (15,8% du PIB)
33 provenant de la réallocation des actifs. À ce niveau aussi, les transferts privés
sont plus importants que les transferts publics.
Le cycle de vie économique a été aussi analysé sous l’angle du genre. Les
estimations révèlent, d’une part, qu’en moyenne, les femmes présentent les
mêmes profils de consommation que les hommes. Toutefois, les hommes du
ème3 âge consomment plus que les femmes dans la même tranche d’âge.
D’autre part, lorsqu’il s’agit du revenu, les hommes sont mieux lotis que
les femmes. Quel que soit l’âge, le profil de revenu des hommes se situe
audessus de celui des femmes. De plus, l’estimation de la contribution des
femmes à la création de la richesse montre des inégalités très marquées entre
homme et femme. En effet, 35% du revenu national est détenu par les femmes,
tandis que les hommes détiennent 65% du revenu national.
Par ailleurs, les femmes ont à tout moment du cycle de vie un profil de
consommation au-dessus du profil de revenu. Ce qui signifie qu’en moyenne
les femmes consomment plus que leur revenu et que sur le cycle de vie elles
restent déficitaires. En d’autres termes, les femmes ont besoin à tout âge d’un
transfert de ressources pour survivre sur tout le cycle de vie.
La contribution du dividende démographique à la croissance économique
des pays africains a été aussi analysée. Les estimations effectuées à partir des
données de panel des pays africains sur la période 1990-2013 indiquent un
impact positif et significatif du dividende démographique sur la croissance par
tête du PIB réel. Autrement dit, la capacité productive des économies
africaines augmente avec la population en âge de travailler. En effet, une
augmentation de 1% de la part de la population en âge de travailler entraine
une hausse du PIB réel par habitant de 1,6%.
Pour le cas du Sénégal, les résultats d’un modèle à correction d’erreur
montrent que le dividende démographique influence positivement la
croissance économique à long terme. Une augmentation du rapport des
travailleurs effectifs sur les consommateurs effectifs de 1% se traduit par un
accroissement du PIB réel par tête de 3,7% à long terme.
Ces résultats confirment ainsi l’approche du dividende démographique
selon laquelle, plus que la croissance de la population totale, c’est sa structure
qui importe. Une grande part d’actifs équivaut à une petite part de dépendants
et donc un ratio de dépendance faible. Aussi, la croissance de la population des
actifs équivaut aussi une baisse de celle des dépendants et du ratio de
dépendance. Toute chose égale par ailleurs, avec moins de dépendants par
actifs, ces derniers augmentent leur capacité à épargner. Aussi, à revenu par
travailleur, taux d’activité et d’emploi constants, l’augmentation de la
population de personnes en âge actif entraine une augmentation de revenu par
habitant.
34 Enfin, l’on s’est aussi intéressé à la soutenabilité des envois de fonds des
migrants sénégalais. Les projections réalisées révèlent qu’avec le taux de
croissance annuel moyen actuel de 6,7%, les transferts nets des émigrés ne
pourront pas financer le déficit du cycle de vie de 0 à 90 ans du Sénégal sur la
période 2010 à 2050. Même une augmentation du taux de croissance annuel
moyen des transferts nets des émigrés de 6,7 % à 7,5 % ne permettra pas non
plus de couvrir les besoins en transferts pour financer le déficit du cycle de vie
de 0 à 90 ans sur toute la période. Il faudra un taux de croissance annuel
moyen de 9 % des transferts nets pour couvrir les besoins en transferts et
financer le déficit du cycle de vie en 2050.
Cette situation délicate pousse à dire que les transferts ne sont pas
soutenables à long terme car le taux de croissance nécessaire pour couvrir les
besoins en transferts dans le financement du cycle de vie n’est pas en phase
avec les difficultés du contexte international actuel qui augurent de plus en
plus de la précarité chez les émigrés et la réduction de leurs possibilités de
transferts d’argent dans leurs pays d’origine.
RECOMMANDATIONS
En termes de recommandations, les politiques ci-dessous préconisées sont
orientées pour créer des opportunités pour le dividende démographique et pour
tirer un meilleur profit de celui-ci. Elles visent également à maitriser et réduire
le déficit du cycle de vie et à accroitre et mieux valoriser les transferts de fonds
des migrants.
Intensifier la planification familiale et la sensibilisation sur la santé de la
reproduction afin de faire baisser les niveaux de fécondité actuels
Des programmes de planning familial efficaces peuvent accélérer la
transition démographique, et donc, catalyser le dividende démographique. Il y
a nécessité de réduire les taux de fécondité actuels, et cela peut se faire à
travers une augmentation des investissements dans la planification familiale,
l’intensification de la sensibilisation sur la santé de la reproduction, la
promotion et l’amélioration de l’accès aux méthodes de contraception (pour
réduire le taux de grossesses non désirées notamment). Il importe aussi de
mettre en œuvre des réformes pour prévenir les mariages précoces. Cela passe
par des efforts de sensibilisation pour promouvoir des changements culturel,
systémique et comportemental en ce qui concerne le mariage précoce.
