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La publication de cet ouvrage a bénéficié de l’appui de : L’Agence Universitaire de la Francophonie L’Agence Française de Développement La Région Rhône-Alpes L’Université Lumière Lyon 2 Le GATE, UMR 5 824 du CNRS La Ville de Lyon

Avertissement
Cet ouvrage est issu des travaux de l’« Observatoire de l’émergence en Méditerranée » créé, à l’automne 2007, par des enseignants, des chercheurs et des experts appartenant à plusieurs institutions nationales et internationales qui ont en commun l’intérêt porté aux transformations économiques, politiques, sociales et environnementales au sein de la zone Méditerranée. Les fondateurs de l’Observatoire sont affiliés notamment à l’Université Lumière Lyon 2 (Lyon, France), la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (Addis-Abeba, Éthiopie), l’Organisation Mondiale du Commerce (Genève, Suisse) et à l’Université Mohamed V Souissi (Rabat, Maroc). Les idées exprimées dans cet ouvrage appartiennent à leurs auteurs et ne sauraient d’aucune façon engager les organisations auxquelles ils appartiennent.

Sommaire
Avant propos Problématique générale de l’ouvrage

Première partie
LES IDE AU CŒUR DU PROCESSUS D’ÉMERGENCE Chapitre 1. « Une analyse empirique de l’attractivité du Maroc pour le capital étranger » (Khadija EL ISSAOUI) Chapitre 2. « La stabilité macroéconomique conditionne-t-elle l’impact des IDE sur la croissance économique ? Une étude empirique sur des pays d’Afrique, d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Asie » (Lahsen ABDELMALKI, Patrick MONNET GBAKOU, Mustapha SADNIJALLAB, René SANDRETTO) Chapitre 3. « Investissement direct vertical versus investissement direct horizontal. Quel type d’investissement affecte les spillovers dans le cas des industries manufacturières marocaines ? » (Saïd TOUFIK) Chapitre 4. « IDE et croissance dans les économies méditerranéennes : le rôle des changements structurels » (Dalila NICET – CHENAF, Eric ROUGIER)

Deuxième partie
LES DÉTERMINANTS L’ATTRACTIVITÉ SECTORIELS ET SPATIAUX DE

Chapitre 1. « Les échanges industriels entre les pays du bassin méditerranéen : application d’un nouvel algorithme de clustering sur données de flux » (Didier LEBERT, Jérôme GALLO, Hafida EL YOUNSI, Fabrice LEQUEUX, Eric ZYLA) Chapitre 2. « Analyse sectorielle du potentiel de commerce dans la zone méditerranéenne » (Karima BEN SLIMANE, Mohamed AYADI et Med Salah REJEB) Chapitre 3. « Délocalisation des Activités de Services : Attractivité des pays méditerranéens » (Karim ELASRI & Arbia CHATMI)

Chapitre 4. « Les pays émergents à l’assaut des marchés mondiaux ? Une lecture des trajectoires indienne et marocaine dans l’industrie du logiciel » (Marie CORIS et Alain RALLET) Chapitre 5. « Ouverture et externalités internationales de la recherche et développement au Maroc et en Tunisie : Une étude empirique » (Abdelkader ELKHIDER, Abdelhamid El BOUHADI et Mustapha El KCHIRID)

Troisième partie
INSTITUTIONS ET POLITIQUES PUBLIQUES DE L’ATTRACTIVITÉ Chapitre 1. « Les Institutions et l’attractivité des IDE » (Fatima BOUALAM) Chapitre 2. « Le développement des infrastructures en Algérie : quels effets sur la croissance économique et l’environnement de l’investissement ? » (Youssef BENABDALLAH) Chapitre 3. « Mondialisation et nouvelle politique industrielle en Tunisie » (Olfa Kammoun HAMMAMI & Sami HAMMAMI) Chapitre 4. « Libéralisation des services financiers et croissance économique : Évidence empirique » (Wajih KHALLOULI, Selim TOUNSI)

Conclusion
« L’espace méditerranéen : après la domination et le déclin, une possible réémergence ? » (Clotilde CHAMPEYRACHE)

