Enjeux et publics de la télévision en République démocratique du Congo (1990-2005)

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Ce livre est une réflexion sur les aléas de l'introduction et de l'émergence des technologies modernes de la communication au Zaïre-Congo, à partir d'un support: la télévision. L'auteur explore trois champs: la télévision, ses enjeux et ses publics. Les enjeux sont multiples: outil d'émancipation et de domination politique, création de souveraineté nationale... Quand aux publics de la télévision au Congo-Zaïre, l'auteur en retient trois: des publics urbains, des publics scolarisés et des publics plus ou moins nantis.
Publié le : mardi 1 mai 2007
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EAN13 : 9782296172029
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KASONGO-MWEMA

Y' Ambayamba

Enjeux et publics de la télévision
en République démocratique du Congo
(1990-2005)

Espace Kinshasa

L' Harll1attan

L'Harmattan 2007 5-7 rue de l'École Polytechnique; Paris 5e www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-03197-5 EAN:9782296031975

@

A Lambert Mwema et Albertine Kajoba, Auteurs de nos jours et à qui nous devons tant... A Gustave Mwema-Mwanza A Emérance Muyembe-Kasaba... Que nous espérons retrouver tous un jour, dans la paix et la joie du Père céleste!

Remerciements La présente étude reprend et développe les grandes lignes de la thèse de doctorat présentée, pour l'obtention du titre de docteur de l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, sous la direction de M. André-Jean Tudesq, professeur émérite de ladite université. Nous exprimons une nouvelle fois notre gratitude à l'encadrement qui nous avait permis de travailler en toute confiance et d'explorer toutes les pistes susceptibles de faire avancer notre réflexion. Dans ce même esprit, nous pensons aux autorités académiques et scientifiques de l'Institut facultaire des sciences de l'information et de la communication (IFASIC) et à celles de l'Institut de la communication audiovisuelle (ICA, ex SEVOZA) de Kinshasa pour leur appui et leur soutien. C'est sans doute aussi le lieu d'évoquer l'amical encouragement de Kambayi Bwatsha, historien, professeur à l'Institut Pédagogique de Kinshasa, Bakandeja wa Mpungu, juriste, professeur à l'université de Kinshasa, Munkeni Lapess, professeur de communication à l'IF ASIC et Dikanga Kazadi, chef de travaux à l'université de Lubumbashi qui avaient vu et encouragé les premières intuitions de cette recherche. Notre gratitude et nos remerciements à tous ceux qui, à travers les nombreuses pérégrinations de notre vie terrestre, ont contribué à notre épanouissement physique, intellectuel et spirituel. Enfin...A toi ma chère et tendre Hubertine Kasongo Mwema (née Mbungu Tshibangu), pour tous les moments difficiles et pour tous ceux qui furent pires. Ce travail et nous-même te devons tant! A toi, mais aussi à Simone, Christian, Jo, Yannick. Leur chahut, si encombrant naguère, résonne aujourd'hui comme une petite mélodie bien nostalgique. A tous, nous serons reconnaissant à jamais!

Avant-propos Brève carte de visite du Zaïre-Congo
L'Afrique a la forme d'un revolver dont le canon pointe sur l'Afrique du Sud et dont la détente se trouve au Zaïre! Cette célèbre réflexion de Franz Fanon, le Zaïre-Congo ne la doit pas seulement à sa situation géographique. La position stratégique de cet immense territoire, quatre fois la France, ses fabuleuses richesses, son potentiel en ressources humaines en avaient fait un géant sur le continent africain, il y a une trentaine d'années. Depuis, les choses ont changé. Au point qu'un chef d'Etat africain, appelé à dire ce qu'il pensait du Zaïre, aura cette réponse pour le moins désobligeante: «Un grand bar où chacun met la musique qu'il veut» 1. Réponse choquante mais qui n'en donne pas moins une idée sur la décadence de ce pays. 1.1 Vaste territoire, richesses variées

A cheval sur l'équateur, la République du Zaïre (République démocratique du Congo) couvre une superficie de 2345000 km2. L'étendue de son territoire le place au troisième rang en Afrique, après l'Algérie et le Soudan. Il possède 9165 km de frontières, dont 40 km de côtes sur l'océan Atlantique. Il est bordé: - à l'Ouest, par l'océan Atlantique, l'enclave de Cabinda (Angola) et la République du Congo (Brazza) - au Nord, par la République centrafricaine et le Soudan - à l'Est, par l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie - au Sud, par la Zambie et l'Angola. Traversé par l'équateur, le pays est formé d'une vaste cuvette forestière dont l'altitude moyenne ne dépasse pas 44 mètres. Autour de cette immense plaine centrale, le sol s'élève par paliers pour former les hauts plateaux, couverts de savanes et les puissantes
1