Renforcer les systèmes de santé
Un élargissement de la couverture des soins de santé aux nouveaux-nés,
aux nourrissons et aux enfants et une promotion active des campagnes et
programmes de vaccination des enfants permettent de soutenir la baisse
35 continue de la mortalité infantile. De plus, un bon développement de l’enfant
est aussi important dans la protection contre les maladies chroniques à l’âge
adulte.
L’accroissement des investissements dans la promotion de la santé et la
fourniture de soins de qualité permet non seulement de réduire la mortalité,
mais aussi de maintenir la population en bonne santé et d’être potentiellement
productive.
Accroitre les investissements dans le système éducatif pour créer une
maind’œuvre conséquente et qualifiée
L’éducation et la formation constituent l’une des conditions impératives de
création du dividende démographique. L’accroissement de l’investissement
dans l’éducation et la formation permet d’augmenter le nombre d’opportunités
disponibles ainsi que la qualité du système éducatif. Cela nécessite entre
autres, une augmentation du nombre d'enseignants ainsi qu’une amélioration
de la formation et de la rémunération de ces derniers, une amélioration et un
agrandissement des infrastructures éducatives, une amélioration des
programmes d’enseignement pour faciliter une meilleure transition entre
l’école et le marché du travail.
Ainsi, la mise en œuvre des politiques visant à améliorer la qualité de
l’éducation à travers une grande disponibilité des institutions d’éducation
primaire, secondaire et supérieure est primordiale. Les compétences requises
dans les secteurs les plus solides de l’économie d’un pays, en particulier, ceux
qui vont favoriser l’industrialisation, doivent être identifiées et lesdites
compétences devront faire l’objet d’une attention particulière dans le cadre des
programmes d’éducation et d’emploi.
Il est aussi important de mettre en œuvre des réformes rendant obligatoire
la scolarisation, et avec un accent particulier sur l’éducation des filles. De plus,
il faut assurer un meilleur accès des femmes aux enseignements les plus
élevés, notamment à l’enseignement supérieur. Cela permettra non seulement
de faciliter leur insertion dans le marché du travail, mais aussi de faire reculer
l'âge du mariage et de la première naissance.
Mettre en place des politiques pour stimuler la création d’emplois
Une main-d’œuvre plus nombreuse et mieux qualifiée ne sert que si les
travailleurs peuvent trouver des emplois. Ainsi, le pays doit accorder une
priorité aux mécanismes permettant de stimuler la création d’emplois et
d’offrir des opportunités de travail décent pour les jeunes, notamment les
filles. Un investissement dans des secteurs intensifs en main d’œuvre
permettra d’intégrer les nouveaux travailleurs dans l’économie. L’État doit
encourager l’entrepreneuriat et veiller à ce que des emplois soient
progressivement créés dans des secteurs nécessitant des compétences
36 complexes avec une forte valeur ajoutée au fur et à mesure que la qualité de
l'éducation de la population augmente.
Un allègement des barrières à l’entrée sur le marché du travail, une
promotion des pratiques d’embauche sans discrimination de sexes et un
soutien au développement de partenariat entre les entrepreneurs locaux et
étrangers sont aussi indispensables pour tirer profit du dividende
démographique.
Investir dans des infrastructures et améliorer la gouvernance politique
et économique
L’amélioration de la fourniture d’électricité, le développement du réseau
routier et des réseaux de télécommunication, l’amélioration de l’accès à
l’internet, entre autres, contribuent à rendre service aux entreprises et à attirer
ainsi des investissements étrangers.
L’amélioration de la gouvernance politique et économique permet de
gagner la confiance des investisseurs locaux et étrangers. Ainsi, le combat
contre la corruption doit faire partie des préoccupations majeures des autorités
administratives. L’État de droit doit être consolidé, la responsabilisation et la
transparence dans les prises de décision doivent être renforcées avec la
participation de la population au processus politique.
Maîtriser et réduire le déficit du cycle de vie
Des mesures pour une maîtrise du déficit du cycle de vie à travers une
réduction de la consommation ou une augmentation du revenu du travail
doivent être mises en œuvre. Cela peut se faire par une incitation de la
population au changement des habitudes alimentaires par la promotion du
consommer local ; l’encouragement des initiatives locales de production
agricoles afin d’accroître l’offre des produits et faciliter l’accès aux
populations surtout les plus démunies.
Accroitre et valoriser les transferts de fonds
Le rythme actuel des transferts n’étant pas soutenable, il faudrait un
accroissement des actifs nets pour augmenter leur contribution dans le
financement du déficit du cycle de vie. À cet effet, l’État doit améliorer les
conditions d’investissement dans les régions des émigrés afin de leur
permettre d’investir dans ces zones. Il doit également promouvoir la
bancarisation des populations locales, ce qui faciliterait les transferts de fonds,
et par conséquent augmenterait le volume des fonds et la capacité de
financement dans des projets productifs.
