Ecrans et politique

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Quelques mois après la déroute de la gauche, la possibilité nous fut offerte de réfléchir sur les liens entre les écrans et la politique. Il est ici question de la politique au sens le plus strict et de ses rapports avec l'image mais également du dialogue que celle-ci entretient avec l'Education Nationale, de la façon dont elle est mise en image dans la fiction télévisuelle ; de la politique du cinéma et au cinéma et nous abordons la manière dont la bande dessinée, le cinéma et la télévision commentent une certaine réalité politique américaine.
Publié le : mercredi 1 décembre 2004
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EAN13 : 9782296379428
Nombre de pages : 232
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Ecrans et politique

Les cahiers du CIRCAV sont réalisés par le Centre Interdisciplinaire de Recherches sur Les Communications Audiovisuelles ; le CIRCAV est lui-même une des composantes du Groupement des Equipes de Recherches Interdisciplinaires en Communication (GERICO) au sein de l’Université de Lille 3. Fondée par Bernard Leconte en 1990, cette revue s’est constituée comme un espace d’écriture ouvert aux jeunes chercheurs et aux chercheurs confirmés en audiovisuel et en communication. Chaque numéro spécialisé possède de plus une rubrique « décadrage », fenêtre ouverte intégrant dans notre champ, l’hétérogène constitutif de l’actualité. Direction Yannick Lebtahi Comite de lecture Jean-Marie Alard, Alain Arnaud, Alphonse Cugier, Pierre Alban Delannoy, Michel Chandelier, Soizick David, Isabelle Roussel-Gillet, Anne Goliot-Lété, Yannick Lebtahi, Patrick Louget, Bernard Leconte, et Erika Thomas. Correspondants Raymond Bellour (CNRS), Dominique Blüher (univ.Rennes 2), Jacques Demorgon (univ.Compiegne), Gilles Gony (APTE), Jacques Gerstenkorn (univ.Lyon 2), Marie-Françoise Grange (univ.Saint-Etienne), Reynold Humphries (univ.Lille 3), Geneviève Jacquinot (univ.Paris 8), Martine Joly (univ.Bordeaux 3), François Jost (univ.Paris 3), Claude Murcia (univ.Paris 7), Jean Mouchon (univ.Paris 10), Roger Odin (univ.Paris 3), Daniel Serceau (univ.Paris 1), Francis Vanoye (univ.Paris 10), François Vergne (CNDP).

© L’Harmattan, 2004 ISBN : 2-7475-7418-0 EAN : 9782747574181

Couverture : Erika Thomas

Coordonné par Bernard Leconte et Erika Thomas

Ecrans et politique

L’Harmattan 5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L’Harmattan Hongrie Kossuth L. u.14-14 1053 Budapest HONGRIE

L’Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

Numéros publiés
n° 1 n° 2 n° 3 n° 4 n° 5 n° 6/7 n° 8 n° 9 n° 10 n° 11 n° 12 non thématique (coord. par Bernard Leconte) Cinéma (coord. par Claude Laboisse, Bernard Leconte et Charles Tesson) Interactivité (coord.par Claude Laboisse) Images abymées (coord. par Bernard Leconte) L’image et le corps (coord . par Yannick Lebtahi et Françoise Thomé-Gomez) La lyre et l’aulos : hommage à Christian Metz (coord. par Bernard Leconte) L’audible, visible et scriptible (coord. par Philippe Bootz et Aline Leonardelli) Le cinéma, cet obscur objet du désir (coord. par Patrick Louguet Images et pédagogie (coord. par Yannick Lebtahi et Bernard Leconte) Cinéma et télévision - Jeunes chercheurs d’ici et d’ailleurs (coord. par Nathalie de Voghelaer) Multimédia - Entre fermeture et ouverture : les multimédias (coord. par Philippe Bootz et Yannick Lebtahi) Pour une politique de la représentation (coord.par Reynold Humphries) a:\ littérature ↵ (coord. par Philippe Bootz, coéd. MotsVoir) Le montage : état des lieux réel(s) et virtuel(s) (coord. par Stéphane Benassi et Alphonse Cugier) Image(s) et Sociétés (coord. Par Michel Chandelier et Isabelle Roussel-Gillet)