Kankwenda Mbaya, sous la direction de, Le Zaïre, vers quelles destinées?, Dakar, Codesria, 1992, p. 385. 7

chaînes de montagne dont l'altitude varie entre 2000 et 5000 mètres. La nature s'est montrée particulièrement généreuse. Les pluies sont abondantes et le pays compte d'immenses étendues de terre arable et fertile, près d'un tiers de la surface du pays. Mais moins de cinq pour cent de ces terres sont effectivement cultivées ou utilisées pour l'élevage. Un fleuve majestueux draine la quasi totalité du pays. Il s'étend en un immense arc de cercle de 4640 kilomètres, depuis sa source dans la province du Katanga jusqu'à l'océan Atlantique. Le fleuve Zaïre-Congo est le cinquième au monde par sa longueur, derrière le Nil, l'Amazone, le Mississipi et le Yang-Tseu-Kiang. Il est le deuxième, après l'Amazone, par son débit moyen (40000 m3 par seconde). Il renferme un formidable potentiel d'énergie hydroélectrique, sans oublier les nappes pétrolifères au large des côtes de l'océan, à Muanda. Les produits du secteur minier ont toujours constitué la principale source de devises du pays. Entre 1980 et le début de 1990, les

produits

miniers représentaient

85 à 90

%

de l'ensemble

des

exportations. manganèse, joaillerie) .

Le sous-sol contient du cuivre, du zinc, du cobalt, du de l'or, du coltan et du diamant (industriel et de

1.2 Répartition des populations
Les estimations de 1995 faisaient état de 50 millions d'habitants1, ce qui donne une densité de 21,3 personnes au km2. Sur ces 50 millions, 7 millions ont été recensés à Kinshasa et dans la banlieue de la capitale. Les populations congolaises se répartissent en cinq grands « peuples» :

- Les

pygmées,

considérés

comme

les premiers

habitants

du pays,

sont peu nombreux région de l'Ituri.

(autour

de 100000) et se concentrent

dans la

- Les bantu (groupe majoritaire) occupent les 2/3 du territoire national. - Les nilotiques sont installés dans le Nord-est du pays.

1 Source: Département

de l'administration 8

du territoire de la ROC.

- Les

soudanais vivent dans la région des bassins de l'Ubangi et de

l'Uélé. - Les hamites, peuple de pasteurs, se trouvent le long de la frontière Est du pays. Ils sont représentés par plusieurs groupes Bahima et Balendu.
Ces principaux groupes ethniques se répartissent à leur tour en de multiples tribus estimées à quelque 300, sur l'ensemble du territoire national. En réalité, le nombre exact d'ethnies n'a jamais été définitivement déterminé. L'obstacle est d'ordre théorique, la définition du concept « ethnie» ne rencontrant pas l'assentiment total des linguistes, des anthropologues et des politologues. On estime officiellement que la population zaïro-congolaise est rurale à 80 %. Comme on l'a vu précédemment, il s'agit d'une mosaïque ethnique, elle-même enveloppée dans une véritable arlésienne linguistique. Pour faire face à cette grande variété linguistique, les pouvoirs publics ont privilégié, sur des critères pas

toujours clairement définis, quatre langues dites « nationales», du fait
que leurs locuteurs appartiennent à deux, voire plusieurs provinces administratives. Ce sont: le Kikongo, le Lingala, le Kiswahili et le Tshiluba. Les autres « parlers locaux» sont considérés comme des dialectes ou encore, des langues vernaculaires (cette dernière expression est de plus en plus décriée par les linguistes africains). A ceci s'ajoute le Français, langue officielle, utilisé dans l'enseignement et l'administration.

1.3 Division administrative
Le territoire de la République est divisé en onze provinces. Chaque province est dotée d'un chef-lieu. Cette organisation territoriale date de 1982. Elle introduit la décentralisation dans le système politique et administratif, pour donner davantage d'autonomie de gestion à chaque province, appelée parfois région. Elle permet la représentation des masses au niveau des assemblées régionales (sorte de Conseil régional), un niveau où se décide leur vécu quotidien.

9

1.4 Situation politique
Après vingt-trois ans sous un régime de parti unique, le ZaÏreCongo a changé de cap, du moins dans les intentions avouées, grâce aux réformes initiées le 24 avril 1990 et dont la plus retentissante était sans conteste, la fin de l'état mono partisan et l'ouverture du paysage politique national au multipartisme. Cette date est considérée comme le début du processus de démocratisation de la vie publique dans le pays. On a assisté alors à un foisonnement sans pareil de partis politiques, traduisant une violente explosion de l'aspiration, longtemps freinée, à plus de libertés dans la vie tant privée que publique. Si cet engouement pour la compétition politique traduisait une exigence de la démocratie, il n'en cachait pas moins une grande soif de conquête du pouvoir et le danger d'y parvenir quelque soit le moyen. De toute évidence il y avait là, démonstration de la volonté d'un chacun de tirer la couverture à soi. Et pourtant, il s'est trouvé très tôt des voix pour condamner cette sorte de boulimie, d'autant plus inquiétante que le mouvement semblait, comme sous la gestion du parti unique, ne s'intéresser qu'aux centres urbains, ignorant le

pays profond. « Si nous n'y prenons garde, écrivaient les évêques
catholiques, notre démocratie risque de devenir l'affaire d'une élite et finalement une démocratie de façade: limitée à la capitale et à quelques villes, mais sans incidence réelle sur la vie et les mœurs politiques des masses paysannes »1. En l'absence de tout effort sérieux en faveur d'une campagne d'explication systématique à la population, du sens profond des réformes entreprises et de la portée des futures institutions, la confusion a succédé à l'enthousiasme du début. La Conférence nationale souveraine (CNS) se tiendra d'août 1991 à novembre 1992 et aboutira à l'adoption de l'Acte constitutionnel de la transition. Celui-ci organisait la transition et mettait en place les institutions de la période transitoire qui devait s'achever le 9 juillet 1995, avec l'organisation d'un référendum sur la nouvelle constitution et des élections présidentielle et législatives.
1