Dans la mesure où 95% des fonds transférés sont consacrés aux dépenses
courantes (alimentation, santé et éducation), il est important de mettre en place
37 des stratégies permettant d’orienter les transferts de fonds des migrants vers
des investissements productifs
38 INTRODUCTION GÉNÉRALE
Les comptes de transferts intergénérationnels constituent un nouvel outil
d’analyse des échanges intervenant entre des individus d’une même société.
Ces échanges concernent aussi bien la prise en charge des plus jeunes que des
plus âgés dans la société, soit par leurs parents, soit par la société elle-même à
travers ses mécanismes de gouvernance. Ces comptes apportent une
perspective nouvelle à la fois micro-économique et démographique qui permet
de relativiser les grands agrégats macro-économiques comme le Produit
Intérieur Brut (PIB) ou le Revenu National Brut (RNB). Leurs fondements
théoriques reposent sur les travaux de Samuelson (1958), Diamond (1965),
Willis (1988), Lee (1994). En plus, ces comptes ont été largement développés
par les professeurs Ronald Lee de l’Université de Berkeley et Andrew Mason
de l’Université de Hawaii, qui sont également coordonnateurs du projet global
d’élaboration de ces comptes dans le monde, qui regroupe actuellement plus
d’une cinquantaine de pays dont sept en Afrique, y compris le Sénégal. Ce
projet global est financé principalement par l’Institut National du
vieillissement (National Institue of Aging - NIA), le FNUAP pour les
sousprojets, le CRDI pour l’Afrique, etc. Cette contribution est largement tirée des
travaux effectués au sein du réseau des NTA, notamment ceux effectués pour
les pays africains sur les NTA. Elle détaille l’intérêt des comptes de transferts
intergénérationnels puis la méthodologie de son élaboration et fournit des
exemples d’utilisation.
Les envois formels de fonds des migrants sénégalais sont plus ou moins
connus à travers les statistiques officielles de la balance des paiements et des
comptes économiques ou flux financiers. Au cours de cette dernière décennie,
l’Europe est devenue une destination privilégiée des émigrés sénégalais ; et le
Sénégal est un pays qui a une longue tradition de migration à travers l’Afrique
et de par le monde. Les envois informels ne sont pas totalement connus
compte tenu de la non-maîtrise de leur traçabilité. Cette situation ne favorise
pas la formulation de stratégies de politiques en vue d’une meilleure attraction
des flux financiers et leur orientation vers les secteurs productifs de
l’économie nationale via les circuits formels. Des mesures correctives
s’imposent pour une maîtrise et une meilleure connaissance des flux générés
par ces envois. Ce faisant, des enquêtes périodiques sont indispensables pour
quantifier ces flux. Les envois de fonds sont devenus la deuxième source de
financement externe pour les pays en développement après les investissements
directs étrangers et avant l’Aide Publique au Développement (De Bruyn et
Wets, 2006). En Afrique sub-saharienne, ils passent de 2,3 milliards de dollars
en 1995 à 21,4 milliards de dollars en 2008. Dans la zone UEMOA, ils
39 atteignent 2,5 milliards de dollars US en 2008 contre 5,2 milliards de dollars
US et 1,7 milliard de dollars US respectivement pour l’APD et les IDE captés
au cours de la même année. L’enquête ménage commanditée en 2011-2012,
par la Direction de la Monnaie et du Crédit du Ministère de l’Économie et des
Finances du Sénégal, a couvert toute l’étendue du territoire et estime le
montant global des transferts financiers à environ 936 milliards de FCFA. Ce
montant correspond respectivement à quatre fois le montant des
Investissements Directs Etrangers (220 milliards de FCFA en 2012 selon les
chiffres de la DPEE) et près de deux fois le montant de l’Aide Publique au
Développement qui s’élève à environ 1 milliard de dollars en 2012 selon la
même source. Les fonds transférés au Sénégal par les migrants transitent à
80,8% par le canal formel et 19,2% par les circuits informels (enquête 2012).
Ces transferts sont destinés généralement à la couverture des besoins de la
famille et l’autre partie sert à financer les investissements notamment
immobiliers. Ceci est une preuve de solidarité, dont l’impact économique ne
doit pas être sous-estimé.
