Entre l'esprit et la matière

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« Elle se leva telle une femme fidèle et dévouée et très lentement se mit à se déshabiller étape par étape. Lorsqu’elle eut fini, on pouvait être d’accord que son corps avait quelque chose de spécifique et de non répandu. Les vrais corps de rêve ne se retrouvent pas que dans des descriptions utopiques. Il en existe également dans la réalité. Celui de Marielle en est la preuve. Il ne suffit qu’à voir la jeunesse de sa peau pour s’en convaincre. La nudité de Marielle témoignait d’un fait innovant dans la conception du corps féminin depuis l’utérus maternel. Pendant ce temps, Daryl lui, perdait son aspect lumineux, pour se former en corps de chair par condensation. Il devenait de plus en plus compact jusqu’à complètement se solidifier. Mais il était par contre habillé, vêtu de la même tenue que celle du jour de l’accident. »


Publié le : vendredi 13 février 2015
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EAN13 : 9782332890542
Nombre de pages : 156
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ISBN numérique : 978-2-332-89052-8

 

© Edilivre, 2015

Meerya

Il est dix-neuf heures trente. Et ce soir encore, c’est pareil avec cette même fille qu’il passe des nuits et des jours à courtiser sans suite favorable. C’est à croire que pour lui, la chance n’est jamais consentante quand il s’agit de fille de son choix. Il la quitta avec la déception d’un condamné à mort. Malheur sur malheur, dès qu’il ouvrit le portail et sortit, il constata que sa mobylette n’était plus à sa place. Il ressentit comme un éclair et un coup de tonnerre dans la poitrine. Comme chez tout le monde au premier constat, par optimisme, il émit l’hypothèse que quelqu’un l’avait peut-être déplacée pour faire un peu plus place à l’entrée. Il regarda dans toutes les directions, les endroits où on est susceptible de la ranger avec une bonne intention. Mais rien. Il fit deux fois le tour des lieux. Toujours rien. Une dernière fois, l’évidence de la chose commença à conquérir ses pensées et ses émotions, ensuite, c’est la capitulation. Toutes les personnes à qui cela est déjà arrivé une fois savent que la première larme, c’est quand elle mouille nos joues qu’on se rend compte qu’elle vient de tomber. Chris venait de se faire piquer sa mobylette. Sur un refus de cœur en plus. Ce n’était pas le premier non plus. Entasser refus sur refus, à force de persévérer et d’espérer, il se retrouva avec sa moto envolée et un non définitif de Karelle, cette fille qu’il a draguée pendant plus de six mois.

Avec un sort presque scellé, il retourna encore dans la maison et manda Karelle dans l’espoir qu’elle le délivre de cette certitude. Son visage presque remis à neuf – les larmes complètement nettoyées, un sourire hypocrite forcé par un courage indien – il entama son discours lentement et clairement. En la tenant informée, l’étonnement et l’incrédulité dans les yeux de celle-ci martelèrent dans la tête de Chris le coup sonore de la sentence finale.

– Attends, qu’est-ce que tu dis ? Que tu n’as plus retrouvé la moto, c’est ça ? Attends, allons voir, je suis sure que quelqu’un l’a déplacée.

Elle se hâta vers l’entrée principale, en tournant la tête de tous les côtés comme si une mobylette était aussi petite qu’un ballon de basket. Effectivement dehors, il n’y avait ni moto, ni présence de créature visible à l’œil nu. Même ses colocataires qui habituellement y trainaient pour prendre un peu d’air, se distraire en regardant les passants du soir, ce soir-là, ils étaient curieusement tous ailleurs. Réalisant la situation combien embarrassante, elle se mit à poser des questions quelque peu idiotes dans le genre : « tu as bien vérifié si le cou était condamné ? Tu es sûr de n’avoir pas oublié la clef là-dedans ? Tu n’as pas remarqué une silhouette qui te suivait par hasard ? Ici, on ne vole jamais ! Mais… »

Elle se calma deux à trois secondes, avec des coups d’œil aux deux extrémités de la rue, et se retourna de nouveau vers Chris, le prit par la main et lui avoua très sincère : « je ne comprends pas pourquoi c’est arrivé en ce moment où… Franchement, je suis désolée, et je te jure du fond du cœur que… »