Libérer la démocratie. Message et Déclaration des Evêques du Zaïre. Conférence épiscopale, Kinshasa, 1ertrimestre 1991, p. 9. 10

L4.1 Neutralisation de la vie politique

Très vite, des tiraillements sont apparus entre les trois institutions de la transition: président de la République, Haut conseil de la République - HCR -, gouvernement. Malgré la médiation du HCR, le président Mobutu et les partis dits de la mouvance présidentielle entreront en guerre ouverte contre le gouvernement du premier ministre Tshisekedi, gouvernement soutenu par l'ensemble des partis de l'opposition. C'est ce qu'on a appelé la bipolarisation de la vie politique. D'un côté, les partis de l'opposition et le gouvernement de transition, dirigé par un premier ministre élu par la CNS, se considéraient comme les tenants du changement tant voulu par le peuple. De l'autre, le président de la République et les partis de la mouvance présidentielle tentaient, par tous les moyens, de récupérer un pouvoir qui leur avait échappé à la faveur de la tenue de la CNS. Cette situation va perdurer, le président Mobutu ayant réussi le coup de force de diviser l'opposition. Ce qui va permettre aux partis de sa mouvance, de revenir en force au sein du Haut Conseil de la République et d'imposer un premier ministre dit de « consensus» ou encore de « la troisième voie », en l'occurrence, Léon Kengo wa Dondo, plusieurs fois chef du gouvernement de Mobutu par le passé. C'est sur cet imbroglio politique qu'est venue se greffer la situation de l'Est du pays où la guerre du Rwanda avait chassé vers la ville zaïroise de Goma, près de deux millions de réfugiés rwandais. 1.4.2 Chute de Mobutu Face à la menace représentée par les milices interahamwe, d'origine hutu, utilisées par le président Mobutu pour déstabiliser le Rwanda, le gouvernement de Kigali décidera à son tour, d'appuyer les milices congolaises banyamulenge, d'origine tutsi. Rejointe par l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du CongoZaïre (AFDL), cette coalition va prendre le contrôle des zones frontalières et de la province du Kivu à la fin du mois d'août 1996. Mais ce qui n'était qu'une opération de sécurisation des frontières rwandaises et ougandaises prend rapidement une autre tournure.

11

L'AFDL se lance alors à l'assaut de Kinshasa. Elle y parviendra le 17 mai 1997, sans véritablement combattre. Fortement démotivée, l'armée nationale accueille les gens venus de l'Est en véritables libérateurs. Laurent-Désiré Kabila prend alors la place de Mobutu obligé de fuir la capitale et de partir en exil au Togo, puis au Maroc où il mourra l'année suivante. Le Zaïre sera rebaptisé « République démocratique du Congo ». Mais l'alliance installée au pouvoir à Kinshasa ne tardera pas à voler en éclats, pour grosse divergence d'intérêts. Les alliés rwandais, ougandais et burundais reprochaient à Laurent-Désiré Kabila, son manque d'intérêt pour les problèmes de sécurité à leurs frontières communes. Pressé par la population que la présence des tutsi dans l'armée et dans les hautes sphères du pouvoir agaçait, le tombeur de Mobutu écartera les ministres tutsi de son gouvernement en juillet 1998 et ordonnera ensuite le déguerpissement immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais. 1.4.3 Dialogue national et nouvelle transition

Les troupes rwandaises se retirent mais pas pour longtemps. Le 2 août 1998, elles lancent au départ de Goma dans l'Est, une offensive en direction de Kinshasa via la base militaire de Kitona dans le BasCongo, à l'Ouest du pays. La complicité des soldats de l'armée nationale congolaise passés à l'ennemi s'avère efficace. En un mois, la nouvelle coalition menace les faubourgs de la capitale congolaise. Le président Kabila ne devra le salut de son régime qu'à l'intervention, in extremis, des troupes angolaises et zimbabwéennes qui prennent en tenaille les agresseurs et leur infligent une cuisante défaite. Concentrée sur les seules régions de l'Est, la coalition entre le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi et la rébellion congolaise intensifie la guerre contre une armée congolaise encore en formation. Bientôt, elle occupe la moitié du territoire. Mais une fois de plus, l'alliance vole en éclats. A deux reprises, soldats rwandais et ougandais s'affrontent à Kisangani dans la province orientale. La guerre inter-alliés coûtera la vie à plus d'un millier de personnes civiles dans le chef-lieu de la province orientale. Les Rwandais et les rebelles du RCD / Goma occupent l'Est du pays, les Ougandais et les rebelles du RCD / Bunia

