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Education milieu et alternance

De
292 pages
Depuis 1935, une expérience de formation d'adolescents ruraux devenait une réalité décisive de l'avenir rural français : les Maisons Familiales Rurales. Cette expérience se caractérise, entre autres, par l'association de familles responsables de l'aménagement de leur propre milieu local et par une formation alternée, de leurs adolescents entre des séjours en centre et en entreprise. Cet ouvrage s'intéresse à l'éducation considérée dans sa globalité, son influence sur le développement d'un milieu et l'alternance dans les formations professionnelle et générale.
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EDUCA TION MILIEU ET ALTERNANCE
Textes choisis et présentés Daniel CHARTIER par

lère édition, D.N.M.F.R.E.O., http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr

1985

@ L'Harmattan,

2005

ISBN: 2-7475-9894-2 EAN : 9782747598941

André

DUFFAURE

EDUCATION MILIEU ET ALTERNANCE
Textes choisis et présentés par Daniel CHARTIER

Préface

de Jean-Claude

DAIGNEY

28

édition

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des 14-16 L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

Konyvesbolt Kossuth Lu

L'Harmattan ItaIia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

KIN XI

1053 Budapest

de Kinshasa - RDC

Collection "Alternances et Développements" dirigée par Jean-Claude Daigney* Parutions depuis 1993 Bachelard Paul (ed), Les acteurs du développement local, 1993. Bachelard Paul, Apprentissage et pratiques d'alternance, 1994. Bachelard Paul, Odunlami Amédée, Apprentissage et développement en Afrique Noire, 1997. Chartier Daniel, A l'aube des formations par alternance (2e édition), 2003. Chartier Daniel, Lerbet Georges (eds), La formation par production de savoirs, 1993. Clénet Jean, Gérard Christian, Partenariat et alternance en éducation. Des pratiques à construire, 1994. Clénet Jean, Représentations, formations et alternance, 1998. Demol Jean-Noël, Didactique et transdisciplinarité, Alternance III, 2003 Demol Jean-Noël, Histoire et citoyenneté en formation, Alternance II, 2000. Demol Jean-Noël, Pilon Jean-Marc, Alternance, développement personnel et local, 1998. Demol Jean-Noël, Projet, orientation et évaluation, Alternance I, 1997. Guillaumin Catherine, Actualité des nouvelles ingénieries de la formation et du social, 2002. Guillaumin Catherine, Une alternance réussie en lycée professionnel, 1997. Léné Alexandre, Formation, compétences, adaptabilité, 2002. Lerbet Georges, Bio-cognition, formation et alternance, 1995. Lerbet Georges, Images de l'alternance à l'Education nationale, 1994. Lerbet-Séréni Frédérique, La relation duale, 1994. Massip Christophe, Pratiques réflexives et formation de formateurs en alternance, 2004. Massip Christophe, Evolution des publics en alternance et la professionnalité du formateur, 2000. Peyré Pierre, Projet professionnel, formation et alternance, 1995. Sall aberry Jean-Claude, Chartier Dominique, Gérard Christian, L'enseignement des sciences en alternance, 1997.

* Directeur de l'Union Nationale de Lorette, 75009 PARIS)

des Maisons Familiales

Rurales (58, rue Notre-Dame

Avant-propos

à la première édition

Cet ouvrage intitulé "Education, milieu et alternance" est réalisé à partir d'écrits et de discours d'André DujJaure. André DujJaure est responsable national depuis près de 40 ans dans ce mouvement éducatif des Maisons Familiales Rurales mais aussi, à des titres divers, dans les organismes familiaux, nationaux et internationaux. L'ensemble du corpus constitué par les nombreux documents qu'il a produits est destiné à alimenter la réflexion relative aux conduites éducatives dans le milieu rural. Bien entendu, cette réflexion prend appui sur son engagement familial et tout particulièrement sur l'expérience de formation en alternance mise en œuvre dans les Maisons Familiales Rurales. Cette expérience des Maisons Familiales Rurales a débuté en 1935 dans un petit village du Lot-et-Garonne. Deux années après, en 1937, la première Maison Familiale Rurale réunissait déjà ses principales caractéristiques: école d'un type nouveau gérée par les familles d'adolescents du milieu local et formation se réalisant par alternance des séjours entre la ferme paternelle et la Maison Familiale Rurale. En 1935, le nombre de jeunes agriculteurs ayant reçu une formation professionnelle ne dépassait pas 3 à 4 % en France. Et pourtant de nombreux essais destinés à généraliser l'enseignement agricole de masse avaient été tentés depuis la fin du siècle précédent, les uns avec quelques succès, d'autres au contraire favorisant l'exode rural. C'est dans ce contexte que l'expérience des Maisons Familiales Rurales s'est implantée et développée rapidement en France et dans le monde. Il existe actuellement près de 500 établissements regroupés au sein de l'Union Nationale des Maisons Familiales Rurales françaises et 250 réparties dans une vingtaine d'autres pays en Europe, en Afrique et en Amérique Latine. Ces derniers sont, pour la plupart, rattachés à leur propre Union Nationale. Depuis la fin du siècle dernier, les idées ont été nombreuses pour rechercher les moyens susceptibles de mieux répondre aux besoins de formation des jeunes. Des pédagogies nouvelles ont été préconisées mais qu'en reste-t-il aujourd'hui? Le poids du traditionnel, les normes administratives ont eu trop souvent raison de

l'enthousiasme des pédagogues généreux, mais aussi trop souvent isolés. C'est sans doute grâce à leur vie associative intense que les Maisons Familiales Rurales ont pu se développer et rester fidèles à leur originalité de départ. Se faire reconnaître, s'adapter aux lois pour subsister, lutter pour le droit à la différence et à l'égalité des chances, ont constitué une somme de réflexion, d'ejJorts, de recherches qui recouvrent très largement l'ensemble du champ éducatif. C'est en accompagnant le cheminement de cette expérience qu'André DujJaure a produit de nombreux documents destinés à alimenter la réflexion relative aux conduites éducatives en milieu rural. Aussi, bien qu'elles soient le plus souvent destinées aux responsables des Maisons Familiales, ces réflexions concernent bien d'autres éducateurs susceptibles d'en faire également profi{ Cet ouvrage qui a eu pour point de départ une source documentaire de plus de 1500 pages, est constitué par une succession de texte regroupés par thèmes et assemblés de telle manière que le lecteur y trouve un enchaînement cohérent. Dans cette composition de nombreux articles n'ont pas été reproduits dans leur intégralité afin d'éviter des redites, mais nous avons tenu à préserver l'authenticité des textes présentés. Cela nous a conduit à ajouter des commentaires introductifs afin de les situer dans leurs contextes spatio-temporeli. Enfin, précisons qu'il ne s'agit ni d'une analyse historique ni d'une étude exhaustive de la pédagogie des Maisons Familiales Rurales. Cet ouvrage essaiera tout simplement de faire part d'une réflexion liée à des thèmes tels que la responsabilité des familles dans l'éducation de leurs enfants, l'alternance, les particularités de la formation dans le milieu rural, l'éducation permanente, thèmes qui restent toujours d'une brûlante actualité.