n° 13 hors série n°14 n°15

Ces numéros sont disponibles sur commande au prix de 15 € (22 € pour le numéro double 6/7) franco de port à :CIRCAV-GERICO, IUP Information et Communication –Université de lille3, rue Vincent Auriol BP 35-59051 Roubaix cedex1,téléphone : 0320656604

A paraître Le film architecte (n°17), coord. par Anne Goliot-Lété.

Avant-propos

C’est peu dire que le 22 mars 2002, au lendemain du premier tour de la dernière élection présidentielle qui a vu le candidat d’extrême droite arriver en deuxième position et donc, constitutionnellement, pouvoir participer au deuxième tour, nous avions une sensation nauséeuse qui nous a poursuivis pendant plusieurs jours. Au soir du premier tour, n’étions-nous pas nombreux à en vouloir à tout le monde ? Aux sondeurs qui nous avaient menés en bateau, aux médias qui ne nous avaient pas informé du danger, aux abstentionnistes…. Quelques mois après la déroute de la gauche, nous fut offerte la possibilité de réfléchir – au travers d’une coordination d’ouvrage – sur les liens entre les écrans et la politique. Nous nous sommes mis à penser non seulement à l'affront national des dernières élections et au soulèvement du peuple appelant massivement à voter Chirac mais à tout ce qui avait suscité chez le peuple le désir de sortir dans les rues, de brancher la radio, la télévision, Internet, le désir de tenter d’entrevoir et de comprendre la complexité du fait politique. Entre cet instant et aujourd’hui, plus de deux ans se sont écoulés… mais les projets qui nous tiennent à cœur finissent tôt ou tard par s’arracher au monde des idées pour prendre forme dans la réalité. C’est donc avec bonheur que nous vous présentons aujourd’hui le n°16 des Cahiers du CIRCAV. De quoi sera composé cet ouvrage ? D’images d'ici ou d'ailleurs (et notamment des Etats-Unis), du strictement ou du plus largement politique, du particulier (le spot, l’émission, la série….) au général (les chaînes, le rapport à l’écran…) nous trouverons différents
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articles s’articulant thématiques :