12

occupent la partie orientale, le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) occupe le Nord du pays, avec la complicité de l'Ouganda. Sous la pression internationale, un accord est signé en juillet 1999 à Lusaka en Zambie. Il prévoit le retrait de toutes les troupes étrangères, le déploiement d'observateurs des Nations-unies, le désarmement de toutes les milices (interahamwe et Maï-Maï) et l'organisation d'un dialogue intercongolais. Un accord plusieurs fois violé par tous les belligérants. L'Organisation des Nations-unies adopte ensuite une résolution enjoignant aux troupes rwandaises et ougandaises de se retirer du territoire congolais et d'indemniser la RDC. Parallèlement à ces décisions, la communauté internationale (l'Afrique en particulier) exerce de grandes pressions pour pousser les parties en conflit à négocier une sortie politique de la crise. De nouvelles perspectives sont ouvertes pour une sortie négociée de la crise le 16 janvier 2001 avec l'assassinat à Kinshasa de Laurent-Désiré Kabila et son remplacement, une semaine plus tard, par son fils Joseph Kabila. Contrairement à son père, le jeune président - à peine 30 ans - s'engage à pacifier le pays et à conduire les Congolais à des élections libres et démocratiques. Après de nombreuses péripéties, le dialogue politique intercongolais aboutit laborieusement à la signature, le 17 décembre 2002 à Pretoria, de l'Accord global et inclusif. La mise en œuvre de cet accord a donné naissance à une période de transition globalement apaisée. Celle-ci s'est achevée avec l'installation des nouvelles autorités politiques issues des élections libres et démocratiques que la communauté internationale a très largement financées et qu'elle s'est engagée à sécuriser. Fixé au 30 juillet 2006, le premier tour de la présidentielle a retenu, sur trentetrois postulants, deux candidats pour se disputer les suffrages des électeurs, le 29 octobre 2006 : Joseph Kabila Kabange, près de 45 ok des voix et Jean-Pierre Bemba Gombo, 20 ok des suffrages. Au terme du deuxième tour du scrutin, Joseph Kabila, élu avec 58 % des voix a été officiellement proclamé, par la Cour suprême de justice, président de la République démocratique du Congo.

13

1.5 Perspectives

économiques

Ces deux guerres ont très gravement et durablement déséquilibré l'économie et les finances du pays. La croissance est devenue très lourdement négative. Après dix années consécutives de recul, elle

était de 14,7 %, selon l'estimation de la Banque centrale pour 1999. «
Toute l'économie se contracte. Déjà isolée par le mauvais état des routes,

l'agriculture, a subi directement et durement dans plusieurs régions les effets de la guerre. L'industrie voit les entreprises privées réduire leurs
effectifs et certainement leurs performances, et les entreprises du secteur public maintenir ou accroître leurs déficits. Les salaires des fonctionnaires sont payés irrégulièrement et le secteur informel qui permet à 80 à 90 ok> de

la population de survivre dans despis-aller,continue de s'étendre »1.
Les observateurs avertis estiment que les perspectives de développement du pays sont assez médiocres et les chances d'amélioration à court terme, demeurent liées à la conjoncture politique et militaire. Néanmoins, ils reconnaissent que les pouvoirs publics ont la possibilité d'influer sur la tendance récessionniste, en desserrant le carcan qui pèse sur les opérateurs économiques. Déjà, la réglementation des changes a été revue dans un sens moins restrictif. La mesure aurait été encore plus efficace, si elle avait été appuyée par la mise en place d'un cadre juridique favorable à l'initiative privée nationale et étrangère. Plusieurs opérateurs économiques sont en attente d'un signal clair de Kinshasa pour investir dans le pays. On peut citer le cas des compagnies minières anglo-saxonnes prêtes à investir dans le diamant du Kasaï ou encore dans le cuivre, le cobalt et les métaux

non ferreux du Katanga.

«

Le secteur des mines qui a toujours été

considéré comme le moteur du développement économique peut donc mettre un terme à la tendance attentiste et créer le mouvement de reprise. Ce qui implique que les investisseurs étrangers retrouvent la confiance qu'ils
semblaient avoir perdu pendant l'été 1998
»2.

1 République Démocratique du Congo, dossier point-pays. Centre Français du Commerce Extérieur (CFCE), ambassade de France en RDC, juin 2000, p. 26. 2 idem, p.27. 14

Introduction générale Ce livre paraît au moment où la République démocratique du Congo, son champ d'investigation, vient de basculer d'une très longue période de transition politique vers ce qu'on appelle, la Troisième République. Plus que jamais, les médias1, la télévision en tête, jouent et vont continuer de jouer un rôle éminent dans l'éveil des consciences, l'information citoyenne, la formation et l'expression des opinions, sinon de l'opinion publique. Le paysage médiatique congolais a énormément évolué au cours de la période sous analyse, au gré des modifications de la situation institutionnelle, économique, sociale et culturelle. Le champ de ce travail se situe dans le domaine de la communication sociale et concerne précisément la télévision. Il s'agit à la fois de considérer l'outil et toute l'organisation qui l'accompagne en tant que système, l'espace de son fonctionnement et les publics destinataires. La naissance de la télévision dans ce pays (1965/1966) est déjà connue. Nous n'y reviendrons pas ici même si, pour mieux expliquer certaines situations, un recours au passé s'avérera utile, voire nécessaire. La présente étude a pour objet, de réfléchir sur les aléas de l'introduction des technologies de la communication au Zaïre-Congo2 et ce, à partir d'un support médiatique, la télévision. En raison des similitudes et des différences de situations entre ce pays et d'autres sur le continent africain, les conclusions pourront s'avérer utiles pour une étude comparée. Chemin faisant, l'étude s'articulera autour de trois champs: la télévision du Zaïre-Congo, les enjeux qu'elle couvre et les publics qui lafréquentent.