Avant-propos
Cet ouvrage regroupe quelques-uns des travaux présentés lors du colloque international « Ouverture et émergence en Méditerranée » qui s’est tenu à Rabat les 17 et 18 octobre 2008. Cette manifestation a été organisée conjointement par la Commission Économique pour l’Afrique des NationsUnies (UNECA), le Groupe d’Analyse et de Théorie Économique (GATE) UMR 5824 du CNRS, l’Organisation Mondiale du Commerce. Ce colloque 2008 a constitué la seconde édition des rencontres internationales issues du programme de recherche en réseau « Analyse Économique et développement » impulsé par l’Agence Universitaire de la Francophonie. Ont également soutenu cette initiative : le service de la recherche de l’Université Lumière Lyon 2, la Direction des relations internationales de la ville de Lyon, la Région Rhône-Alpes, l’Université Mohammed V Souissi. Parmi les très nombreuses communications qui ont été présentées à l’occasion du colloque 2008, quelques-unes ont été sélectionnées pour former cet ouvrage portant sur la thématique de l’attractivité de la région. Cet ouvrage est publié grâce au concours de l’Agence Universitaire de la Francophonie. Au nom de l’ensemble des membres du réseau de recherche et du comité d’organisation du colloque, nous exprimons notre gratitude à ces institutions, et tout spécialement à l’AUF, sans qui cette rencontre n’aurait pu avoir lieu. Nous espérons que le thème de « l’ouverture et émergence en Méditerranée » retenu au moment même où s’est mise en place l’Union pour la Méditerranée contribuera à la réflexion sur le devenir de cette région, berceau de la civilisation occidentale. Dans cette partie du monde qui est le théâtre quasi permanent de violents affrontements, l’ouverture et l’intégration des économies, l’intensification des relations de partenariat entre les deux rives de la Méditerranée offrent des enjeux qui débordent largement le seul domaine de l’économie, tant il est vrai que la paix se conjugue, dans la durée avec la prospérité. Bien entendu – selon la formule consacrée – les opinions exprimées dans ce livre sont strictement celles des auteurs et n’engagent nullement les institutions auxquelles ils appartiennent. Hakim BEN HAMMOUDA Nassim OULMANE René SANDRETTO
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Problématique générale de l’ouvrage
Même si la relation entre l’ouverture des économies et leur rythme de développement est sujette à controverse, comme l’ont remarquablement souligné D. Rodrick et F. Rodiguez1, il apparaît clairement qu’un pays ne peut pas espérer se développer durablement sans s’ouvrir (sous des formes et modalités à caractériser) aux flux internationaux de capitaux et aux mouvements de marchandises. Les économies émergentes ont en effet un dynamisme qui repose aujourd’hui significativement sur leurs exportations (même si cela n’a pas toujours été le cas à tous les stages de leur émergence). La Chine, par exemple a commencé à s’ouvrir timidement et de manière graduelle à partir de 1972, tout en maîtrisant ce processus, ce qui l’a engagé, sur la voie d’un développement industriel très soutenu. Le même constat peut être fait pour 15 à 20 autres pays d’Asie et d’Amérique latine. Il convient de noter qu’un tel processus, par sa rapidité et son ampleur (la part de la population mondiale concernée) est sans équivalent dans l’histoire antérieure de l’humanité, un peu comme si le rythme du « temps de l’économie » au sens braudélien du terme s’emballait sous l’impulsion du temps propre à la globalisation. Jamais jusqu’alors, le monde n’avait connu des transformations aussi profondes et aussi rapides. Toutefois, l’Asie et l’Amérique latine ne sont pas les seuls concernés. Nous constatons en effet que les « choses bougent » en de multiples parties du monde, en particulier dans les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) même si, ici ou là, les changements s’apparentent à de simples frémissements. Sans doute serait-il hâtif d’affirmer les PSEM connaissent d’ores et déjà un processus d’émergence de même type et de même nature que celui des pays nouvellement industrialisés et à forte croissance des exportations d’Asie. Toutefois, tout observateur attentif doit constater que depuis quelques années la situation évolue dans cette région du monde. Peutêtre peut-on considérer que l’évolution que connaissent les PSEM s’apparente à ce que l’on pourrait appeler, en paraphrasant Franklin F. Mendels2 un processus de proto-émergence, c’est-à-dire la première phase de l’émergence au cours de laquelle sont graduellement réunis les prérequis d’une croissance soutenue et durable, tant au niveau institutionnel qu’au niveau économique, social, politique et culturel. C’est bien le rôle des
Dani Rodrik et Francisco Rodriguez (1999), “Trade policy and economic growth: A sceptic’s guide to the cross national evidence”, Working paper 7081, National Bureau of Economic Research, April. 2 F. F. Mendels (1972), “Proto-industrialisation: the first phase of the industrialisation process”, Journal of Economic History, XXXII.
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économistes d’aider non seulement à la compréhension des événements que nous connaissons dans le présent ou le passé récent, mais aussi de tenter de discerner les « faits porteurs d’avenir », c’est-à-dire les tout premiers symptômes, les premiers signes annonciateurs des transformations qui se produiront dans l’avenir. Peut-on espérer que la zone Est et Sud de la Méditerranée puisse devenir dans un proche avenir une zone de développement, une zone ouverte et dynamique, attractive pour les investissements internationaux et qu’ils connaissent une évolution similaire à celle de certains pays d’Asie et d’Amérique latine ? Quelles sont les conditions d’une telle émergence ? Quels sont les atouts et les handicaps des pays de la région ? Quelles sont les caractéristiques spécifiques des pays méditerranéens leur permettant d'attirer des activités en délocalisation ? Comment agissent ces déterminants de la délocalisation sur l'attractivité des pays émergents de la Méditerranée ? Quelles mesures doivent entreprendre les pays méditerranéens pour capter ces délocalisations ? L’action publique est-elle en mesure de se saisir avec courage et discernement des défis à surmonter pour faire de la région Méditerranée une « zone de paix, de démocratie et de prospérité partagée » ? Comment ces pays peuvent-ils s’insérer au mieux dans un monde d’interdépendances de plus en plus fortes de sorte à mobiliser au mieux les forces qui sous-tendent la croissance sans devenir pour autant trop vulnérables aux perturbations externes ? Après l’échec du processus de Barcelone, après les difficultés du programme MEDA et au moment où se met en place l’Union pour la Méditerranée, chacun mesurera l’importance de ces questions auxquelles cet ouvrage a l’ambition de répondre à partir des analyses de spécialistes du Nord et du Sud de la Méditerranée associés au sein de la structure de recherche en réseau créée avec le soutien de l’AUF. Parmi les principales faiblesses qui handicapent l’émergence des pays de la zone figure incontestablement l’insuffisance structurelle de leurs échanges réciproques ainsi que leurs déficits commerciaux vis-à-vis du reste du monde. Ces déficits sont eux-mêmes souvent expliqués par les carences dans les moyens mis au service de la compétitivité, laquelle à son tour est rendue responsable de l’insuffisance de l’attractivité des économies de la zone. Qu’en est-il réellement ? Face au défi de l’attractivité, les pays méditerranéens sont-ils partenaires ou rivaux ? Enfin, si des rivalités sont relevées ici ou là, ces dernières sont-elles compatibles avec la mise en œuvre de politiques de coopération industrielle, technologique et commerciale à l’échelle de l’ensemble de la zone ?

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Répondre à ces questions permet de mieux saisir la portée des évolutions enregistrées au cours des années récentes qui ont conduit nombre d’économistes à parler de la Méditerranée comme d’une « zone émergente » (ou du moins potentiellement). Plusieurs réflexions présentées lors du colloque international « Ouverture et émergence en Méditerranée » (Rabat, 17 et 18 octobre 2008) se sont attachées à mettre en évidence les facteurs qui sont au cœur de l'émergence et qui ont aidé les pays méditerranéens à commencer à réunir les conditions d'une plus grande compétitivité et d'un dynamisme renforcé. Dans cette perspective, plusieurs éléments ont été jugés essentiels sur le plan des politiques publiques, des échanges et du commerce, des structures bancaires et des systèmes de financement des économies, ainsi qu’au niveau des choix de politiques industrielles. Cependant, l'ensemble des contributions ont considéré que les IDE jouent aujourd’hui un rôle décisif dans le processus d'émergence dans l’espace méditerranéen. La première partie de cet ouvrage traite précisément de cette question. Elle met l'accent sur la place des IDE en tant qu’ils constituent le cœur même de l’amorçage du processus d’émergence par les effets de débordement (spillover effects) qu’ils sont susceptibles d’induire, par leur capacité à stimuler la croissance économique ainsi que des changements dans les structures mêmes des économies des pays de destination. La seconde partie s'intéresse plus particulièrement aux déterminants sectoriels et spatiaux de l’attractivité. En effet, si on considère que les IDE jouent un rôle important dans l'émergence, il est nécessaire de s'intéresser aux facteurs qui poussent les entreprises du Nord à privilégier certaines destinations (sectorielles et spatiales) par rapport à d'autres. Les différentes contributions de la seconde partie cherchent à apporter des éléments de réponse à cette question en utilisant différentes méthodologies et en les appliquant aux pays de la région. L'ensemble des contributions ont mis en valeur une série de facteurs qui déterminent le choix d'une destination pour les investisseurs. La troisième partie de cet ouvrage porte sur les conditions institutionnelles de l’attractivité et sur le rôle des politiques publiques : politiques industrielles, commerciales, technologiques, etc. Au-delà de la diversité des déterminants des choix des investisseurs, un consensus s'est dégagé sur l'importance et le rôle crucial joués par les institutions et les politiques publiques. Hakim BEN HAMMOUDA Nassim OULMANE René SANDRETTO
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Première partie
Les IDE au cœur du processus d’émergence
Les investissements directs étrangers ont connu une forte progression dans l'espace méditerranéen durant la dernière décennie. En effet, le mouvement de délocalisation des activités productives du Nord vers le Sud, entamé par certains pays dès le début des années soixante-dix, a été fortement renforcé à partir de la fin du siècle passé. Loin de se limiter aux activités intensives en travail, ce mouvement s'est élargi à des secteurs intensifs en capital et en haute technologie. Plusieurs études ont été faites pour comprendre la contribution des IDE aux phénomènes d'émergence des pays méditerranéens et au renforcement de leur compétitivité. Cette première partie regroupe une série de contributions s'inscrivant dans cette ligne d'analyse et qui cherchent à mieux appréhender la contribution des IDE au processus d'émergence des pays méditerranéens.

