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Eléments pour une histoire des villes nouvelles

De
269 pages
Les neuf villes nouvelles françaises, décidées au milieu des années 1960, sortent tour à tour de l’exception administrative qui a protégé leur réalisation quarante années durant. Ce retour au droit commun engendre très naturellement un besoin d’histoire. Mais sur un sujet saturé de mémoire, l’histoire court le risque de se confondre avec la légende. Faire l’histoire des villes nouvelles suppose donc un préalable méthodologique. Les treize regards disciplinaires proposés ici balisent un imaginaire urbain qui se révèle moins exceptionnel que perméable aux grandes questions de l’aménagement du territoire et des politiques urbaines contemporaines.
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Éléments pour une histoire
des villes nouvelles
Éléments pour une histoire
des villes nouvelles
Actes du séminaire Temporalités et
Représentations des villes nouvelles




Sous la direction de
Loïc Vadelorge










Programme d’Histoire et d’Évaluation des
Villes Nouvelles

Éditions Le Manuscrit
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
communication@manuscrit.com


ISBN : 2-7481-4529-1 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-4528-3 (livre imprimé)

JEAN-EUDES ROULLIER
8 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES

SOMMAIRE



Préface
Jean-Eudes Roullier 11

Le préalable méthodologique : introduction à Éléments
pour une histoire des villes nouvelles
Loïc Vadelorge 15


LOGIQUE DISCIPLINAIRES 27

La région parisienne depuis les années 1930 : un
parcours du temps présent
Danièle Voldman 29

Ego histoire au service des villes nouvelles
Pierre Merlin 39

Le caractère utopique des villes nouvelles : une autre
ville pour une autre vie ?
Thierry Paquot 51

Architectures et villes nouvelles : le lieu commun
Sylvia Ostrowetsky 63

Mémoire des acteurs et histoire des villes nouvelles
Loïc Vadelorge 87


LOGIQUES TERRITORIALES 114

La genèse de l’idée de ville nouvelle dans la région lyonnaise
Marie-Clothilde Meillerand 115

La ville nouvelle de L’Isle d’Abeau : quel référentiel
pour l’action publique locale ?
Stéphane Rabilloud 131

La loi Boscher du 10 juillet 1970, ou la porte étroite
Frédéric Theulé 147

9 JEAN-EUDES ROULLIER
LOGIQUES PROFESSIONNELLES 168

L’impératif de la méthode et l’actualisation de l’urbanisme
Jean-Charles Frédénucci 169

Les conceptions architecturales dans les villes nouvelles :
tensions et articulations avec les segmentations du
marché et du groupe professionnel
Christian Sallenave 187

Le concours d’Evry I : un vecteur pour la nouvelle
culture architecturale ?
Bokshub Shong 205


LOGIQUES PIONNIÈRES 222

La première vague et son écume. Histoire et sociologie de
la génération politique des pionniers de Saint-Quentin-
en-Yvelines
Olivier Vaubourg 223

Un projet dans la ville : l’Association pour la Promotion
des Activités Socio-Culturelles à Saint-Quentin-en-
Yvelines
Yann Renaud 241


Les auteurs 263


10 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES

PRÉFACE

Jean-Eudes Roullier


Le présent ouvrage se situe dans le cadre du
« Programme d’Histoire et d’Évaluation des villes nouvelles
françaises », programme interministériel d’études et de
recherche dont le Premier Ministre m’a confié la
responsabilité par sa lettre de mission du 30 juillet 1999. Le
comité du programme, constitué par arrêté du Ministre de
l’Équipement du 20 février 2001, associe sous ma présidence
élus, personnalités scientifiques et personnes qualifiées aux
représentants de huit ministères. Le programme lui-même,
d’une durée de quatre ans, doit s’achever mi-2005.

1 Pour l’essentiel il comporte :

Des travaux de recherche autour de quatre grands
thèmes :
· Les acteurs, les idées, les méthodes, les moyens et les
choix.
· La ville et les hommes : vie sociale, mixité sociale.
· La ville dans son contexte local et régional, thème à
dominante géographique et économique.

1 Pour tout renseignement, site web : www.villes-nouvelles.equipement.gouv.fr
11 JEAN-EUDES ROULLIER
· Architecture, formes urbaines et cadre de vie.

