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ÉMOTIONS, INTERACTIONS ET DÉVELOPPEMENT

202 pages
L'intérêt que la psychologie manifeste pour prendre en compte la place et la fonction des émotions dans le développement a croisé, durant ces dernières années, au moins deux tendances majeures qui marquent la psychologie : le regain d'intérêt plus général dans les sciences humaines pour les émotions et leur traitement pluridisciplinaire et la place prise par le mouvement interactionniste. Ce volume aborde : les émotions et le développement de l'expression faciale - les émotions et le développement du langage et de la conversation - les émotions et le développement socio-cognitif.
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EMOTIONS,
INTERACTIONS ET
DEVELOPPEMENT Collection Figures de l'Interaction
dirigée par Alain Trognon et Michel Musiol
Laboratoire de Psychologie de l'Interaction
Université Nancy II
Les ouvrages publiés ressortent principalement du champ des interactions
langagières et des actions de communication. La perspective est
pluridisciplinaire mais l'approche est résolument micro-sociale. De plus
en plus de travaux qui concernent à la fois les interactions et la cognition
fleurissent dans le paysage scientifique et répondent au moins
partiellement à la demande sociale qui aspire à une meilleure
compréhension de phénomènes aussi complexes et divers que
l'apprentissage dans et par le groupe en pédagogie, ou bien encore les
processus de coordination de l'action en psychologie du travail et en
psychologie sociale. En plus d'enrichir les connaissances relatives à
l'interaction comme domaine empirique, la collection proposera des
instruments de travail novateurs et critiques à destination des experts d'un
maximum de domaines d'application correspondants.
C'est en faisant interagir les disciplines, leurs concepts et leurs méthodes,
que l'on veut réinterroger les comportements aux confins du paradigme
de l'interaction. Un dialogue fructueux naîtra de la confrontation de la
psychologie et ses sous-disciplines avec l'intelligence artificielle, la
philosophie, la linguistique, la logique et la neurobiologie.
Déjà parus
Collectif, Machine, langage et dialogue, 1997.
De la communication prélinguistique au langage : Haydée MARCOS,
formes et fonctions, 1998.
Virginie LAVAL, La promesse chez l'enfant, 1999.
Interagir et connaître, A-N. PERRET-CLERMONT et M. NICOLET,
2001. Sous la direction de
Benoît Schneider
EMOTIONS,
INTERACTIONS ET
DEVELOPPEMENT
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan 'talla
Via Bava, 37 5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
ITALIE France HONGRIE
C L'Harmattan, 2002
ISBN : 2-7475-2475-2 Les auteurs
Magaret BENTO, Phonéticienne, Département de linguistique,
Université Paris V.
Daniel BRIXHE, Maître de Conférences en psychologie,
Laboratoire de Psychologie de l'Interaction (GRC),
Université Nancy 2.
Frédérique CUISINIER, Maître de Conférences en
Psychologie, Université Paris X - Nanterre.
Dario GALATI, Università degli Studi di Torino, Dipartimento
di Psicologia, Torino (Italie).
Catherine GARITTE, Maître de Conférences en Psychologie,
Université Paris X - Nanterre.
Renato MICELI, Università degli Studi di Torino,
Dipartimento di Psicologia, Torino (Italie).
Laboratoire d'Etude sur l'Acquisition Christiane PRÉNERON,
du Langage (LEPLE), CNRS URA 1031, Université
Paris V.
Nathalie RIGAL, Maître de Conférences en Psychologie,
Université Paris X - Nanterre.
Maître de Conférences en psychologie, Benoît SCHNEIDER,
Laboratoire de Psychologie de l'Interaction (GRC),
Université Nancy 2.
Barbara SINI, Università degli Studi di Torino, Dipartimento
di Psicologia, Torino (Italie).
7 Robert SOUSSIGNAN, Laboratoire de Psychobiologie du
Comportement, Cognition et Communication, EPHE-
CNRS, EP 1595, Paris et Département de Psychologie,
Université de Champagne-Ardenne, Reims.
Benoist SCHAAL, Laboratoire de Comportement Animal,
CNRS URA 1291, Station de Physiologie de la
Reproduction, INRA, Nouzilly, France.