Elle voulut le tirer vers elle pour pouvoir l’enlacer, lui procurer du soutien et du réconfort gratuit, mais ce dernier l’interrompit dans son élan. Chris n’avait rien contre l’idée, mais n’approuva pas trop le fait, surtout dans un contexte assez bien clair comme celui-ci. Dans la tête, il n’était pas un garçon dans le genre à aimer les lots de consolation, cette sorte de compassion envers un plus faible, et qui traduisait dans le fond une idée de pitié. Et ça, il n’aimait pas du tout, encore qu’ici, il était la victime. Karelle en a été frustrée, car elle y allait de bon cœur. Mais lui, il n’avait sérieusement plus de chance à retenter. Surprise, elle se retrouva coincée, la bouche ouverte entre son idée et ce qu’elle s’apprêtait à dire. Dans ses pensées, Chris s’était mis à la voir en louve, une porteuse de poisse dont il lui fallait s’éloigner, parce qu’en faisant un point rapide, il n’avait souvenance d’avoir vécu aucun moment agréable avec elle. Plus il regardait Karelle de près, des pensées noires effleuraient son esprit. La métamorphose de ses sentiments était timidement haineuse. Le vol de sa moto lui éclairait l’esprit à une vitesse de quatre giga-octets de mémoire rame. Ce qui l’a toujours retenu chez elle, loin de la taille des seins, parce qu’elle en avait de très gros et de très beaux, c’était ce petit quelque chose d’attractif dans le regard. Karelle devait aussi son charme à sa hanche et ce qui pouvait se trouver en dessous, ses cuisses modérément charnues, son teint noir et surtout sa voix, son aisance quand elle aborde les sujets prohibés.

« Karelle est une fille bonne, tous les garçons en rêvent parce qu’elle a des traits qui confirment qu’elle doit être succulente au lit. Et moi, c’est vrai je l’aime, elle me rend faible, mais qu’elle aille au diable cette fille. Une de perdue, dix de retrouvées. Je l’ai x fois suppliée pour un baiser, mais aujourd’hui parce que ces enfoirés m’ont chipé ma moto, elle veut me prendre dans ses bras, retourner sa veste pour que je ne pleure pas. »

– No souci, Karelle ! C’est rien. C’est déjà arrivé et on ne peut plus changer les choses. Il faut que je rentre. Le voleur doit être bien positionné quelque part en train de m’observer et cette idée, je la déteste.

– Mais non, Chris ! Arrête de dire ces genres de choses. Donc, tu penses que…

Chris l’avait déjà abandonnée debout là, et marchait tout meurtri vers la voie pavée afin d’y prendre un zém (diminutif de Zémidjan : un taxi-moto). Il aurait voulu ne pas venir chez elle ce soir-là. Il aurait voulu sortir de cette satanée maison une minute plus tôt, peut-être bien que… Il aurait voulu qu’elle lui dise Oui ce soir-là, peut-être bien que cela aurait atténué les choses. Il aurait voulu plein de choses, mais bon…

Le voilà debout près du zém, cherchant encore depuis plus d’une minute sa propre adresse. Celui-ci trouva ce client particulièrement bizarre, et pour s’assurer qu’ils étaient sur la même longueur d’onde, lui reposa une deuxième fois la même question. En guise de réponse, il entendit : « hum…, yé fîn kèkè tché. (Hum…, ils ont volé ma moto.) » Il coupa le moteur, toucha Chris pour le ramener dans l’instant présent. Pour finir, les deux conclurent sur une destination : la plage de Bieer Gardeen avec une petite escale à Zongo chez son frère aîné. En cours de chemin, après avoir embarqué à Sènandé, le Zémidjan s’était déjà transformé en psy. Tout comme le bonheur, le malheur peut facilement en un rien de temps, réunir deux inconnus. L’aspect commercial de leur rapport semblait ne plus exister. C’était de la thérapie verbale en live. Le psy d’infortune accusa tout au long du trajet cette Karelle dont il ne sait que dal, mais dont le prénom et l’histoire évoquent des diagnostics louches. Après Zongo, ils remontèrent sur Akpakpa où ils se laissèrent finalement dans un échange de numéros de téléphone, à Bieer Gardeen au quartier Jack. Le Zémidjan lui fit grâce du coût de transport. Chris en retour lui promit de lui faire appel en premier, à chaque fois qu’il aurait à se déplacer. Une moto de perdue, un Zémidjan de retrouvé.