Dans l’Etude Prospective « Sénégal 2035 » comme dans la vision à long
terme qui sous-tend le Plan Sénégal Émergent, la solidarité
intergénérationnelle fait partie intégrante de l’ambition d’émergence
économique et sociale. En outre, cette ambition est exprimée dans un contexte
de transition démographique qui porte la marque d’une population à la fois
jeune et dominée par la tranche d’âges 35 à 60 ans, laquelle tranche se trouve
actuellement être celle qui dégage le surplus transféré pour compenser
(partiellement) le déficit de revenus des autres tranches d’âges. Ainsi, l’État et
la société sont interpellés, d’une part, pour une réduction du déficit et
l’accroissement du surplus transférable, notamment à travers l’extension de la
tranche d’âges dont les revenus sont supérieurs à la consommation, d’autre
part, pour l’organisation optimale du transfert du surplus vers les jeunes et le
troisième âge, dans le temps comme dans l’espace. En d’autres termes, la
société solidaire et la solidarité intergénérationnelle prônées au Sénégal dans le
cadre des processus participatifs de ces dernières années et décennies, sont à
expliciter, en particulier à travers des stratégies opérationnelles de création
d’emplois et de revenus pour les jeunes, de formation de ces jeunes à des
emplois plus rémunérateurs susceptibles d’être générés par l’économie,
d’évolution maîtrisée du partage des tâches domestiques entre filles et garçons,
hommes et femmes, d’évolution consensuelle de l’âge de la retraite et de
territorialisation des politiques publiques. En résumé, une articulation
harmonieuse est à opérer entre transition économique et transition
démographique comme traduction d’une atteinte viable des objectifs du Plan
Sénégal Émergent. L’enjeu fondamental des politiques publiques dans le cadre
du PSE restera la génération auto-entretenue de flux conséquents de revenus
40 intégrant un système viable de redistribution en faveur des segments
nécessiteux de la population. Pour guider le choix de ces politiques publiques
et aider à la prise de décision, des outils d’analyse sont disponibles pour mieux
comprendre l’évolution de la structure de la population en termes de
générations d’individus ainsi que de répartition des situations de surplus et de
déficit de ressources par rapport à la demande de consommation de ces
individus. Il s’agit en particulier de l’approche des comptes nationaux de
transferts générationnels dont le solde global est calé sur celui du système de
comptabilité nationale que publie l’Agence Nationale de la Statistique et de la
Démographie (ANSD). Au Sénégal, le Centre de Recherches en Économie et
Finance Appliquées de l’Université de Thiès (CREFAT) a produit dans le
cadre d’un réseau international une première application de la méthodologie
des comptes nationaux de transferts intergénérationnels sur la base des
résultats de la première Enquête de Suivi de la Pauvreté au Sénégal (ESPS I)
portant sur l’année 2005. Ainsi, le déficit global de ressources commun aux
comptes économiques et à la comptabilité générationnelle est estimé à 1676
milliards de FCFA soit 36,7% du PIB en 2005. Selon les profils d’âges, ce
déficit global se décompose en un déficit de 1711 milliards de FCFA (37,5.%
du PIB) pour les âges de 0 à 35 ans, un surplus de 195 milliards de francs CFA
(4,3% du PIB) pour les âges de 35 à 60 ans et un déficit de 159 milliards
(3,5% du PIB) pour les âges de plus de 60 ans.
Le projet sur les Comptes de Transferts Nationaux (CTN) ou National
Transfer Accounts (NTA) est un projet qui examine comment chaque groupe
d’âge produit, consomme, distribue et épargne les ressources économiques.
Une des extensions naturelles de la perspective NTA est l’ajout du genre
comme une caractéristique supplémentaire. Ceci implique deux efforts
distincts : la désagrégation des comptes nationaux en cours fondée sur les
NTA et l’ajout d’un compte satellite pour les entrées de temps ici appelés
National Time Transfer Accounts (NTTA). Les entrées de temps comprennent
l’activité de production qui n’est pas prise en compte dans les comptes
nationaux. Nous nous y référerons comme étant "la production du ménage".Le
développement du NTTA est conceptuellement lié au sexe en raison de la
prévalence de la spécialisation des femmes dans la production en dehors du
revenu national. La simple désagrégation des profils NTA selon le sexe sans
ajouter les données NTTA sur le temps de travail donnerait une image
trompeuse de l’activité productive et des contributions aux ménages (Waring,
1999). Au lieu de cela, lorsque nous intégrons la production des ménages et la
production de marché dans notre compréhension de la vie économique, nous
ouvrons la voie à de nouvelles questions de recherche. Certaines de ces
questions sont historiques et philosophiques : comment la spécialisation de
genre survient-elle ? Comment est-elle en train de changer ? Est-elle juste ?
41 Est-ce une spécialisation maintenue par la coercition et la discrimination ou
est-elle le produit d’un libre choix des femmes ?
Ce n’est pas juste une question d’opportunité pour les femmes. Au-delà des
questions d’éthique, il y a des questions d’efficacité et d’efficience. Est-ce que
l’utilisation la plus efficace des ressources restreint la façon dont chaque
personne contribue à l’économie fondée sur le genre ? Lorsque les sociétés
investissent dans le capital humain de leurs membres, ce sont quelques-uns de
ces investissements qui sont gaspillés si nous ne permettons pas à chaque
personne de déployer son capital humain dans les domaines dans lesquels il ou
elle a des dons particuliers qui confèrent un avantage concurrentiel : Est-ce
que cela améliore la productivité ou entrave la spécialisation des sexes ? En
plus des questions de genre, le temps passé à s’occuper des autres est
important pour beaucoup d’autres raisons qui sont pertinentes aux
préoccupations de recherche des NTA. Si nous voulons comprendre l’effet et
l’impact du système d’âge, la nature de la consommation et de la production,
nous devrions inclure les entrées de temps ainsi que des données de marché.