Daniel Chartier Septembre 1984

R. Cousinet, "La documentation dans J'Education Nouvelle", Revue l'Education Nouvelle Française, n° 12, décembre 1952. Tous ces commentaires sont comme cet avertissement imprimés en italique.

Préface à la deuxième édition En 1997, l'année du 60èmeanniversaire des Maisons Familiales Rurales, André DujJaure disparaissait, terrassé en quelques mois par la maladie. Il avait quitté l'Union Nationale en 1990 après avoir assuré la direction pendant plus de trente ans et avoir précédemment forgé les bases théoriques et pratiques de la pédagogie des Maisons Familiales. Par son action infatigable, par sa pensée aiguisée, par son sens politique, il a profondément marqué notre mouvement et a contribué à son développement en France et dans le monde. Négociateur de la loi Rocard sur l'enseignement agricole de 1984, il a jeté les bases de ce qui a permis la reconnaissance incontestable de la responsabilité associative et de la pédagogie de l'alternance. A l'heure où ceux qui ont bien connu André DujJaure et travaillé à ses côtés sont moins nombreux, il était urgent de rééditer l'ouvrage paru en 1985, réunissant nombre de ses écrits et discours choisis et présentés par Daniel Chartier. L'intérêt de ces textes va bien au-delà du souci historique, ils éclairent de manière étonnante de nombreuses questions et préoccupations d'aujourd'hui. Ainsi l'alternance, dont il fut un ardent défenseur est toujours conçue dans une perspective dynamique, dans une démarche à construire et non comme un recette pédagogique à appliquer. A l'heure où l'alternance est trop souvent présentée comme une réponse en elle-même, une alternance scolaire. André DujJaure nous décentre de l'école et se place dans une perspective plus ambitieuse: celle de contribuer au progrès social, à l'éducation populaire, à la préparation à la responsabilité, en impliquant les adultes qui
entourent le jeune.

Cette responsabilité, fil directeur du projet formulé par le mouvement en 2005, est au cœur de ses propos. Responsabilité des "groupes de base" c'est à dire de l'association locale et non de ceux qui voudraient en assurer la tutelle. Nous mesurons combien cette revendication reste révolutionnaire, tant dans nos vieux pays industrialisés où l'initiative associative à force d'être encadrée finit par s'essoujjler, que dans les pays du sud où financeurs, Etats ou ONG, plus ou moins bien

intentionnés, se substituent si facilement aux familles et à la responsabilités des communautés locales. André Duffaure nous rappelle ce qui au fond constitue l'originalité de notre démarche et la principale raison de son succès: faire confiance aux familles les plus modestes soient-elles, à la volonté d'engagement des personnes, à leur capacité à agir ensemble. Enfin sur l'éducation, toutes les questions débattues aujourd'hui
-

questions pour une bonne part éternelles - sont abordées avec

justesse, simplicité et intelligence. Les propos sur l'orientation sont particulièrement actuels et mériteraient d'être réfléchis: l'orientation associée à la formation générale, concept forgé par André Duffaure et repris dans les lois de 1960 sur l'enseignement agricole, supposeraient d'être à nouveau travaillés pour leur donner tout leur sens dans les contextes présents. Au-delà de la richesse de son contenu, le recueil de ces textes a un autre avantage: il peut être découvert au hasard des pages, loin d'une lecture linéaire et didactique mais en fonction de l'intérêt du moment, de la curiosité du lecteur, manière sans doute la mieux adaptée à la pensée buissonnante, multiforme de son auteur. Résistant dans sa jeunesse, chercheur au début de sa vie professionnelle, André Duffaure a toujours gardé un esprit libre, volontiers frondeur, méfiant vis-à- vis des dogmes, des pouvoirs établis et de leurs clercs, un esprit à l'image du mouvement des Maisons Familiales Rurales. Le lire, le découvrir, c'est mieux comprendre ce quifait l'originalité de ce mouvement et son succès aujourd'hui. Jean-Claude DAIGNEY

Septembre 2005

A VANT-PROPOS

Cet ouvrage intitulé «Éducation, milieu et alternance» est réalisé à partir d'écrits et de discours d'André Duffaure. André Duffaure est responsable national depuis près de 40 ans dans ce mouvement éducatif des Maisons Familiales Rurales mais aussi, à des titres divers, dans les organismes familiaux, nationaux et internationaux. L'ensemble du corpus constitué par les nombreux documents qu'il a produits est destiné à alimenter la réflexion relative aux conduites éducatives dans le milieu rural. Bien entendu, cette réflexion prend appui sur son engagement familial et tout particulièrement sur l'expérience de formation en alternance mise en œuvre dans les Maisons Familiales Rurales. Cette expérience des Maisons Familiales rurales a débuté en 1935 dans un petit village du Lot-et-Garonne. Deux années après, en 1937, la première Maison Familiale Rurale réunissait déjà ses principales caractéristiques: école d'un type nouveau gérée par les familles d'adolescents du milieu local et formation se réalisant par alternance des séjours entre la ferme paternelle et la Maison Familiale Rurale. En 1935, le nombre de jeunes agriculteurs ayant reçu une formation professionnelle ne dépassait pas 3 à 4 % en France. Et pourtant de nombreux essais destinés à généraliser l'enseignement agricole de masse avaient été tentés depuis la fin du siècle précédent, les uns avec quelques succès, d'autres au contraire favorisant l'exode rural. C'est dans ce contexte que l'expérience des Maisons Familiales Rurales s'est implantée et développée rapidement en France et dans le monde. Il existe actuellement près de 500 établissements regroupés au sein de 7