à

l’intérieur

de

cinq

grandes

La politique politicienne – ou la politique au sens le plus strict – à l’écran : Carmen Compte analyse, dans Télévision et campagne électorale, les spots de la dernière campagne pour les élections au Parlement Européen ; Bernard Leconte, quant à lui, décortique le magazine politique présenté par Arlette Chabot, Mots croisés. Les rapports étroits – et parfois passionnels – entre la politique et l’Education Nationale : Maguy Chailley, dans La télévision et la sensibilisation politique des enfants, s’interroge sur la pédagogie du « petit écran » en matière d’introduction à la politique et nous restitue des expériences menées sur le terrain de l’école ; Toujours sur le terrain de l’Education Nationale – celui des luttes et des revendications ! – Joël Capon problématise le recours aux outils de communication et de médiatisation en situation de conflit social. La fiction politique à la télévision française va être le terrain d’ancrage des analyses de Stéphane Bénassi dans Fictions télévisuelles : l’engagement impossible ? celui de Soizick David qui, dans A qui profite le crime ?, analyse la Voleuse de Saint-Lubin, un film réalisé par Claire Devers dans le cadre de la collection Gauche/Droite produite par ARTE et, curieusement, seul film de cette série à parler de politique ; enfin, la fiction politique et la télévision française sera également un des thèmes abordés par Delphine Robic-Diaz au travers d’un téléfilm co-scénarisé par Sarkozy, Leclerc, un rêve d’Indochine. Le cinéma et la politique : quelle politique économique pour le cinéma français ? Bruno Cailler dans, La mesure du risque : une politique cinématographique française, argumente et analyse entre autres aspects, ce qui fonde
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l’industrie cinématographique française, et ce qui est révélateur d’une politique cinématographique. Michel Chandelier nous transporte Outre-Atlantique pour nous présenter une Généalogie du cinéma présidentiel américain. Son article abordant l’expression cinématographique de la figure du Président des Etats-Unis fera une transition avec le dernier chapitre de cet ouvrage consacré à la politique et les Etats-Unis : Pierre Alban Delannoy nous propose une vision du 11 septembre dans la BD au travers de son article Une étude de « A l’ombre des tours mortes » d’Art Spiegelman. Enfin, Hélène Puiseux, reviendra dans Couleur pétrole, sur la série culte des années 80, Dallas et son univers impitoyable. Pour clore cet ouvrage, un entretien mené avec Jean-Marie Alard, un cinéaste soucieux de mémoire, sera présenté par Erika Thomas à l’occasion de la réalisation de son film sur la Jeune République. Problèmes complexes et hétéroclites, certes, avec une majorité d’articles qui se concentrent sur la télévision. Mais nous tenions à ce que chacun des auteurs se sente parfaitement libre dans son champ. Au demeurant, les écrans (télévisuels, cinématographiques, informatiques…) ne sont-ils pas eux-mêmes complexes et hétéroclites ? Sauf au comptoir du Café du commerce, et tout comme le sport à la télévision est bien plus de la télévision que du sport, la politique à la télévision (ou au cinéma ou ailleurs) est essentiellement de la télévision (ou du cinéma ou tout autre ailleurs). Que l’on ne s’étonne donc pas qu’il soit bien plus question de médiations et de dispositifs que de programmes et de stratégies politiques. Aussi, plutôt que d’intituler ce travail Politique et écrans, avons-nous choisi de le nommer Ecrans et politique (en donnant le primat aux écrans divers).

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Chères lectrices et chers lecteurs, il nous reste une ultime tâche à accomplir : remercier sincèrement – et c’est l’agréable dessert des préfaciers – les auteurs qui nous ont suivis dans cette entreprise qui, nous l’avons dit, a pris naissance dans nos esprits au lendemain des élections présidentielles, mais qui a connu – comme dans tant d’intéressants voyages ! – quelques attentes aux quais… Bernard Leconte et Erika Thomas

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Télévision et campagne électorale Comment le média sert l’information politique Carmen Compte