Chapitre 1. Une analyse empirique de l’attractivité du Maroc pour le capital étranger Chapitre 2. La stabilité macroéconomique conditionne-t-elle l’impact des IDE sur la croissance économique ? Une étude empirique sur des pays d’Afrique, d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Asie Chapitre 3. Investissement direct vertical versus investissement direct horizontal. Quel type d’investissement affecte les spillovers dans le cas des industries manufacturières marocaines ? Chapitre 4. IDE et croissance dans les économies méditerranéennes : le rôle des changements structurels

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Chapitre 1
Une analyse empirique de l’attractivité du Maroc pour le capital étranger Khadija EL ISSAOUI*1 Introduction
La présence des entrepreneurs étrangers au Maroc remonte au milieu du XIXe siècle (Miège, 1989 ; Le Tourneau, 1992). Cependant, la question des fondements de l’attractivité du Maroc pour le capital étranger constitue un phénomène relativement nouveau qui a pris de l'importance au début des années 1990. En effet, jusqu’aux années 1980, le comportement du gouvernement marocain à l’égard des entreprises étrangères était marqué par la méfiance. Ce changement radical dans l’attitude du Maroc vis-à-vis des investisseurs étrangers est au cœur de la problématique de l’attractivité. Il coïncide avec l’émergence de la globalisation. Ce nouveau contexte fait qu’aujourd’hui tous les pays cherchent à renforcer leur potentiel d’attractivité. Ce processus conforte la pression exercée par les entreprises étrangères sur le pays hôte (Michalet, 1999). La guerre de surenchère qui traduit une concurrence rude entre les gouvernements des pays d’accueil incite ceux-ci à recourir à des politiques de plus en plus attractives pour répondre aux besoins de plus en plus sélectifs des investisseurs étrangers. Le comment séduire les firmes multinationales est devenu une question centrale dans les politiques économiques du Maroc. C’est ainsi que l’arrivée massive des flux d’investissement direct étranger (IDE) à partir des années 1990 s’explique notamment par l’apparition des premières opérations de privatisation, par l’assainissement du cadre macroéconomique et par l’amélioration du secteur privé (Femise, 2004). Dans la première section, nous rappelons les soubassements théoriques de l’attractivité et définissons notre modèle empirique. Dans la seconde section, nous analysons les résultats des estimations. Enfin, une conclusion permet
1

* Professeur Assistant. Département de gestion. Université Mohammed V Rabat-Agdal.

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d’échafauder plusieurs scénarios quant à l’investissement étranger dans le secteur industriel marocain.

1. Présentation du modèle
Après un rappel théorique des déterminants de l’investissement direct étrangers, nous tentons de définir notre modèle empirique. 1.1. Rappel théorique Les cadres d’analyses théoriques de l’attractivité sont multiples. La littérature existante regroupe des aspects propres à la firme et des caractéristiques concernant le pays. La théorie de la firme fondée sur l’organisation industrielle représente un apport considérable dans les explications de la production internationale. La multinationalisation est l'un des aspects les plus marquants de la stratégie et de l'organisation des firmes depuis la fin des années 1960. Développé à partir des États-Unis et de la Grande-Bretagne, le phénomène s'est étendu à l'ensemble des pays en développement à la fin des années 1980. Les premières analyses théoriques sur la multinationalisation de la firme, qui ont mis l'accent sur les structures de concurrences imparfaites et les oligopoles, ont débuté à la fin des années cinquante. Citons par exemple la théorie de cycle de vie du produit (Vernon, 1966), la théorie de l'internalisation (Hymer, 1968) et la théorie de la diversification des produits (Caves, 1971 ; 1974). Deux points communs caractérisent ces travaux. Le premier est qu’expliquer les raisons qui incitent une firme à devenir une multinationale constitue la problématique centrale. Le deuxième est que ces auteurs ont pris le cas des États-Unis comme modèle de pays investisseur. À partir des années soixante-dix, nous avons assisté à une nouvelle tentative, plus pertinente, d’explication des investissements directs étrangers. En effet, la théorie éclectique ou le paradigme OLI1 fondé par Dunning (1993) permet de comprendre le phénomène d’implantation des firmes multinationales à la fois dans les économies développées et dans les économies en développement. L'idée centrale qui découle de cette théorie est que la firme ayant un avantage spécifique (Ownership)2 choisit d'investir dans une

