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Enfance et violence de guerre

De
256 pages
La violence de guerre est difficilement compréhensible dès lors qu'elle engage des enfants. Après avoir utilisé les enfants, ces mêmes sociétés, au sortir des conflits, leur tournent le dos, les abandonnent à leur sort. La rue va les accueillir, va aussi les déformer, les manipuler. Ce second volume évoque le passage à l'acte de l'enfant qui a grandi et qui a été sevré dans la violence. Ces gamins de la guerre, devenus gamins des rues, se réinventent leur histoire, leur vie, leur enfance volée.
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Fériel Berraies-Guigny
La violence et la délinquance de guerre sont dicilement
compréhensibles dès lors qu’elles engagent des enfants. Pourtant,
c’est une réalité endémique qui continue de sévir dans plusieurs
parties du monde.
Après avoir utilisé les enfants, ces mêmes sociétés, au sortir des
conits, leur tournent le dos. Ils ne sont plus considérés comme
des enfants, tant leurs actes ont été abominables. Ils deviennent
même une honte pour la communauté qui essaye tant que bien Tome 2
mal de cacher leurs méfaits. Elle les abandonne une seconde fois
à leur sort, préférant axer la priorité sur la reconstruction morale La violence de guerre engendre-t-elle
et physique du pays. Ces enfants violents, délinquants ou soldats la violence de l’enfant ?
sont voués à une agonie morale certaine. Au sortir des conits,
s’ils ne sont pas en prison, ils sont dans les rues. Et la rue qui va les
accueillir, va aussi les déformer, les marginaliser.
Le second tome évoque donc le passage à l’acte de l’enfant
qui a grandi et qui a été sevré dans la violence ; les mécanismes
d’embrigadement, les pro?ls types des enfants les plus voués
à entrer dans cette spirale. Spirale infernale qui fait que ni la
victime ni l’ancien bourreau ne pourront accéder à leur humanité
retrouvée. Alors ces gamins de la guerre, devenus gamins des
rues se réinventent leur histoire, leur vie et leur enfance volées.
Ancienne diplomate tunisienne, chercheur en
sciences sociales et journaliste, Fériel
BerraiesGuigny s’intéresse depuis de longues années à
la cause des enfants et des femmes en Afrique.
Établie depuis 2003 en France, elle a dirigé un
magazine panafricain féminin international.
Militante associative, elle fonde en 2011
« United Fashion for Peace », avec pour objectifs
de soutenir les femmes de sa région, de promouvoir la culture, et
d’œuvrer pour la paix et le mieux vivre ensemble du Nord au Sud.
Préface de Gus Massiah
Illustration de couverture : © Keith Harmon Snow
25,50 €
ISBNŒ: 9 978-2-336-30979-878-2-336-00746-5
Tome 2 Fériel Berraies-Guigny











Enfance et violence de guerre
Tome 2, La violence de guerre engendre-t-elle
la violence de l’enfant ?






Fériel Berraies-Guigny












Enfance et violence de guerre



Tome 2, La violence de guerre engendre-t-elle
la violence de l’enfant ?





























Préface de Gus Massiah



















































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-30979-8
EAN : 9782336309798
Sommaire


Préface, de Gus Massiah .................................................................... 11

Avant-propos ...................................................................................... 19


LA VIOLENCE VECUE PAR L’ENFANT
ENGENDRE-TELLE LA VIOLENCE DE L’ENFANT ? ................................... 25
La violence fait partie de la norme dans les sociétés ................. 26

LA GUERRE, UN FREIN À LA SOCIALISATION
DE L’ENFANT ? ............................................................................ 59

LES MODÈLES D’IDENTIFICATION À LA VIOLENCE
GUERRIÈRE ENFANTINE .......................................................... 89

GUERRE ET SITUATIONS À RISQUES POUR LES
ENFANTS .......................................................................................... 109