8 Sommaire
1. Les émotions en développement, les émotions dans le
développement : perspectives interactionnistes
Benoît Schneider
2. De l'attitude à l'émotion dans l'"interdiction" explicite : sous-
entendus et dynamique de l'échange
Margaret Bento et Christiane Préneron
3. Expression des émotions et actes de langage
Daniel Brixhe
4. Interactions socio-cognitives et comportements expressifs :
l'apport des théories cognitives des émotions
Frédérique Cuisinier
5. La communication des émotions chez les enfants aveugles
congénitaux
Dario Galati, Renato Miceli et Barbara Sini
6. La gestion des émotions lors de déstabilisations
interactionnelles dans les conversations entre jeunes enfants
Catherine Garitte
7. Le plaisir de manger chez l'enfant : importance du contexte
relationnel
Nathalie Rigal
8. Régulations maternelle et paternelle des expressions faciales
chez le bébé âgé de 5 et 8 mois
Benoît Schneider
9. Socialisation des émotions et contrôle des expressions faciales
chez l'enfant d'âge préscolaire et scolaire
Robert Soussignan et Benoist Schaal
9 Les émotions en développement, les émotions
dans le développement : perspectives
interactionnistes
Benoît Schneider
Il est classique d'estimer que l'étude des émotions par Wallon
a renouvelé la conception de leur rôle dans les conduites humaines, en
particulier dans les premières étapes du développement. Autrefois les
émotions étaient souvent considérées comme des épiphénomènes
désorganisateurs perturbant l'adaptation efficace des formes
supérieures du comportement. Wallon va souligner au contraire leur
rôle adaptatif et constructif dans le développement de la personne et
de la communication avec autrui. Mais sa pensée de n'a pas sans doute
pas nourri avec la richesse qu'elle méritait l'étude des émotions et ce
n'est que depuis une vingtaine d'année que la psychologie
développernentale expérimentale a manifesté un regain d'intérêt pour
ce champ, pour la place de l'expression des émotions, de leur
discrimination et de leur compréhension dans le premier
développement, pour leur rôle dans le développement intra et
interpersonnel, en particulier grâce aux travaux américains néo-
darwiniens (Ekman, Friesen, Izard, etc.) et à l'école interactionniste de
Brazelton (Stem, Tronick, Trevarthen).
Cette évolution, spécifique à la psychologie du
développement, a croisé au moins deux mouvements majeurs qui
touchent la psychologie : le regain d'intérêt plus général pour les
11 émotions et leur traitement pluridisciplinaire (Coletta et Tcherkassof,
2001) et la place prise par le mouvement "interactionniste" (Cosnier,
1998).
Cet ouvrage est une illustration de ces rencontres et une
contribution aux débats qu'ils suscitent. Il rassemble une partie des
communications à un symposium qui s'est tenu à Nancy en 1998.
L'idée de ce symposium avait elle-même germée lors d'un colloque
organisé à Lyon en 1997 ("Les émotions dans les interactions
communicatives", cf. Plantin, Doury et Traverso, 2000) et le
symposium de Nancy a trouvé une suite à Grenoble, en 2001, sous le
même intitulé : "Emotions, interactions, développement" [ I].
Nous avons choisi de faire figurer les textes réunis ici par
ordre alphabétique des premiers auteurs, mais nous les présenterons
ci-dessous ordonnés autour de trois thématiques essentielles, un même
texte pouvant contribuer à l'une et l'autre d'entre elles :
les émotions et le développement de l'expressivité faciale ; -
- les émotions et le développement du langage et de la
conversation ;
les émotions et le développement socio-cognitif. -
Les questions soulevées proposent des ouvertures théoriques et des
apports empiriques sur la base de la prise en compte des facteurs
croisés suivants : l'âge des sujets ; les contextes d'échange et les
objectifs assignés à cet échange ; les modalités d'échanges verbales et
non-verbales, dont certaines traditionnellement moins explorées mais
tout aussi passionnantes, parce qu'elles permettent de réfléchir aux
composantes plurimodales de l'émotion à des niveaux d'interaction
interne (entre niveaux) et leur relation au social de façon originale.