1 Nous utiliserons aussi bien «médias » que «media », pour parler des supports médiatiques au pluriel. 2 De 1960 (Indépendance) à 1967 (coup d'Etat de Mobutu), le pays s'appelait République Démocratique du Congo. De 1967 jusqu'à la chute de Mobutu, le 17 mai 1997, il a été baptisé Zaïre, avant de voir Laurent-Désiré Kabila revenir à l'appellation officielle du pays lors de son indépendance.

La télévision
Il s'agira de la télévision en tant que moyen de communication de masse tel qu'il est implanté au Zaïre-Congo depuis plus de 40 ans, mais surtout, tel qu'il fonctionne depuis 1990 dans ce pays. On aura à considérer à la fois l'outil technologique (la télévision qui est différente de la radio, de la presse écrite ou encore du livre et du cinéma) et l'institution telle qu'elle a fonctionné dans un premier temps, sous le régime du monopole public et dans un deuxième temps, sous le régime de la concurrence (ouverture à des organismes de programmes, à des chaînes cryptées et à la télévision «satellitaire» ). Les enjeux Comme dans la plupart des pays en voie de développement disposant d'un tel instrument, la télévision constitue un domaine aux enjeux multiples, parfois complémentaires, souvent contradictoires. Il s'agit d'enjeux d'ordre politique (souveraineté, indépendance, légitimation), économique et financier (économie libérale oblige), culturel et idéologique. Dans le cas spécifique du Zaïre-Congo, la télévision a été voulue pour trois raisons au moins: a) Comme un outil d'émancipation et de domination politique. Il s'agit ici de l'enjeu primordial. A l'inverse de la radio, il ne s'agit pas d'un héritage colonial et ce sera un formidable outil d'affirmation de l'identité « authentiquement» zaïroise. La télévision a participé de la symbolique des grands travaux d'Hercule. b) Comme outil de développement et de transfert de technologies devant concourir aux efforts d'industrialisation du pays grâce à la mobilisation des ressources et des masses. A titre indicatif, on peut signaler que lors des grands déchirements ayant accompagné l'ensemble du processus de démocratisation en Afrique au début des années 90, la télévision a servi de dernier bastion inexpugnable des pouvoirs établis. c) Enfin, comme un espace de loisirs et de jeux pour un peuple qui manquait cruellement de pain.

16

Les missions légales d'information, d'éducation et de distraction, missions culturelles, constituent en réalité pour la télévision zaÏrocongolaise, un enjeu formel mais secondaire. On peut considérer en effet que la télévision a eu pour finalité:
1°)

- de

légitimer

le pouvoir

et d'assurer

la domination

politique

(1965 - 1990) 2°) - de garantir le statu quo ante en contestant le changement que le peuple réclame. 3°) - d'assurer, à travers un choix méticuleux d'opérateurs, à la fois une libéralisation contrôlée de l'espace télévisuel et une mainmise sur l'économie du secteur. Les publics cibles On distingue trois publics cibles à savoir: a) Les publics urbains ou urbanisés. Les pouvoirs publics africains ont toujours privilégié les centres urbains. Illustration est faite pour le cas zaÏro-congolais, avec le programme de distribution de l'énergie électrique. La ligne à haute tension Inga-Shaba traverse le pays d'Ouest en Est sur près de deux mille kilomètres, sans offrir la moindre possibilité pour le raccordement des agglomérations traversées au réseau national. Le courant est transporté en continu et non en alternatif. Toute transformation devrait entraîner d'importants investissements difficiles à négocier à l'extérieur. b) Les publics plus ou moins scolarisés pour ne pas dire instruits

ou encore, pour reprendre l'expression de Mukamba Longesha, des «
publics sachant parler le français ou tout au moins d'individus qui ont fait

nefut-ce que deux ans (d'études) post-primaires »1. Il n'y a rien d'étonnant
à cela puisque la langue d'expression majoritaire à la télévision est le français, largement en tête devant les langues nationales. c) Les publics plus ou moins « nantis» dans la mesure où le coût d'un poste téléviseur est tout simplement prohibitif pour la très grande majorité des populations concernées. Cependant, cette

1

MUKAMBA Longesha, La cible manquée, Louvain-La-Neuve,

Cabay éditeur,

1983, p. 105. 17

considération sera relativisée par la pratique de la solidarité et de l'hospitalité. Celle-ci voudrait que même les moins nantis puissent se permettre quelques heures de spectacle télévisuel auprès de ceux qui possèdent un téléviseur. Dès lors, la question générale de la présente recherche consistera à se demander si les téléspectateurs se reconnaissent dans leur télévision. En d'autres mots, la problématique concerne la place du (des) public (s) dans l'organisation de la télévision au Zaïre-Congo. Autrement dit, il s'agira de savoir si oui ou non les besoins, les attentes du (des) public (s) sont pris en considération par les circuits institutionnels qui organisent la télévision au Zaïre-Congo? En considérant ces différents aspects, on peut postuler que ce sont des enjeux politiques, idéologiques, culturels et financiers qui ont déterminé les publics ciblés, les moyens (financiers, techniques, humains), les programmes et leurs contenus. La naissance, puis le développement de la télévision répondaient à des attentes spécifiques qu'il nous faudra identifier. D'une manière générale, comme le reconnaît Francis Balle,

