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Elle s'appelait Lili

De
60 pages

« En arrivant chez les cousins, je remarquais une traction beige garée sur le trottoir mais ne prêtais pas d’attention aux bagages entassés sur les sièges. Pénétrant dans la petite cour, j’entendis parler vivement ; je rentrais dans la cuisine puis dans la salle à manger et je vis toute une famille que je ne connaissais pas.


Je fus surprise par le nombre de vêtements qu’ils portaient sur eux. Tante Noémie qui ne m’attendait pas spécialement, fut d’abord étonnée de me voir là puis, avec son léger accent méridional ou tout au moins ce qui lui en restait me dit :


- Babé, voici des amis de Paris, ils sont passés nous dire bonjour.


C’est ainsi que je fis la connaissance de Monsieur et Madame Philippe et de leurs trois enfants. Je n’avais que 17 ans mais je me rendis vite compte que rien n’était comme d’habitude... »


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Couverture
Copyright
Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-334-07190-1
© Edilivre, 2016
dicace
A mon père, A Eva, Lancelot, Edgar, Gaspard.
Chapitre 1
Le jardin de mon oncle Henri s’étendait de la rue du Parc jusqu’à l’Œuf. C’était à mes yeux d’adolescente un espace gigantesque clos par quatre murs de pierres sèches, où s’assemblaient des parcelles de tailles et de couleurs différentes selon les saisons. Mon grand-oncle était maraîcher et je l’ai toujours vu une bêche ou un râteau à la main penché sur une terre généreuse mais combien exigeante. En sabots de bois, sa casquette sur la tête, un gros pantalon de velours brun enserrant une ceinture de flanelle, il était toujours courbé, observant la pousse des légumes ou traquant la moindre des mauvaises herbes. Ma tante Noémie l’aidait sans relâche dans ce travail que mes parents qualifiaient d’harassant. Elle, qui, pourtant, avait quitté sa vallée du Rhône par amour, avait toujours le sourire, et malgré ses vêtements noirs, son visage avait un air de douceur pouponne que n’attristaient pas ses cheveux blancs relevés en chignon.
Pluie ou soleil on allait au jardin mais toujours avec plaisir.
Mes cousines Marie-Louise, que tout le monde appelait Zizi, et Françoise sa cadette, ne pensaient pas la même chose et voyaient le travail du jardin sûrement plus comme une corvée. Leur sœur Jeanine travaillait à l’hôpital, et Geneviève vivait à Paris. Leur frère ainé, Georges était clerc de notaire chez Maître Maupu mais à cette époque il avait déjà rejoint la résistance.
Ce jeudi de septembre 1940, je pris ma vieille bicyclette, sortis en trombe de la maison, et décidai d’aller à Fricambault où résidaient mes cousines. Malgré la présence des allemands dans la ville, Maman était tranquille et pensait qu’en étant polie et respectueuse des règles imposées je ne risquais pas grand-chose.
Je passais dans l’avenue de la République puis longeais le mail sud et dévalais la descente qui conduisait chez les cousins.
Il me restait peu de temps avant la rentrée scolaire et je voulais en profiter : après tout, la guerre ne me gênait pas beaucoup, je ne manquais de rien, je mangeais à ma faim et je m’échappais chez mes cousins quand je le désirais. Rien ne me faisait plus plaisir que de gratter la terre : oncle Henri m’avait concédé un petit bout de terrain où fleurs et petits légumes poussaient à volonté.
Maman était femme de chambre chez Mademoiselle Phélut : cette dame, qui avait perdu une jambe à la guerre de 14, habitait au « château « rue Prudhomme.
Le château Cette demeure m’impressionnait beaucoup : meublée avec un goût très sur pour l’époque, elle possédait également tout le confort sanitaire encore si rare à cette période. Mademoiselle, c’est ainsi que Maman l’appelait, était particulièrement gentille et souvent elle me conviait à boire du thé, habitude qu’elle avait prise lors d’un long séjour en Angleterre. Mais depuis que deux généraux allemands s’étaient installés chez elle, l’ambiance n’était plus la même. Mademoiselle sortait peu et Maman m’interdisait de chanter, de sauter à la corde où de rentrer brusquement dans la cuisine car elle craignait toujours que je dérange les généraux qui vivaient là depuis plusieurs mois après la réquisition brutale des lieux. L’un des deux, aimable et cultivé, adorait la musique classique et le grand salon résonnait le soir grâce à Beethoven ou à Wagner. L’autre, altier et souvent méprisant, était porté sur la gastronomie française et Maman râlait car il l’obligeait à faire de la grande cuisine : je l’entendais parfois maugréer « saleté de boche ». Papa appréciait leur présence à cause de la musique et il se rendait souvent dans le grand salon invité par Herzman avec lequel il avait de longues conversations entrecoupées de moments musicaux. Maman râlait et n’appréciait pas que Papa aille au château : il faut dire qu’elle préférait Maurice Chevalier et Tino Rossi…
Papa était typographe-linotypiste et travaillait dans l’imprimerie de la rue de la Pie, proche de l’école primaire. Il avait été incorporé dans un corps d’infirmiers de l’aviation mais avait été démobilisé en mai 1940. Proche de la Belgique il avait suivi, avec quelques amis de son bataillon, les milliers de personnes qui quittaient la zone frontalière pour échapper à l’adversaire. En arrivant chez les cousins, je remarquai une traction beige garée sur le trottoir mais ne prêtai pas d’attention aux bagages entassés sur les sièges. Pénétrant dans la petite cour, j’entendis parler vivement ; je rentrai dans la cuisine puis dans la salle à manger et je vis toute une famille
que je ne connaissais pas.
Je fus surprise par le nombre de vêtements qu’ils portaient sur eux. Tante Noémie qui ne m’attendait pas spécialement, fut d’abord étonnée de me voir là puis, avec son léger accent méridional ou tout au moins ce qui lui en restait me dit : – Babé, voici des amis de Paris, ils sont passés nous dire bonjour.
C’est ainsi que je fis la connaissance de Monsieur et Madame Philippe et de leurs trois enfants. Je n’avais que 17ans mais je me rendis vite compte que rien n’était comme d’habitude………
Mon oncle et ma tante, chose rarissime, n’étaient pas au jardin et mes cousines étaient présentes également. Je saluais tout le monde, mais ils semblèrent ne pas me voir et, regroupés autour de la table de la salle à manger, ils continuèrent à discuter en ma présence. Les mots, danger, séparation, ligne de démarcation, Sologne et vallée du Rhône se mélangeaient avec police, persécution, étoile jaune, ghetto et camps. Monsieur Philippe (c’était son nom) et l’oncle Henri s’isolèrent dans la cuisine et la salle à manger devint plus silencieuse.
Zizi nous proposa de visiter la maison et ses dépendances ; moi je partis avec Lili, c’était son prénom, pour lui montrer le petit jardin qui dominait la maison d’habitation et dans lequel nous n’allions pas souvent car l’escalier qui le desservait était dangereux. Pendant...