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Ecritures sociales de femmes en francophonie

De
176 pages
Cet ouvrage confirme le rôle de la littérature dans l'étude des faits sociaux et particulièrement les études liées au genre. Les quatre romancières dont les oeuvres sont analysées y ont témoigné de leurs vies. Ces écrivaines ne se limitent pas à un simple témoignage, mais interpellent le lecteur, construisent une esthétique et une vision du monde propres aux oeuvres de fiction. Ces romans révèlent aussi l'engagement de leurs auteures face à certaines questions de notre temps.
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AliceDelphineTANG
ÉCRITURES SOCIALES DE FEMMES
EN FRANCOPHONIE
Claire Etcherelli, Gabrielle Roy, Werewere Liking et Delphine Zanga Tsogo
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Écritures sociales
de femmes en francophonie
Alice Delphine TANGÉcritures sociales de femmes en francophonie
Claire Etcherelli, Gabrielle Roy, Werewere Liking, Delphine Zanga Tsogo
Du même auteur Écritures du moi et idéologies chez les romancières francophones, Muenchen, Lincom Europa, 2006. Le personnage masculin perçu au prisme du regard féminin : étude d’une vision cosmopolite de l’homme chez quatre romancières francophones, Muenchen, Lincom Europa, 2007. Écritures féminines et tradition africaine : l’introduction du « Mbock Bassa » dans l’esthétique romanesque de Were Were Liking, Paris, L’Harmattan, 2009. Le Roman québécois au carrefour des mythes. Les mythologies grecque, indienne et biblique dansAu nom du père et du fils de Francine Ouellette,Muenchen, Lincom Europa, 2010. Absence, enquête et quête dans le roman francophone, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2010. L’Épreuve du commentaire composé, Paris, L’Harmattan, 2011. ’œuvre romanesque de Leonora Miano : fiction, mémoire et enjeux identitaires,Paris, L’Harmattan, 2014. Dom Juan en langue Bassa, Paris, L’Harmattan ,2014. Co-auteure avec Marie-Rose Abomo-Maurin L’A-fricde Jacques Fame Ndongo et la rénovation de l’esthétique romanesque, Paris, L’Harmattan, 2011. Jacques Fame Ndongo. Esthétique littéraire, Paris, L’Harmattan, 2012. La littérature camerounaise depuis la Réunification. Mutations, tendances et perspectives, Paris, L’Harmattan, 2013. Contes Bassa et Bulu du Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2015. Terre noire et Afritude chez Jacques Fame Ndongo : Ecriture d’une poétique de la passion,Paris, L’Harmattan, 2015. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12825-2 EAN : 9782343128252
AVANT-PROPOS
Comment peut-on témoigner d’une réalité vécue et léguer à la postérité une expérience susceptible d’éclairer l’opinion sur certains faits de société ? Cette question que nous posons d’entrée de jeu consiste à évacuer le débat sur le rôle de la littérature dans les questions de thérapies comportementale et cognitive sociales. Certains genres littéraires, à l’instar du roman historique, des écritures du moi appelées généralement des récits autobiographiques, peuvent édifier sur la vie. Jean-Jacques Rousseau, avec ses Confessions,déjà au répondait dix-huitième siècle à des calomnies devant la postérité. La littérature peut donc être une forme dévoilante des réalités sociales.
Les problèmes du genre que nous voulons aborder dans cet ouvrage, et particulièrement celui des femmes et de leurs trajectoires dans la société, seront examinés à travers quelques romans de quatre écrivaines francophones de trois aires différents : en France, au Canada et au Cameroun. Ces œuvres ont la particularité de voiler en quelque sorte leur caractère autobiographique, leur allure de témoignage, question de contourner d’éventuelles confrontations avec les auteurs des faits racontés. Nous décelons dans ces textes la marginalisation certes, mais aussi la combativité des femmes.
Les écritures du moi ne sont pas nécessairement celles qui comportent la mention « autobiographie ». Chez Gabrielle Roy par exemple, cette mention apparaît sur la plupart de ses œuvres publiées à titre posthume :La Détresse et l’enchantementet (1984) Le Temps qui m’a manqué (1997).