l'Union Nationale des Maisons Familiales Rurales françaises et 250 réparties dans une vingtaine d'autres pays en Europe, en Afrique et en Amérique Latine. Ces derniers sont, pour la plupart, rattachés à leur propre Union Nationale. Depuis la fin du siècle dernier, les idées ont été nombreuses pour rechercher les moyens susceptibles de mieux répondre aux besoins de formation des jeunes. Des pédagogies nouvelles ont été préconisées mais qu'en reste-t-il aujourd'hui? Le poids du traditionnel, les normes administratives ont eu trop souvent raison de l'enthousiasme des pédagogues généreux, mais aussi trop souvent isolés. C'est sans doute grâce à leur vie associative intense que les Maisons Familiales Rurales ont pu se développer et rester fidèles à leur originalité de départ. Se faire reconnaitre, s'adapter aux lois pour subsister, lutter pour le droit à la différence et à l'égalité des chances, ont constitué une somme de réflexion, d'efforts, de recherches qui recouvrent très largement l'ensemble du champ éducatif C'est en accompagnant le cheminement de cette expérience qu'André Duffaure a produit de nombreux documents destinés à alimenter la réflexion relative aux conduites éducatives en milieu rural. Aussi, bien qu'elles soient le plus souvent destinées aux responsables des Maisons Familiales, ces réflexions concernent bien d'autres éducateurs susceptibles d'en faire également profitl. Cet ouvrage qui a eu pour point de départ une source documentaire de plus de I 500 pages, est constitué par une succession de textes regroupés par thèmes et assemblés de telle manière que le lecteur y trouve un enchainement cohérent. Dans cette composition de nombreux articles n'ont pas été reproduits dans leur intégralité afin d'éviter des redites, mais nous avons tenu à préserver l'authenticité des textes présentés. Cela nous a conduit à ajouter des commentaires introductifs afin de les situer dans leurs contextes spatio-temporels2. Enfin, précisons qu'il ne s'agit ni d'une analyse historique ni d'une étude exhaustive de la pédagogie des Maisons Familiales Rurales. Cet ouvrage essaiera tout simplement de faire part d'une réflexion liée à des thèmes tels que la responsabilité des familles dans l'éducation de leurs enfants, l'alternance, les particularités de la formation dans le milieu rural, l'éducation permanente, thèmes qui restent toujours d'une brûlante actualité. D.C.
(1) -

Cousinet (R) «La documentation velle Française, n° 12, Décembre

dans l'Éducation 1952. cet avertissement

Nouvelle",

Revue l'Éducation

Nou-

(2) - Tous ces commentaires 8

sont comme

imprimés

en italique.

CHAPITRE

I

LES MAISONS FAMILIALES RURALES: LEUR ÉVOLUTION, LEUR DYNAMIQUE

Concrétisée en 1937 à Lauzun dans le Lot et Garonne, après deux années d'expérience tâtonnée, la première Maison Familiale Rurale se présentait dès le départ avec ses deux grandes caractéristiques: gestion par une association dont la majorité des membres était constituée par les familles et formation en alternance. Comme le dit André Duffaure, en créant la Maison Familiale Rurale de Lauzun les premiers responsables n'avaient pas cherché à construire une nouvelle école d'agriculture mais leur objectif consistait avant tout à former des agriculteurs. C'est sans doute pour cela que la formule mise en place ne s'était pas embarrassée des normes scolaires classiques et qu'elle se démarquait nettement des autresformes d'enseignement, tant en ce qui concerne sa gestion que son mode de fonctionnement. Quand on examine l'évolution des Maisons Familiales Rurales depuis leur création, on constate qu'elles ont dû se mettre continuellement en recherche afin de maintenir leur originalité pour se faire reconnaître et s'adapter aux réglementations administratives. C'est tout d'abord parce que les parents étaient engagés matériellement dans la gestion d'une telle école qu'ils ont pu dépasser leur rôle de gestionnaires et participer à l'action éducative mise en place pour laformation de leurs enfants. Cette participation provoqua de nombreux échanges avec les moniteursenseignants, permettant ainsi la remise en cause des programmes traditionnels et la création d'outils destinés à mettre en œuvre une véritable formation en alternance. C'est en 1943 qu'on parla pour la première fois de formation en alternance et c'est en 1949-50 qu'une base commune fut II

établie en vue d'unifier la démarche pédagogique spécifique à tous les établissements rattachés à l'Union Nationale des Maisons Familiales Rurales. Vingt ans après la création de la première Maison Familiale Rurale à Lauzun, le nombre d'établissements atteignait 240 toutefois, malgré " l'engouement que suscitait cette formule d'enseignement dans le milieu rural, les responsables devaient rester vigilants à tous les niveaux pour qu'elle subsiste. Grandes furent leurs inquiétudes, tout particulièrement dans les années 1955 au moment des discussions des nombreux projets de loi relatifs à l'enseignement et à la formation professionnelle agricole. Qu'allait-il advenir des Maisons Familiales Rurales? Bien des paris pronostiquaient leur disparition. En effet, comment une formule aussi originale pouvait-elle s'inclure dans un statut global de l'enseignement agricole? Contrairement aux pronostics pessimistes et, pour la première fois en France, la loi de 1960 reconnut la valeur d'une formation en alternance puisqu'elle précisait que la formation pouvait se réaliser d'une façon continue ou selon un rythme approprié. Cette reconnaissance sécurisa et dynamisa les responsables et la période 1960-1970 fut celle du grand développement des Maisons Familiales, développement en nombre mais aussi en complétant leurs structures par la création des I.R.E. O. I A partir des années 70, de nouvelles difficultés surgirent. Unprojet de carte scolaire eut pour effet de stopper toutes nouvelles créations. Cette situation pouvait paraître assez paradoxale, car c'était aussi la période où différents colloques proclamaient l'intérêt desformations en alternance y compris dans l'enseignement supérieur. En dehors de l'agriculture, de nombreuses réalisations se mettaient en place. Toutefois, au lieu de rassurer les responsables des Maisons Familiales Rurales, cette extension desformations en alternance se traduisit par de nouvelles inquiétudes car elle engendra de nombreuses contrefaçons. C'est ainsi que des spécialistes en sciences de l'éducation purent parler d'alternance vraie et de fausse alternance2. Les Maisons Familiales Rurales durent alors réaffirmer leur identité, rappeler les valeurs essentielles de la formation en alternance, lutter à nouveau pour ne pas se laisser enfermer dans des carcans administratifs et maintenir le dynamisme au niveau de toutes leurs instances.
(1) - Institut Rural d'Éducation et d'Orientation. (2) - Malglaive (G) «La formation alternée n° 297, Janvier 1979. Girod de l'Ain, «L'enseignement française, Paris, 1974. 12 supérieur

des formateurs», en alternance»,

in Information

SIDA,

in La documentation

C'est un peu toutes ces péripéties que ce premier chapitre tente de faire revivre. Après une brève présentation des circonstances de la création de la première Maison Familiale3, les documents ont été sélectionnés de manière à situer les interrogations, les réflexions, à chacune des grandes étapes du développement des Maisons Familiales Rurales et ce n'est pas sans difficulté qu'il a fallu se résigner à éliminer bien des articles intéres-

sants afin d'éviter les redites et un encombrement du texte 4.

