Ecritures du féminisme mexicain

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La diffusion et la réception des idées féministes au Mexique dans les années 1960-70 trouvent dans la presse un espace privilégié. C'est ce que démontre cet ouvrage qui nous fait découvrir trois intellectuelles féministes mexicaines : Esperanza Brito, Elena Urrutia et Marta Lamas, qui ont symbolisé la lutte pour l'émancipation des Mexicaines. Ces trois protagonistes, issues de classe aisées, racontent leurs expériences, de femmes et de militantes féministes, à des lecteurs qui ne sont pas forcément acquis aux idées féministes.
Publié le : dimanche 1 novembre 2015
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EAN13 : 9782336395593
Nombre de pages : 244
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Créations au Nathalie Ludec féminin
Écrituresdu féminisme mexicain Esperanza Brito, Elena Urrutia, Marta Lamas (19631978)
Créations au féminin
Essaireportage
Écritures du féminisme mexicain
Esperanza Brito, Elena Urrutia, Marta Lamas (1963-1978)
Créations au féminin Collection dirigée par Michèle Ramond La nouvelle collection accueille des essais valeureux sur ce « féminin » que les créations des femmes comme celles des hommes construisent dans le secret de leur fabrique imaginaire, au-delà des stéréotypes et des assignations liées au sexe. Nous ne nous limitons pas, même si en principe nous les favorisons, aux écrivains et aux créateurs « femmes », et nous sommes attentifs, dans tous les domaines de la création, à l'émergence d'une pensée du féminin libérée des impositions culturelles, comme des autres contraintes et tabous. Penser le féminin, le supposer productif et actif, le repérer, l'imaginer, le théoriser est une entreprise sans doute risquée ; nous savons bien cependant que l'universel est une catégorie trompeuse et partiale (et partielle) et qu'il nous faut constamment exorciser la peur, le mépris ou l'indifférence qu'inspire la notion de féminin, même lorsqu'elle concerne l'art et les créations. Malgré les déformations simplistes ou les préjugés qui le minent, le féminin insiste comme notion philosophique dont on peut difficilement se passer. Cette collection a pour but d'en offrir les lectures les plus variées, imprévues ou même polémiques ; elle prévoit aussi des livres d'artistes (photographes, plasticiens...) qui montreront des expériences artistiques personnelles, susceptibles de faire bouger les cadres et les canons, et qui paraîtront sous forme de e-books.
Dernières parutions
Milagros EZQUERRO,L’écriture dans le miroir de l’autre, 2015. Maria Graciete BESSE,Lídia Jorge et le sol du monde. Une étude de l’éthique au féminin, 2015. Michèle RAMOND,La Mer Rouge ou l’épreuve du Deux, 2014. Nadia SETTIet Maria Graciete BESSE,Clarice Lispector : une pensée en écriture pour notre temps, 2014. Annie COHEN,Mademoiselle Clara. Théâtre rêvé, 2013. AdélaïdeDECHATELLUSMilagros E y ZQUERRO(dir.),Alejandra Pizarnik: el lugar donde todo sucede, 2013. François BARAT,Face à la jeune fille suivi de La jeune fille des Gobelins, 2013 Elisabeth CAMPAGNA-PALUCH,La légende des femmes. Récit anthropologique, 2013.
Nathalie Ludec
Écritures du féminisme mexicain
Esperanza Brito, Elena Urrutia, Marta Lamas (1963-1978)
Essai-reportage
à Dominique, à Moran, à Ewen, à Liza
« Debe haber otro modo que no se llame Safo Ni Mesalina ni María Egipciaca Ni Magdalena ni Clemencia Isaura. Otro modo de ser humano y libre Otro modo de ser » 1 Rosario Castellanos , « Meditación en el umbral », 1972.