Quatre « grands projets » :
· Sauvegarde des archives, avec la Direction des
Archives de France.
· Atlas historique et statistique, avec l’INSEE.
· Enquête sur les modes de vie, avec l’IAURIF et
l’INSEE.
· Evaluation de la politique du logement, avec le
conseil ministériel de l’évaluation.

Il nous restait, au-delà de ces formes de travail
relativement classiques, le quadruple souci :

- d’intéresser, d’aider et de mobiliser de jeunes
doctorants sur des sujets de thèse cohérents avec les
orientations du programme,
- de bénéficier de l’expérience des auteurs des
principales recherches existantes,
- de faciliter dialogue et rencontres entre chercheurs et
praticiens,
- et, plus largement, de réfléchir aux problèmes posés
par la confrontation de diverses approches
disciplinaires appliquées à l’histoire urbaine de notre
temps.

C’est l’immense mérite de Loïc Vadelorge, introduit
dans nos travaux sur le conseil éclairé d’Antoine Prost, que
d’avoir bien voulu et de savoir animer ces échanges et ces
réflexions dans le cadre du séminaire qu’il pilote
régulièrement depuis 2002 tout en leur consacrant un
considérable investissement personnel. Le présent ouvrage
n’en est qu’un premier témoignage, déjà significatif.
12 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES

Sans doute devons-nous remercier aussi, en toile de fond,
la conjonction favorable qui s’est dessinée à Saint Quentin en
Yvelines autour des relations entre l’Université et son Centre
d’Histoire culturelle des sociétés contemporaines auquel
appartient Loïc Vadelorge, la Communauté d’agglomération
et son Musée de la ville ainsi que l’École d’architecture de
Versailles.
Le séminaire, baptisé « Temporalités et représentations
des villes nouvelles françaises », réunit un public fidèle et
souvent passionné dans les locaux du Ministère de la
Recherche.
Cette publication, qui réunit les actes des séances tenues
en 2002 et 2003, n’est qu’une première étape dans un
investissement de fond qui paraît riche de promesses.


13 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES
LE PRÉALABLE MÉTHODOLOGIQUE :
INTRODUCTION A ÉLÉMENTS POUR UNE
HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES

Loïc Vadelorge


Les treize communications réunies dans cet ouvrage
résultent pour l’essentiel d’un séminaire de recherche,
organisé en 2003, dans le cadre de la Mission d’histoire et
1d’évaluation des villes nouvelles (HEVN) , en collaboration
avec le Centre d’histoire culturelle des sociétés
contemporaines de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-
en-Yvelines. On pourra s’étonner de voir ici associés une
mission d’évaluation, rattachée au ministère de l’Équipement
et un laboratoire de recherches historiques dont les travaux
n’avaient guère jusqu’alors concerné les villes nouvelles.
Certes, pour faire l’histoire des villes nouvelles, il était
souhaitable que leurs jeunes universités (Evry, Cergy,
Marne-la-Vallée et Saint-Quentin-en-Yvelines) se
mobilisent. Certes aussi, il était naturel que la dernière de ces
villes se mobilise plus que les autres, puisque dès les années

1 Les articles de Yann Renaud et d’Olivier Vaubourg, reproduits en fin de ce
volume, ont fait l’objet de communications dans un autre cadre, celui d’une
journée d’études organisée en juin 2002 à l’université de Saint-Quentin-en-
Yvelines, en collaboration avec le Musée de la Ville et la Mission HEVN, sur
le thème : « associations et villes nouvelles ». Les actes de cette journée étant
restés inédits, il nous a semblé opportun de publier ces deux articles.
15 LOÏC VADELORGE
1970, le souci d’histoire y avait été manifeste, comme
2l’atteste la création d’un écomusée. Certes encore, la
perspective de l’ouverture, à quelques encablures de
l’université, du nouveau bâtiment des archives
départementales des Yvelines, spécialement conçu pour
accueillir les archives de l’architecture et de l’urbanisme de
3la ville nouvelle , ne pouvait qu’inciter les enseignants-
chercheurs à s’investir en direction de ce secteur de la
recherche. Mais ces facteurs n’auguraient en aucune manière
de l’intérêt de spécialistes de l’histoire culturelle
contemporaine pour le thème des villes nouvelles, qui
apparaissait au premier abord comme devant relever de
l’histoire urbaine. C’est pourtant ce pari que nous avons
voulu tenir, en plaçant d’emblée la recherche à conduire sur
les rails de l’histoire des représentations urbaines.
Il nous est en effet rapidement apparu que l’un des
obstacles essentiels à la mise en œuvre d’une histoire des
villes nouvelles était qu’elle existait déjà, sous une forme il
est vrai différente de celles que pratiquent les historiens.
L’abondance des travaux, recensés à de nombreuses reprises
4dans des bibliographies impressionnantes délimitait un sujet
fleuve et décourageait à l’avance la recherche. Comment en
effet ne pas épuiser le temps du chercheur dans la lecture des
centaines d’études et de rapports produits sur les neuf villes