Le paradigme OLI désigne : O : Ownership ; L : Localisation ; I : Internalisation. Un avantage spécifique désigne des brevets, un avantage technologique, un savoir-faire ou des connaissances spécifiques, des modèles, des secrets commerciaux, des marques déposées, un accès privilégié au marché, des économies d'échelle ou de gamme, etc.
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localisation attrayante pour exploiter cet avantage et internaliser ses coûts de production. Comment peut-on définir une localisation attrayante ? L’attractivité d’un pays pour les investisseurs étrangers se fonde sur une combinatoire de variables et ne peut pas se résumer à un seul facteur. D’une manière plus générale, les études économétriques se sont intéressées aux coûts du travail, à la qualité de la main-d’œuvre, des infrastructures et des institutions, au rôle joué par les politiques économiques nationales (politiques commerciales, politiques de change, politiques d’incitation fiscale, etc.) et à la taille du marché. Par exemple, la combinatoire de variables explicatives trouvée par Root et Ahmed (1978 ; 1979) se compose de la taille du marché, de la qualité de l’infrastructure, de l’ouverture commerciale, du niveau d’intégration économique, de la stabilité politique et de la politique du pays d’accueil. En outre, selon Wheeler et Mody (1992), la combinatoire de facteurs significatifs se compose d’une grande taille du marché, des coûts moins élevés de la main-d'œuvre et de l'agglomération industrielle qui désigne une infrastructure développée et une croissance industrielle rapide. Cependant, l'impact de ces facteurs, ajoutent Wheeler et Mody, dépend du niveau de développement du pays d'accueil et du secteur choisi par la firme multinationale. Pour les pays en développement, l'IDE dans le secteur électronique est sensible à la qualité des infrastructures et aux coûts de la main-d'œuvre. Quant aux pays développés, la taille du marché et l'agglomération industrielle, en particulier le niveau des investissements directs étrangers et le degré de l’industrialisation, sont les principaux déterminants à la fois dans le secteur électronique et dans le secteur manufacturier. Ce qui signifie que la qualité des infrastructures n'est plus une entrave de localisation des investisseurs étrangers dans les pays développés où la présence des services de support spécialisés compte plus que la qualité de l'infrastructure. Axarloglou (2005), quant à lui, constate, au moyen d’un modèle de panel à effets fixes et à effets aléatoires, que les facteurs pouvant rendre un État plus attractif que les autres États concurrents se composent de la productivité du travail, des dépenses réelles relatives par tête consacrées à l’éducation supérieure et de la stabilité sociale. Néanmoins, avec le processus de la globalisation, les activités économiques ont de plus en plus tendance à la fragmentation. Ainsi, les théories des stratégies de fragmentation productives développées par Kierzowski (2001) viennent éclairer davantage la théorie de la firme et sont plus adaptées à l’explication de l’implantation des firmes multinationales dans les pays en développement. Ces théories décrivent les modèles d’IDE de type vertical reposant sur la réduction des coûts de production. En effet, la littérature indique qu’il existe deux modèles d’investissements directs étrangers : IDE
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de type horizontal et IDE de type vertical. Traditionnellement, l’IDE était motivé par l’existence des barrières commerciales (argument du tariff jumping)3. Ainsi, les économies fermées ou protégées ont été plus attractives que les économies ouvertes. Autrement dit, le niveau de protection d’une économie et sa taille du marché ont été les principaux facteurs qui déterminent le choix entre IDE et exportation. Ceci implique une relation de substitution entre IDE et exportation et donc engendre un modèle d’IDE de type horizontal. Si Brainard (1993, 1997) développe une théorie donnant à l’IDE une logique horizontale, Hanson, Mataloni et Slaughter (2001) ainsi que Head et Ries (2004) défendent la logique verticale des IDE. L’IDE de type horizontal se produit dans les pays ayant une grande taille du marché, où les barrières commerciales ne sont pas considérées comme un facteur dissuasif, et qui se caractérisent par un niveau de développement similaire à celui du pays d’origine d’investissement. À l’inverse, l’IDE vertical se produit dans les économies ouvertes, où les barrières commerciales sont moins élevées, et n’ayant pas le même niveau du développement du pays d’origine d’investissement. À ces facteurs s’ajoute l’importance des biens intermédiaires dans le cas des modèles d’IDE de type vertical. 1.2. L’estimation empirique Nos données agrégées et sectorielles proviennent des enquêtes annuelles réalisées par le Ministère de l'Industrie, du Commerce et de la Mise à Niveau de l'Économie (MICMANE). Elles sont exprimées en milliers de dirhams. Notre étude empirique concerne 20 branches industrielles et porte sur la période 1990-2004. Ce choix de la période est justifié en fonction de la disponibilité des données. Ainsi, nous disposons d’un échantillon cylindré (les T observations sont disponibles pour chacun des N individus). Au final, le panel est constitué de 300 observations. Les études économétriques qui visent à expliquer l’attractivité pour les IDE utilisent souvent des données au niveau du pays ou au niveau de firme. D’une manière plus générale, plusieurs mesures d’IDE ont été utilisées pour évaluer soit ses effets soit ses déterminants. Pour analyser les facteurs explicatifs des IDE, les auteurs utilisent le ratio d’IDE en pourcentage de PIB pour contrôler la taille du marché (Akinkugbe, 2003 ; Asiedu, 2003 ; Singh et Jun, 1995 ; Hassane et Zatla, 2001). Singh et Jun distinguent les pays à faible flux d’IDE et les pays recevant beaucoup d’IDE alors qu’Akinkugbe, Asiedu et Hassane et Zatla utilisent un panel de pays sans
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L’argument du tariff-jumping signifie que la pénétration d’un marché étranger à travers les IDE est motivée par l’existence des barrières tarifaires.

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aucune autre distinction. Enfin, Bouoiyour (2007) exclut la privatisation des flux d’IDE entrants au Maroc pour examiner ses déterminants. Pour notre part la variable dépendante est exprimée par le stock relatif d’IDE qui est égal au rapport entre le capital social étranger investi dans la branche i à l’année t et le capital social total investi dans la branche i à l’année t :

IDE it = stock relatif d ' IDE it =

cse it cst it

(1 )

cseit est le capital social étranger investi dans la branche i à l’année t ;
cstit désigne le capital social total investi dans la branche i à l’année t. i = branche, t = temps, i = 1,…20 ; t = 1990,…2004 ;

NT = 300 observations. Concernant les variables explicatives, nous utilisons le salaire moyen relatif, la productivité apparente relative du travail, la qualité de la main-d’œuvre, la densité industrielle, les politiques orientées vers l’extérieur et un ensemble de variables variant seulement selon la dimension temporelle. Tout d’abord, en ce qui concerne le marché du travail, nous utilisons le logarithme du ratio établi entre le salaire moyen des EAPE et le salaire moyen des entreprises marocaines. Par définition, le salaire moyen est calculé par le rapport entre les frais de personnel et l’effectif employé (permanent et saisonnier). Ainsi, notre indicateur du coût du travail est défini par le rapport suivant :

  lsmrit = ln   
Où : − − −

fpfrit efrit fpmit em it

   = ln sfrit   sm   it  

   

(2 )

lsmrit désigne le salaire moyen des EAPE relativement au salaire moyen des entreprises marocaines ; fpfrit désigne les frais de personnel des EAPE dans la branche i à l’année t ; efrit est la main-d’œuvre totale employée par les EAPE dans la branche i à l’année t ;
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− − − −

sfrit désigne le salaire moyen des EAPE ; fpmit désigne les frais de personnel des EM dans la branche i à l’année t ; emit est la main-d’œuvre totale employée par les EM dans la branche i à l’année t ; smit désigne le salaire moyen des EM ;

En outre, certains travaux empiriques montrent que l’effet de la productivité du travail est incontestable. Axarloglou (2005) trouve que l’amélioration de 10 % de la productivité relative du travail d’un État dans une industrie donnée est de nature à augmenter sa part des flux d’IDE entrants de 5 % relativement aux autres États concurrents. La productivité apparente du travail est égale au rapport entre la valeur ajoutée et l’effectif total. Dans notre modèle empirique, la productivité apparente relative du travail est définie par le logarithme du rapport entre la productivité apparente du travail des EAPE et la productivité apparente du travail des EM :

 vafr it  efrit lptrit = ln  vamit   em it
Où : − − − − − − −

   = ln pfrit    pm     it   

(3)

lptrit désigne la productivité apparente relative du travail de la branche i à l’année t ; vafrit est la valeur ajoutée des EAPE engendrée dans la branche i à l’année t ; efrit désigne la main-d’œuvre totale employée par les EAPE dans la branche i à l’année t ; pfrit est la productivité apparente du travail dans les EAPE ; vamit est la valeur ajoutée des EM engendrée dans la branche i à l’année t ; emit désigne la main-d’œuvre totale employée par les EM dans la branche i à l’année t ; pmit est la productivité apparente du travail dans les EM ;

Les investisseurs étrangers sont également attirés par la présence d’une main-d’œuvre qualifiée. L’analyse théorique réalisée par Moati et Mouhoud
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(1994) montre que les changements structurels de l'environnement des entreprises se sont traduits par l’évolution d'un lieu de combinaison optimale de facteurs de production génériques – le critère de sélection est la capacité des entreprises à optimiser le rendement des facteurs en sélectionnant la meilleure combinaison – à un lieu de combinaison de compétences et d'apprentissage de nouvelles connaissances à partir des facteurs spécifiques. Pour tester l’effet de la qualité de la main-d’œuvre nous utilisons, à l’image des travaux empiriques de Latreille et Varoudakis (1997) pour le cas du Sénégal et de Bouoiyour et Toufik (2002) pour le cas du Maroc, le logarithme du ratio entre les écarts de salaires des EAPE et ceux des EM. Formellement, il s’agit du rapport suivant :

  lkhr it = ln    

fpfr it  − smig t  efrit  = ln  khfr it   khm fpm it  it  − smig t  em it 

   

(4 )

Ce rapport consiste à calculer l’écart de la masse salariale par tête par rapport au SMIG. Autrement dit, il s’agit de calculer l’écart entre le salaire moyen et le salaire minimum. Où : − − − − − − − fpfrit représente les frais de personnel des EAPE dans la branche i à l’année t ; efrit représente la main-d’œuvre employée par les EAPE ; smigt est le smig annuel à l’année t ; khfrit désigne le capital humain des EAPE dans la branche i à l’année t; fpmit correspond aux frais de personnel des entreprises entièrement marocaines dans la branche i à l’année t ; emit désigne l’effectif total des entreprises entièrement marocaines dans la branche i à l’année t ; khmit est l’indicateur de capital humain des entreprises marocaines dans la branche i à l’année t.