ENFANT-SOLDAT, LE GUERRIER DU XXIᵉ SIÈCLE ...... 137
Pourquoi ces enfants deviennent-ils soldats ............................. 140
Le Profiling de l’enfant tueur est-il possible ? ......................... 143
Comment les recrute-t-on ? ...................................................... 147
Quels sont les mécanismes de rupture et de socialisation
par la violence ? ................................................................... 152
Pourquoi les enfants sont-ils si peu protégés, alors que les lois
et les conventions censées les protéger ne manquent pas ? ... 159
Les filles soldats, une autre problématique plus complexe ...... 161
La démobilisation des enfants-soldats : un travail coûteux
et laborieux ............................................................................ 162
L’exemple de la Sierra Léone en matière de démobilisation
est significatif ..............................................164
Un cas concret : la République démocratique du Congo. Des
drames et des espoirs : le désembrigadement fonctionnerait
peut-être ?.............................................................................. 165
Comment faire pour réinsérer les enfants-soldats face à leur
dangerosité ? ......................................................................... 171
Guérir les plaies physiques ...................................................... 172

7

APRÈS LE CONFLIT QUE DEVIENT
L’ENFANTSOLDAT ? ..................................................................................... 175
Comment reconstruire l’ex enfant-soldat ? .............................. 188
Récidive volontaire des enfants-soldats : une dure réalité ....... 200

CONCLUSION ............... 205
Que dit la législation internationale ? .......................213
Quelques pas positifs ont toutefois été enregistrés................... 219
Quelles sont les nouvelles formes de victimisation
de l’enfance d’après conflit, au Rwanda ? ............................ 220

Récit de notre entretien avec Murhabazi Namegabe ........................ 223

ÉPILOGUE .................................................................................... 229

Témoignages des enfants-soldats désembrigadés dans
la région du Kivu par l’ONG de Murhabazi Namegabe ......... 231


Bibliographie .......................................................................... 235




8
Remerciements


À mon époux Gilles.
À Julien Lauprêtre Président du secours populaire français.
À Gustavo Massiah, économiste et agitateur d’idées.
Au travail et à l’engagement de Murhabazi Namegabe Directeur
du BVES, à Bukavu, Sud-Kivu, en RD Congo, ONG locale qui
se bat corps et âme pour désembrigader les enfants-soldats de la
région.
À l’ONG Echos Communication et le prix Harubuntu.
Et last but not least à l’amitié du reporter photographe Keith
Harmon Snow qui a accepté de nous donner ses images tirées
de ses reportages dans la région des Grands Lacs. Un monsieur
qui aime l’Afrique sincèrement.
Et surtout, à tous les enfants du Monde qu’ils soient en guerre
ou en paix pour que cesse leur instrumentalisation dans la
douleur et dans l’indifférence la plus totale !














9
Préface de Gus Massiah


La guerre implique les enfants de multiples manières. Les
enfants victimes des guerres, tués, mutilés, psychiquement
atteints, les enfants orphelins, les enfants déplacés et les enfants
réfugiés. Ils sont près de trente millions d’enfants dans le
monde. Il faut y rajouter les enfants-soldats et les anciens
enfants-soldats qui sont plusieurs centaines de milliers.

Les enfants-soldats renvoient à une réalité terrible,
insoutenable. L’immersion des enfants dans la guerre est
insupportable. L’horreur franchit un pas nouveau quand les
enfants ne jouent plus à la guerre mais la font.

Que faire par rapport aux enfants-soldats ?
D’abord répondre à l’urgence. Prendre le problème à bras le
corps en essayant de les soustraire aux dangers et de les
préserver. Ensuite, isoler et combattre ceux qui les embrigadent,
dans chaque situation, en s’appuyant sur le droit international et
en le faisant progresser ; développer des programmes
d’insertion et de désembrigadement. Enfin, en essayant de
prendre le problème à la racine, de comprendre et de s’attaquer
aux causes, aux conséquences pour les enfants des conflits et
des guerres.