Par exemple, la production d’un dîner de famille inclut non seulement les
apports du cultivateur, mais aussi de cuisiniers domestiques. La famille ne
consomme pas juste les aliments, mais aussi le temps du cuisinier domestique.
Un enfant à la table de dîner reçoit un transfert de la valeur de la nourriture,
avec un transfert du temps de cuisson.
Le temps de travail est également important pour évaluer avec précision
l’investissement dans le capital humain et le coût de la jeunesse ainsi que la
dépendance des personnes âgées. Les résultats montrent que le coût en temps
d’un enfant pour les parents dépasse de loin le coût des biens et services
achetés sur le marché pour cet enfant. Mesurer les entrées de temps ou « time
inputs » permet d’appréhender le « coût total » des enfants.
Ce type de mesure permet également d’examiner les compromis entre
l’argent et le temps. Il est important de se demander si, il existe un contrat
implicite en termes de transferts intra ménages entre les co-résidents les plus
âgés (qui passent leur temps dans la garde des enfants, la cuisine, ou les autres
productions du ménage) et les autres membres dans le ménage ? Ou est-ce que
les co-résidents du troisième âge coûtent plus chers lorsqu’on inclut le temps
consacré à leurs soins par les membres du ménage plus jeunes ? Est-ce que les
legs attribués aux enfants adultes sont planifiés dans la volonté d'une personne
âgée en fonction des transferts de temps qu'il a reçus d’eux ? Seuls quelques
pays ont eu à faire des efforts de recherche pour l’incorporation du genre et du
temps de travail dans les NTA. On peut noter en Afrique spécifiquement,
l’Afrique du Sud, le Bénin, le Ghana, le Kenya et le Sénégal.
42 Les NTA permettent aussi de répondre aux questions : "Quelle est la
production (revenu) par âge ou de chaque groupe d’âge? À combien
évalue-ton la consommation par âge ou groupe d’âge ? Quelle part du revenu est
partagée par âge ? Et à combien s’élève l’épargne par âge ?" Les NTA
constituent donc un cadre pour examiner les liens entre les changements de la
structure de la population et le développement économique. Autrement dit, les
NTA constituent un système complet pour mesurer les flux économiques entre
les membres d’un groupe d’âge donné et d’autres groupes d’âge au niveau
global et pour une période de temps.
Le dividende démographique (DD) représente une occasion unique pour de
nombreux pays pauvres, en général, et en particulier, les pays africains de
connaître une croissance économique accélérée à la suite de changements
démographiques. Cette croissance et les périodes d’industrialisation accrues
connues par les Tigres de l’Asie de l’Est et du Sud-Est sont les exemples par
excellence des retombées positives des changements démographiques dans des
circonstances favorables. Alors que de nombreux pays africains et asiatiques
avaient des conditions socio-économiques comparables dans les années 1950,
aujourd’hui, la plupart des économies asiatiques ont largement dépassé celles
de l’Afrique. La croissance économique provenant du DD repose sur
l’évolution de la structure de la population, des besoins et des comportements
économiques tout au long du cycle de vie. L’opportunité se présente lorsque le
ratio de la population jeune à charge par rapport à la population
économiquement active penche en faveur de cette dernière en raison d’une
baisse de la fécondité. La baisse de la fécondité et la baisse de la mortalité
infantile accompagnées d’une politique de relance de l’emploi permettront de
dégager les ressources nécessaires à une relance économique. En effet, lorsque
la population en âge de travailler est supérieure à celle en âge scolaire, il se
dégagera un surplus pour les familles et les gouvernements. Ce surplus
permettra à ces derniers d’investir, d’une part, dans la santé et l’éducation des
enfants mais aussi, dans les infrastructures nécessaires pour stimuler la
création d’emploi et la croissance économique. Toutefois, les effets
économiques de ces dynamiques démographiques dépendent des circonstances
socio-économiques nationales. Ainsi, synchroniser l’offre et la demande de
travail est d’une importance primordiale. Les implications de cette relation
sont considérables et mettent principalement en cause la politique d’éducation,
du travail et la politique économique.
Durant la décennie 1995-2005, l’Afrique a enregistré une impressionnante
croissance. Son taux moyen de croissance annuel a été de 6% entre 2001 et
2008 (JICA, 2012 :6). Les effets de la crise financière ont été atténués et la
croissance du continent a rebondi. Le volume de ses échanges a augmenté et
les investissements étrangers sont devenus plus importants. L’Afrique a donc
43 réalisé des progrès en termes de performances macro-économiques. Le
continent a alors connu une nouvelle dynamique économique. Cependant,
cette croissance ne se reflète pas en termes d’amélioration des qualités des
indicateurs de vie tels que l’emploi, l’éducation, la santé pour la plupart des
populations, car la plupart des populations n’ont pas pleinement bénéficié de
cette croissance. Cette croissance n’a pas conduit à un coup de pouce en
termes d’amélioration des conditions de vie des populations, la pauvreté, de
même que les inégalités n’ont pas significativement reculé. Ainsi, la
croissance, même si elle est nécessaire pour élever le niveau de vie des
populations, n’est pas suffisante pour réduire les inégalités. Ce n’est donc pas
la croissance en soi qui est essentielle mais le type ou le modèle de croissance.