Pourtant de son vivant, cette écrivaine a, volontairement ou non, omis de donner une telle précision par rapport à certaines de ses œuvres, à l’instar deCes enfants de ma vie, qui peut être classée parmi les récits autobiographiques. La plupart des romancières francophones écrivent leur intimité sans l’avouer. Le « je » qui opère souvent le rapprochement entre le personnage fictif et l’être réel dans ce type d’écriture est parfois opaque pour le décryptage d’une confession qui serait une mise en scène de son auteur. Les œuvres que nous proposons dans cet ouvrage apparaissent plus ou moins comme des récits autobiographiques de leur auteur, des témoignages au service d’une idéologie humaniste ; car l’écriture peut servir de témoignage ou de support d’une idéologie. Il est vrai que certains concepts butent parfois à une multitude de définitions. Tel est le cas de celui de l’idéologie globalement considérée comme science des idées. Mais parfois cette définition générale peut aussi donner lieu à un débat sur le caractère scientifique de l’idéologie et même sur le rapport science-idéologie. Pour Dénis Monière : « Une idéologie est un système global plus ou moins rigoureux de concepts, d’images, de mythes, de représentations qui dans une société donnée affirme une hiérarchie de valeurs et vise à modeler les comportements individuels et collectifs. Et les 1 oriente. » e Depuis le XIX siècle, les théories des idéologies se réfèrent à la tradition marxiste. En effet, Marx et Engels ont une conception assez négative de l’idéologie parce qu’elle est prise comme une fausse conscience, une illusion en ce sens qu’elle masque la situation réelle des classes et des individus qui les composent. Bref pour eux, l’idéologie serait une 1 D. Monière,Le développement des idéologies au Québec des origines à nos jours, Montréal, Québec/Amérique, 1977, p. 13.
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représentation erronée de l’histoire, parce qu’elle se présente comme universelle, autonome et indépendante des pratiques sociales. Dans tout discours idéologique, il y a un dit et un non-dit. La classe dominante cherche à fixer les règles et les normes de comportement de tous les membres de la société : « Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes… La classe qui dispose du même coup des moyens de la production intellectuelle, si bien que l’un dans l’autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de la production intellectuelle sont soumises du même coup à 2 cette classe dominante. » Toutes ces conceptions montrent le caractère explicatif et interprétatif du monde par des individus ou des collectivités. En quelques mots, l’idéologie est donc une vision du monde, un regard au prisme d’un individu ou d’un groupe, qui se manifeste implicitement dans l’art et dans toutes les autres prestations de la vie individuelle et collective. Aussi Freud a-t-il raison de considérer le texte littéraire comme un discours ambigu, en ce sens que la signification d’une œuvre doit être recherchée derrière les apparences, d’où la nécessité de l’établissement d’une théorie de la formation du symbole dont le but est d’exprimer ce qui a été refoulé et déguisé par l’auto censure. Parlant de l’écriture au féminin, et des romans de certains écrivains dont ceux de Claire Etcherelli, Anne Ophir dit s’y intéresser par ce qu’ : « Il y est également question de l’homme, cet apprenti sorcier aussi dangereux pour l’humanité que malheureux en tant qu’être humain. Malheureux avant
2 K. Marx et F. Engels,L’idéologie allemande, Paris, Éditions sociales, cité par D. Monière,op.cit.,p. 17.
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tout parce qu’il ne sait plus perler. Il débite des mots comme il fait des gestes, à la chaîne, machinalement,sans plus comprendre… Que reste-t-il des hommes si la 3 parole humaine vient à leur manquer? »
La lecture que ce critique fait des romans de ces écrivains féminins prend une coloration féministe, au point où on peut se demander, en ce qui concerne Claire Etcherelli, s’il est juste d’affirmer que sa lutte est pour la défense de l’idéologie féministe. Une relecture de son œuvre et celle des trois autres romancières pourrait donner lieu à d’autres préoccupations en plus de celle que propose Anne Ophir.
Madame de Staël écrivait que c’est dans le cœur des femmes qu’habitent les longs souvenirs. Le roman féminin, plus que toute autre œuvre d’art est une peinture réaliste de notre vie, une sorte de confession. Celui des quatre romancières choisies
« répugne à s’aventurer hors du milieu social et familial qui est familier à son auteur, et une lucidité aiguë peut 4 là diriger ses développements » . L’être et le faire des personnages de ces œuvres participent de la construction de « l’être au monde » de ces écrivaines, parce que, d’une manière ou d’une autre, ces romans renseignent sur la trajectoire de leurs auteurs, en tant que femmes et de la manière dont celles-ci perçoivent le monde.
3 A. Ophir,Regards féminins - Condition féminine et création littéraire Beauvoir-Etcherelli-Rochefort, Paris, Denoël, 1976,p. 8 4 M. Mercier,Le roman féminin, Paris, PUF, 1976, p. 26.
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CHAPITRE I L’expérience de travail à l’usine d’une Française