Le signe attendu est positif. Les EAPE sont sensibles à l’amélioration de la qualité de la main-d’œuvre.

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Pour rendre compte des effets de la densité industrielle, nous introduisons le logarithme du ratio entre le nombre des EAPE (nbfrit) et celui des EM (nbmit) :

 nbfrit ln brit = ln   nbm it 
Où : −

   

(5 )

lnbrit désigne le logarithme du rapport entre le nombre des EAPE dans la branche i à l’année t et le nombre des EM dans la branche i à l’année t ; nbfrit est le nombre des EAPE dans la branche i à l’année t ; nbmit est le nombre des EM dans la branche i à l’année t. Le nbmit égal à la différence entre le nombre de l’ensemble des entreprises manufacturières (nbtit) et le nombre des EAPE (nbfrit).

− −

Plusieurs indicateurs ont été utilisés pour mesurer les effets d’agglomération. Wheeler et Mody (1992) utilisent la qualité de l’infrastructure, le degré d’industrialisation et le niveau d’investissement direct étranger, Axarloglou (2005) utilise la part de l'emploi d’État d’Amérique dans l’emploi total. En ce qui nous concerne, nous ne disposons pas de données concernant les effets de voisinage positif ou les effets de liaisons qui existent entre les entreprises manufacturières implantées au Maroc. Par suite, le nombre d’entreprises est utilisé comme un indicateur de la densité industrielle et non pas de l’effet d’agglomération. Nous nous attendons ici à un signe positif suggérant que l’existence d’un nombre élevé de groupes multinationaux comme par exemple Fiat, Philips, Aventis, Renault, etc. est un facteur d’attractivité pour les futurs investisseurs étrangers. Le taux d’exportation des EAPE relatif à celui des EM est utilisé comme indicateur des politiques orientées vers l’extérieur. Les travaux conduits par Hein (1992) et Lucas (1993) montrent que les stratégies orientées vers l’extérieur ont un effet fortement significatif sur les IDE :

r expit =
Où : − −

exfrit exmit

(6 )

rexpit désigne le rapport entre le taux d’exportation des EAPE et celui des EM dans la branche i à l’année t ; exfrit est le taux d’exportation des EAPE dans la branche i à l’année t
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exmit représente le taux d’exportation des entreprises marocaines dans la branche i à l’année t

Nous nous attendons ici à un signe positif suggérant que l’ouverture du Maroc est déterminante pour les entreprises étrangères. Quatre indicateurs à dimension temporelle sont testés. − Le premier est un indicateur de la compétitivité-prix de l’économie marocaine. Cet indicateur est mesuré par le logarithme du taux de change réel par rapport aux 15 pays de l’Union européenne retardé d’un an. L’effet du taux de change sur le capital étranger est ambigu. Bénassy-Quéré, Fontagné et Lahrèche-Révil (1999) soulignent que l’effet du taux de change réel sur les IDE dépend de la destination des biens produits. Nous nous attendons à ce que toute augmentation du taux de change réel, c’est-à-dire une dépréciation du dirham, affecte positivement le capital social étranger réel. Le second est un indicateur de la taille du marché mesurée par le logarithme du PIB par tête. La littérature indique que l’effet de la taille du marché dépend de la stratégie menée par la firme multinationale. Ainsi, quand celle-ci vise à faire du pays une plateforme d’exportation, la taille du marché local ne joue aucun rôle. Dans ce sens, Singh et Jun (1995) constatent que la taille du marché est une variable non significative dans les pays à faible flux d’IDE. En revanche, lorsque la firme multinationale s’implante à l’étranger pour vendre localement ses produits, la taille du marché domestique devient un facteur déterminant de la localisation. Dupuch et Milan (2003) concluent que la taille du marché joue un rôle déterminant dans l'attraction des IDE. Le signe attendu est positif, les investisseurs étant attirés par la possibilité de satisfaire le marché local marocain. Le troisième est un indicateur de la qualité de l’infrastructure. À l’image des travaux de Hassane et Zatla (2000 ; 2001) et de Canning (1998), nous construisons, à partir de l’analyse en composante principale (ACP), un indice synthétique de l’infrastructure. Les trois variables retenues sont : la puissance électrique, le nombre de lignes téléphoniques fixes et la densité du réseau ferroviaire. Ce choix des variables est justifié en fonction de la disponibilité des données. La corrélation entre les trois mesures retenues lorsque celles-ci sont pondérées par la population et, pour la densité du réseau ferroviaire, par la superficie du Maroc, est importante. Cette corrélation peut, dès lors, être exploitée pour réduire la dimension de la variable de la
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qualité de l’infrastructure. Ainsi, en utilisant l’analyse en composantes principales, avons-nous construit un indice annuel synthétique de l’infrastructure du Maroc sur la période 1990-2004 qui reproduit au mieux la variance des trois indicateurs. − Le quatrième est un indicateur des stratégies de fragmentation productive. L’étude réalisée par Menegaldo, Palmero et Roux (2004) indique que l’économie marocaine est fortement impliquée dans le processus de fragmentation de la chaîne de production. Selon l’enquête Conjoncture (2003), 34 % des investisseurs interrogés affirment que la variation des prix d’approvisionnement des matières premières est un facteur déterminant de la variation de leurs coûts de production. La part des importations des biens intermédiaires dans les importations globales en provenance du monde provenant de la base Chelem est utilisée comme indicateur des stratégies de fragmentation productive. Cet indicateur est retardé de deux ans pour prendre en compte les stratégies d’anticipation des EAPE quant à leur approvisionnement en pièces et composants. Nous nous attendons alors à un signe positif.

2. Analyse des résultats
Le tableau 1 reprend l'ensemble des résultats. Dans la spécification (S.1), le test d’Hausman suggère d’accepter l’hypothèse nulle et donc de garder le modèle à effets aléatoires. Les résultats indiquent que si le salaire moyen des EAPE augmente plus rapidement que le salaire moyen des entreprises marocaines, alors la part du capital social étranger dans le capital social total diminuera. En revanche, un accroissement plus rapide de la productivité du travail des EAPE que celle des entreprises marocaines est associé à une progression de la part du capital social détenu par les étrangers. Nous précisons que notre modèle ne consiste pas à comparer les salaires du Maroc avec ceux des autres pays concurrents puisque nous supposons que les entreprises étrangères sont déjà implantées durant les quinze dernières années. Il s’agit d’un modèle d’attractivité ex post. La particularité de nos résultats est qu’ils mettent en lumière l’existence d’un effet de concurrence entre les EAPE et les EM.