Une croissance globalement économique ne suffit donc pas. D’ores et déjà, il
est nécessaire de réfléchir sur le type de croissance qui permettra de réduire les
inégalités. Une croissance au profit d’un plus grand nombre d’individus est
désormais une urgence. De ce fait, l’intérêt est de plus en plus accordé à la
croissance inclusive en tant que moyen de faire bénéficier à un large éventail
de la population des fruits de la croissance.
Le concept de croissance inclusive a été rapidement intégré dans la
littérature et dans l’élaboration des politiques de développement. La notion de
croissance inclusive est venue à la lumière d’un changement qui se déroule
dans la pensée du développement et qui est le résultat de la progression de la
réflexion sur ce dernier. Par ailleurs, s’il est facile de définir et de mesurer la
croissance, il est plus difficile de s’entendre sur ce qui lui attribue son
caractère inclusif. C’est un concept qui n’a pas encore une définition
universellement acceptée. Depuis son apparition au tournant du siècle, le
concept de croissance inclusive a été considérablement débattu par les
chercheurs et les praticiens et a gagné de plus en plus de place dans les milieux
politiques nationaux et internationaux. Alors que le débat conceptuel et
l’application pratique de diverses définitions de la croissance inclusive ont eu
lieu en même temps, ils ont récemment été rejoints par des tentatives
naissantes pour la mesurer. Toutefois, certains s’accordent sur le fait qu’elle
doit être au bénéfice du plus grand nombre et ne doit pas seulement se limiter
aux pauvres. À cet effet, selon Klasen (2010), la croissance inclusive suppose
une croissance au profit de toutes les couches de la société, y compris les
pauvres, les proches-pauvres avec de faibles revenus, la classe moyenne et
même les riches. C’est une notion qui relève de différentes approches. Dans
certains cas, la productivité permettant de créer suffisamment d’emplois et
d’absorber l’augmentation de la population est mise en avant, alors que dans
d’autres, l’accent est mis sur la redistribution des avantages générés par la
croissance. Certaines approches se focalisent sur une croissance forte et
soutenue se concentrant sur une croissance de l’emploi et de la productivité du
44 travail. Cependant, toutes ces approches partagent une racine commune qui est
une croissance combinée à une plus grande prospérité. Ainsi, la Stratégie
Europe 2020 considère que la croissance inclusive devrait contribuer à la
création d’une société où tous les citoyens ont accès au marché du travail et
bénéficient des retombées de la croissance économique. Elle correspond à une
croissance élevée et soutenue, diversifiée entre les secteurs, incluant une large
partie de la population active et offrant des opportunités égales d’accès aux
marchés et aux ressources (FMI, 2013). La croissance inclusive est désormais
au centre des stratégies de politiques économiques de plusieurs
gouvernements. À cet effet, le Sénégal ambitionne de réaliser une croissance
forte et inclusive sur les dix prochaines années pour répondre aux aspirations
des populations à un mieux-être (PSE, 2014).
Le présent ouvrage est entièrement consacré à l’économie générationnelle.
Après le chapitre introductif suivront l’approche des comptes de transferts
intergénérationnels et la méthodologie d’élaboration des NTA. Les prochains
chapitres traiteront du dividende démographique, de l’impact du dividende
démographique sur la croissance économique en Afrique subsaharienne et plus
spécifiquement au Sénégal, de la croissance inclusive et ouvriront les
perspectives de l’économie générationnelle dans les pays africains.

45

PREMIÈRE PARTIE

ÉLÉMENTS THÉORIQUES
SUR L’ÉCONOMIE GÉNÉRATIONNELLE
La première partie de ce tome 2 est consacrée à la présentation des
fondements théoriques de l’économie générationnelle à travers un bilan des
études théoriques et empiriques relatives à celle-ci. Le comportement
économique des individus varie systématiquement au fil de leur vie. Ainsi, le
changement de la structure par âge influence la situation financière et le
comportement des groupes d’âge et celle de la population dans son ensemble.
La prise en compte des générations dans la modélisation de l’économie offre
alors un nouveau cadre d’analyse très intéressant et très instructif.
