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Enjeux et atouts du français en Afrique Noire

De
274 pages
A travers une douzaine de ses articles gravitant autour du français en Afrique noire, c'est toute l'histoire et la conception de l'enseignement de la langue française en Afrique subsaharienne qui sont rappelées ici, ainsi que la cohabitation tout aussi essentielle avec les langues africaines indigènes et l'apport indéniable du français d'Afrique au français universel. Un témoignage de premier plan sur la francophonie africaine, par celui qui présida le conseil scientifique de l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire.
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Willy Bal
Enjeux et atouts du français en Afrique noire
Recueil d’articles parus entre 1966 et 2006 édité par Jean Germain
Préface de Valentin-Y. Mudimbe
Enjeux et atouts du français en Afrique noire
Willy Bal
Enjeux et atouts du français en Afrique noire Recueil d’articles parus entre 1966 et 2006 édité par Jean Germain Préface de Valentin-Y. Mudimbe
Du même auteur Lexique du parler de Jamioulx, Liège, 1949. Henri Pourrat essayiste, Anvers, 1954. Introduction aux études de linguistique romane avec considération spéciale de la linguistique française,Paris, Didier, 1966. La faillite de 1830 ? Élie Baussart, "La Terre wallonne" et Le mouvement régionaliste, Bruxelles, Éd. Vie ouvrière, 1973. Afro-romanica Studia,Albufeira, Ed. Poseidon, 1979. Introduction à lʼInventaire des particularités lexicales du Français e en Afrique noireéd., Paris, EDICEF/AUPELF, 1988., 2 Dictionnaire de lʼouest-wallon dʼArille Carlier, Charleroi, 1985-91. Mélanges Willy Bal : Africana Romanica, Hamburg, Buske, 1988. (En collab.)Anthroponymie afro-romane, Tübingen, 1991. (En collab.) Bibliographie sélective de linguistique française et e romaneéd., Louvain-la-Neuve, Duculot, 1997., 2 Le Royaume de Congo & les contrées environnantes (1591). La description de Filippo Pigafetta & Duarte Lopesde traduite lʼitalien. Réédition, Paris, Chandeigne, 2002. © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03076-0 EAN : 9782343030760
Willy Bal et sa femme lors dʼune table ronde de lʼAUPELF à Lomé en décembre 1975 – © Agence Photo-Cinéma Lomé
Préface Il nous faut savoir gré à Françoise Bal et Jean Germain d’avoir pris l’initiative de publier ce recueil de Willy Bal. Il s’inscrit bien dans l’histoire de ses travaux et de sa contribution aux études africaines. En lui-même, ce travail est une démonstration. Il cadre avec le vaste champ de l’apport de Willy Bal au domaine de la philologie romane et aux études africaines. Il est aussi un témoignage d’un triple engagement intellectuel. Transcendant géographies et aires sociolinguistiques, il est – et tout à la fois – scientifique, éducatif et interculturel. Scientifique dans sa rigueur, il est éducatif par ses démonstrations et intercultu-rel par sa portée.
Dans les années 1960, parmi les courants marquants en cours, on pouvait relever deux genres de recherches transculturelles et transhistoriques animant l’aire de la langue française et son extension. De leurs représentants, on peut, d’une part, invoquer notamment le travail d’un Michel Foucault dans l’histoire des idées. Et, d’autre part, en Belgique, celui de Willy Bal, en philologie et dialecto-logie romanes ; et, remarquablement, dans le domaine interculturel de la langue française.
À partir de trois transcendantaux – la vie, le travail, le langage –, les publications de Michel Foucault tendaient à démontrer la tension entre modèles antithétiques dans les savoirs sur la vie, les formations sociales et le langage. AvecLes mots et les choses, Michel Foucault avait établi des écarts insignes à partir de ces trois transcendantaux. Dans l’espace dominé par des thématiques de la vie, une tension entre fonction et norme ; dans celui du travail, entre conflit et règle ; et enfin dans celui du langage, entre
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signification et système. L’hypothèse lui avait permis de dissocier dans ces espaces des savoirs le normatif et ses envers, soit deux ordres du discours, l’un portant sur l’attendu, et l’autre sur des pathologies.
Dans une voie différente, exemplairement dans le domaine du langage dialectal et ses réflexes, dès son doctorat en philologie romane obtenu à 21 ans avec une thèse sur le parler de Jamioulx, Willy Bal privilégiait l’ordre des différences dans des similarités par rapport aux contacts et aux croisements sociohistoriques. En 1968, par e exemple, il introduitLe Recueil commémoratif du X anniversaire de la Faculté de Philosophie et Lettres (Éditions Nauwelaerts, 1968, p. 7), qu’il avait fondée à l’université Lovanium de Kinshasa avec un texte métho-dologique d’une nette clarté.
« Les grands voyages de découverte qui ont marqué les débuts des temps modernes, l’action missionnaire, l’expansion commerciale, la colonisation ont mis, de-puis des siècles, l’Afrique noire en contact avec des peuples de langue romane et ont amené des groupes plus ou moins importants de romanophones à côtoyer des réalités naturelles et humaines différentes de celles de leur pays d’origine, à séjourner, voire à s’implanter dans le milieu africain. Échanges culturels, contacts d’idiomes, apparition de besoins spécifiques dans l’ordre de l’expression, pro-blèmes posés sur le plan de la communication par des situations plurilingues : un tel état de choses ne pouvait manquer de déclencher divers processus linguistiques, qui intéressent les études romanes et dont les principaux sont l’emprunt, le transfert de matériel onomastique, la particularisation des langues importées et la formation de pidgins et de créoles. » Dans ses recherches, à l’occasion, et avec humour, afin de convaincre, le savant Willy Bal pouvait invoquer des
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illustrations inattendues. Par exemple, dans le domaine culinaire, la « moambe », ce mets qu’il aimait, était-elle d’origine africaine ou latino-américaine ? Du coup, des périodes historiques de cultures différentes se mettaient à croiser diverses géographies prouvant que l’interculturalité ne date pas d’hier.
Un rassembleur extrêmement attentif aux traditions culturelles allemande, anglaise et française, le Belge Willy Bal savait faire le procès des cas avec l’art d’un avocat transculturel d’une extrême érudition.
Il était grand. Un paradigme de par l’exemplarité de sa vie, de sa famille, de sa relation à autrui, dans le temps et dans l’espace, quel qu’il soit.
Grand était ce fondateur d’une Faculté de Philosophie et Lettres en Afrique Centrale avant de devenir Doyen de celle de l’Université Catholique de Louvain et modérateur de fonctions importantes durant une période difficile de son université.
Grand, il l’était, ce savant austère, dans sa relation aux langages humains, aux exigences pour leurs études et aux devoirs de leur interculturalité. Ce volume est une attestation d’une mesure de la ri-gueur et du dévouement intellectuel de celui que ses contemporains appelaient avec estime « Willy Bal, l’Africain ». Valentin-Y. MUDIMBE
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