(3) - Pour plus de précisions concernant les circonstances de la création des Maisons Familiales Rurales. se reporter à Chartier (D). »Naissance d'une pédagogie de l'alternance». Mésonance. Paris n° 1-1-1978. (4) - On peut les consulter aux archives de l'Union 59. rue Réaumur. 75002 Paris. Nationale des Maisons Familiales Rurales, 13

A

- BRÈVE

HISTOIRE DE LA CRÉATION MAISONS FAMILIALES RURALES5

DES PREMIÈRES

Le cadre Une petite commune du Sud-Ouest de la France, une de ces petites communes où en 1935, une première vague de migrants italiens venait se raJeUnIr. Un poseur de problème Un fils unique de 13 ans déclare à son père, vouloir rester à la ferme, être agriculteur, et ne plus vouloir retourner à l'école. Là commence toute l'histoire Fils de petits propriétaires peut-être au fond de leur cœur de parents, l'école aurait permis de trouver une situation meilleure que celle de paysan à leur fils? Yves (c'est son nom) est un bon élève. Il réussit en classe. Son père n'a pas poursuivi ses études, après l'école primaire, il sait ce qu'il lui manque, même pour être «simple paysan». Yves veut être agriculteur, alors, allons visiter l'école d'agriculture de la province. La visite fut négative: sûrement, si Yves est envoyé dans cette école, il ne sera jamais agriculteur. Les installations sont extraordinaires, sans aucune commune mesure avec le possible. Les enseignants sont tous très savants, mais ont-ils parfois travaillé à leur propre compte? Apprendre le métier d'agriculteur, à partir d'un système basé sur une agriculture faite avec de l'argent, sans risque, ce n'est pas se préparer à faire de l'argent avec de l'agriculture, ni à risquer d'être agriculteur. L'agriculture préfabriquée de l'école peut être un modèle, elle n'est pas un exemple. La déception du père fut grande. Mais après tout, apprend-on à devenir agriculteur? La formation générale ne compte-t-elle pas plutôt? Savoir lire... écrire... compter... Le métier ne l'avait-il pas appris lui-même avec son père, mais l'école avait été trop courte pour lui donner le moyen de savoir plus. 1935, voilà les réflexions d'un petit agriculteur France. Que faire?
(5) -

du Sud-Ouest de la

Ce texte, extrait d'un discours prononcé à la fin des années 60, est apparu comme l'un de ceux qui relate le mieux les circonstances qui furent à l'origine de la création des premières Maisons Familiales.

14

Son curé vint à passer à la ferme. L'agriculteur lui fait part de ses réflexions, et même fait une proposition. «Monsieur le curé, vous qui après avoir dit la messe le matin, n'avez pas grand chose à faire de la journée, pourquoi ne donneriez-vous pas des cours de français, de calcul à Yves ?» La réponse fut catégorique: «Non, Pourquoi? je ne suis pas le curé d'Yves, de sa famille, pris isolément, je suis le curé de la paroisse. Je veux bien m'occuper d'Yves mais avec les autres de son âge. Je ne suis pas le curé pour quelques privilégiés. Je suis le curé de tous». Cette réponse a-t-elle surpris le père d'Yves? elle ne le désarçonna pas, bien au contraire. Elle allait engager réflexion et rencontres dans ce petit pays. L'on discuta et une délégation - trois pères de familles - alla voir le curé. Monsieur le Curé les attendait. Un plan était proposé. Le prêtre s'y opposa dans ses formes mais accepta le principe. <<Jene veux pas, dit-il, les voir sur la route. Mais alors ils viendront au presbytère et resteront toute la semaine. Ensemble, nous répondrons à un cours par correspondance, expédierons notre travail. Ils repartiront travailler avec vous. Lorsque les devoirs corrigés nous reviendront, nous nous réunirons pour une autre semaine». Ainsi se dessinait dans cette future Maison Familiale une structure pédagogique: l'alternance. Le 24 novembre 1935, arrivaient dans un presbytère du Sud-Ouest de la France, quatre garçons de 13 à 14 ans. L'expérience se renouvela tout le long de l'année. Les jeunes se sentirent fortement engagés, mais aussi leur famille, mais aussi toute la communauté locale et le voisinage. Ce ne sont plus quatre garçons qui, en 1936, solliciteront un tel régime, mais dix-sept. En 1937, trente familles du canton se réunissent. Le presbytère est trop petit, la commune est décentrée par rapport au canton. Monsieur le Curé ne peut pas tout enseigner. Alors, à trente familles, ils cherchent un autre local au chef-lieu plus central. Ces trente familles réunissent 30 000 F et achètent une maison. Ce fut la Maison, achetée par les familles. La «Maison Familiale». Plus encore, ils engagent un technicien à l'année, eux, petits agriculteurs, et parmi eux, des migrants italiens, ils proposent le contrat suivant (nous sommes en 1938) : le technicien enseignera, il dirigera nos enfants à la Maison Familiale et nous conseillera pendant les moments disponibles. Ainsi se manifestait en France un tout premier conseiller 15

agricole. Et chez ces «petites gens», pauvres, petits propriétaires fermiers, métayers, une coopération nouvelle de familles naissait autour d'un projet d'aménagement de leur région, autour d'un projet éducatif de leurs adolescents. En 1940, se crée, au même village, une Maison pour les filles. Malgré la guerre, l'occupation, l'idée se répand. Le ministère accepte, devant les résultats, le patronage, puis la reconnaissance officielle. L'alternance se précise, les programmes se définissent. Une Union Nationale des Maisons Familiales s'organise. Le mouvement est lancé... L'esprit au départ: je l'ai trouvé inscrit dans les tout premiers cahiers des premiers élèves en 1935. Une rédaction, Mais quelle rédaction: «Écrivez à votre papa et votre maman pour donner vos premières impressions». Voilà le sujet. La rédaction rapporte tout ce qui s'est passé, ce dimanche après-midi de novembre 1935. Chacun note son arrivée avec les produits alimentaires de la semaine. Il n'y a pas d'argent, on porte en nature de la ferme, des œufs, des pommes de terre, des volailles, du vin... Les modes d'arrivée, avec son père, avec la carriole à cheval, avec une brouette, pour le plus proche. La fierté de faire son lit «comme à la caserne», fierté sans doute de courte durée. Et je lis aussi dans la rédaction de l'élève, l'aîné (il a 14 ans): «Monsieur le Curé nous fait faire le tour de notre petit village: l'église, la mairie, les maisons, partout des lézardes aux murs, bientôt et déjà des ruines. Le soir, après le repas, en veillée, Monsieur le Curé nous dit:
« Vous