Cette nouvelle façon de penser l’économie publique en intégrant des
relations et des transferts intergénérationnels a donné naissance à l’économie
générationnelle. Elle s’est accentuée dans les années quatre-vingt-dix avec le
constat fait dans les pays développés de la modification du processus de
vieillissement démographique. Des outils ont été élaborés pour prendre en
compte les générations dans les politiques publiques. Les principaux outils les
plus en pointe actuellement disponibles et utilisés sont notamment les comptes
de transferts nationaux (NTA). Il est aussi question dans cette partie d’exposer
les méthodes de construction desdits comptes (NTA), du calcul du déficit du
cycle de vie et de l’estimation du dividende démographique

47 CHAPITRE PREMIER

ÉCONOMIE GÉNÉRATIONNELLE
1.1. INTRODUCTION
Au cours des 20 ans qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, presque
toutes les économies développées ont connu un baby-boom. Ces taux de
fécondité élevés ont ensuite connu une forte diminution dans les années
soixante-dix et quatre-vingt, à un niveau nettement inférieur à ce qui est
nécessaire pour maintenir le niveau de la population qui prévalait dans les
années quatre-vingt-dix. Conscient des conséquences de la structure
démographique sur l’économie d’un pays, ces changements ont conduit à des
projections démographiques importantes sur les cinquante années devant
suivre et un vif intérêt pour l’économie de la population, la croissance et la
redistribution intergénérationnelle. Ainsi, une nouvelle façon de penser
l’économie est née : l’analyse de l’Etat est désormais inter-temporelle et
l’ie générationnelle connaîtra son essor. Elle s’intéresse de ce fait à la
prise en compte des différentes générations dans les décisions économiques ou
politiques.
Dans ce chapitre premier, l’accent est mis sur ce qu’est l’économie
générationnelle plus précisément en présentant, dans un premier temps, le
contexte, et dans un second temps, un bilan des études théoriques et
empiriques.
1.2. CONTEXTE
L’objectif de l’économie générationnelle est de prendre en compte les
changements de la structure de la population et leurs conséquences dans
l’analyse des politiques publiques.
Les économies (excepté celles des pays africains ou /et certaines de l’Asie
qui ont encore une population assez jeune) connaissent depuis plusieurs
décennies une modification du processus de vieillissement démographique,
qui se caractérise désormais par une croissance de la longévité aux âges
élevés, ainsi que par une moindre fécondité. Ce processus de vieillissement
s’est accéléré depuis quelques années et se poursuivra dans les prochaines
décennies avec l’arrivée à la retraite des générations du baby-boom. Ce
vieillissement est très préoccupant pour de nombreuses raisons : on s’attend à
une croissance bien moindre de la population active et la faillite des systèmes
49 publics de santé et de retraite. Les implications de ce phénomène sont le
ralentissement voire le recul de l’économie, l’effondrement du système
financier. De même, on s’attend à des traitements injustes à l’égard des enfants
au bénéfice des personnes âgées. Face à ces constats, le comportement
immédiat est de savoir comment éviter que cela n’arrive et n’affecte
considérablement les économies.
Le comportement économique des individus varie au fil de leur vie. En
fonction de l’âge, la fréquentation scolaire, la procréation, la productivité,
l’épargne et la consommation changent. Dès lors, la transition de la structure
par âge de la population influence la population en âge scolaire, active ou
retraitée. Toutes choses égales, les populations concentrées dans les tranches
d’âge caractérisées par un meilleur niveau d’épargne ou de richesse auront un
taux d’épargne moyen ou un niveau de richesse par habitant plus élevé.
Par ailleurs, les répercussions de la structure par âge de la population ne se
limitent pas seulement à sa composition. Au-delà de celle-ci, les variations de
la proportion et du comportement d’un groupe d’âge influencent la situation
financière et le comportement d’autres groupes d’âge. Certains de ces effets
sont imputables au marché. Une croissance accélérée du nombre de personnes
atteignant l’âge de travailler peut produire une baisse générale des salaires.
Une augmentation du nombre de personnes âgées susceptibles de détenir des
actifs peut faire baisser les taux d’intérêt.
Cependant, bien des interdépendances entre les groupes et les générations
ne relèvent pas du marché. Une part considérable des ressources économiques
circulent d’une génération à une autre en marge du marché. Dans les familles,
les ressources passent des parents aux enfants qu’ils ont à leur charge et des
enfants, une fois adultes, à leurs parents âgés. La structure par âge influence la
taille des groupes qui donnent et reçoivent ces flux de ressources, dès lors, les
mutations de la structure par âge sont susceptibles d’ébranler ces structures
économiques.
1.3. REVUE THÉORIQUE
Cette section aborde les différentes théories économiques qui sous-tendent
l’économie générationnelle. Il s’agit essentiellement des théories sur
l’ie des transferts.
1.3.1. Une théorie traditionnelle basée sur l’économie
de la famille
Plusieurs théories se sont intéressées à l’interprétation des modèles
intergénérationnels de transferts. Parmi ces théories figurent celles inspirées
par l’économie de la famille. Les théories économiques de la famille ont pour
50 point de départ une fonction d’utilité exprimant l’affection parentale pour les
enfants, et un désir parental d’investir dans le capital humain de leurs enfants.