Le droit international offre une approche. Il construit le
cadre de référence de la lutte contre l’embrigadement. Il interdit
la participation des enfants dans les conflits. De nombreux
textes visent à les protéger, mais les textes ne sont pas achevés
et restent parfois contradictoires. L’enrôlement des enfants est
un crime de guerre. La Cour pénale Internationale (CPI)
qualifie de crime de guerre l’engagement d’enfants de moins de
15 ans dans les conflits armés ainsi que les actes graves de
violence sexuelle contre les enfants. Les enfants-soldats sont
théoriquement protégés. Leurs actes sont considérés commis
dans une situation de contrainte et d’abus de faiblesse. Même
s’ils se sont portés volontaires pour combattre et s’ils ont
11
participé à des crimes graves, ils sont d’abord, aux yeux du
droit international, des victimes.
La protection juridique des enfants, reconnue dans le
droit international, est très loin d’être garantie. Une des
premières actions à mener est de faire pression sur les vingt
pays qui sont sur la liste noire des Nations unies dans des
conflits qui impliquent massivement des enfants-soldats. Il
s’agit ensuite de développer les programmes de réinsertion qui
sont une des mesures essentielles de règlement des conflits et de
préservation de la paix. Le droit international a progressé mais
n’est pas suffisant. Il doit aussi être applicable pour que sa mise
en œuvre soit garantie. Sans volonté d’agir, il n’est qu’un cadre
vide. Il revient aux mouvements sociaux et citoyens de s’en
saisir pour refuser l’insoutenable.
Le droit international doit aussi progresser pour prendre en
compte des questions difficiles. Il faut définir un principe
général et s’engager dans une action vigoureuse. Il faut aussi
accepter la complexité des situations. Il faut en accepter un
angle dérangeant. Les enfants embrigadés, parfois et pour une
part volontairement, se retrouvent, en situation, des acteurs
conscients de cette violence. Ils sont intégrés dans une horreur
scénarisée. Un enfant n’est pas que victime. Quelle est la part
de la liberté d’un enfant et de sa responsabilité ?
Entre l’innocence et la culpabilité, l’enfant guerrier, l’enfant
tueur interpelle la société. Les enfants sont considérés d’emblée
comme les victimes des conflits. Ils ne sont pas pour autant
extérieurs à leurs propres actions. Si les lois ne les jugent pas,
elles sont aussi incapables de les protéger.
La guerre faite par les enfants est banalisée. L’enfance
victime ou combattante de guerre, quand elle n’est pas niée, est
considérée par certains comme une fatalité inéluctable. La
compréhension de cette question n’est pas facilitée par sa
globalisation et la recherche d’une généralisation qui gomme
les différences des situations. Il n’y a pas de commune mesure,
pas de continuité naturelle, entre des enfants qui jettent des
12 pierres contre des occupants et des enfants armés d’armes
légères qui terrorisent des populations. Le refus naturel des
injustices et des humiliations subies par les parents et les
communautés n’est pas condamnable et ne peut être reproché
aux enfants. Quand les situations s’éternisent, une partie des
enfants des camps rêve d’être des enfants-soldats.

Sans l’affirmation du respect de la dignité dans chaque
situation, il est plus difficile de lutter contre les modèles
d’identifications et les processus d’embrigadement des enfants
dans les processus de guerre. D’autant que la violence
quotidienne et les horreurs indescriptibles auxquelles ils ont été
exposés endurcissent les enfants et les rendent insensibles aux
conséquences des violences. La violence est alors ressentie
comme un moyen justifié par une fin, par la lutte résumée à
l’affrontement entre les bons, idéalisés, et les mauvais,
diabolisés. Les enfants sont sommés de choisir, pris en otages,
particulièrement dans les situations de guerre civile où se
confortent réciproquement les méfaits d’une dictature et la
violence des milices clandestines.

À la volonté affirmée de protéger les enfants de la violence
des guerres, à la préoccupation du devenir psychique des
enfants victimes et témoins de la violence, s’ajoute le problème
des enfants qui choisissent, de gré ou de force, de participer à
celle-ci. Le désarmement, la démobilisation et la réinsertion de
ces enfants combattants constituent une urgence pour le
rétablissement de la paix dans toutes les régions en conflit et
dans les populations déchirées par les guerres.
Comment réintégrer l’enfance de guerre dans la société pour
consolider la paix ? Le désembrigadement, tant physique que
moral, des enfants-soldats ne peut pas être la soumission à la
justice des vainqueurs. Comment dépasser la violence sans pour
autant accepter que le refus de la violence ne s’apparente au
maintien de l’ordre établi ?