avez vu ces ruines, elles sont la réalité de nos campagnes mais

aussi l'image de nos corps et de nos âmes». Et dans un grand élan de cœur, il ajouta: «C'est à vous de relever ces ruines, de refaire fleurir les campagnes» ; et il précisa en insistant: «Non, pas vous, vous avec les autres, vous et les autres». Perspective nouvelle qui porte elle-même déjà un esprit social d'ouverture à tous, anti-élitiste... nous sommes placés très loin de la préparation par l'école agricole de <<locomotives» qui entraineront demain de passifs wagons... le milieu paysan. C'est ce milieu paysan lui-même qui est pris en charge.

16

B

- LA

MAISON STRUCTURE,

FAMILIALE RURALE6 DES ANNÉES SON MODE DE FONCTIONNEMENT7

50, SA

Une faveur particulière accueille, depuis quelques années, toutes les initiatives qui se créent en vue du relèvement et de la prospérité de la profession agricole. La préparation des jeunes générations paysannes à la vie agricole a cependant été bien négligée si nous la comparons à ce qui a été fait chez les jeunes en vue de l'expansion professionnelle industrielle. Les différents secteurs d'une nation valent ce que valent les hommes qui les composent et les animent, mais ceux-ci doivent être préparés en vue de s'assurer la maîtrise des ressources et des possibilités du métier qu'ils comptent exerceL Cette préparation est indispensable à chacun pour répondre aux besoins économiques et sociaux de sa profession. La formation professionnelle des jeunes agriculteurs réapparaît, années-ci, comme un élément décisif de l'avenir de l'agriculture. ces

De tous côtés, à travers des initiatives, publiques ou privées, une véritable politique de rénovation agricole s'instaure à travers la formation professionnelle des jeunes ruraux. Des paysans nouveaux pour une paysannerie nouvelle. Vers de tels objectifs tendent des professionnels et des familiaux lorsqu'ils créent dans leur localité des Maisons Familiales d'Apprentissage Rural, vers de tels objectifs tend également le Ministère de l'Agriculture lorsqu'il accorde la reconnaissance de chacun de ces centres et l'aide de ses subventions. Parmi les réalisations actuelles, les Maisons Familiales d'Apprentissage Rural sont, en effet, une des formules les plus modernes et dynamiques de formation générale et professionnelle agricole, ou ménagère agricole. Nées d'une réalisation concrète, leur rapide développement et leur importance actuelle s'expliquent facilement car elles répondent aux besoins et aux aspirations du monde rural. Pour le monde agricole,
(6) - La première création en 1937 était tout simplement intitulée «Maison Familiale» ; en 1945, il fut décidé d'ajouter «d'Apprentissage Rural». Puis, en 1968, pour bien situer les Maisons Familiales Rurales dans le cadre de la prolongation de la scolarité, la dénomination devint «Maison Familiale Rurale d'Éducation et d'Orientation» (MFREO). En fait, actuellement, on parle surtout de Maison Familiale Rurale ou de «Maison Familiale» en ajoutant son orientation: agricole, horticole, de métiers, etc... - Extrait d'article écrit en 1953 - Archives UNMFREO

(7)

17

elles ont su dégager des structures et une pédagogie appropriées. Ce faisant et sans prétention, elles révolutionnent à leur manière les principes de l'école française. Ce sont des parents eux-mêmes qui, en 1935, près de Lauzun dans le Lot et Garonne, aidés par leur curé, l'Abbé Granereau, et grâce à son hospitalité, ont inventé ce qui deux ans plus tard devait être la première Maison Familiale d'Apprentissage Rural. Les résultats furent étonnants et plus encore l'extension Maisons, qui, après une période d'adaptation, se répandirent libération dans toute la France. de ces dès la

Une Maison en 1935, cent cinquante en 1950, en 1954 plus de trois cents, fonctionnent, réparties dans 71 départements; les unes destinées aux jeunes gens, d'autres aux jeunes filles, toutes à la formation humaine et morale de plus de 15000 jeunes ruraux de 14 à 18 ans. Base fondamentale Chaque Maison est, en effet, fondée par des pères et mères de famille qui décident de s'occuper eux-mêmes de la formation professionnelle et morale de leurs enfants. Ces parents, réunis en Association, ont la responsabilité de la marche de cette Maison tant moralement que financièrement. Ils élisent un Comité qui suit attentivement la marche de la Maison Familiale et anime la responsabilité que doit y prendre chaque parent. Régime légal La loi du 18 Janvier 1929, relative à l'apprentissage agricole, permet aux parents de s'occuper eux-mêmes de la formation professionnelle de leurs enfants. Cette loi laisse au chef d'exploitation le droit de garder son enfant en apprentissage pratique chez lui, apprentissage qu'il doit compléter par un enseignement professionnel de son choix. Le personnel Les parents engagent un Directeur ou une Directrice qualifié, tant au point de vue technique que pédagogique, s'il s'agit d'une Maison Familiale d'Apprentissage ménager, ainsi qu'un ou deux collaborateurs, moniteurs ou monitrices, également qualifiés en technique et en pédagogie. Directeur et Moniteurs expliquent et soumettent au comité des parents le programme des cours. 18

Dans les Maisons Familiales de garçons, une Maîtresse de Maison est engagée afin d'assurer la cuisine et l'économat de l'internat. Les cours Les cours sont donnés par semaines intermittentes de séjour des apprentis au Centre et de séjour dans leur famille. C'est l'alternance. Ces cours ont lieu durant les mois d'hiver et selon une durée de trois ans. Dans les semaines intercalaires de séjour dans la famille, les apprentis emportent du travail (d'observation et de notation) représentant une à deux heures par jour d'attention, travail auquel la participation des parents est nécessaire. Ainsi sont réalisés les Cahiers d'Exploitations Cahiers de la Maison. Familiales ou les