Trois semaines avant les élections, le vice-président Walter Mondale déclarait à la presse que s’il devait choisir entre l’opportunité d’être présent aux journaux télévisés du soir et son pouvoir de veto, il abandonnerait son droit de veto car l’information télévisée constitue « the president’s most indispensable power ». Cet avis, rapporté par Robinson & Sheehan (1983) dans leur étude sur la campagne présidentielle américaine est largement partagé par la classe politique américaine, il est notamment corroboré par J. Connaly dans son hyperbole concernant la campagne des années 1980 qui classait le rôle de la télévision en huitième position dans une échelle sur dix, tout le reste étant situé en deuxième position. La télévision et la politique pourraient être analysées comme le rapport de deux entités, l’une et l’autre inséparables et pourtant contradictoires ; l’une ayant besoin de l’autre tout en revendiquant son autonomie, voire son dédain vis à vis de l’autre. En effet, si les chercheurs critiquent le type de politique ou l’image de la politique que la télévision transmet à cause de ses contraintes et de son système de diffusion (temps limité, style divertissant, problèmes du flux), les politiciens savent bien, surtout à la veille des élections, que la télévision représente actuellement un passage obligé car l’adhésion des électeurs dépend en grande partie de leurs prestation médiatique. Les nombreuses études, surtout américaines, confirment ce point (Robinson & Sheehan, 1983). Qu’en est-il en France ?
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Il nous a donc semblé intéressant, à l’occasion de la campagne pour les élections européennes d’observer les spots présentés par les différents candidats afin d’analyser la production télévisuelle en matière de politique et d’essayer de percevoir des orientations, des choix technologiques effectués pour une transmission par ce média. Notre choix s’est porté sur la dernière campagne pour les élections au Parlement Européen pour deux raisons : la concision du format et l’objectif des élections hors de la sphère franco-française. La concision du format permet de repérer l’information transmise à partir de ces spots et de vérifier s’ils ont utilisé ou développé des éléments spécifiques au média dans un domaine que les études des publicitaires ont rendu efficace. Des élections se situant un peu hors de la sphère franco-française permettent de mieux cerner l’objectif des différentes productions en observant comment les partis et mouvements connus des citoyens présentent, ou omettent de présenter, l’enjeu européen. L’analyse proposée vise à comprendre la responsabilité de la télévision dans la crise démocratique illustrée par un accroissement de l’abstention de l’électorat. Elle est construite en trois volets : cette étude sur l’aspect sémiotique des choix des différentes réalisations, une étude axée davantage sur les aspects de crise (Compte, 2004 à paraître) et un troisième qui observe le rôle des médias dans l’évolution de la démocratie représentative à une démocratie participative. A partir d’un corpus constitué par les spots diffusés, nous avons pris le parti d’une sélection limitée, celle d’un spectateur moyennement intéressé qui tirerait toute l’information et la motivation à partir de cette diffusion. Nous avons donc effectué un tirage aléatoire sur les différents regroupements de spots, tels qu’ils étaient diffusés. Le groupe sélectionné comprend huit entités politiques qui sont, dans l’ordre de d’apparition à l’écran :
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(1) le Parti des Travailleurs (PT), (2) Europe, Démocratie, Espéranto (EDE), (3) L’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), (4) Le Parti Socialiste Français (PS), (5) le Parti Communiste Français (PC), (6) le Parti Radical de Gauche (PRG), (7) le Rassemblement pour la France (RPF), (8) l’Union pour la Démocratie Française (UDF). Nous avons également consulté les tracts et bulletins de vote qui étaient adressés au domicile de chaque citoyen. En revendiquant la filiation à Mc Luhan, tout en nous gardant d’un déterminisme simpliste, force est de constater que, non seulement chaque média favorise un type d’expression, mais que, à l’intérieur même du média, une rhétorique des codes utilisés permet de servir des intentionnalités précises et d’essayer d’agir sur la réception. L’apport des recherches des sciences cognitives sur ce point a permis de mettre en rapport des effets d’écriture télévisuelle et des possibilités d’impact ou de détournement de la part des téléspectateurs. C’est la raison pour laquelle l’analyse présentée est alimentée par deux domaines de recherche, tout d’abord la sémiologie de l’image et du son, afin de remarquer les effets d’écriture voulus par l’instance de réalisation, ensuite, les sciences cognitives pour expliciter certains choix effectués en fonction du public à atteindre. Faute de recherche empirique qui permettrait de disposer de données précises sur la réception réelle de ces productions, nous proposons une simple analyse des spots de façon à mettre à plat des choix et des orientations effectués par chaque entité politique pour se présenter et véhiculer l’information jugée importante. La méthodologie proposée concerne donc une analyse du contenu des spots à partir de deux points de vue qui sont apparus comme des priorités au cours des recherches empiriques que nous avons menées (Compte, 1985, 1998).
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Il s’agit de la compréhension et de la motivation. Plus que dans toute autre émission, il s’avère que l’objectif des responsables de production a été, de faire en sorte que le public regarde le spot jusqu’au bout et plusieurs fois, qu’il en retienne les éléments clés et qu’il agisse en conséquence, c’est-à-dire qu’il aille voter et, de préférence, pour l’entité politique en question. Il s’agit donc, comme pour toute publicité de séduire pour mieux convaincre, raison pour laquelle il nous a semblé intéressant de tenir compte de l’impact du téléspectateur dès le premier visionnage par une approche intuitive de la série de spots, que nous présentons en premier point. 1. Saisie perceptuelle globale des spots En essayant d’oublier tout sens critique professionnel, nous avons regardé les spots selon un simple critère de plaisir et de déplaisir (rejet) ou d’indifférence1, trois attitudes de base dans la perception, définies par Horney (1945). Après le premier visionnage, la fiction quotidienne mise en scène par le PS a retenu l’attention, même si, ensuite, d’une analyse plus approfondie a surgi une impression plus contrastée. Le « talking head » du RPF a recueilli une réaction de rejet unanime, la rigidité du personnage provoquait une impression de malaise et d’ennui. Entre ces deux extrêmes, la réception a varié surtout en fonction de l’âge des interlocuteurs. Le rythme du montage s’est révélé constituer le critère déterminant pour tous, mettant en valeur des clips (UMP et UDF) et des agencements tels celui du début du spot PC pour lequel une musique très
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N’ayant pas la possibilité de mener une enquête systématique, nous avons interrogé, autour de nous, plusieurs personnes à partir de ces critères extrêmement généraux et subjectifs. Nous recherchions l’expression de la première impression provoquée sur un public très hétérogène auquel il était simplement demandé de répondre comme spectateur, en essayant d’oublier son appartenance politique habituelle ou ses intentions de vote.