Aujourd'hui la plupart des théoriciens partagent l'idée que les
émotions, en tant que processus essentiellement adaptatifs et
12 motivationnels, servent de point d'intersection entre le milieu et
l'organisme ou l'individu. Les aspects les plus importants de ces
processus sont : l'évaluation et la signification des stimulations ou
événements du milieu par rapport aux besoins, aux projets ou aux
préférences de l'organisme dans certaines situations (en particulier
dans les processus d'apprentissage) ; la préparation physiologique et
psychologique aux actions propres à répondre à ces stimulations du
milieu ; la communication des états et intentions de l'organisme à son
environnement social. Mais de nombreuses discussions subsistent, en
particulier quant à la fonction des émotions, quant à l'articulation
entre les différents niveaux ou composantes citées : la question de leur
autonomie relative ou la nature de leur organisation obligée sont
l'objet de débats.
Par exemple, l'héritage de Darwin et de James est présent
aujourd'hui aussi bien dans les travaux sur l'expression faciale des
émotions que dans les théories qui tentent d'expliquer leur production.
Dans ce domaine, la discussion s'est focalisée depuis une vingtaine
d'années sur une question : l'expérience intime des émotions, à la fois
corporelle et affective, s'appuie-t-elle sur des mécanismes autonomes
et simples ou fait-elle appel à des facultés mentales plus complexes ?
Quel est le rôle des programmes innés d'émotions par rapport à celui
de l'apprentissage et de la socialisation dans la mise en forme de
l'expérience émotionnelle. L'expressivité faciale de l'émotion a été le
terrain d'élection de cette controverse. La confrontation entre les
thèses en présence trouve son application dans les débats qui sous-
tendent la question de l'émergence des expressions faciales chez le
bébé et l'enfant et pose la question de la construction et de la fonction
sociale des émotions. La psychologie des interactions est un des
moyens d'étudier les situations élémentaires où la coordination de
l'action entre sujets contribue à montrer comment une émotion est
ressentie, communiquée et partagée.
Quand les é:hanges langagiers, les conversations ou même les
"proto-conversations" s'engagent entre partenaires, quel peut-être le
statut de l'émotion ? Comme l'indique Catherine Garitte, l'émotion
13 peut être contenu de l'échange (on se dit quelque chose à propos de
nos émotions ; cet aspect ne sera pas directement abordé ici), mais
surtout elle participe à la dynamique conversationnelle dans la mesure
où elle est vecteur de l'échange verbal (en oriente et module la valeur
pragmatique) et elle est objet (partiel au moins) de l'échange (les
échanges conversationnels contribuent à réguler l'émotion qui sous-
tend la relation en cours). Les émotions ne peuvent donc plus être
considérées comme des phénomènes isolés : elles sont constitutives
d'échanges contextualisés.
Dans les conversations, l'échange et sa poursuite définissent par
eux-mêmes l'objet de la relation ; cette dernière peut également être au
service de la construction cognitive de l'univers du sujet. Quelle peut
être alors la place des émotions dans ces interactions socio-
cognitives ? Le langage et les règles conversationnelles ne constituent
pas les seuls éléments importants dans la production des inférences :
la contribution des états émotionnels affectifs et expressifs des
conduites interactives nécessite également d'être prise en compte.
Les émotions, le visage et le développement de l'expressivité
faciale
L'étude de l'expressivité émotionnelle et de son développement
s'est longtemps centrée sur l'étude du visage et des mimiques faciales.