Les apprentis venant tous de la région se succèdent à la Maison Familiale par petits groupes de 12 à 20. Contrôle de l'enseignement et du fonctionnement des Maisons La loi du 18 Janvier 1929 prévoit l'examen officiel organisé par le Ministère de l'Agriculture du Brevet d'Apprentissage Agricole. Cet examen sanctionne la fin des études des apprentis à la Maison Familiale. Un service d'Inspection, organisé par l'Union Nationale des Maisons Familiales, assure le contrôle de l'enseignement qui se donne et du fonctionnement de chacune des Maisons. Recrutement des apprentis Dans la mesure où les familles sont intéressées à «Leur» Maison Familiale, le recrutement se fait aisément par eux-mêmes et, inversement, les membres de l'Association prennent davantage conscience de leurs responsabilités, du fait qu'ils se chargent du recrutement. Immeuble et matériel La Maison. Il n'est pas nécessaire qu'elle soit très grande, mais elle doit comprendre, pour quinze à vingt jeunes, une ou deux salles de cours, une cuisine assez grande ou avec une salle à manger, des dortoirs 19

ou des chambres pour les jeunes et des chambres pour mobilier doit être simple et rustique, mais convenable. associées deux activités permettant une pleine occupation des cadres: Maisons Familiales d'Apprentissage Rural, nies ou Maisons Familiales de Vacances, l'été.

les cadres. Le Souvent sont des locaux et l'hiver, colo-

L'équipement technique comprend généralement un petit laboratoire, parfois un atelier de bois ou de fer, ou un petit terrain d'expérimentation culturale pour les Maisons de garçons; du matériel ménager, un clapier et un poulailler pour les Maisons de jeunes filles. Le budget: Le budget d'une Maison Familiale n'est pas très élevé, car les jeunes apportent de chez eux les produits nécessaires à leur nourriture. Une partie de la pension doit cependant couvrir les frais généraux: salaires des cadres, chauffage, loyer, etc. Tout ceci est fixé par l'Association familiale. Le budget général peut être aidé lorsqu'une Maison Familiale est reconnue par le Ministère de l'Agriculture, par des subventions de fonctionnement. L'Association peut également solliciter d'autres concours: Conseil général, Mutualité agricole, etc. Parfois, l'Association émet un emprunt auprès de ses membres pour pourvoir aux premiers travaux et à l'achat du mobilier et du matériel. La reconnaissance du Ministère de l'Agriculture: Les Maisons Familiales sont invitées à solliciter la reconnaissance officielle du Ministère de l'Agriculture. Les Maisons Familiales reconnues gardent leur autonomie sont soumises au contrôle du Directeur des Services Agricoles. mais

Outre l'avantage moral qui se rattache à cette reconnaissance officielle, elles reçoivent les subventions de fonctionnement qui s'y rattachent et, sous certaines conditions, des prêts et des subventions d'équipement. Développement des Maisons Familiales: Si les Maisons Familiales se sont ainsi développées, depuis 10 ans, cela n'est pas dû à un engouement ou à une mode. Il y a des modes moins coûteuses et qui demandent moins d'efforts et de générosité à ceux qui les adoptent (que l'on pense simplement que dans un budget 20

général des Maisons Familiales en 1953, la part des familles a été de 205 millions sur un total de 245 millions8. Si les Maisons Familiales ont pris rapidement une telle extension, c'est parce qu'elles émergent de chaque région où elles se créent, aussi parce que la formation et l'éducation elles-mêmes se personnalisent à chaque jeune. La Maison Familiale est d'abord une institution familiale reposant sur une Association de familles. Des pères et mères de familles, de futurs parents créent la Maison mais, ensuite, la gèrent et collaborent constamment avec l'équipe de moniteurs choisis par eux. Tous les parents se réunissent, au moins trois fois par an pour mettre en commun leurs préoccupations de parents et la plupart aussi d'agriculteurs, se faire mettre au courant de la marche de la Maison et en orienter les activités. La Maison Familiale est un internat situé habituellement au cheflieu d'un canton et elle fonctionne dans la plupart des cas de la Toussaint à Pâques9. L'originalité de son fonctionnement est due au principe de l'alternance. La formule consiste à avoir les élèves en petites équipes de 15 à 20, une à deux semaines chaque mois d'hiver9, et à faire succéder ces équipes dans la Maison Familiale, ce qui réduit les besoins en locaux et en moniteurs. La richesse fondamentale de cette alternance n'est pas cet appoint de main d'œuvre à la ferme de ce trop jeune employé, c'est d'éviter toute rupture mais aussi peut-être d'offrir une confrontation entre enfants et parents, entre enfants et villages, entre la pratique à la ferme paternelle et la théorie enseignée à la Maison Familiale. Cette dernière ne donne pas à vrai dire d'enseignement pratique agricole, n'ayant ni culture ni élevage à sa disposition. Quelques initiations exceptionnelles sont seulement prévues. Les jeunes gens et les jeunes filles de 14 à 17 ans qui fréquentent la Maison Familiale n'y séjournent ainsi que 8 à 15 jours par mois9. Le reste du temps ils sont donc dans leur famille, à la ferme, au village, avec leurs camarades et leurs voisins. A ces jeunes gens, absorbés chez eux par une ambiance d'adulte où les activités pratiques et manuelles
(8) - Il s'agit des francs de 1953. (9) Actuellement le fonctionnement va de fin Août à fin Juin et comprend des modules successifs de trois semaines. Deux semaines en situation active hors du Centrc, une semaine au Centre. 21

dominent, la Maison Familiale propose aussi des séquences d'activités intellectuelles qui s'y rattachent et même y prennent appui. Cette structure pédagogique rythmée, composée de séjours à la Maison Familiale et de séjours dans la famille, ne compromettait-elle pas toute formation? A l'expérience, loin d'être un obstacle pour l'enseignement et l'éducation, cette alternance peut au contraire, en n'enlevant pas le jeune à son milieu et à la réalité concrète, servir dans un sens nouveau la formation populaire rurale, la rendre plus adaptée et plus efficace. Et ceci a été de plus en plus vrai à mesure que s'est développée la participation des parents à la formation même de leurs enfants. L'enseignement, en devenant un motif d'études, de discussions voire d'application sur la ferme et parfois au village, ne s'adressait plus alors seulement aux jeunes, mais il interrogeait les adultes et rejoignait ainsi le développement agricole immédiat.