2 CORTEVILLE, Julie. « L’écomusée de Saint-Quentin-en-Yvelines : acteur
ou témoin de la ville nouvelle ? », Ethnologie Française, janvier-mars 2003,
p. 69-80.
3 RAMIERE de FORTANIER, Arnaud, GUERIN, Patrice et BEDIOU,
Françoise, La mémoire en poche. Guide des archives départementales des
Yvelines, Paris, Somogy Editions d’art, 2004.
4 MERLIN, Pierre. Bibliographie sur les villes nouvelles françaises et
étrangères. Presses universitaires de Vincennes, 1989 ; « Villes nouvelles de
France 1968-1998. Bibliographie », Urbanisme, supplément de juillet-août
1998 ; BRUANT, Catherine et BLAIN, Catherine (dir), Architectures et
formes urbaines en villes nouvelles : enquête bibliographique sur les sources
écrites. Rapport de recherche du LADRHAUS, 2003, dactyl., version cdrom.
www.versailles.archi.fr.
16 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES
nouvelles françaises, sans même parler des précédents
historiques et des exemples étrangers ? Comment, à
l’inverse, pouvait-on se permettre de tourner le dos à une
masse documentaire dont certains joyaux aujourd’hui oubliés
méritaient d’être relus et diffusés ? Sortir de cette quadrature
du cercle a consisté à affirmer très tôt que le regard des
historiens n’aurait d’intérêt que s’il était distancié par rapport
à la somme bibliographique existante. Faire l’histoire des
villes nouvelles ne pouvait donc en aucun cas consister à
faire la synthèse des travaux – même à caractère
rétrospectif – produits sur elles. Le digest avait déjà été fait,
5de manière brillante d’ailleurs ; il fallait donc proposer autre
chose. On a donc suggéré d’appliquer à un sujet d’histoire
urbaine classique – les villes nouvelles, comme d’autres
étudient les ZUP ou la Reconstruction – la méthodologie de
6l’histoire culturelle . Il s’agissait de considérer l’ensemble
des discours et des écrits comme un objet et non plus comme
un acquis de la recherche. En d’autres termes, il s’agissait de
mettre à distance un corpus impressionnant, non pour en
contester la validité mais pour éviter de se trouver pris au
piège de problématiques dictées de l’intérieur du sujet des
villes nouvelles.