Cette orientation, justifiée en particulier par la valeur expressive du
visage, l'intérêt intrinsèque qu'il suscite, le caractère relativement
simple de son organisation structurale, présente un intérêt manifeste
en psychologie du développement : les indices émotionnels émergent
très précocement et sont exprimés tout au long de l'ontogenèse ;
d'aucun (cf. ci-dessous) soutiennent que les expressions faciales
constituées apparaissent dès les premiers mois sous forme de modèles
proches de ceux de l'adulte et se modifient peu dans leurs
configurations basales. L'étude de l'expressivité faciale pose la
question de l'origine, la différenciation et la coordination des diverses
composantes des émotions, question qui constitue l'objet de débats
14 dans les théories contemporaines du développement affectif : certains
(Izard, 1971; Izard et Malatesta, 1987) font l'hypothèse d'une mise en
place immédiate de la gamme des émotions ; d'autres (Sroufe, 1979)
plaident en faveur de l'émergence progressive de réactions
différenciées. Pour les premiers, inspirés essentiellement par le
modèle évolutionniste de Darwin, l'enfant dispose d'emblée d'une
série d'expressions émotionnelles qui correspondent à un état interne
spécifique et témoignent des nécessités adaptatives qui ont présidé à
leur maintien. Pour les autres les expressions se dégagent peu à peu
d'un état d'indifférenciation primitif et l'intervention de facteurs
cognitifs est jugée nécessaire à l'établissement d'un lien cohérent
entre ce que l'enfant ressent confusément et l'expérience totalement
constituée en tant que telle par le sujet qui la présente. L'approche
cognitive, en voulant sauvegarder la spécificité humaine est conduite à
négliger les antécédents comportementaux qui pour n'être pas intégrés
sur le plan cognitif n'en sont pas moins des émotions authentiques
précocement finies dans leurs modalités d'expression. Les travaux des
auteurs cités précédemment (Izard, Malatesta, ou encore Ekman,
Oster) et qui ont contribué à mettre au point les méthodes d'analyse
des composantes faciales (le Max de Izard, le Facs de Ekman, le
Baby-Facs de Oster), ont permis de montrer que le bébé dispose, dès
les premières semaines de la vie, d'un répertoire varié d'émotions
morphologiquement proche de celui de l'adulte et qui trouve son
prolongement dans la capacité communicationnelle à réagir aux
expressions d'autrui de manière aussi adaptée et spontanée que
précoce, ceci bien avant l'intervention des mécanismes intellectuels.
Les mouvements du visage offrent donc de bonnes conditions pour
l'observation et constituent des indices pertinents pour explorer le rôle
des facteurs multiples qui peuvent affecter leur structure. Moyen
d'accéder à l'expérience subjective, les expressions faciales sont
cependant l'objet d'un modelage qui rend compte du contrôle
progressif qu'acquièrent les individus sur leurs expressions et qui
atteste de leurs aptitudes à comprendre les situations qui président à
l'expression et à la régulation des échanges, d'autant que les mimiques
15 faciales font partie des comportements expressifs les plus facilement
décontextualisables et donc conventionnalisables.
Historiquement, on observe un lien étroit entre élaboration des
méthodes d'analyse des composantes et théories des émotions de base.
Le fait de disposer de méthodes d'observation rigoureuses autorise
cependant une indépendance par rapport à ce lien et permet de
s'appuyer sur l'étude de l'expressivité faciale pour traiter des multiples
mécanismes en jeu dans le modelage des expressions, des facteurs
susceptibles de participer à leur construction et à leur contrôle, et des
fonctions des expressions faciales dans les interactions sociales.
Trois chapitres de cet ouvrage contribuent à cette réflexion en
traitant chacun, à des degrés divers, des questions suivantes :
- Si l'on observe une certaine stabilité des patterns émotionnels
faciaux, la signification accordée à ces patterns apparaît-elle aussi
structurée que ne laissent penser les théoriciens des émotions de
base ?
- Si la régulation et la socialisation des émotions peut être approchée
de manière privilégiée par l'observation des patterns faciaux, peut-on
réduire l'étude des facteurs en jeu dans cette régulation à la seule
modalité expressive faciale, fut-elle importante et aisément
objectivable ?
- Peut-on, par l'analyse des composantes, étayer l'analyse de la
diversité des fonctions des mimiques dans les différents contextes
relationnels où elles s'inscrivent ?
