Enfances du Sud

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Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296322011
Nombre de pages : 168
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ENFANCES DU SUD

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ÉDITIONS L'HARMATTAN 5-7, rue de l'école polytechnique 75005 PARIS

@ Éditions L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4420-2

A Théo Babacar A Valentin Binh

ILS ONT COLLABORÉ A CET OUVRAGE
Cet ouvrage a été conçu, écrit et mis en forme grâce à l'amicale collaboration de : Éric DAZIN, Laurent LINDEBRINGS, Didier MAURO, Élisabeth PHAM et Virginie RAMARSON. Remerciements à Laurent LINDEBRINGS et HO Hai VIET pour leurs illustrations originales: à Éric DAZIN, Pierre GOETSCHEL, Thuy Tiên HO, Laurent LINDEBRINGS, Didier MAURO, Frédéric PFOHL, Danièle SENÉ, pour leurs photographies Nous remercions également: LE MAGAZINE «CAPITAL », LES ÉDITIONS GALLIMARD et Élisabeth BURGOS, auteur du livre:
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Moi, Rigoberta Menchu »,

Néna BARA TIER, réalisatrice, LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT, LA CIMADE, TERRE DES HOMMES, LE COMITÉ CATHOLIQUE CONTRE LA FAIM ET POUR LE DÉVELOPPEMENT (C.C.F.D.), AMNESTY INTERNATIONAL, LE GROUPEMENT DES RETRAITÉS ÉDUCATEURS SANS FRONTIÈRES (G.R.E.F.), LE HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES AUX RÉFUGIÉS (U.N.H.C.R.), LE BUREAU INTERNATIONAL DU TRAVAIL, INTERFÉRENCES CULTURELLES

LES TÉMOINS
Néna BARA TIER: réalisatrice. (France) Christiane BERTHIAUME: Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. Gabriel COHEN-BENDI1 : responsable de l'association « Groupement des Retraités Educateurs sans Frontières ». Pascal ERARD: responsable de l'association «Artisans du Monde ». Philippe FARGUES : démographe. (France) Thuy Tien HO : réalisatrice, directrice d'Orchidées. Keita KABOUNA : ethno-sociologue. (Mali - France) Didier MAURO: réalisateur, écrivain. (France) Rigoberta MENCHU : militante en faveur des droits des peuples autochtones au Guatemala. Prix Nobel de la Paix en 1993. (Guatemala) Jean PERRET: responsable Commission Enfants Amnesty Internati onal. Élisabeth PHAM: collaboratrice d'Orchidées. Ira RAHMAN: animatrice de l'association des femmes de Pullakhandi. (Bangladesh) Yannick SIMBRON : directeur du Bureau International du Travail. (Paris, France)

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A un enfant, quel que soit son âge, on n'a
le droit de voler la fin d'une belle

jamais

histoire. » Maurice SCHUMAN

Remerciements
Nous remercions tout particulièrement la COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES et les donateurs de l' ASSOCIATION VALENTIN BINH avec les Enfants du Monde aInSI que tous les amis, adhérents et bénévoles d'ORCHIDÉES qui ont permis à cet ouvrage de voir le jour

Roland BlACHE Président d'Orchidées et Jean GACK Trésorier de l'Association Valentin Binh avec les enfants du monde

AVANT-PROPOS
Onze ans seulement après l'adoption de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, les Nations Unies ont adopté la Déclaration des Droits des Enfants. Reconnaître que l'enfant a des droits propres, et prendre les dispositions nécessaires au respect de ces droits, tel est le but visé par cette convention signée par quelque 120 états de par le monde. Parmi les grands thèmes pris en compte par le texte on peut citer en vrac: l'intérêt supérieur de l'enfant, la survie et le développément, la protection de l'identité, l'opinion de l'enfant, la protection contre les mauvais traitements, l'adoption, la santé, l'éducation, la consommation de drogues, la privation de liberté, la réinsertion, l'administration de la justice pour mineurs etc...

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S'il est un domaine où le Nord et le Sud se retrouvent, c'est malheureusement celui de l'urgence de la protection à apporter aux plus jeunes. Si au Sud, la protection de la vie même des enfants constitue l'urgence (protection sanitaire, médicale, contre les travaux forcés, l'exploitation sexuelle ou les meurtres des enfants des rues...), nombreux sont les enfants du Nord qui se trouvent en danger de mort « sociale»: spectateurs interdits de séjour dans le grand marché de la formation, de l'emploi et de la consommation. Les conséquences directes de ces exclusions s'évaluent, au Nord aussi, en vies dévastées. J'entendais récemment René Dumont s'insurger contre nos sociétés qui ont peur de tout ce qui est « trop» : trop d'immigrés, trop de chômeurs, trop de jeunes, trop d'enfants dans les pays pauvres... Et j'ai vraiment eu peur d'une planète qui commence à penser que c'est l'homme qui est en trop!!! Non! Pas un enfant de la terre n'est de trop! Considérons-nous comme des citoyens de la terre, dont la responsabilité est d'assurer à tous les enfants, tous nos enfants, un avenir digne des richesses humaines et physiques de notre planète car « nous n'avons pas reçu la terre en héritage de nos parents, nous l'empruntons sÙ11plen1entà nos enfants ». Danièle SENÉ

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I
LA PETITE ENFANCE

LORSQUE L'ENFANT

PARAÎT...