5 LEGER, Jean-Michel, Les villes nouvelles d’Ile-de-France. Images sociales
et identité, Rapport de recherche de l’IPRAUS, juin 1997, dactyl. BEHAR,
Daniel, ESTEBE, Philippe et GONNARD, Sophie, Les villes nouvelles en Ile-
de-France ou la fortune d’un malentendu, Revue de littérature, Rapport de
recherche d’Acadie, juin 2002, dactyl.
6 Sans entrer dans un débat historiographique aussi pointu que sensible, on
soulignera le paradoxe d’une histoire urbaine qui traditionnellement se méfie
de l’histoire culturelle, tout en empruntant depuis de nombreuses années
certaines de ses méthodes. Le terme de « représentations » est généralement
préféré, par les historiens contemporains de la ville, au terme de « culture »,
qui selon eux, court le risque d’oublier la dimension nécessairement sociale
des questions d’histoire.
17 LOÏC VADELORGE
Les journées commémoratives, organisées régulièrement
à Cergy-Pontoise depuis 2001, ont démontré à l’envi que les
acteurs d’hier et d’aujourd’hui aimaient volontiers se mettre
en scène. La mémoire, pour y être vive, n’en devenait pas
moins lisse, arrimée à l’impératif de communication des
nouveaux maîtres des villes nouvelles. Ces rencontres de
Cergy, sources de réflexion pour l’historien, bien plus que
source d’information, n’en suggéraient pas moins une
méthode de travail. Pour pénétrer l’histoire des villes
nouvelles, pourquoi ne pas convier les chercheurs qui avaient
travaillé sur elles, à venir exposer l’histoire de leur
recherche ? Les chercheurs de renom ne manquaient pas sur
ce sujet, qui de Pierre Merlin à Sylvia Ostrowetsky, de
Thierry Paquot à Danièle Voldman, acceptèrent bien
volontiers de revenir sur le contexte de production de leurs
travaux, dont certains remontaient aux toutes premières
7années des villes nouvelles . Ces « logiques de recherches »
relèvent parfois de hasards biographiques, comme en
témoignent ici Thierry Paquot et Pierre Merlin. La petite
histoire flirte ici avec la grande, comme pour mieux lui
interdire de sombrer dans la reconstitution a posteriori d’un
discours construit d’emblée sur la production des villes
nouvelles. Ces « logiques de recherches » viennent aussi
nous renseigner sur l’armature conceptuelle qui a encadré la
production du discours scientifique. Les références citées par
Thierry Paquot, Pierre Merlin, Sylvia Ostrowetsky ou
Danièle Voldman, balisent un champ bibliographique
beaucoup plus diversifié que ce que l’on pouvait attendre.
Au-delà des grandes figures de la pensée urbaine des années
1960 – Henri Lefebvre en tête – nos auteurs rappellent le rôle

7 D’autres chercheurs, dont les communications trouveront place
ultérieurement, ont été associés très tôt à la réflexion. Nous pensons en
particulier à Antoine Prost et à Annie Fourcaut, dont les réflexions et les
travaux ont délimité les attendus de l’histoire urbaine du temps présent.
18 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES
des géographes, des sémioticiens, des historiens. Ils
rappellent aussi que la manière d’aborder le sujet des villes
nouvelles a pu évoluer dans le temps, en fonction des enjeux
des disciplines concernées, ici la fondation de l’Institut
d’histoire du temps présent, là le développement des
problématiques de l’espace public et de la gouvernance
urbaine.

Á côté de ces témoignages de chercheurs confirmés, le
8séminaire a aussi donné la parole à de jeunes docteurs
(Catherine Blain, Bokshub Shong, Christian Sallenave) ou à
des doctorants (Marie-Clothilde Meillerand, Stéphane
Rabilloud, Frédéric Theulé, Jean-Charles Fredenucci), dont
les attaches disciplinaires différentes permettaient de
confronter les approches en cours sur les villes nouvelles.
Outre la valorisation des travaux, leurs exposés permirent de
faire émerger le vocabulaire de référence qui balise la
rhétorique des villes nouvelles. Ce vocabulaire, dont l’usage
maîtrisé est un signe de reconnaissance dans le petit milieu
de la recherche sur les villes nouvelles, tient à la fois du droit
de l’urbanisme, tel qu’il se dessine dans les années 1955-
91975 et des premières disciplines à s’être penchées sur le
sujet : la géographie de l’aménagement du territoire et de la
ville, l’histoire de l’architecture et l’urbanisme et, plus