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Tableau 1 : La modélisation en données de panel de la part du capital social étranger dans le capital social total
IDEit =

cseit cstit

cseit est le capital social étranger investi dans la branche i à l’année t ; cstit est le capital social total investi dans la branche i à l’année t ; Modèle à effets aléatoires Modèle à effets fixes lsmr lptr lkhr lnbr rexp exm exfr Nombre d’observations R2 within between Hausman F(19, 268) 284 0,13 0,13 2.05 [0.8419] (S.1) -1.199 (-3.98)*** 0.055 (3.13)*** 0.981 (4.00)*** 0.042 (2.94)** 0.001 (1.48) (S.2) -0.94 (-3.42)*** 0.073 (4.74)*** 0.773 (3.40)*** 0.048 (3.90)***

-0.045 (-0.76) 0.292 (7.37)*** 294 0,27 0,33 48.17 [0.0000] 19.97 [0.0000]

Notes : Les valeurs entre parenthèses correspondent aux t-student et les valeurs entre crochets désignent les p-value. * significatif à 10 %, ** significatif à 5 %, ***significatif à 1 %. Source : tableau réalisé par nos soins à partir des régressions effectuées sous Stata 9.

L’Économiste (1993) semble confirmer notre conclusion en soulignant que « l'entreprise doit tenir compte de sa masse salariale globale qui ne doit pas être supérieure à celle de ses concurrents ». Dans ce sens, nous observons que l’effet salaire est plus important que l’effet productivité du travail puisque le coefficient du lsmr (1,2) est 21,8 fois plus élevé que celui du lptr

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(0,05). Ce qui signifie que les EAPE installées au Maroc ont été influencées davantage par les coûts du travail que par la productivité. D’autre part, l’amélioration plus rapide de la qualité de la main-d’œuvre des EAPE relativement à celle des entreprises marocaines induit une augmentation significative de la part du capital social étranger dans le capital social total. Les principales caractéristiques de la qualité de la main-d’œuvre marocaine sont énoncées dans les résultats de l’enquête ICA (2005) : abondance de diplômés des universités, manque d’ingénieurs ou de diplômés issues des facultés des sciences, pénurie dramatique d’ingénieurs dans certains secteurs de pointe comme les technologies de l’information, formations inappropriées aux besoins des dirigeants des entreprises. Quant à l’effet de la densité industrielle, il semble que si le nombre des EAPE s’accroît plus rapidement que celui des EM, alors la part du capital social détenu par les étrangers augmentera. En effet, l’existence d’un nombre élevé de groupes multinationaux comme par exemple Fiat, Philips, Aventis, Renault, etc. est un facteur d’attractivité pour les futurs investisseurs étrangers. Enfin, nous constatons que le ratio relatif du taux d’exportation est non significatif. Ce résultat suscite notre curiosité et nous invite à éclater l’indicateur des politiques orientées vers l’extérieur. C’est ainsi que nous distinguons dans une deuxième spécification (S.2) le taux d’exportation des EAPE et celui des EM. Dans la régression (S.2), le test d’Hausman rejette l’hypothèse nulle au seuil de 1 % et indique que le modèle à effets fixes est le plus adapté à cette spécification. Tout d’abord, nous observons que l’introduction du taux d’exportation des EAPE fait doubler le R2 between et within ce qui suggère le rôle très important de cette variable dans l’accroissement de la part du capital social détenu par les étrangers. En revanche, le taux d’exportation des entreprises marocaines n’influence pas la part du capital social étranger dans le capital social total. Ce résultat nous permet de conclure que les entreprises exportatrices sont en majorité des EAPE et que le Maroc est une plate-forme d’exportation attractive. Pour compléter notre analyse empirique, le tableau 2 résume les résultats des régressions où nous ajoutons à chaque fois à la spécification (S.2) les indicateurs explicatifs à dimension temporelle.

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Tableau 2 : L’estimation de la part du capital social étranger dans le capital social total avec le modèle à effets fixes
Variable dépendante :

cseit cstit

cseit est le capital social étranger investi dans la branche i à l’année t ; cstit est le capital social total investi dans la branche i à l’année t ; (S.2) (R.1) (R.2) (R.3) (R.4) lsmr -0,949 (-3,42)*** lptr lkhr lnbr exm exfr ltcrt-1 lpibt infra bimt-2 Nombre d’observations R2 within between Hausman F(19, 267) 294 0,27 0,33 48,17 *** [0,0000] F(19, 268) =19,97*** [0,0000] 294 0,32 0,43 49,33*** [0,0000] 20,32*** [0,0000] 294 0,29 0,39 45,92*** [0,0000] 19,71*** [0,0000] 294 0,33 0,57 36.80*** [0,0000] 19,86*** [0,0000] 0,073 (4.74)*** 0,773 (3,40)*** 0,048 (3,90)*** -0,045 (-0,76) 0,292 (7,37)*** -1,014 (-3,76)*** 0,078 (5,22)*** 0,815 (3,70)*** 0,068 (5,28)*** -0,071 (-1,23) 0,272 (7,03)*** 0.432 (4,27)*** -1,001 (-3,64)*** 0.076 (5,02)*** 0,807 (3,58)*** 0,065 (4,74)*** -0.058 (-0,99) 0,273 (6,89)*** -0,739 (-2,74)*** 0,078 (5,28)*** 0,583 (2,63)*** 0,073 (5,64)*** -0,064 (-1.12) 0,268 (7,03)*** -0,851 (-3.10)*** 0,073 (4,81) 0,688 (3,06)*** 0,054 (4,41)*** -0,055 (-0,94) 0,287 (7,39)***

0,232 (2,69)*** 0.014 (4,87)*** 0,625 (3,37)*** 294 0,31 0,39 45,93*** [0,0000] 20,07*** [0,0000]

Notes : Les valeurs entre parenthèses correspondent aux t-student et les valeurs entre crochets désignent les p-value. * significatif à 10 %, ** significatif à 5 %, ***significatif à 1 % ; Source : tableau réalisé par nos soins à partir des régressions effectuées sous Stata 9.