NAÎTRE AU SUD
Partout dans le monde, l'arrivée d'un enfant est un événement majeur dans la vie d'une famille. Mais la façon de l'accueillir, de le choyer, de le nourrir, de le soigner... tout ce qui participe à la relation de la mère et de l'enfant, relève du plus profond de l'identité des sociétés. Aujourd'hui en Occident, dès les premiers jours de la grossesse, l'arrivée d'un enfant s'organise, se planifie : suivi médical et social, préparation à l'accouchement et aux soins du nourrisson, course à la précieuse place en crèche... Dans les pays en voie de développement une telle préparation est inexistante. Les États lourdement endettés coupent prioritairement dans les programmes sociaux et il est très fréquent qu'ils soient totalement désengagés de certains services. Cela ne signifie pas pour autant que la protection maternelle et infantile soit inexistante. Mais il est clair que les moyens manquent. En Afrique, la mortalité infantile et juvénile demeure forte. Aujourd'hui encore, un enfant sur cinq décède avant son cinquième anniversaire. Mais la baisse est maintenant solidement engagée. Elle a commencé par les villes, où furent concentrées les premières formations sanitaires. Elle s'étend maintenant aux villages, notamment grâce aux actions de protection maternelle et infantile menées en milieu rural. Les programmes de Soins de Santé Primaire sont mis en place sur les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé, après la conférence tenue à Alma Ata en 1978. Ils instaurent une participation active des villageois à la prise en charge de l'action sanitaire; ils privilégient le recours à des techniques préventives et curatives simples, comme la prise de la nivaquine pour prévenir le paludisme, ou la réhydratation orale de l'enfant en cas de diarrhée. Ils 13

mobilisent le savoir médical traditionnel au lieu de le rejeter; ils s'appuient largelnent sur les agents locaux de santé. Les infirmiers sont formés sur le terrain, ce sont en général des personnes de la région. Les femmes accouchent au village avec l'aide d'une matrone formée à l'hôpital. A Madagascar, au Vietnam, en Bolivie, au Sénégal, au Bangladesh ou au Mali - pour n'en citer que quelques-uns, nous avons au cours de nos tournages assisté à nombre de ces impressionnantes réunions où femmes et enfants arrivent en foule au dispensaire le jour de la consultation des nourrissons. Les bébés sur le dos, le précieux carnet de santé à la main, les mères sont assidues. Dans les conditions difficiles qui sont les leurs, elles savent mieux que quiconque l'importance de mettre à jour les vaccinations et de contrôler régulièrement la croissance, le poids et le développement général de leurs bébés. Lorsque tous les enfants ont été pesés, mesurés, auscultés, examinés, les femmes se réunissent autour d'un agent de santé ou d'éducation nutritionnelle qui anime la session de formation. Les femmes écoutent avec une grande concen-

tration chaque conseil, chaque « tuyau », chaque recette qui
leur permettra, même dans les villages ou les quartiers les plus isolés, de tirer au mieux parti de ce dont elles disposent pour assurer une bonne croissance à leurs enfants. En plus des consultations dans les dispensaires, les agents de santé et d'éducation nutritionnelle sillonnent les chemins et les routes, de village en village, pour rencontrer les mères dans leur environnement quotidien. A Pullakandi, au Bangladesh, nous avons parcouru des kilomètres aux côtés d'une équipe d'animatrices qui sillonnent à pied, sous un soleil de plomb, les villages les plus isolés pour montrer aux mères comment préparer un mélange d'eau bouillie, de sel et de mélasse très simple à faire 14

et particulièrement efficace pour réhydrater les nourrissons diarrhéiques. Il faut rendre hommage au travail de ces équipes qui opèrent ainsi à travers le monde, et qui contribuent à l' amélioration des conditions sanitaires de millions d'enfants. Mais il faut cependant ajouter que seuls des moyens bien plus importants permettraient une réelle protection de tous ces petits... Au village de Mazi, à quelques kilomètres de la frontière nigériane, dans la région de l'extrême Nord du Cameroun, c'est le jour de la Protection Maternelle et Infantile. Une fois par mois, l'équipe d'animation de l'hôpital de Kosa se rend dans 26 villages pour peser les enfants, prodiguer des soins, distribuer des médicaments et donner une formation sanitaire de base aux mamans. Elles viennent sur la place du village de Mazi le premier mercredi du mois. Elles portent leurs enfants sur le dos, enroulés dans un pagne. Ici comme partout en Afrique... les bébés sentent la tiédeur du corps de leur maman... ils sont très contents! Aujourd'hui c'est Amadou Davy, l'infirmier qui explique aux femmes du village ce qu'il faut faire quand les enfants ont la diarrhée. Ici, la diarrhée tue un enfant sur dix avant l'âge de cinq ans... parfois beaucoup plus! Elle survient au cours d'une rougeole ou d'une infection intestinale. En quelques heures, l'enfant meurt de déshydratation. Pourtant, si on lui avait appris à en reconnaître les symptômes et à réhydrater son enfant, la maman aurait presque toujours pu le sauver par ses propres moyens. Les actions de protection maternelle et infantile et de planning familial sont fréquemment associées. Vacciner un enfant, encourager sa maman à l'allaiter au sein, lui apprendre à le réhydrater en cas de diarrhée ou l'inciter à espacer les naissances, tout cela vise un même objectif: accroître le bien-être de l'enfant, lui donner les meilleures chances de survie. A la campagne, le but unanime de toutes les femmes, c'est le plus grand nombre possible d'enfants vivants: «Quand la Protection Maternelle Infantile n'existait pas, il y avait beaucoup de morts parlni nous. Mais depuis 16

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