8 Là encore, nous n’avons pu ici retenir la totalité des trente interventions. Les
communications consacrées à la ville nouvelle du Vaudreuil ont fait l’objet
d’une publication séparée. Cf « Val-de-Reuil : jeunesse d’une ville nouvelle »,
Études normandes, 2, 2004. D’autres, concernant les apports de la sociologie
(Claire Brossaud, Lion Murard, Jean Lojkine), de l’ethnologie (Pierre Gaudin,
Caroline de Saint-Pierre), de la géographie (Isabelle Couzon, Alain Vanneph),
de l’architecture (Anne-Charlotte de Ruidiaz, Catherine Blain, René Borruey,
Eric Lengereau), de l’urbanisme (Laurent Coudroy de Lille, Jacques Longuet),
voire de la psychologie (Claude Leroy) feront l’objet d’une recension
ultérieure.
9 MERLIN, Pierre et CHOAY, Françoise (dir). Dictionnaire de l’Urbanisme
et de l’Aménagement. Paris : PUF, 2000.
19 LOÏC VADELORGE
secondairement, la sociologie urbaine et les sciences
politiques. Au-delà du repérage dans la jungle des sigles
(AFTRP, EPAVN, IAURP, MEAVN, OREAM, SCAAN,
10SAN, SDAURP, ZUP, ZAD, ZAC, ZAN, etc. ), ce lexique
méritait un décodage et une critique historique. L’enjeu de
l’interdisciplinarité telle qu’on a souhaité la pratiquer ici,
n’était pas tant de comprendre de quoi parlait l’autre, que de
questionner la neutralité du vocabulaire de référence sur un
tel sujet.
Le lexique des villes nouvelles est en effet rapidement
apparu pour ce qu’il était, un arbre occultant une forêt de
questions et d’interprétations, une fausse évidence de savoir
constitué, masquant les contradictions du sujet. Si
l’architecture des villes nouvelles est ainsi justement célèbre,
on ne peut pas pour autant parler d’ « une » architecture des
villes nouvelles. Si l’urbanisme des villes nouvelles s’est
affiché avec constance comme l’envers de celui des grands
ensembles, il n’en a pas moins été influencé par certains des
principes de la Charte d’Athènes, qui ont triomphé justement
avec les grands ensembles. Si la décision de faire des villes
11nouvelles était par essence technocratique , elles n’en furent
pas moins le résultat territorialisé de compromis complexes
entre des positions contradictoires à tous les niveaux de
l’appareil d’État. L’objet rond, qu’on présentait aux

10 Respectivement : Agence foncière et technique de la région parisienne,
Etablissement public d’aménagement de ville nouvelle, Institut
d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne, Mission d’études et
d’aménagement de ville nouvelle, Organisme régionale d’études et
d’aménagement métropolitain, Syndicat communautaire d’aménagement
d’agglomération nouvelle, Syndicat d’agglomération nouvelle, Schéma
directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne, Zone à
urbaniser en priorité, Zone d’aménagement différé, Zone d’aménagement
concerté, Zone d’agglomération nouvelle.
11 ALDUY Jean-Paul, 1979, « Les villes nouvelles de la région parisienne. Du
projet politique à la réalisation. 1963-1977 », Les annales de la recherche
urbaine, 2, 1979, p. 3-78.
20 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES
historiens, en leur resservant sans compter de belles formules
et des anecdotes croustillantes, s’est vite révélé contondant,
justifiant d’autres approches. Au-delà des « logiques de
recherche », on trouvera donc ici trois autres logiques de
production du discours scientifique sur les villes nouvelles.
La première, que nous avons nommée « logique
territoriale », part d’un constat somme toute banal. La
recherche progresse souvent à partir de monographies
locales, parce que les chercheurs peuvent, à cette échelle,
brasser la complexité des questions qui s’entrecroisent sur un
sujet donné. Cette focale ne va pourtant pas de soi pour les
villes nouvelles. Elle tend tout d’abord à invalider l’idée
d’une politique nationale des villes nouvelles, en montrant
que chaque site est unique. La problématique
d’aménagement d’une grande région lyonnaise, étudiée ici
par Marie-Clothilde Meillerand, est étroitement dépendante
du prisme rhodanien. De même, les monographies
12récemment publiées sur l’histoire d’Evry , tendent à
démontrer que le poids du territoire l’emporte très
rapidement sur les impératifs nationaux dans le devenir de la
ville nouvelle. Quel rôle attribuer alors aux organismes
nationaux comme la DATAR et surtout le Secrétariat général
du Groupe central des villes nouvelles ? Forment-ils des
fictions d’une politique d’opérations d’intérêt national dont
les ficelles seraient tirées à l’échelle locale ? Loin s’en faut
sans doute, mais cette tendance récente de la recherche,
atteste que le facteur territorial doit être réhabilité dans
l’histoire des villes nouvelles. La variable locale ne saurait se
limiter à la différenciation des plans de villes nouvelles, dans
un cadre institutionnel identique et transposable pour toutes.