la télévision « assume (auprèsdes usagers)certainesfonctions dont il convient d'identifier la visée apparente et la signification ultime »1.
L'expression circuits institutionnels renvoie globalement au contexte de production, de diffusion et de consommation des messages télévisuels, à la manière de Roland Barthes à qui la

littérature

se présente « comme une institution (..) elle rassemble tous les usages et toutes les pratiques qui règlent le circuit de la chose écrite dans une
société donnée: statut social et idéologique de l'écrivain, mode de diffusion,

conditions de consommation, sanction de la critique »2. Pour réaliser la présente recherche, nous avons eu recours aux méthodes de l'analyse de contenus et de l'observation participante, ainsi qu'aux techniques d'enquête qualitative et de dépouillement documentaire. Dans l'étude réalisée sur la radio-trottoir comme une
1

BALLE F., Médias et sociétés, Paris, Ed. Montchrétien, rhétorique

1990, 5ème édition, p.

563, Sl. 2 BARTHES R., «L'analyse

», in Littérature et société. Problème de

méthodologie en sociologie de la littérature, Colloque de l'Institut de Sociologie de l'Université Libre de Bruxelles et de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (6è section) de Paris, Edition de l'Institut de Sociologie de l'ULB, 1967, pp. 32-35. 18

alternative de communication en Afrique, Ekambo Duasenge1 a construit un modèle d'analyse des médias au Zaïre-Congo, dont nous nous sommes inspiré, présentant la société comme constituée de deux acteurs en situation conflictuelle permanente: le groupe au pouvoir et le groupe éloigné du pouvoir.

Se basant sur les concepts de « société officielle» et de « société
profonde» qu'a développés l'anthropologue français Georges Balandier, Ekambo a construit son modèle de communication dualitaire en mettant face-à-face, ceux qu'il appelle les «acteurs sociaux majoritaires », c'est-à-dire les tenants du système de communication

médiatisé qui constituent en réalité une minorité et les

«

acteurs

sociaux minoritaires» de la communication, à savoir, les utilisateurs du système médiatisé, soi(en)t le(s) public(s) ne s'identifiant pas à la première catégorie. Sur le plan sociologique, ce groupe est de loin majoritaire. La présente étude porte sur la période allant de 1990 (fin de l'état monopartisan, ouverture du pays au pluralisme politique, accès des opérateurs privés au paysage audiovisuel) à 2005, année qui précède les élections générales prévues pour fin juillet 2006.

EKAMBO Duasenge N., Radio-trottoir, une alternative de communication en Afrique, thèse de doctorat, Louvain-La-Neuve, Cabay, 1985.
1

19

Première partie: Enjeux et publics de la télévision sous le régime du monopole public (1990 -1994)

Chapitre I : Le régime juridique Le régime juridique définit les missions, les compétences, les structures et les moyens de la télévision au Zaïre-Congo. Le paysage médiatique a toujours été balisé légalement. Une dizaine de textes légaux et réglementaires détermine les conditions d'exercice du droit de et à l'information. L'environnement communicationnel relève des compétences gouvernementales et tout particulièrement de l'autorité du ministre chargé du secteur. Il lui revient d'organiser, d'animer ce domaine tout en réfléchissant sur les perspectives d'avenir. A ce titre, le ministre exerce sur la presse écrite et audiovisuelle le pouvoir de tutelle que lui reconnaît la loi. Il convient de faire remarquer cependant que s'ils font bien partie du domaine de la communication, le téléphone et tous les services de la télématique relèvent des attributions du ministère des Postes et télécommunications. Les deux ministères se partagent la tutelle du REZA TELSA Tl, gestionnaire des stations terriennes de télécommunications. Jusqu'en 1996, la télévision a fonctionné dans un cadre juridique régi par un arsenal de quatre ordonnances-lois et une ordonnance qui se référaient elles-même à l'article 18 de la constitution du 24 juin 1967. Depuis mars 1996,le Haut Conseil de la République - Parlement de Transition - a voté une nouvelle loi régissant le secteur de la communication, loi qui a été promulguée le 22 juin 1996 sous l'intitulé : Loi n° 96-002 du 22 juin 1996. Elle fixe les modalités de l'exercice de la liberté de la presse et consacre l'ouverture du paysage audiovisuel national. Mais la pratique, comme c'est souvent le cas, a précédé la formalisation juridique du contexte pluriel des médias audiovisuels. C'est ainsi que la période concernée par cette première partie s'arrête en 1994 alors que sur le plan strictement juridique, l'ouverture du paysage audiovisuel commence avec la promulgation de la nouvelle loi, c'est-à-dire, le 22 juin 1996.