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accentuée ponctue, avec force, le défilement de photos de manifestations. L’accroche motivationnelle a joué entre ces effets de rythme et l’intensité d’une interview en gros plans (PRG). Le trop petit nombre d’interlocuteurs consultés ne nous a pas permis d’établir une classification suffisamment représentative, nous avons donc décidé d’élaborer la mise à plat des différents spots à partir de critères de production audiovisuelle. D’une filmation simple à une scénarisation plus complexe, le classement s’est donc établi selon un degré de mise en scène, entre les extrêmes représentés par un sujet filmé par une caméra frontale en un plan fixe : (RPF, 7ème spot dans l’ordre de diffusion observé), et l’autre extrême, par une scénarisation de problématiques quotidiennes dramatisées (PS, n°4).
Parti RPF Diffu- 7 sion H! Vicaméra suel Axe fixe PT 1 PRG 6 EDE 2 PC 5 UDF 8 UMP 3 Photos + texte animé + effets PS 4

Action Dialogues Scénarisés Audio hymne Bruitage Accords Musique Hymne musique Musique F DF DMF DMF E. DF DM For- « talking Diapo- InterMonta- Mise en Clip Clip fiction mat head » rama view ge scène anima- animaTélétémoi- d’une tion tion visuel gnages action témoi- images gnages fixes

H! xH! Photos H! xH! + texte caméra caméra caméra caméra Champ/ + v.off Champ effets

Fig. 1 – Les différents formats télévisuels utilisés par les spots. Les numéros indiquent l’ordre de diffusion des spots dans ce groupement. H = un personnage filmé, xH = plusieurs personnages, DMF= début, milieu et fin. 15