12 MOTTEZ, Michel, Carnets de campagne, Evry 1965-2007, Paris,
L’Harmattan, 2003 et GUYARD, Jacques, Evry Ville nouvelle 1960-2003. La
troisième banlieue.Evry, Espaces Sud, 2003.

21 LOÏC VADELORGE
L’étude de Frédéric Theulé sur la genèse de la loi Boscher de
juillet 1970, qui on le sait va définir le cadre politico-
institutionnel dans lequel les villes nouvelles vont être
réalisées jusqu’à la loi Rocard de 1983, rappelle que la
question du rôle – politique en l’occurrence – des
collectivités locales fut très tôt posée, par les élus eux-
mêmes, au grand dam sans doute des aménageurs. Cette
proposition incite les historiens à creuser dans l’histoire des
villes nouvelles avant même les municipales de 1977, date
charnière généralement considérée comme la conquête du
pouvoir par les élus. Á l’inverse de cette thèse qui magnifie
l’émergence précoce d’un pouvoir local en ville nouvelle,
l’analyse que Stéphane Rabilloud consacre aux conceptions
de l’aménagement du territoire autour de l’Isle d’Abeau, tend
à démontrer que les premiers travaux des aménageurs
servent, trente ans après, de socle de référence pour les
politiques urbaines, dont les élus revendiquent pourtant la
prise en main. Dialogue éternel et plus complexe qu’il n’y
paraît entre la légitimité technocratique et la légitimité
démocratique. Si les « logiques territoriales » forment donc
aujourd’hui un paradigme dominant de la recherche en
histoire urbaine, elles n’en sont donc pas pour autant l’écho
scientifique de la décentralisation, dans la mesure où elles
conduisent à nuancer les chronologies toutes faites que
portent les élus locaux.

Á côté de ces logiques territoriales, on a cherché à
s’interroger sur les logiques professionnelles, qui tournent ici
autour des aménageurs et des architectes. La mémoire vive
des premiers, justement sollicitée par la Mission HEVN, a
13tendance aujourd’hui à occuper le terrain historiographique .

13 Dernier exemple en date, la publication d’une vaste enquête orale réalisée
en 1975 par MURARD, Lion et FOURQUET, François, La naissance des
22 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES
Les directeurs des établissements publics d’aménagement
des villes nouvelles, et certains des urbanistes qui s’y sont
illustrés étaient de fait aux premières loges pour observer le
14processus de fabrication de l’urbain . Convaincus d’avoir
vécu là une expérience unique et sans précédent dans
l’histoire de l’urbanisme, ils entreprennent parfois, au seuil
de la retraite de dire les liens qui ont uni leur trajectoire
professionnelle et le devenir des villes nouvelles. Ces récits
concurrencent objectivement le travail des historiens. D’où la
nécessité de mieux comprendre les cultures professionnelles
qui sont ici en jeu. Jean-Charles Fredenucci revient sur
l’univers des urbanistes-aménageurs et sur la question clé des
mutations de l’enseignement de la discipline dans les années
1960. La rupture avec le modèle de l’architecte-urbaniste,
qui avait caractérisé la période de la Reconstruction et des
premiers grands ensembles, est également soulignée par
Christian Sallenave, qui étudie les stratégies professionnelles
de la génération d’architectes qui ont travaillé dans les
années 1970 en villes nouvelles. L’auteur démontre que les
référentiels de la culture architecturale s’adaptent aux
nouvelles conditions qui régissent la profession, à compter de
la création du Plan Construction. Cette analyse stratégique
conforte celle, de nature esthétique, que Bokshub Shong
propose sur les enjeux disciplinaires du concours Evry I, qui
amènera la création des célèbres pyramides. Une fois encore,
la prétendue rupture avec les grands ensembles, ne résiste
pas à l’étude approfondie des références architecturales
mobilisées par les différentes équipes sélectionnées. Les
villes nouvelles s’inscrivent davantage dans le prolongement