Nous venons de rappeler l'hypothèse d'une stabilité des patterns
Dario Galati, Renato Miceli et Barbara Sini émotionnels faciaux.
ont choisi une voie d'approche essentielle pour étudier (chapitre 5)
cette stabilité et les facteurs qui concourent au modelage de
l'expressivité faciale : elle réside dans l'observation de sujets aveugles
congénitaux dans les phases précoces de leur développement puisque
ces sujets ne disposent pas de possibilités d'apprentissage visuel (qui
n'est cependant pas la seule source d'information disponible). Il s'agit
aussi, pour les auteurs, de vérifier si les mimiques émotionnelles des
enfants aveugles sont subjectivement reconnaissables par des juges
16 adultes de façon à constituer un code valide dans les interactions
communicatives. Nous observons donc ici les effets de l'interaction
lorsqu'une partie des informations liées à celle-ci est obturée dans le
cadre d'apprentissages de longue durée. Dario Galati et ses collègues
ont filmé des sujets aveugles et des sujets voyants de deux niveaux
d'âge (6 mois à 2 ans ; 2 à 4 ans) et les expressions faciales des enfants
sont évaluées d'une part par une méthode "objective" (le Max de
Izard) et d'autre part par des sujets naïfs. La plupart des mouvements
faciaux se révèlent structurellement semblables dans les deux groupes
de sujets et les deux groupes d'âge et reconnaissables par des
décodeurs naïfs. Toutefois la signification des mimiques n'apparaît
donc pas entièrement structurée et les partenaires des sujets vont
développer des interactions sur la base de significations émotionnelles
partiellement construites par le contexte situationnel.
L'existence d'un lien entre catégories d'émotions et expressions
faciales a été bien établie empiriquement (et soutenue par le présent
travail de Dario Galati et ses collègues). La question des facteurs et
des contextes qui président à leur émergence, leur socialisation et leur
Benoît Schneider fonction dans l'échange est poursuivie par
En effet si l'expressivité faciale apparaît une des (chapitre 8).
modalités de traduction de l'éprouvé émotionnel, la construction des
modèles expressifs faciaux ne saurait ne saurait n'y s'y réduire ni
reposer sur la simple mise en relation de modèles expressifs
structurellement isomorphes : la régulation émotionnelle est
multimodale et les processus auxquels elle recourt sont multiples.
Benoît Schneider examine les capacités en évolution du bébé à réguler
les échanges émotionnels en observant des dyades parent-bébé (de 5 à
8 mois) et tente de montrer comment s'articulent expressions faciales
du bébé et diversité des processus d'intervention parentale
(contingence, imitation, accordage) tels qu'ils sont mis en oeuvre dans
des contextes spécifiques (en fonction de l'objectif assigné à
l'échange) et en fonction des caractéristiques ou compétences des
partenaires adultes, selon qu'ils soient mère ou père.
17 s' interrogent Robert Sousignan et Benoît Schaal (chapitre 9)
sur l'analyse des connexions entre olfaction et expressivité
émotionnelle (réponse faciale aux odeurs). Les odeurs induisent des
mimiques qui expriment des émotions et convoient des messages
lisibles à l'environnement social. Observée ici chez l'enfant d'âge
préscolaire et scolaire, l'examen des relations entre les divers indices
de la réaction aux odeurs en fonction de variables du développement
(aptitudes socio-cognitives, âge et sexe de l'enfant) et du contexte
social (présence ou non d'une personne familière), constitue une voie
fructueuse pour explorer le rôle de ces facteurs dans la régulation de
l'expressivité émotionnelle. Les données vont dans le sens d'une
grande flexibilité morphologique et temporelle des réponses olfacto-
faciales, probablement médiatisée par des règles d'émission résultant
de la socialisation (dysplay rules) qui prescrivent les modalités
particulières de régulation de l'expression en fonction du niveau de
développement.
Les émotions dans le développement du langage et de la
conversation
Si les enfants peuvent exprimer leurs états mentaux comme la
joie, la tristesse l'approbation, le mécontentement par un
comportement non verbal de pleurs, rires et sourires, ils peuvent
également exprimer ces états mentaux pour les rendre sensibles,
manifestes, par la parole, en accomplissant des actes de discours
expressifs (se plaindre, se lamenter, remercier). Ces actes de discours
parfois en cachent d'autres ; ils visent alors à orienter le
comportement social des locuteurs. Poser la question du but social du
message implique celle d'une conception théorique générale sur les
fonctions du langage et de l'établissement d'une taxonomie de ces
fonctions. Pour rendre compte du statut des manifestations
émotionnelles dans la communication langagière, Daniel Brixhe
nous propose d'explorer la piste de la théorie des actes de (chapitre 3)
langage de Searle, et plus particulièrement une des catégories, celle
18 des actes expressifs qui consiste à exprimer un état mental ou
psychologique du locuteur ou de l'auditeur. La catégorisation inspirée
de la théorie des actes de langage présente des avantages (Marcos,
1998) : premièrement, la distinction entre acte locutoire et acte
illocutoire, propre à cette théorie, ouvre la possibilité qu'une même
intention communicative soit transmise par des formes linguistiques
différentes et, réciproquement, que la même forme puisse véhiculer
des intentions différentes selon le contexte de production.