Il marcha dans le sable, monta un peu plus loin puis sortit de son sac mis en bandoulière, une rampe de haschich qu’il avait soigneusement enroulé depuis la berge. En effet, cette herbe, il s’en est procuré à Zongo chez son dealer. Donc l’escale chez son frère à cet endroit était un prétexte. À l’aide de son zipo, il enflamma sa rampe de joint et tira une bonne longue taffe. Il s’installa confortablement et commença par repenser à la vie en général, à certains détails bien précis de son existence, aux choses qui l’avaient marqué, que ce soit en bien ou en mal. Il raconta aux vents toute sa mésaventure de ce soir, et combien il avait mal. Il ne manqua pas de souligner par anticipation, combien la vie lui sera moins facile à partir de demain. Poursuivre son stage en ces temps où le litre d’essence est à sept cent cinquante francs, Chris avait compris qu’il avait cherché des embrouilles avec la galère, et qu’elle l’attendait déjà demain matin pour démarrer la journée avec lui. « Mais tout ça, ce n’est rien ! ça aussi, ça passera, c’est la vie, et ce sont des expériences », s’était-il dit pour conclure à bout de ses sciences. Il y resta jusqu’à vingt-deux heures par là. Deux heures, c’est vite passé, sans stress, sans déprime, sans calcul du temps, quand on est sujet à une connexion interneuronale ultrarapide sous sur l’effet du joint. Ses cartouches de rage vidées, il se releva, regagna la côte passa un dernier bonsoir à l’agent de sécurité du restaurant chic – un de ses anciens camarades de classe à qui l’univers académique n’a pas souri –, puis marcha du Quartier Jack, jusqu’à chez lui à Sègbèya. Environ cinq kilomètres de marche.

Les jours suivants, les événements se déroulèrent comme il s’y était préparé. Lorsqu’il se retrouva dos au mur, ses SOS en direction de ses amis susceptibles de le dépanner n’avaient jamais de retour. C’est encore plus offensant de se sentir délaissé par ses propres amis, quand nous en avons un besoin véritable. Mais le joint lui, ne lui a pas du tout été infidèle. Ils avaient toujours leur commun rendez-vous tous les soirs sur cette même plage parfois avec une bouteille de « vodka pur grain » dans la compagnie, quand durant la journée écoulée, la moisson a été bonne. Il y vient comme d’habitude, se met bien avec sa bouteille d’alcool et sa drogue, raconte ses soucis à la mer, et sans se prendre la tête avec personne, rentre chez lui quand il en a sa dose. Certains jours, il lui arrive de rester jusqu’à des heures avancées. Cela dépend de la charge émotionnelle à évacuer. C’est ainsi que ce soir l’envie d’y rester plus longtemps encore, le prit. Il ne la refoula pas puisque le lendemain, c’était samedi. Il adorait la pureté de l’air de la nuit et aussi la caresse du vent qui vient de la mer. Il pouvait aussi égrener son temps à scruter son futur. Quand il sera un homme heureux, insouciant de tout ce qu’il a pu entasser comme biens périssables, de son passé ardu, et aussi une femme, oui une femme ! Celle qui l’aimera pour ce qu’il est. L’existence n’est qu’une petite virgule sur le chemin infini de la vie. On nait, on pleure, on sourit, et pour finir, millionnaire ou galérien, on rend le souffle à celui qui nous l’avait prêté. Ce jour-là, si la philosophie avait fugué de chez elle, c’était ici sur cette plage qu’elle avait trouvé refuge.