Les enfants-soldats sont un révélateur de l’état du monde.
Pour traiter la question, pour aller à la racine des situations, il
faut revenir sur la place que le monde laisse aux enfants. La
13
tentation est de préserver les enfants en les mettant à part du
monde, de les en sortir avant qu’ils ne soient pervertis par le
mde les angéliser pour contenir la diabolisation du
monde. C’est une utopie qui ne permet pas de comprendre le
monde et qui traduit l’idée de l’incapacité de changer le monde.
On ne peut pas attendre que le monde change pour s’occuper
des enfants. On ne peut pas sortir les enfants de la misère du
monde sans s’attaquer au changement du monde.
Les enfants-soldats apparaissent dans des situations de
guerres, là où les sociétés ne voient plus d’avenirs. Dans ces
situations, tous les paroxysmes sont possibles. Ces situations ne
sont pas exceptionnelles ou résiduelles. Aujourd’hui, entre un à
deux milliards de personnes dans le monde vivent dans des
régions en guerre classique ou en guerre civile. Ces guerres
forment l’ordre du monde et en sont les conséquences. Elles ne
sont pas accidentelles. Prenez la carte des matières premières et
des ressources naturelles et prenez la carte des guerres et voyez
comme elles se surimposent. Prenez la carte des conflits dits
ethniques et regardez comment les couches dirigeantes les
instrumentalisent pour asseoir leur pouvoir et vous comprendrez
pourquoi le racisme, la xénophobie, les discriminations sont
présentées comme les fondements des sociétés. Regardez
comment la déstabilisation de pays et de régions entières est
organisée pour pouvoir en garder le contrôle indirect quand les
occupations de territoires et les colonisations directes sont
remises en cause.
C’est donc l’ordre du monde qu’il faut interroger pour
comprendre la nature des guerres et des conflits. L’ordre du
monde et ses contradictions pour savoir dans quelle période
nous sommes et ce qu’il est possible de faire. La crise
structurelle, celle de la logique dominante que nous appellerons
la phase de la mondialisation capitaliste, est acceptée par les
instances internationales depuis 2008. Elle a plusieurs
dimensions. La dimension sociale se traduit par celle de la
pauvreté, des inégalités et des discriminations. La dimension
culturelle et idéologique, celle de la démocratie, est confrontée
14 à l’absence de démocratie économique et sociale et caractérisée
par la montée des idéologies sécuritaires et répressives. La
dimension géopolitique est celle du bouleversement du
monde caractérisée par la crise de l’hégémonie occidentale. La
dimension écologique, celle de la contradiction entre le système
mondial et les contraintes de l’écosystème planétaire, une
première dans l’histoire de l’Humanité, interagit avec toutes les
autres dimensions.

Les couches dirigeantes ont durci leur contrôle dans la crise.
La croissance, réelle dans certains pays, s’est accompagnée
d’une montée des inégalités, du développement de la pauvreté
et des exclusions. La redistribution des richesses a fonctionné
des pauvres vers les riches. La pauvreté est toujours liée à la
question des inégalités et à celle des discriminations. La
corruption a pris des proportions gigantesques.
L’affaiblissement des États a accru les conflits armés.

Ce durcissement s’est traduit dans les trois dernières années
par l’exaspération des peuples à travers les révoltes et les
insurrections qui ont bouleversé les sociétés. Le vent nouveau
parti de Tunis et passé en Egypte a mis en mouvement tout le
Moyen-Orient. Il a traversé la Méditerranée avec les indignés
en Espagne, au Portugal et en Grèce. Il a traversé l’Atlantique
avec les Occupy Wall Street et les carrés rouges québécois. Il a
agité la jeunesse dans le monde, au Chili, en Croatie, en
Turquie, en Indonésie et au Brésil.