Deuxièmement, la taxonomie a été élaborée pour catégoriser les
fonctions du langage mais est susceptible d'une adaptation à la
communication du jeune enfant, ce qui permet d'analyser des
processus de transition entre communication prélinguistique et
linguistique, puisque le développement des compétences pragmatiques
de la communication verbale transite par des aspects préverbaux dans
la toute petite enfance, puisqu'également la frontière entre données
linguistiques et non linguistique reste difficile à tracer.
Chez les enfants de moins de 18 mois la plupart des
productions expressives vocales prennent des formes idiosyncrasiques
et transitoires dans le développement. Dans la seconde année l'enfant
est capable de produire des expressions conventionnalisées ne serait
ce que du point de vue de l'intonation : exclamations, vocalisations
non linguistiques avec intonations conventionnelles de désir,
frustration...(le langage apporte à l'expression des intentions
communicatives sa richesse et sa flexibilité ; il se caractérise en outre
par un large partage de la signification des unités qui le constituent, ce
qui rend la circulation des messages moins dépendantes du contexte
extra-communicatif). Durant la deuxième moitié de la deuxième
année, on voit apparaître chez l'enfant des utilisations
décontextualisées de langage : il commence à exprimer des liens entre
événements, parler d'objets, de personnes et d'événements absents, de
la situation d'énonciation, ainsi que d'états et de propriétés qui ne sont
pas directement perceptibles. Si le jeune enfant devient
progressivement capable de cette utilisation décontextualisé du
langage expressif, on peut s'interroger sur les facteurs qui peuvent
19 favoriser ces progrès : dans les situations relationnelles entre enfant et
adulte, il y a des articulations variées entre le sens des états
intentionnels tels que traduits par le contenu des énoncés et le message
non-verbal, en particulier vocal, qui contribue au totexte (Cosnier,
1991) adressé à l'enfant. La maîtrise du sens du message est
potentiellement favorisée par la maîtrise de cette articulation.
Un cadre relationnel qui est sous-tendu de façon spécifique
par des composantes émotionnelles est celui de l'apprentissage des
règles sociales telles qu'elles sont verbalisées par les adultes. Un
exemple typique est celui de la saisie du permis et de l'interdit tels
qu'ils sont énoncés par l'adulte : c'est non seulement le " contenu "
comme acte de langage mais la relation entre la forme de l'injonction
(intonation, la présence d'une émotion et laquelle) et ses effets qui
doivent être pris en compte. Aussi Margaret Bento et Christiane
proposent de clarifier les relations entre Préneron (chapitre 2)
émotions, attitudes et dynamique interactive de la communication
parents/enfants, dans le contexte particulier de l'interdiction ou plus
largement de la demande de ne pas faire, à partir de l'observation
d'interactions entre mères et enfants âgés de 11 mois à 3 ans 9 mois.
Elles se demandent dans quelle mesure la crédibilité d'une énonciation
est reliée à la nature de sa mise en mot, à sa spécificité prosodique
(elles proposent dans ce cadre un bel exemple d'approche de la
difficile question de l'analyse de la prosodie), et aux attitudes et
émotions associées à cette énonciation, en faisant l'hypothèse que
l'émotion non seulement accompagne la dynamique
communicationnelle, mais qu'elle en est même " constitutive et
constituante ".
Poser la question de la place et de la fonction des émotions
dans le développement des capacités de communication peut être
abordé selon deux axes : celui des conditions du développement des
moyens d'expressions gestuels et vocaux dont, en particulier, les
expériences d'interaction avec les adultes (et dans ce cas on considère
le niveau d'avancement du répertoire utilisé par l'enfant : type de
gestes, vocabulaire utilisé, complexité des énoncés...) ; celui relevant
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