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Les estimations de la colonne (R.1) montrent que l’effet du taux de change réel est positif et significatif. Ainsi, la dévaluation du dirham augmente la compétitivité marocaine, diminue les coûts de la main-d’œuvre, favorise les exportations du Maroc et par conséquent attire les industriels étrangers. En outre, la colonne (R.2) montre que la taille du marché marocain a un effet positif et significatif. Nous observons que l’introduction du PIB par tête renforce la significativité du salaire moyen relatif et de l’indicateur du travail qualifié puisque les coefficients de régression passent respectivement de 0,95 à 1,02 et de 0,77 à 0,81 point de pourcentage. En revanche, l’introduction de la taille du marché marocain maintient la significativité du taux d’exportation des EAPE. Ce résultat signifie que les deux indicateurs expliquent en même temps la part du capital étranger dans le capital total. Cependant, si nous considérons l’économie marocaine comme plate-forme d’exportation, alors la taille du marché ne devrait jouer aucun rôle. Par ailleurs, la colonne (R.3) montre que l’indice synthétique de l’infrastructure a un effet positif et significatif. Enfin, la colonne (R.4) indique que la part des importations des biens intermédiaires dans les importations globales en provenance du monde est très significative. Le coefficient est considérable (0,63) ce qui tend à montrer que le Maroc est fortement impliqué dans les stratégies de fragmentation productive (Menegaldo, Palmero et Roux, 2004). En effet, l’augmentation d’un point de pourcentage de la part des importations des biens intermédiaires dans les importations totales en provenance du monde engendre un accroissement (deux ans après) de 0,63 point de pourcentage de la part du capital social étranger dans le capital social total.

Conclusion
Nous avons essayé d’estimer le stock relatif d’IDE mesuré par la part du capital social étranger dans le capital social total. Le modèle utilisé nous a permis d’expliquer l’attractivité / firme ex post relative. Ce modèle teste la pénétration effective du capital social étranger dans l’économie marocaine, en prenant en compte les interactions entre les EAPE et les EM. Au moyen du modèle de panel à effets fixes et à effets aléatoires, nous constatons la forte sensibilité des EAPE à la dynamique des salaires de l’économie marocaine. Nos résultats confirment l’importance des politiques orientées vers l’extérieur et tendent à montrer la prédominance du modèle d’IDE de type vertical. Néanmoins, la taille du marché joue également un rôle dans l’attraction du capital étranger. Nous expliquons ce paradoxe par l’existence d’un comportement spécifique à chaque secteur. Premièrement, les EAPE qui investissent dans les industries du textile-habillement et du cuir, mécaniques-métallurgiques et électriques-électroniques mènent des
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stratégies verticales motivées par la minimisation des coûts de production et par les politiques d’ouverture économique. Deuxièmement, celles qui s’intéressent aux industries agroalimentaires et chimiques-parachimiques (ICP) mènent des stratégies horizontales qui consistent à produire pour servir les consommateurs marocains. En revanche, nous ne pouvons pas nous prononcer quant aux secteurs dans lesquels les EAPE combinent les deux types de stratégies. Cette question mérite des recherches ultérieures.

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Chapitre 2
La stabilité macroéconomique conditionne-t-elle l’impact des IDE sur la croissance économique ? Une étude empirique sur des pays d’Afrique, d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Asie Lahsen ABDELMALKI*, Patrick MONNET GBAKOU** Mustapha SADNI ***, René SANDRETTO *1 Introduction
L’une des manifestations les plus spectaculaires de la globalisation au cours du dernier quart de siècle a été l’expansion vertigineuse des flux d’investissements internationaux, dont une partie notable (environ 40 %) s’oriente vers les pays en développement. Les données publiées par la CNUCED, montrent par exemple que les flux d’IDE à destination des pays en développement ont été multipliés par sept au cours des années 1990, alors que le stock d’IDE a quintuplé au cours de la même période. Au cours des années 2000, le processus s’est poursuivi à un rythme élevé bien qu’un peu moins soutenu, puisque les flux internationaux d’investissements entrants dans les PED ont progressé à nouveau de 52 % entre 2001 et 2005, de 21 % en 2006 et de 16 % en 2007. Une telle progression est sans précédent historique. Le contraste est en effet saisissant entre la période qui précède et celle qui suit le milieu des années 1980. Avant 1985, les IDE progressaient à peu près au même rythme que le commerce mondial. À l’inverse, après 1985, on, assiste à une déconnexion très nette entre les taux de progression de ces deux flux. La croissance des IDE est beaucoup plus rapide que celle des échanges internationaux et, a fortiori que celle de la production à l’échelle planétaire. Ce constat a pu conduire certains analystes à diagnostiquer que la globalisation, portée par cette brusque accélération
1

(*) GATE-CNRS Université de Lyon. (**) Post-Doctorant Geary Institute. Irlande. (***) Organisation Mondiale du Commerce.

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aurait commencé en… 1985. Un autre aspect remarquable de cette évolution est que tous les groupes de pays sont concernés par cette expansion des IDE : les pays développés au sein desquels est concentrée la plus large fraction des IDE, ainsi que les pays en transition qui deviennent des zones particulièrement attractives. De nos jours, les stocks d’IDE représentent plus de 20 % du PIB global. Si la progression des IDE vers les PED est incontestable, l’appréciation des conséquences que ceux-ci produisent sur la croissance économique des pays d’accueil est devenue une question sujette à débat. Notre papier s’inscrit dans la problématique des travaux récents aux résultats contradictoires portant sur l’impact des IDE sur la croissance économique des pays de destination. Plus précisément, nous cherchons à vérifier si la stabilité macroéconomique, mesurée au moyen du taux d’inflation contribue à induire un effet positif des IDE sur la croissance dans les pays en développement qui accueillent ces investissements. Cette question n’a guère été traitée à ce jour, puisque l’on ne compte que trois publications se rattachant, au demeurant d’assez loin, à cette question (cf. supra section 2). Nous espérons ainsi apporter une contribution à l’état des connaissances empiriques sur ce point. Après une brève revue de la littérature (section 2), nous présentons l’approche économétrique utilisée (section 3), puis les données et les variables prises en compte (section 4), les résultats obtenus et leur interprétation (section 5), avant de tirer les conclusions de notre analyse (section 6).