Le tableau (Fig.1) fait immédiatement apparaître trois types d’éléments qui différencient les formats adoptés par les spots : le nombre de sujets filmés (H), la présence de musique et/ou de bruitage et la recherche de mouvement. Le nombre de sujets peut varier, selon les deux extrêmes, d’un seul, le candidat (7) à une dizaine de témoins (2)). Un seul spot (7) n’utilise pas la musique ou les bruitages. La présence de l’élément sonore peut aller d’un simple chant d’oiseaux (premier et dernier plans (6)), à une musique constituant la base rythmique du spot (3) en passant par quelques notes de guitare (2) et l’exploitation connotée d’hymnes (Internationale (1) et Hymne européen (8)). Dans ces productions, la recherche du rythme du spot, mais également son « ouverture » se font en utilisant des photos (1, 3) ou un tournage (6,2,8,5,4), des effets de montage et d’animation (3,8) ou une addition de ces éléments. Si le spot 7 maintient une forme qui se réfère symboliquement à la gravité des présentations politiques dans lesquelles les candidats discouraient face à la caméra, tous les autres spots semblent avoir adopté un langage en adéquation avec la télévision. Les différents formats repérés et les trois éléments évoqués en témoignent. Moles & Rohmer (1977) avaient attiré l’attention sur la force du contenant par rapport au contenu en s’inscrivant dans une phénoménologie des actions. Pour des médias de l’audiovisuel, la prégnance du visuel s’impose aux spectateurs, bien au-delà des différences culturelles, comme l’avait déjà remarqué C. Metz (1970), c’est ce que ce premier visionnage global confirme. Or, en télévision, la forme, est directement déterminée par une relation triadique entre les éléments visuels, audio et technique. Ce que nous qualifions de technique correspond au travail effectué par l’instance de réalisation lors de
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l’élaboration d’un produit, en fonction d’une intentionnalité et du ou des messages précis à transmettre. La technique module les éléments des deux modalités perceptives, le visuel et l’audio. Ainsi le fait d’alterner des plans et de choisir qu’ils soient longs ou courts pour un montage rapide, est l’affaire de la technique, tout comme le fait de choisir une musique, un bruitage, une voix synchrone ou une voix off pour le montage audio. Depuis les années 1960 les recherches en télévision ont permis de disposer de résultats des décisions de production sur les effets physiologiques et cognitifs du récepteur. Elles ont défini l’écriture télévisuelle comme une combinatoire de codes visuels et sonores (Compte, 1984, 1998) pouvant aller de la redondance (information identique apportée par les canaux visuels et audio) à l’opposition (contradiction entre les deux types d’information), le moyen terme, le plus usité, étant la complémentarité entre les deux modalités. Sans tomber dans un déterminisme qui serait contraire au fonctionnement du système symbolique du média télévisuel, un certain nombre d’éléments permettent de repérer dans quel type de relation s’établit la diffusion de l’information. Nous les avons relevés afin de mettre en valeur une échelle qui s’éloigne ou se rapproche de la relation de complémentarité caractéristique du média. La fig.1 montre, à travers l’éventail de formats choisis par les spots, une évolution dans la construction de cette relation visuel/verbal. Le genre « talking head » dans lequel toute l’information est transmise par la voix du personnage politique qui s’exprime face à la caméra fait vraiment exception. Dans la mesure où le sujet ne bouge pas, où le cadrage est également statique, le visuel équivaut presque à une photographie, puisque toute l’information passe par le texte oral. L’observation des autres spots révèle, au contraire une recherche d’éléments visuels à
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exploiter. Les images de sujets parlants alternent avec des représentations contextuelles (souvent des manifestations). C’est la complexification du dispositif de filmage qui a déterminé la classification présentée. Les choix sont issus d’une combinatoire entre cinq éléments : " un personnage ou des personnages (Le candidat, le référent politique, des personnalités, des témoins) " le contexte : isolé ou social (paysage, photos de foule, de manifestations, d’actions représentatives d’un groupe ou d’une action sociale) " l’action (parler, affirmer, dialoguer, observer) " la voix synchrone ou off, la musique symbolique, la musique d’accompagnement " le mouvement général (image fixe, image animée, alternance, effets spéciaux). Lors de l’observation globale effectuée, la recherche d’effet a fait classer le « talking head » comme étant moins complexe qu’un montage d’images fixes (1) et moins dynamique qu’une interview utilisant une alternance de champ/ contre champ de deux personnes filmées en plans rapprochés (6). En effet, l’alternance de témoignages (2) permet de jouer sur la nouveauté de chaque personnage (cadence homme, femme). Par ailleurs, en variant les cadrages tiers gauche et tiers droit de l’écran, on obtient un effet de champ contre champ et l’on construit ainsi une sorte de dialogue virtuel entre les sujets. Le clip (3) dynamise cette alternance avec un fond musical qui sert de rythme au montage alors que le clip (8) utilise la musique comme un symbole et construit le rythme par l’alternance des candidats. Les deux derniers spots (5 et 4) ont parié davantage sur une éventuelle identification du spectateur. Le spot n°5 joue la
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transition entre les clips et la fiction. Le début est traité comme un clip fortement cadencé par la musique qui donne vigueur aux photos de manifestation, ensuite le candidat est mis en situation de dialogue avec le spectateur puisqu’il lui permet de lire, par-dessus son épaule un engagement écrit. La mise en scène du spot n°4 correspond à une dramatisation dans laquelle un jeune homme suffisamment neutre pour représenter un public diversifié, se fait, non pas le porte-parole du spectateur, mais ses yeux, pour en faire le témoin de situations problématiques qui l’entourent et qu’il ne voyait peut-être pas. Dans l’ensemble il semblerait que ces spots répondent à trois grandes orientations. Certains spots visent à attirer l’attention du spectateur avec le souci d’une présentation de type publicitaire divertissante (3-8), d’autres focalisent davantage sur l’information (7-1-2) et la dernière catégorie donne une priorité à l’implication du public en facilitant une éventuelle identification (6-5-4). Se pose ainsi la question du rôle et de la fonction de ce type de production. De quoi s’agit-il exactement ? C’est la logique qui apporte des réponses parmi lesquelles apparaissent en priorité quatre finalités : " Faire connaître l’enjeu des élections pour lesquelles elles ont été réalisées " Apporter des éléments d’information sur le Parlement Européen et le rôle des députés qui vont être élus " Convaincre sur l’action qui sera menée par le parti ou mouvement en question, sur son programme, afin que l’on vote pour lui " Inciter les électeurs à ne pas s’abstenir et à se sentir impliqués. Les analyses des médias audiovisuels menées dans un paradigme sémio-cognitif (Compte, 1998)ont montré que plusieurs éléments dans le traitement cognitif de
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l’information pouvaient intervenir pour faciliter la compréhension et pour motiver le téléspectateur à poursuivre son visionnage. Pour l’instance de production, ce sont les deux objectifs prioritaires qui assurent un gros succès d’audience, qu’en est-il dans l’utilisation politique d’un format publicitaire ?