1

REseau ZAïrois de TELécommunication par SATellite. Depuis 1997, cette structure a pris l'appellation de RENA TELSA T. Le « NA » de national remplaçant le « ZA » de Zaïre. 23

La période du monopole public est marquée par l'existence de quatre ordonnances-lois, une ordonnance, trois textes réglementaires ainsi qu'un certain nombre d'accords et de conventions signés avec des partenaires extérieurs1. 1.1 Les supports législatifs

Dans ce chapitre, nous examinerons les différents textes de lois sur la télévision et tous ceux qui, d'une manière générale, ont été pris sur l'audiovisuel durant la période sous analyse. 10. L'Ordonnance-loi n° 81-011 du 2 avril 1981 portant modification de l'Ordonnance-loi n° 70-057 du 28 novembre 1970 relative à la liberté de la presse. Cette ordonnance délimite le cadre d'exercice de la liberté de presse. Elle consacre la liberté en matière d'impression et de diffusion des publications de presse pour lesquelles une simple déclaration préalable au ministère de l'information et de la presse suffit. L'article 3 de cette ordonnance élargit sans précision le champ des supports à l'audiovisuel. Ce texte de loi précise les notions - rôle et fonctions - du directeur de la publication qui est civilement et pénalement responsable de la publication et de son contenu, du droit de réponse ainsi que de la circulation des journaux étrangers. Au terme de cet article, seuls sont interdits, les journaux et écrits, périodiques ou non, publiés à l'étranger en quelque langue que ce soit, de nature à troubler l'ordre ou contraires aux bonnes mœurs. 2°. L'Ordonnance-loi n° 81-012 du 2 avril 1981 portant statuts des journalistes oeuvrant en République du Zaïre. Ce texte de loi définit le métier de journaliste et lui confère un statut libéral. Il institue la carte professionnelle de presse et arrête les dispositions relatives au recrutement, à l'activité, aux avantages, aux sanctions, aux incompatibilités et à la cessation définitive de l'exercice de l'ensemble de la profession. C'est cette ordonnance-loi qui reconnaît au journaliste le droit syndical et incidemment, l'existence de l'Union de la Presse du Zaïre - UPZA -, organisation
1

Il faut souligner ici que la France a joué un rôle particulier dans ce domaine. Pourtant, compte tenu des relations issues de la période coloniale, on était en droit de s'attendre à ce que la Belgique supplante la France. On y reviendra. 24

professionnelle à qui revient la prérogative d'octroyer et de retirer la carte de presse et celle réservée aux stagiaires. 3°. L'Ordonnance-loi n° 81-050 du 2 avril 19981 portant création de l'Office Zaïrois de Radiodiffusion et de Télévision - OZRTCe texte juridique confie à l'entité ainsi créée, l'exploitation du service public de radiodiffusion et de télévision. Au-delà de ces deux activités bien distinctes, cette ordonnance-loi confie en plus à l'OZRT la promotion et la production des oeuvres cinématographiques. 4°. L'Ordonnance-loi n° 81-052 du 2 avril 1981 portant création de l'Agence- Zaïre-Presse (AZAP). En réalité, cette structure a été montée sur les cendres de l'Agence Congolaise de Presse (ACP). Ce texte de loi place l'agence télégraphique nationale de presse sous la double tutelle de la présidence de la République et du ministère de l'Information et de la presse. Dans ses activités, l'AZAP transmet à ses abonnés les informations collectées sous formes de dépêches et publie chaque jour, sous forme d'un bulletin, une sélection de nouvelles aussi bien nationales qu'internationales. 5°. L'Ordonnance n° 90-185 du 12 septembre 1990 portant création de
la redevance sur les postes récepteurs de radio et de télévision.

Celle-ci détermine les conditions générales de la perception, les personnes redevables et celles qui sont exonérées, les taux, la période imposable, le contrôle, les poursuites et les pénalités encourues. Appelée de tous leurs vœux par les différents responsables de l'OZRT, cette ordonnance abroge les ordonnances législatives n° 66659 et n° 66-660 des 19 et 21 décembre 1959 portant institution et mesures d'exécution d'une redevance annuelle sur les appareils récepteurs de radiodiffusion prises durant la période coloniale. Ce texte rencontrera de nombreuses difficultés dans sa mise en application à cause de l'impossibilité d'identifier et de localiser l'utilisateur d'un téléviseur. En effet, contrairement aux pays occidentaux comme la France où l'identité et la localisation de l'usager sont faites au moment de l'achat du téléviseur, au ZaÏreCongo, aucune opération de ce genre n'est entreprise. Aussi est-ce de façon tout à fait arbitraire que la taxe a été perçue, dans un premier

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temps, sur les factures des clients de la Régideso1. Après réclamations, cette procédure a été provisoirement« mise en veilleuse » dans l'attente d'une autre qui n'est jamais sortie des cabinets d'études. 1.2 Les mesures réglementaires De façon générale, les textes légaux sont complétés par les mesures réglementaires. Dans le cas qui nous concerne, plusieurs mesures réglementaires ont été prises par les pouvoirs publics. On peut citer: - L'arrêté ministériel n° 04/DIP/004/90 du 21 avril 1990 portant dispositions réglementaires générales en matière de publicité au Zaïre; - L'arrêté interministériel n° 04/DIP/ESURS/001/90 du 3 janvier 1990 portant répartition des responsabilités en matière de formation des journalistes; - Le code de déontologie du journaliste zaïrois adopté par le Conseil
Général de l'UPZa en juin 1990.