Les théories sur les transferts intergénérationnels développées par Becker,
Willis, et d’autres où l’utilité des parents dépend du succès espéré d’une
succession infinie de génération, une dynastie entière de famille fournissent un
cadre d’analyse intéressant. La contribution de ces théories est d’illustrer les
possibilités de transferts en société. Ainsi, les réallocations familiales aux
enfants peuvent être perçues comme des transferts altruistes ou comme des
prêts des parents. De même, les réallocations familiales aux parents peuvent
être assimilées à des transferts altruistes ou comme un remboursement à des
prêts précédemment faits. Ce mélange de transferts et d’échanges peut varier
en fonction de plusieurs facteurs au nombre desquels on peut citer le niveau de
revenu, les valeurs culturelles et institutionnelles (Andrew Mason et Ronald
Lee, 2011). La théorie économique altruiste de Becker comme celle de Barro
(1974) suggère que les transferts publics peuvent engendrer des transferts
privés de manière à neutraliser les effets des premiers. Par exemple, si les
parents doivent épargner pour leurs vieux jours, et qu’un fonds de pension
public non anticipé s’en charge à la place alors ils peuvent transmettre toute ou
une partie de leurs pensions de retraite aux enfants en tant que transferts ou
legs. De façon alternative, si les parents espéraient être pris en charge par les
enfants et reçoivent une pension inespérée, alors les enfants peuvent s’abstenir
d’effectuer les transferts espérés aux parents. Cependant, l’altruisme des
parents vers leurs enfants est limité par une inquiétude pour leur propre
consommation et bien-être (Becker et Lewis 1973; Willis 1973; Becker et
Barro 1988; Willis 1987; Nerlove, Razin et Sadka 1987; Razin et Sadka 1995).
Dans cette structure de base, plusieurs modèles intergénérationnels de
transferts peuvent être produits en faisant varier les facteurs institutionnels,
technologiques, et les contextes culturels (Willis 1987, 1994). Ainsi, une
littérature conséquente s’interroge si les transferts intergénérationnels sont
motivés par l’altruisme ou l’échange.
Insuffisance du modèle : le dilemme des générations
Les modèles traditionnels basés sur l’économie de la famille s’avèrent
toutefois limités en raison du dilemme des générations. Selon Masson (2002),
le dilemme des générations résulte de l’absence de contrat privé de long terme
entre générations. Pour expliquer le dilemme des générations, Masson (2002)
définit un cycle de vie JAV à trois périodes, dont deux de dépendance, la
jeunesse (J), la vieillesse retraité (V), et une intermédiaire d’activité (A). Il
soutient qu’il n’existe aucun contrat explicite entre les parents (d’âge A) et
leurs enfants (d’âge J) du genre « je t’éduque aujourd’hui (âge J), à toi (quand
tu auras l’âge A) la charge de subvenir à mes besoins quand je serai vieux
(d’âge V) ». Le dilemme des générations réside en l’interdiction formelle de
51 souscrire à un accord intergénérationnel du type "j'investis dans ton éducation
si tu assures le financement de ma retraite" qui permettrait à une famille
d’optimiser sa fonction d’utilité agrégée. Ceci contraint l’équilibre final dans
le sens d’une sous-optimalité de l’investissement pour l’éducation comme du
financement de la retraite. En outre, un facteur joue contre l’optimisation de la
fonction d’utilité agrégée de la famille. Il s’agit de l’irréversibilité temporelle
qui décrit la nature des engagements pris par les générations présentes au nom
des générations futures et passées. Les générations futures se voient en effet
contraintes par les générations présentes d’honorer les engagements que ces
dernières ont pris en leur nom (assurer le financement des retraites à la période
suivante par exemple). Symétriquement, les générations futures n’ont pas la
possibilité de "remercier" les générations antérieures pour les efforts consentis
au bien-être de leurs descendants (Masson, 2002).
En cas de défaillance du mécanisme de transfert par la famille, Becker et
Murphy (1988) suggèrent qu’il peut exister une amélioration parétienne avec
l’intervention de l’État à travers les transferts publics, les pensions de retraite
et les taxes.
1.3.2. Rôles de l’État: solidarités intergénérationnelles
L’irréductibilité de ces deux types de contraintes justifie pour certains
auteurs l’intervention de l’État en tant qu’identité sociale originale à même de
desserrer sa contrainte budgétaire en la mutualisant au niveau inter-temporel.
Dans cette optique, l’enjeu du débat de l’économie générationnelle s’articule
autour d’une question hautement politique: l’État doit-il se contenter d’assurer
l’équité entre les générations et privilégier ainsi l’altruisme dynastique
(investir dans l’éducation de ses propres enfants) et l’autofinancement des
périodes d’inactivité (capitalisation) ou doit-il, au nom de la solidarité
intergénérationnelle, défendre les intérêts des générations absentes dans le
processus de redistribution des richesses nationales?
Ce nouveau cadre d’analyse permet une compréhension affinée du rôle de
l’État dans la gestion des transferts entre générations. L’intervention publique
est supposée à ce niveau nécessaire pour remédier aux insuffisances tant du
marché que de l’altruisme. La « solidarité » entre générations suppose de
satisfaire à la fois aux questions liées du juste héritage et de la juste créance.
Dans les deux cas, la solution repose sur des mécanismes de réciprocité
indirecte, sorte d’échanges généralisés qui conduisent à la répétition du même
type de transfert, en mobilisant trois générations : ainsi, on ne rend pas à celui
qui vous a donné mais à une tierce personne, d’une autre génération. Masson
(2002) distingue trois rôles de l’Etat :
l’État garant des intérêts des générations futures : le juste héritage ;
52
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