C

- APRÈS

LA LOI DU 2 AOUT 1960 RELATIVE A L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE: DE NOUVELLES STRUCTURES SE METTENT EN PLACE

La réforme de l'enseignement de 1959 qui rendait obligatoire la prolongation de la scolarité jusqu'à 16 ans, la loi du 2 Août 1960 relative à l'enseignement et à la formation professionnelle agricole, allaient-elles permettre aux Maisons Familiales Rurales de poursuivre leur action? En effet, à cette époque, les Maisons Familiales étaient bien isolées, elles étaient seules à affirmer que leur formation en alternance ne constituait pas un enseignement à temps partiel. Au contraire, nefavorisait-elle pas un «temps plein de formation dans une discontinuité d'activité»lO. Elles seules apportaient la preuve que ce type de formation convenait particulièrement aux adolescents. Il redonnait goût aux études à des jeunes qui manifestaient leur «ras le bol» de l'enseignement à temps plein en école. Cette dernière considération prenait toute son importance dans une perspective de prolongation de la scolaritélI.

(10) - Cette expression (Il)

n'est que de 1964, c'est celle de M. Pisani alors Ministre de l'Agriculture.

la notion de formation selon un rythme approprié, - Si la loi du 2 Août 1960 introduisait il a fallu attendre 1970 pour que l'enseignement alterné soit considéré comme étant un système de formation valable: proposition du Ministre suédois de l'éducation Olof Palme à la 6ème conférence des Ministres de l'éducation européens (1969), Colloque d'Orléans (1970), Colloque de Rennes sur l'enseignement supérieur en alternance (1973).

22

Conscients du rôle que les Maisons Familiales pouvaient jouer dans la prolongation de la scolarité, les responsables des associations locales, départementales et nationales, réfléchissent à la fin des années 50 et au début des années 60 aux évolutions possibles des Maisons Familiales. Ces réflexions envisagèrent les adaptations nécessaires pour se situer dans le cadre des nouvelles lois, avec comme perspective de maintenir l'essentiel des structures des Maisons Familiales et de rester au service de tous les jeunes et du milieu rural. Le premier texte qui suit est l'exposé que fit André Duffaure lors de l'Assemblée Générale de l'Union Nationale des Maisons Familiales Rurales le 23 A vril1963. Cet exposé constitue la synthèse des travaux qui avaient été entrepris par les associations de base depuis 1961. Il met en évidence les valeurs fondamentales à respecter pour la mise en œuvre d'une formation en alternance de type intégratif telle que les Maisons Familiales Rurales la conçoivent. Cet exposé ouvre la voie sur des perspectives nouvelles en matière de formation des jeunes. Dépassant le stade d'une formation spécifiquement agricole, les Maisons Familiales vont prendre comme système de référence le milieu rural afin d'aboutir à une véritable formation générale. Fidèles à leur souci de répondre aux besoins de formation des jeunes ruraux, les responsables des différentes instances institutionnelles mirent en place de nouvelles structures: les Instituts Ruraux d'Éducation et d'Orientation (I.R.E. 0.) qui s'harmonisèrent avec les Maisons Familiales dans le cadre d'Ensembles Pédagogiques. Un Ensemble Pédagogique était constitué par le regroupement de 4 à 5 Maisons Familiales et d'un I.R.E. O., chaque établissement conservait son autonomie mais une coordination entre les différentes actions de formation était instituée.

l - UNE ÉVOLUTION TIELLES

QUI RESPECTE DES VALEURS ESSENchaque famille s'interroge:

Face aux réformes de l'enseignement,

. elle apprécie les perspectives que ces réformes apportent, . elle redoute aussi les illusions qu'elles risquent de susciter. Chaque famille projette l'avenir de ses enfants. On parle trop souvent des parents égoïstes qui ne pensent qu'à eux, on omet de parler de la grande majorité des parents qui s'oublient pour ne penser qu'à leurs enfants. En prise directe avec les familles, les Maisons Familiales sont par là même en prise directe avec la vie. Or la vie a doté les parents d'enfants divers dans leurs aptitudes: les uns sont forts en thèmes, d'autres 23

moins doués, voire même inaptes en quelque étude, et ces derniers ne sont pas toujours pour autant les moins intelligents. Tous sont pareilJement aimés. Cet ensemble composé des aptes et bien doués, de mauvais écoliers et pourtant doués, d'autres encore peu doués et cependant d'une richesse différente, constitue non plus une famille, mais un recrutement de Maison Familiale. Les exigences des parents sont grandes. Nous sentons combien cela est indépendant de ces mots fugaces que confère la richesse matérielle ou intellectuelle d'un moment, mais relève de bien d'autres valeurs. Et ces valeurs sont morales et recouvrent la connaissance de soi-même, la conquête de sa propre vie et plus encore !... Et tout cela relève aussi moins d'une instruction que du «coup d'envoi» dans la vie apporté par une bonne et virile éducation. En incidence à tout ceci et à l'évolution actuelle, il m'appartient de justifier la place et un dépassement de l'action même de nos Maisons Familiales dans cette éducation de la jeunesse rurale. Les valeurs directrices d'une évolution... Lorsque la prestigieuse équipe du regretté Gaston Berger prospectait l'avenir, cinq critères auxquels devait se soumettre l'enseignement de demain retinrent son attention. Durant l'hiver 1961-1962, sur ces critères furent basés les travaux de nos diverses réunions régionales. Rappelons-les:
a) Le monde extérieur être dans la vie? influence l'enfant. Qu'attend l'école pour

Nos adolescents nous ont depuis longtemps rappelé au respect d'une telle perspective. Disons même que l'alternance n'était pas inutile pour nous y maintenir. Cependant, être dans la vie ne se résume ni dans une affirmation ni dans une structure. C'est plus par l'utilisation adéquate de ce contact avec la vie que se réalise cette interpénétration de la vie et de l'école, de l'école et de la vie. A cet égard, Cahiers d'exploitation et de Maison12 ont fort à dire et encore à se perfectionner pour assurer cette liaison qui fait de toute la formation proposée en trois ou quatre ans de Maison Familiale, une continuité d'action. b) Renoncer à l'encyclopédisme. Personne ne peut plus «tout connaître», avoir tout lu et tout compris. Laissons donc aux jeux radiophoniques le soin de départager les «érudits» et retenons surtout que la «nécessité de faire des choix se substitue aujourd'hui à l'utilité du «savoir beaucoup» d'hief».
(12) - Moyen mis en place pour assurer le lien entre les deux séquences d'alternance. Cf. chapitre deuxième. 24

c) Après avoir renoncé à tout apprendre, les enseignants doivent accepter l'idée que ce qu'ils enseignent ne sera pas toujours valable.