1. Une revue de la littérature
Au cours des deux dernières décennies, la relation entre les flux d’IDE entrants et la croissance des pays en développement a reçu une large attention dans la littérature récente. Une large gamme de positions a été défendue, allant d’un optimisme inconditionnel qui caractérise la plupart des travaux d’inspiration néoclassique ou, plus récemment, les « nouvelles théories de la croissance », à un pessimisme systématique, notamment au sein des économistes « radicaux ». L’idée la plus largement acceptée — et au demeurant assez peu discutable — parmi les analystes et les décideurs politiques — est que les IDE sont susceptibles de stimuler la croissance par différents canaux. Ils augmentent le stock de capital, peuvent améliorer l’emploi et favoriser le changement technologique par divers mécanismes de diffusion et d’effets de « débordement » dont peuvent bénéficier les firmes locales. Dans la mesure
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où ils sont porteurs de transferts de technologies, on peut attendre des IDE qu’ils contribuent à accroître le potentiel scientifique et technique des pays de destination, l’accumulation des connaissances par diffusion et acquisition de savoir faire. Ils peuvent œuvrer à l’introduction de nouvelles pratiques managériales et améliorer l‘organisation du processus de production. Si tel est le cas, les IDE tendent à élever la productivité des pays d’accueil des investissements et stimulent leur croissance économique. Comme l’a montré Rappaport (2000), sous l’influence des effets de débordement technologiques (spillover effects), les IDE tendent à accroître non seulement la productivité des firmes qui reçoivent ces investissements, mais aussi, potentiellement toutes les firmes du pays hôte. Ces spillovers peuvent résulter d’externalités internes à une même industrie et être liés à la concurrence entre firmes qui sont sur le même marché (spillover horizontaux1) ou d’externalités interindustrielles (spillovers verticaux)2. Dans ce dernier cas, de nouvelles technologies peuvent se diffuser vers les fournisseurs de l’entreprise considérée (backward linkages) ou vers ses clients (forward linkages)3. Comme le résument bien Campos et Kinoshita (2002), « la thèse selon laquelle les IDE exercent un impact positif sur la croissance économique semble avoir acquis le statut d’un fait stylisé dans la littérature en économie internationale ». Les premiers travaux de vérification empirique s’inscrivent pleinement dans cette conception optimiste. Dans leur grande majorité, ces analyses accréditent largement l’idée que les IDE sont des vecteurs de croissance pour le pays de destination, en contribuant à l’adoption de la technologie et des savoir-faire étrangers, en améliorant le capital humain et en accroissant la productivité. Ces externalités positives sont les principaux vecteurs par lesquels les influences bénéfiques des flux d’investissement entrants sont transmises à une large gamme de firmes locales (et pas seulement celles qui sont les destinataires directes de ces investissements). Ces bénéfices attendus expliquent que de nombreux pays en développement ont assoupli ou éliminé les restrictions appliquées fréquemment au cours des années 1980 aux investissements internationaux. De ce fait, de nombreux pays se sont convertis aux politiques d’attractivité en offrant aux capitaux étrangers des avantages fiscaux et des subventions. Il est vrai que le fait que les économies émergentes à croissance la plus forte ont basé leur stratégie de
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Un exemple typique pourrait être l’incitation pour une firme locale à adapter sa technologie au contact d’une entreprise étrangère, en copiant cette dernière, en tentant d’embaucher son personnel, etc. 2 Voir Kluger M., 2005. 3 Sur ce point, voir par exemple Javorcik, 2004 ; Alfaro and Rodriguez-Clare, 2004.

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développement sur des politiques d’ouverture commerciale et des mesures favorables aux investissements étrangers et qu’ils captent une fraction croissante des flux globaux d’IDE accrédite cette vision optimiste. Toutefois, ce point de vue optimiste est loin de faire l’unanimité aujourd’hui. Déjà, dans le courant des années 1950 à 1970, les influences externes subies par les pays en développement étaient fréquemment considérées comme porteuses de vulnérabilité, de dépendance ou de domination. Ce point de vue était largement défendu au sein des courants de pensée hétérodoxes : théorie de l’exploitation et de la domination, approches développementalistes, tiersmondistes, dualistes, dépendantistes, structuralistes, radicales, alternatives, etc. Cette conception pessimiste concernant les influences externes trouve aujourd’hui un écho dans plusieurs études récentes réalisées à l’échelle de la firme ou au niveau sectoriel. Ces travaux soulignent la faible capacité d’absorption technologique des pays en développement, les risques d’effets d’éviction des investissements domestiques par les investissements étrangers, les risques de vulnérabilisation aux facteurs externes, de dépendance, avec notamment la possibilité d’une fragilisation financière issue de la détérioration de la balance des paiements suite aux rapatriements de profit ou encore le danger d’une compétition destructrice dont pourraient être victimes les entreprises locales face à la concurrence que leur livrent des filiales d’entreprises étrangères plus puissantes et plus performantes dans la lignée des modèles de revenue cannibalization et de Market Stealing effect. (Teece, D. J., 1986 et 2006, Merges 1997, McGahan et Silverman, 2006, Greenhalgh C. et Rogers M, 2007). Les IDE pourraient ainsi se solder non pas par une croissance accrue des pays de destination, mais au contraire par une inhibition de celle-ci. Au niveau empirique, dans une étude récente consacrée au Venezuela sur la période 1979-1989, Aitken et Harrison (1999), ne trouvent aucune preuve de retombées positives pour les entreprises locales de la pénétration des firmes étrangères. De même, Haddad et Harrison (1993), tout comme Mansfield et Romeo (1980) concluent à l’absence d’effets bénéfiques des IDE sur le rythme de la croissance des pays en développement en général et dans le cas du Maroc, plus particulièrement. Ce « pessimisme des IDE »4, fréquent dans les études microéconomiques récentes, est on ne peut mieux résumé par L. R de Mello (1999), lorsqu’il écrit : « le fait que les IDE puissent constituer un catalyseur de la croissance économique, de l’accumulation du capital et du progrès technique semble

Nous utilisons cette expression par analogie avec le « pessimisme des élasticités » qui a été suscité par des discussions autour du théorème Marhall-Lerner-Robinson.

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être une hypothèse moins contestable en théorie qu’en pratique ». En revanche, les travaux macroéconomiques qui s’intéressent aux relations entre les flux globaux d’IDE et la croissance sur des échantillons relativement vastes de pays concluent plus fréquemment (mais pas de manière unanime) à une influence stimulatrice des flux d’IDE entrants. Face à des points de vue aussi diamétralement opposés, nous pourrions penser que l’effet stimulant des IDE soit lié au respect de conditions permissives particulières bien définies. Pourtant, à ce niveau également, il n’existe pas actuellement de consensus sur ce que pourrait être cet « environnement » favorable. Ainsi, alors que Blomstrom et al. (1994) concluent que le niveau d’éducation de la population ne contribue pas significativement à l’établissement d’une relation positive entre les IDE entrants et la croissance dans les pays en développement et tout spécialement dans le cas du Mexique, Borensztein et al. (1998) aboutissent à un résultat opposé : les IDE stimulent la croissance sous la condition qu’une maind’œuvre éduquée et qualifiée permette de tirer avantage des effets de débordement technologiques induits par les investissements étrangers. Plus précisément, les auteurs mettent en évidence un impact négatif des IDE sur la croissance dans les pays ayant un faible niveau de capital humain. En revanche, les effets directs des IDE stimulent la croissance lorsque le capital humain dépasse un certain seuil. En 1996, Balasubramanyam et al. ont également montré que l’ouverture commerciale constitue un facteur déterminant de l’impact des IDE sur la croissance. Ce résultat venait confirmer la conclusion de Kawai (1994). À la même époque, Blomstrom et al. (1994) avaient avancé l’idée que les IDE favorisaient la croissance si le pays d’accueil est suffisamment riche. D’autres auteurs, notamment Alfaro Chandra, Kalemli-Ozcan et Sayek (2004) soulignent l’influence potentielle d’un marché financier suffisamment large et profond. Quelques très rares travaux s’intéressent à l’influence bénéfique que la stabilité macroéconomique exerce sur la liaison entre les IDE et la croissance. Sur cette question, la contribution la plus notable est celle de Bleaney (1996)5. À partir d’un échantillon de pays en développement, l’auteur montre que sur la période 1980-1990, une stabilité macroéconomique est associée à une croissance plus forte pour un taux donné d’investissement (domestique et étranger). L’interprétation de ce constat est qu’une saine gestion macroéconomique (avec notamment un taux d’inflation limité) crée un environnement général plus sûr pour les investisseurs, favorisant ainsi la croissance. Simultanément, la stabilité macroéconomique, comme la stabilité

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Voir aussi : Kormendi et Meguire (1985) et Fisher (1993).

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