Les revendications qui s’expriment dans ces mouvements et
à l’échelle mondiale ont pour mot d’ordre : le refus de la
corruption, l’urgence sociale, les libertés, le refus de la
dépendance. Les nouveaux mouvements éclairent la nature de
cette corruption et la place, dans les luttes, de la prise de
conscience de ce phénomène. Il pointe le saut qualitatif dans la
corruption que constitue la fusion du politique et du financier,
l’inégalité des revenus et la concentration inimaginable des
sommes générées par la spéculation financière. Il prend acte de
l’incapacité des institutions et des forces politiques à apporter
des réponses à la crise économique, sociale, environnementale
15
et géopolitique. Il traduit la défiance par rapport aux instances
politiques et aux classes politiques. L’affirmation Je suis 99% et
vous êtes 1% cible le cœur du pouvoir, les fondements de la
crise et l’échec de la représentation.
Cette exaspération résulte de la place que le système
mondial laisse à la jeunesse. Il existe bien une jeunesse dorée et
installée choyée par le système mondial. Mais l’écrasante
majorité de la jeunesse est en souffrance. Une grande partie
souffre de la faillite du système éducatif mondial, de la fin de la
promesse de la continuité entre l’éducation et l’emploi. Le
néolibéralisme a surendetté la masse des étudiants. Les jeunes
ont des diplômes, ils n’ont toujours pas d’emploi et ils ont gardé
leurs dettes. Les chômeurs diplômés construisent une nouvelle
alliance entre les enfants des couches populaires et ceux des
couches moyennes.
À un autre pôle de la jeunesse, il y a les exclus. Ceux qui
n’ont d’autres choix que la misère dans les quartiers populaires,
soumis aux discriminations et aux contrôles répressifs ; dans les
zones rurales où règnent encore les grands latifundiaires. Dans
les zones de conflits et de guerres, les enfants victimes, les
enfants dans les camps, les enfants-soldats sont la pointe la plus
désespérée de cette jeunesse exclue et sacrifiée.
Peut-on édifier un monde qui ne construirait pas l’opulence
d’une minorité sur une exclusion massive et radicale. Pour le
rendre possible, il faut pouvoir penser une alternative. C’est ce
que proposent les mouvements qui convergent dans les forums
sociaux. Une orientation alternative à la logique dominante de
la subordination au marché mondial des capitaux. Une
transition sociale, écologique et démocratique. Et une nouvelle
phase de la décolonisation inachevée. L’organisation de chaque
société et du monde à partir de l’accès aux droits pour tous et de
l’égalité des droits. C’est le fondement nécessaire d’une société
qui ne serait plus régie par la corruption et qui renouvellerait
l’instance du politique.
16 La guerre n’est pas la constante de l’histoire de l’Humanité
et les situations de guerre ne sont pas les mêmes. Il n’y a pas de
fatalité dans l’histoire de l’Humanité, même si les évolutions
sont longues. Combien pensaient dans les sociétés esclavagistes
qu’on pourrait imaginer l’abolition de l’esclavage ? Combien
aujourd’hui pensent que la réduction des guerres, sinon leur
abolition, est une utopie invraisemblable.

Il ne s’agit pas de considérer qu’il faut un monde idéal et
qu’il faut tout résoudre pour qu’il n’y ait plus de problèmes. Il
s’agit de s’engager dans une autre voie et de se donner une
perspective. On peut, sans angélisme, s’engager pour des
sociétés plus justes et plus fraternelles.

Dans un monde idéal, il n’y aurait pas d’enfants-soldats ; le
problème n’existerait pas.
Notre monde n’évolue pas vers cela. On peut toutefois sinon
instaurer partout la paix, du moins refuser l’effondrement des
sociétés et la montée de la barbarie. La perspective c’est la
recherche de la paix par la prévention et le règlement négocié
des conflits entre les peuples. Il implique le refus de la
domination. Pour les enfants-soldats, il faut s’opposer à leur
embrigadement. Dans les territoires pacifiés, des programmes
de réinsertion pour les anciens enfants-soldats sont
indispensables. Pour tous les enfants, pour les jeunesses, l’ordre
du monde doit assurer de l’éducation, de l’emploi, des revenus
pour leurs familles. C’est possible ! Ce que l’Humanité peut
faire, elle doit le faire !