2. Une mise en forme pour comprendre l’information L’observation des usagers de la télévision montre que, lorsque le téléspectateur ne comprend pas, il ne se remet pas en question, il zappe tout simplement. L’analyse des émissions à succès corrobore cette observation et fait de la compréhension l’une des priorités de l’instance de réalisation. Les études conduites, aussi bien sur des fictions (Compte, 1985), que sur des reportages de journaux télévisés (Compte, 1993) ont fait apparaître des régularités d’écriture utilisées par l’instance de réalisation afin d’assurer que les éléments clés du message seront perçus puis compris. Parmi ces régularités figurent la double référence audio et visuelle évoquée au point 1, et la reprise, au moins par deux fois, dans les deux modalités, de ces éléments. Ainsi, par exemple, dans un dialogue filmé, le choix des détails du décor qui apparaissent à l’image doivent apporter autant d’information que l’échange verbal, car les recherches en rhétorique télévisuelle montrent combien la relation image/verbe se rapproche de la relation de communication interpersonnelle au cours de laquelle le verbal ne véhicule qu’un tiers des informations. Cette importance de l’aspect visuel caractéristique du média a été remarquée pour sa triple fonction de facilitateur de compréhension, d’aide à la mémorisation et de stimulateur d’attention. La recherche empirique conduite par Paivio (1971) a confirmé l’importance de l’utilisation des deux modalités pour mémoriser un message. En France la prise de conscience s’est effectuée dans les années 1980 avec le
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Journal Télévisé. Une information qui ne pourrait pas être illustrée par des images est souvent abandonnée lors de la conférence de rédaction du Journal Télévisé. Si elle est jugée vraiment importante, le journaliste la présente verbalement ou/et invite des hommes politiques et des spécialistes à le faire par un échange verbal étayé par leurs images. Il n’est donc pas étonnant de constater le souci d’une utilisation du visuel par tous les spots et le cas particulier du n°7. Cependant, le problème n’est pas de choisir beaucoup d’éléments visuels ou verbaux, mais d’élaborer une composition, comme on le fait en musique, à partir d’indices visuels et audio, juxtaposés ou mis en relation pour produire un sens précis. Pour ce faire, l’instance de réalisation utilise la technique, c’est-à-dire des mises en valeurs visuelles (par des gros plans, des effets de caméra, des inscriptions scripto-iconiques) ou verbales (intonation, accentuation, effets sonores, musique) des éléments clés du message. Dans le cas de cette campagne, deux types de problématiques se posent à l’équipe de réalisation : faciliter la compréhension du produit (le spot) et faciliter la compréhension sur l’objet du produit (les élections européennes). Nous avons donc essayé de voir quelle information apportaient les spots sur l’Europe, sur le parti ou le mouvement lui-même, sur la France et plus spécifiquement sur les élections au Parlement Européen (Fig.2).