1 Rosario Castellanos (1926-1974). Poète, écrivain, journaliste et dramaturge mexicaine.
© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07649-2 EAN : 9782343076492
Préface
À la fin des années 1960 et surtout dans les années 1970, surgit un nouveau courant d’idées, tant en Europe qu’en Amérique : le féminisme ou plutôt le néo-féminisme. L’objectif de ce mouvement est de proposer « une autre façon d’être une femme », soit un être libre à part entière, selon les mots de la romancière, poète et journaliste mexicaine Rosario Castellanos. Ce noble dessein ne suffit évidemment pas à provoquer l’unanimité. Les féministes le porteront en empruntant le chemin de l’action et de l’écriture, semé d’écueils. Rappelons que le terme féministe a, depuis ses origines, des connotations très négatives, comme le raconte Geneviève Fraisse. Le « féminisme » a désigné d’abord, au e XIX siècle, une maladie dont les symptômes, chez l’homme uniquement, étaient des marques de féminité. C’est Alexandre Dumas fils qui utilisera, en 1872, l’adjectif « féministe », pour marquer la différence sexuelle, alors menacée par les demandes 1 d’égalité des suffragettes . L’adjectif politique était né sous la plume d’un auteur antiféministe et passera les frontières en 2 s’imposant dans la plupart des langues . Le féminisme, en tant que mouvement collectif de luttes de femmes ne se manifeste comme tel que dans la deuxième moitié
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FRAISSEDroit naturel et question de l’origine dans la pensée, Geneviève, « e féministe du 19 s. »,Stratégies des femmes,Paris, Tierce, 1984, p. 375-390, in « Du bon usage de l’individu féministe »,Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, Année 1987, Vol. 14, p. 44-54 ; <http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_02941759 _1987_num_14_1_1854> « Féminisme appellation d’origine »,Vacarme04/05 / minorités féminin pluriel, été 1997 ; <http://www.vacarme.eu.org/article1154.html> KLEJMANLes Congrès féministes internationaux »,, Laurence, « Cahiers Georges Sorel,1989, Volume 7, Numéro 1, p. 72 ; <http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mcm_0755-8287_1989_num_7_1_979>
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e e 3 du XIX siècle et au début du XX siècle . Il est marqué par les luttes pour l’accès à l’éducation, réel moteur de l’émancipation, et l’obtention du droit de vote, premier pas vers l’égalité juridique. Au Mexique, les années de la Réforme (1858-1872), sous la présidence de Benito Juárez, sont favorables au développement de l’éducation des femmes, jugée fondamentale pour asseoir la démocratie. Il faudra cependant attendre 1953 pour l’obtention du droit de vote des Mexicaines. Ce premier féminisme constitue un terreau pour les e mouvements d’émancipation des femmes au XX siècle, dans les années 1960 et 1970, autour du néo-féminisme, appelé aussi féminisme de la deuxième vague. Porteur d’un désir de changement, pour plus de justice, de démocratie, dont l’objectif est l’égalité des sexes, le féminisme, comme mouvement collectif, 4 social et politique, est le moteur d’une révolution culturelle . Le néo-féminisme prend en compte toutes les facettes de la personne comme sujet démocratique et économique en s’attachant en particulier à défendre le droit à disposer de son corps. Cette revendication fait l’unanimité au sein de tous les mouvements 5 féministes des années 1970 . La diffusion du féminisme au Mexique a pris corps dans les quotidiens nationaux les plus importants, élaborés dans la capitale, dans les plus anciens et plutôt conservateurs, commeEl Universal (1916),Novedades(1937),El Sol de México(1965) ou les plus récents et plus progressistes, commeunomásuno(1977), ou encore dans l’organe de presse du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI),El Nacional(1939). Par ailleurs, le supplément culturel de l’hebdomadaire politiqueSiempre ! La Cultura en México(1962), dans lequel écrit Esperanza Brito, trouve une place tout à fait légitime dans notre étude : «La Cultura en México, supplément culturel d’un hebdomadaire politique au ton relativement indépendant (Siempre !), réunissait depuis 1962 à peu près tout ce
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HIRATA, Helenaet al., Dictionnaire critique du féminisme, Paris, PUF, 2000, p. 126. DUBY, Georges et PERROT, Michelle,Histoire des femmes, vol. 4, Paris, Plon, 1991, p. 15. HIRATA, Helenaet al., op. cit.,p. 1.
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que le Mexique comptait alors d’écrivains et d’intellectuels 6 critiques de renom . » Ces organes de presse publient des articles sur l’émancipation des femmes, ou tout simplement sur une actualité au féminin, selon les préférences des auteures elles-mêmes, invitées par les rédactions. Qui sont-elles ? Ce sont des femmes cultivées, des intellectuelles, sans formation journalistique. Elles placent leurs pas dans ceux de leurs prédécesseures qui ont ouvert les débats e autour de la situation des femmes au XIX siècle, comme ces institutrices à l’origine d’un journalisme au féminin avec la publication en 1873 de la revue hebdomadaireLas Hijas del Anáhuac. Elles sont animées par le même sentiment de justice que Dolores Correa Zapata, une figure clef dans la diffusion du e féminisme, au début du XX s.
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Dolores Correa Zapata,Violetas del Anáhuac, 21/10/1888.
LEMPÉRIÈRE-ROUSSIN, Annick, « Le ‘mouvement estudiantin’ à Mexico (26 juillet-2 octobre 1968) », in Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel, 68, une histoire collective : 1962-1981,Paris, La Découverte, 2008, p. 296.
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