17
AVANT-PROPOS


Les guerres contemporaines ciblent de plus en plus les
populations civiles et les catégories vulnérables dont les
femmes, les vieillards et les enfants. Selon les estimations des
ONGS, le nombre d’enfants victimes de conflits armés durant la
dernière décennie est de plus en plus alarmant.
On en compterait parmi les enfants-soldats près de 250 000,
dont plus du tiers en Afrique. Les enfants victimes des mines
anti personnel seraient aux alentours de 8 à 10 000 par an. Le
nombre d’enfants réfugiés ou déplacés dans le monde
s’élèverait à 23 millions. Les enfants tués à 2 millions,
gravement blessés ou mutilés à vie : 6 millions. Les sans-abri :
12 millions. Les enfants orphelins ou séparés de leurs familles :
plus de 1 million. Les enfants traumatisés psychologiquement :
10 millions.
Selon un rapport de l’ONU datant de 2010, 20 pays sont
inscrits sur la liste noire des pays en conflit utilisant
massivement des enfants-soldats : Afghanistan, Burundi,
Colombie, Côte d’Ivoire, République centrafricaine,
République démocratique du Congo, Géorgie, Haïti, Iraq,
Liban, Myanmar (ex Birmanie), Népal, Ouganda, Philippines,
Somalie, Soudan, Sri Lanka, Tchad, Thaïlande et dans le
Territoire palestinien occupé par Israël.
Avec le Tribunal Pénal International, on peut enfin
aujourd’hui se dire qu’il existe une institution consacrée à la
lutte contre l’impunité des crimes de guerre commis contre les
enfants et d’autres victimes civiles. Il s’agit en effet de la seule
instance juridique internationale habilitée à demander des
comptes aux parties coupables comme pour les procès en cours
actuellement pour le Rwanda et pour l’Ex-Yougoslavie.
L’entrée en vigueur du Protocole facultatif se rapportant à la
Convention relative aux droits de l’enfant, qui relève de 15 à 18
ans l’âge minimum pour le recrutement obligatoire de
combattants et interdit aux mineurs de moins de 18 ans de
participer à des hostilités, constitue également une avancée
juridique notable.

19
Il est désormais interdit, par une convention internationale,
de produire et d’utiliser des mines antipersonnel qui tuent ou
amputent sans discrimination des enfants et des civils durant
des dizaines d’années après la fin des combats, car elles
constituent une menace durable pour la reconstruction et le
développement. On s’intéresse également à la prolifération
d’armes légères qui peuvent être facilement maniées par des
enfants-soldats. Le Conseil de sécurité de l’ONU accorde une
attention croissante aux enfants victimes de la guerre, et
plusieurs organisations régionales ont contribué à ce que les
intérêts des enfants soient mieux pris en compte dans l’Agenda
pour la paix et la sécurité internationale.
Cet état de fait augure donc d’une profonde évolution de la
compréhension des besoins des enfants impliqués dans des
conflits armés.
Pourtant, l’embrigadement continue et des pays qui n’ont
jamais participé à ce genre de pratique, comme la Tunisie de
l’après-révolution par exemple, comptent aussi des
enfantssoldats endoctrinés par le Djihad pour combattre le régime
Assad en Syrie. Cela n’a malheureusement rien d’anecdotique,
mais c’est cruellement réel, le plus jeune combattant à avoir
perdu la vie en Syrie est tunisien. Il s’appelait Farouk at-Tounsi
et n’avait que 10 ans quand il a trouvé la mort le 16 mars 2013.
Le journal Tanit presse, d’où nous tirons l’information, précise
que le garçon a été tué au cours du bombardement d’un camp
du Jabhat al-Nosra où il se trouvait avec son père qui combattait
en Syrie depuis septembre 2012. Son père a lui-même trouvé la
mort.
À Alep, on ne compte plus les enfants-soldats embrigadés
par le Djihad et en passe de devenir des martyrs pour la cause
d’un islam dévoyé. Le recrutement d’enfants et d’adolescents
par les insurgés islamistes sponsorisés par l’étranger en Syrie
fait rage. Le commandant d’un groupe d’opposant à Assad,
soutenu par les Etats-Unis, qui se trouvait dans la province
nordique d’Alep a confié dans un média local : quand les
enfants arrivent, ce sont des enfants, mais quand ils repartent ce
sont des machines à tuer !
20 On apprend aux adolescents à utiliser des fusils d’assaut et
d’autres armes contre les forces du gouvernement syrien.
On leur apprend aussi à désarmer les ennemis en les
poignardant ou en les tuant à mains nues. Tout ceci constitue
pourtant une violation des lois internationales qui prohibent
l’utilisation des enfants et adolescents dans les combats et les
opérations militaires de soutien.
Et tout ceci face à la passivité la plus complète de la
communauté internationale.
Comment sensibiliser le Monde sur l’enfance quand
l’hermétisme prévaut face aux jeux des grandes puissances ?