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Groupe/ parti P. des T. 1

Information sur L’ Europe

EDE. 2

UMP 3

PS 4

PC 5

Le Parti/ mouvement Application Diaporama directives de (7) stand Maastrich dans la rue pour privatiser GP tract, la S.S. et logo l’offrir aux assureurs privés Oui à la Arguments communi- pour cation l’espéranto Enseigné dans 25universités d’Europe Rêve Program-me Européen : la du sécurité, mouvement croissance et affiché emploi, comme environneme résultante de nt, diversité, l’UMP justice Inférence à l’Europe + culture citoyenne Belle idée M.G. Buffet gâchée: donne l’autre Construire idée de l’Europe des l’Europe peuples

La France

Les élections Slogan

Déficit S.S. Lutter contre Sauver la Récupérer les privatisation Sécurité exonérations SS Sociale accordées aux patrons

Langue indépendante politiquement et culturellement Un seul tour, un seul vote Métaphore des enfants /puzzle de l’Europe

Oui à la communication

Avec l’Europe voyons la France en grand

4 problèmes sociaux scénarisés Axé sur les problèmes régionaux: agriculture, politique maritime

Et maintenant l’Europe sociale Il faut un L’Europe oui, Parlement mais pas cellecomposé là d’élus d’une véritable gauche citoyenne

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PRG 6

RPF 7

Campus européen ? C’est aux jeunes de la construire Pour l’Europe des nations

Liste la plus jeune

Se déclarent différents Depuis 5 ans se battent au Parlement Européen

« Faut aller voter. Courage et audace, faut s’ bouger » Aucun débat ne permet d’y voir clair. Tous les partis, même attitude

Oui à l’Europe fraternelle

La France en tête

UDF 8

Sujet principal : -Vital pour l’avenir -Transparence dirigeants -contre terrorisme et crime organisé -Référendum pour la Constitution -pour l’Outremer et racines

Nous avons besoin d’Europe

Fig. 2 – Tableau des partis et mouvements diffusés dans le bloc considéré. En gras : éléments visuels.

Deux spots argumentent pour des points précis fortement montrés à l’image. Le n°1 utilise la voix de l’autorité (D. Gluckstein) pour affirmer le danger des accords de Maastricht, renforcé par une double réitération, celle de gros plans d’un tract jaune et celle d’une bande défilante sur fond transparent laissant apparaître le tract, dont le texte (orange) reprend les points clés du message. Le n°4 exploite l’attrait du public pour les
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