1.3 Les accords et conventions Les textes légaux et réglementaires sont complétés par les accords et conventions divers: Accord de coopération culturelle et technique appelé aussi Accordcadre. Tous les accords franco-zaïrois concernant l'audiovisuel découlent de celui-ci. Signé le 17 décembre 1963 à Paris, il a été ratifié à Léopoldville le 3 novembre 1964 et à Paris le 8 novembre 967. Le décalage entre la ratification à Léopoldville et celle effectuée à Paris peut s'expliquer par les recadrages postérieurs, mais surtout par la période de guerre civile et d'incertitudes au Congo (1963-1965). . Accord de coopération radiophonique fondé sur l'article 5 de l'accordcadre. Cet accord a été signé le 24 novembre 1964. Les deux pays (France et Zaïre-Congo) s'y engageaient à : garantir la fourniture de programmes enregistrés, d'ouvrages, de disques; promouvoir la formation; fournir le concours de spécialistes pour le fonctionnement du réseau.
1 La Régideso est la Régie de distribution l'ensemble des villes du pays. 26 d'eau. Elle opère en exclusivité sur

Au vu de ces différents engagements, le terme de réciprocité est vite apparu comme un vœu, une utopie, du moins pour ce qui est du Zaïre-Congo, faute de moyens pour assurer une production de qualité. Peu de temps après la signature de cet accord, la France invoquera de nombreux prétextes pour imprimer à cette coopération et à cette réciprocité, le caractère unidimensionnel qu'elles ont conservé jusqu'en 1996. . La convention portant statuts du personnel de l'OZRT applicables depuis 1985 ;

. La convention collective des travailleurs de l'OZRT signée en 1990 ;
La convention n° 053/CD/90 du 15 août 1990 portant
internationalisation du Studio-Ecole de la Voix du Zaïre, SEVOZA.

Ce dernier accord portait sur l'officialisation du caractère international de la formation dispensée depuis 1978 dans ce centre de formation aux métiers de l'audiovisuel, monté grâce à la coopération française. Il prévoyait aussi un effort financier de la France (3 millions de francs) pour le rééquipement du SEVOZA et en particulier, l'informatisation de son centre de documentation polythécaire. Ces accords et conventions font partie des plus connus et des plus importants en la matière. Mais parallèlement, le Zaïre-Congo a passé des accords à caractère plus restreint avec un certain nombre de pays, voire d'organismes publics de radiotélévision (Belgique, Canada, Allemagne) pour un type de coopération plus ciblé, notamment en matière de fourniture de programmes et de façon ponctuelle, d'équipements (Allemagne, Japon).

1.4 Analyse du dispositif législatif et réglementaire
Deux observations différents textes.
1°) Un sous-bassement

peuvent

être formulées

à l'analyse

de ces

global

imprécis

Ainsi que le fait observer avec pertinence Malembe Tamandiak, une grande instabilité a caractérisé les institutions de la République, surtout en matière de presse où la pensée du législateur est demeurée peu explicite, «s'exprimant en des termes généraux principalement

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dégagés de la lecture des lois fondamentales

»1.

Sans briller par sa précision en effet, la loi fondamentale constitution du 19 mai 1960 - se contente de maintenir, en matière de

presse, « les lois, décrets et ordonnances législatives, leurs mesures
d'exécution ainsi que toutes les dispositions réglementaires existants au 30 juin 1960, aussi longtemps qu'ils n'auront pas été expressément abrogés». (art. 2) Cette disposition constitutionnelle consacre en réalité le principe du monopole public en matière de radiodiffusion sonore et audiovisuelle, en ce qu'elle soumet l'attribution des ondes radioélectriques et l'exploitation du service public de la radiodiffusion à une autorisation gouvernementale. Elle fait appel aux prescrits des ordonnances du 31 octobre 1947 (art. 46, alinéa 1) et du 8

décembre 1955 (art. 166, alinéa 2) qui précisent notamment que «
l'administration se réserve le monopole de la radiodiffusion. Toute exception à justifier chaque fois, relève du domaine du Secrétaire Général qui a la
latitude d'autoriser le fonctionnement de studios privés de radiodiffusion
»2

.

Le Zaïre-Congo va franchir un pas important en termes de libertés dans la constitution du 1er août 1964. Celle-ci lève un grand nombre

de restrictions frappant la presse tant qu'elles ne concernent pas « la
sauvegarde de l'ordre, de la sécurité publique et des bonnes mœurs ainsi que le respect des droits d'autrui» (art. 26). C'est ainsi que la liberté de presse est garantie à tous les Congolais, et qu'en matière de

publication de presse, « aucuneautorisation deparaîtren'est requise, de
même que la censure ne peut être établie» (alinéas 1 et 2). Mais une fois le pavillon officiel baissé, on constate de nombreux cas de censure, de saisie de journaux et d'arrestation de journalistes. 2 ) Un vide juridique sur l'audiovisuel
0

Bien que la constitution du 1er août 1964 organise et garantisse la liberté de presse à tous les Zaïro-Congolais, la lecture de l'alinéa 2 de l'article 26 ramène le lecteur au secteur médiatique effectivement visé
1

MALEMBE Tamandiak, « La réglementation de la presse au Zaïre », in Revue des sciences et techniques des media, vol I, Kinshasa, PUK, Janvier 1981. 2 PAUWELS-BONN G., L'origine, l'évolution et le fonctionnement de la radiodiffusion au Zaïre de 1937 à 1960, Tervuren, Musée royal de l'Afrique centrale, annales séries IN8°, sciences historiques, nOS, 1979, p. 22, 9 1. 28

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