Quand on aborde aujourd’hui la thématique des
enfantssoldats, on se base toujours sur des articles tirés de déclarations
d’ONGS et d’institutions internationales. On lit dans les
tabloïds et les médias, qui en font leur chou gras, les récits de
ces faits divers de guerre souvent appuyés par une chronique
géopolitique. De façon moins anecdotique et dans un registre
parfois alarmiste, les institutions qui se mobilisent pour éveiller
les consciences n’arrivent pas à aller beaucoup plus loin que le
discours et l’étalage statistique des enfants qui périssent en se
battant dans les conflits.
Le survol est en général très rapide : quelques chiffres,
quelques photos bien choisies, un beau discours pour se donner
bonne conscience. Et l’oubli. Les croisades et autres Djihad, les
luttes de pouvoir et d’influence, les querelles ethniques et les
guerres économiques ne peuvent se faire sans casser des œufs.
Alors au-delà de la mort de ces enfants, il est peu de dire que
jamais ne sont évoqués tous les dommages collatéraux.
Pourtant l’enfant violent de guerre est un vrai problème de
société et dans le jargon criminologique, c’est un réel problème
de défense sociale.

La violence de l’enfant en temps de guerre quand il devient
réacteur est peu étudiée scientifiquement. Elle est en tout cas
très peu ou mal connue du public. Les scientifiques quant à eux,
à part quelques rares études, en ont fait l’impasse. Comment en
expliquer l’ignorance ? Pourquoi cette lacune ?
21
Et pourtant on sait que les pays africains où sévit ce fléau ne
manquent pas ? La Côte d’Ivoire dernièrement, le Mali très
récemment avec la surenchère islamiste, la République
centrafricaine qui durant ses troubles intérieurs a aussi connu
son lot d’enfants-soldats et d’enfants miliciens.
Et puis il y a la RDC que l’on pointe du doigt. À juste titre
sans doute ; pas forcément parce que l’horreur a atteint des
limites plus extrêmes qu’ailleurs, mais parce que ces horreurs se
répètent depuis si longtemps, sans relâche… Même si les
médias occidentaux se sont désintéressés de la thématique,
tellement elle est endémique, il convient de le rappeler : c’est
bien là où les pires horreurs sont infligées aux enfants qui à leur
tour, les inflige aux autres.
On parle volontiers des viols de guerre et de
l’embrigadement des enfants d’origine rwandaise par les Mai
Mai dans la province d’Ituri. Mais les terrains en Afrique ne
manquent pas et on le sait grâce aux rapports des ONGS comme
Amnesty International ou Unicef ou Save the Children
International.
Les méthodes premières de ces institutions, faute de moyens
et d’étude approfondie sur le terrain, restent la dénonciation.
Mais en termes d’analyse rien n’est véritablement explicatif.
Car la question demanderait une mobilisation
pluridisciplinaire combinant une enquête sociologique sur
l’actualité régionale, une enquête psychologique pour en
évaluer les effets et les conséquences et une formation de juriste
pour évaluer le type de sanction qu’il faudrait appliquer. Faute
de volonté politique et en l’absence d’une infrastructure capable
de les juger ou de les retenir prisonniers, si tant est que l’on
arrive à mettre dans les filets de la justice internationale, les
seigneurs de guerre agissent en toute impunité avec des
enfants ; contre des enfants!
Comme l’avait si consciemment expliqué Radhika
Coomaraswamy, représentante spéciale du Secrétaire général
pour les enfants et les conflits armés aux Nations unies, au
Congo, il n’y a pas de prisons. Et même s’il y en avait où
trouver les moyens de nourrir les détenus ? C’est un problème
institutionnel, avant d’être un manque de conscience politique
22 Se poser la question de savoir où les auteurs de ce type de
violence seraient traduits, devant quelles instances ou
juridictions est une vraie sinécure, un problème tel qu’on en
oublie l’essentiel : des enfants sont morts, des enfants ont tué,
des enfants ont été détruits physiquement et
psychologiquement.
Dès qu’on aborde les questions de droit on est dans une
impasse car cela suppose la question de la preuve. Et donc cela
sous-entend, encore une fois, une enquête approfondie. Et les
questions d’ordre politique ou la détermination des
gouvernements issus de cycles de violence (et donc en manque
de légitimité et de reconnaissance internationales) brouillent
encore un peu plus les pistes.
Face à cette absence de volonté, face à ce manque de prise
de conscience, face à ce désintérêt quasi unanime des
politiques, face à l’insuffisance des moyens psychologiques et
thérapeutiques, une partie du monde construit son avenir sur le
terreau d’une enfance traumatisée, sans repère et avec si peu de
valeurs.
23