La mobilité du monde dans lequel nous sommes contredit l'un des fondements de l'école traditionnelle: la possession d'une vérité à transmettre.
d) Apprendre à vivre en groupe de personnes différentes.

L'école est là encore mal placée dans sa constitution favoriser de telles confrontations.

actuelle pour

Parfois, il est soutenu que cet impérieux besoin de brassage ne peut se réaliser que si une seule institution assure sous son toit tous les types de formation. Ce n'est pas, hélas, parce que l'on se trouve en grand nombre, différents sous un même toit que les dialogues vont s'établir d'un groupe à un autre et de personnes à personnes. On observe au contraire un renforcement et une recherche d'un certain isolement de chaque groupe face aux autres, surtout si des hiérarchies de valeurs les situent entre eux. La situation des groupes jugés inférieurs aux autres peut même contrecarrer l'épanouissement de chacun des membres. Il convient de dénoncer aujourd'hui, où l'on parle si facilement de ségrégation, celle qui, si aisément, se cultive et se développe lorsque des groupes sont chargés particulièrement du mépris ou de l'indifférence des groupes voisins qui se croient supérieurs. Favoriser le dialogue, la rencontre, c'est d'abord s'assurer que chacun prend conscience d'être. Mais c'est aussi, et nous le retrouverons dans un instant, inviter les uns et les autres à développer une véritable formation générale leur assurant - quelles que soient les différenciations de tâches et les spécialisations - une possibilité de relation des uns aux autres. En conséquence:
e) <<L'éducation est un tout»

Elle n'est pas le résultat du seul temps passé à l'école, mais au contraire, ne vaut que par l'unité qui sait s'établir entre les divers milieux: milieu social, famille, école (il y a longtemps que les familles et les Maisons Familiales proclament ce point de vue). Ce milieu extra-scolaire apporte à l'adolescent la détente, la camaraderie et toute une éducation sociale. 25

Une civilisation des loisirs appelle notre jeunesse. Elle propose repos et divertissements, mais aussi possibilité de «culture». Elle peut apporter également, si nos jeunes gens n'y sont pas préparés, une oisiveté préjudiciable à leur équilibre et à leur avenir. Nous savons les conséquences que peut présenter pour nos enfants une prolongation de scolarité mal faite et nous pouvons envisager plusieurs cas de mauvaise prolongation. Celle par exemple qui lasserait une majorité de jeunes parce que les études qu'on leur propose ne les passionnent pas. Celle qui soumettrait les jeunes à des tensions d'examens et concours pas toujours équilibrantes et qui, encore à propos d'examens, «déclasserait» ceux qui ne franchissent pas ces barrières artificielles, assurant à nos sociétés des majorités d'«échoués». Celle aussi qui négligerait l'apport de disciplines morales. Celle qui enfin ferait de la rue, du chemin d'école, «du coup à faire», l'attrait principal de nos adolescents écoliers. Cette introduction vient de nous rappeler quelques-uns des impératifs qui heurtent les conceptions traditionnelles de l'enseignement. Nous pourrions repousser ces remarques en estimant qu'elles mettent en cause des systèmes de formation plus traditionnels que les nôtres. Mais elles nous concernent cependant et nous invitent à rechercher comment disposer nos propres structures afin de mieux répondre aux exigences actuelles. II - VERS DES STRUCTURES NOUVELLES

Les expériences déjà réalisées ou en cours Depuis deux à trois ans, un ensemble d'initiatives effectuées par des Fédérations Départementales de Maisons Familiales venaient s'ajouter à un certain nombre de réalisations de l'Union Nationale des Maisons Familiales d'Apprentissage Rural13 et de l'Association Nationale pour la Formation de Moniteurs Agricoles en matière de formation des jeunes adultes ruraux.

(13) - Le développement des Maisons Familiales créa très vite la nécessité de regroupements national, départemental et maintenant régional. Il existe donc une Union Nationale créée en 1942, des Fédérations départementales et régionales. Toutes ces instances sont constituées par des délégués désignés par les associations de base: 2/3 délégués parents, 1/3 délégués cadres. Elles sont des instances d'échange, de réflexion, de coordination. Elles ne constituent pas un pouvoir hiérarchique qui partirait d'en haut. Chaque association conserve son autonomie dans le cadre des statuts qui ont été adoptés en commun. 26

Parallèlement à cet effort qui visait à un dépassement traditionnelle (si l'on peut dire) des Maisons, quelques faites dans la formation des adolescents nous ont invités en cause partielle des programmes d'enseignement et très ment de la conduite de celui-ci et de la répartition de ses

de l'activité expériences à une remise particulièrematières.

Le congrès pédagogique de la fin de l'été 1962, couronné de succès, permit également de préciser un certain nombre de choix et de nous attacher à quelques options. Quelle conclusion tirons-nous de tout cela? Tout d'abord la nécessité d'organiser notre enseignement en deux périodes distinctes. En fait dans nos Maisons Familiales existent deux périodes d'activité pour lesquelles s'appliquent des réalisations distinctes mais coordonnées. Une première période concerne les adolescents sortant l'école primaire, soit du cycle d'observation et d'orientation, quentant durant trois ans la Maison Familiale. soit de et fré-

Une deuxième période recouvre une prolongation d'un an de la formation dans un autre Établissement, étroitement lié aux Maisons Familiales mais qui n'en est plus une. La nature de cette prolongation varie selon les élèves: a) pour les uns, il s'agit d'une période de perfectionnement professionnel proprement dit, b) pour d'autres, de réorientation vers des secteurs d'activités différents de ceux vers lesquels ils semblent s'être engagés, c) ou encore d'une période de perfectionnement général afin de se disposer à des prolongations d'études ou à la recherche dequalifications nouvelles. Ces deux périodes successives nous paraissent de plus en plus indispensables à la vie et aux perspectives de nos Maisons. Voyons comment les comprendre, les aménager, les rendre même indissociables. Première période (3 ans de Maison Familiale) : «du rêve au projet» J'emprunte à Gaston Berger cette image qui illustre si bien ce que devraient trouver des adolescents à mi-chemin de leurs rêves de grands enfants et de leurs projets de jeunes adultes. Gaston Berger la proposait à la réflexion des professeurs, parents et élèves de ce lycée de province où il présidait une distribution des prix. Nous souhaiterions l'attribuer pleinement à la formation proposée durant 3 ans à chaque adolescent 27