villes nouvelles. Anatomie d’une décision (1961-1969), Paris, Presses de
l’ENPC, Institut Delouvrier, Programme HEVN, 2004.
14 De SAINT-PIERRE, Caroline. La fabrication plurielle de la ville.
Décideurs et citadins à Cergy-Pontoise, 1990-2000. Paris, Créaphis, 2001.
23 LOÏC VADELORGE
15d’une réflexion menée depuis la Guerre , que dans une
rupture, impulsée par un commando restreint. Pour le dire
autrement, la rupture des villes nouvelles est davantage
biographique – et en ce sens magnifiée par les témoins – que
conceptuelle.

Reste que l’histoire des villes nouvelles, en mettant
l’accent sur l’urbanisme, l’architecture ou le fait
institutionnel et politique, court le risque de s’écarter de la
question essentielle des habitants. Mais délimiter les
conditions d’une histoire sociale du peuplement des villes
nouvelles n’est pas chose aisée. La sociologie dispose d’une
avance considérable sur la recherche historique. Renouvelant
une tradition qui remonte aux travaux de Maurice Imbert et
de Monique Dagnaud, Olivier Vaubourg et Yann Renaud
proposent ici deux regards complémentaires sur l’histoire des
pionniers de Saint-Quentin-en-Yvelines. Le premier part de
la question classique de la mobilisation politique des
premiers habitants des villes nouvelles. Il restitue ici la
méthodologie mise en œuvre pour travailler sur la mémoire
des pionniers et sur la notion de génération, que les historiens
utilisent pour d’autres périodes de l’histoire. Yann Renaud
aborde la question de manière différente, via le prisme d’une
institution hors norme, l’Association pour la promotion des
activités socioculturelles, figure mythique de l’action
culturelle des années 1970, emportée par la grande mutation
des politiques culturelles nationales des années 1980. Dans
l’un et l’autre cas, le caractère exceptionnel du militantisme
pionnier est rapproché des mouvements de fonds qui

15 VOLDMAN, Danièle. La reconstruction des villes françaises de 1940 à
1954 : histoire d’une politique. Paris : L’Harmattan, 1997 mais aussi
POUVREAU, Benoît, Eugène Claudius-Petit. Un politique en architecture
(1907-1989), Paris, Le Moniteur, 2004 et FOURCAUT Annie et PAQUOT
Thierry (dir) « Le grand ensemble, histoire et devenir », Urbanisme, janvier-
février 2002, 322, p.35-88.
24 ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DES VILLES NOUVELLES
traversent le corps social de la nation. Les villes nouvelles y
regagnent une exemplarité, là où les témoins nostalgiques ne
voulaient souvent voir qu’une spécificité.

Dans la candeur initiale du projet, on escomptait tirer de
la mise à plat du faisceau de discours tenus sur les villes
nouvelles, une méthode pour délimiter la possibilité de leur
histoire. C’est moins une que plusieurs méthodes d’analyse
qui sont ici proposées. Cette diversité résulte tout d’abord de
la sédimentation des travaux produits depuis les années 1960
sur le sujet. Si certains, à l’instar des géographes, semblent
aujourd’hui avoir déserté le terrain de l’histoire des villes
nouvelles, pour se concentrer sur la politique de la ville et les
grands projets urbains, les historiens n’en sont pas pour
autant les seuls à vouloir travailler sur le matériau de
l’histoire des villes nouvelles. Les archives qui s’ouvrent
sont aujourd’hui aussi sollicitées par les sociologues, les
architectes ou les urbanistes et bien sûr, par les témoins.
Cette concurrence disciplinaire est riche de promesses,
comme l’atteste la vigueur des échanges lors des différentes
journées d’études, organisées ici ou là sur le thème des villes
nouvelles depuis 2001. L’ouvrage qu’on va lire veut attester
16de cette pluridisciplinarité , au seuil d’une recherche qui
entend pleinement participer au renouveau de l’histoire
urbaine contemporaine.






16 PAQUOT, Thierry, LUSSAULT, Michel et BODY-GENDROT, Sophie
(dir). La ville et l’urbain : L’état des savoirs, Paris, La Découverte, 2000.
25