Au bout d’un certain temps, il remarqua sur cette plage que le calme s’installait peu à peu. Ses seuls compagnons nocturnes – les vagues et les bruits d’écailles quand elles venaient mourir sur la berge – étaient comme devenus dociles et obéissants à une présence complice. C’était la plage ici, mais la sérénité de ce soir avait tout d’une errance dans le désert du Niger, deux heures avant le lever du jour. Même les cocotiers situés à quelques pas plus loin faisaient dans leur feuillage des bruits beaucoup plus ordonnés. À y faire un peu plus attention, cela ressemblait à une note, un air musical. L’atmosphère de cette nuit était tout à fait bizarre. Mais cela n’avait rien d’apeurant. Le temps était agréable. Chris ingurgita le fond du « pur grain », et lança vigoureusement la bouteille qui, loin de finir sa carrière dans les hautes eaux marines, échoua à quelques mètres de lui dans la dernière vague. Même, son joint ne lui restait qu’un tiers de rampe. Il fit quelques dernières taffes, peut-être bien trois ou cinq, et écrasa le mégot dans le sable. Il se laissa tomber sur le dos. La solitude et la fatigue semblaient le gagner. Un léger sommeil passa et lui fit la cour puis, il s’abandonna à ses avances. Après un quart d’heure environ passé à mi-cheval entre un sommeil profond et un état de veille à moins de cinquante pour cent, il sentit comme une sorte de couverture qui recouvrait son corps, des pieds jusqu’à hauteur du cou. Mais lui, il ne bougea pas parce que son esprit était déjà ailleurs.

À Cotonou, se retrouver sur une plage, seul au-delà d’une heure du matin, on peut appeler ça du suicide. À moins d’être un ritualiste, un agresseur, ou un fou…, en tout cas, quelqu’un de pas net. Même les clochards ne s’y aventurent pas. Personne n’a envie d’offrir en sacrifice son crâne, ses testicules ou ses boyaux, à un vil individu qui rêve d’argent et de richesse matérielle, quitte à pactiser avec l’ombre. Dans les instants d’après, toujours à moitié endormi, Chris sentit près de ses narines, la présence d’une main parfumée qui cherchait à dégager quelque chose de sa joue. Par instinct, il ouvrit les yeux et dans un sursaut violent, attrapa cette main qui errait dans les alentours de sa tête. Flexible, élastique et malléable comme du chewing-gum, la main s’amincit s’allongea et lui glissa du poing comme du caoutchouc. Au lieu de se retrouver couché sur le dos, Chris réalisa aussitôt qu’il n’était plus dans sa position initiale, mais un peu replié sur le côté latéral comme un fœtus. Pris de panique, il se releva en un bond et se dressa face à la mer. Au loin, dans les eaux côtières, il y avait quelqu’un, une silhouette féminine. Elle était debout dans l’eau jusqu’à hauteur de la poitrine. Elle semble se servir de la limite de cette profondeur pour cacher ses seins. La lune luisait excellemment bien. La plage était éclairée comme s’il y avait une veilleuse beige allumée et suspendue dans le firmament. Chris et elle se regardaient, tous deux figés sur place. Elle avait beaucoup de prudence dans le regard, prête à s’échapper à la moindre incartade. Chris lui par contre, se sentait irrésistiblement attiré par elle. « Qu’est-ce qu’elle fout là celle-là ? De la baignade nocturne, sans contrôle et à cette heure-ci ? Mais c’est dangereux ça ! J’hallucine ou quoi ? » Il regarda autour de lui, avança de quelques pas, se rapprocha encore plus de sa cible, pour s’assurer de ce qu’il voyait réellement. La créature n’avait pas bougé. Il l’observa plus distinctement encore. C’était bien une fille, une belle fille. Pas besoin d’être à un mètre pour confirmer qu’elle était très belle. Elle ressemblait à une Touarègue, mais une Touarègue trop raffinée. À cette distance, on ne peut bien déchiffrer les traits de son visage, néanmoins, on pouvait être d’accord qu’elle a quelque chose qui scintille dans ses yeux. À moins d’avoir zéro en culture générale, on pouvait soupçonner qu’il s’agissait d’une sirène, une créature de l’eau, la déesse de la mer.

– Ah ! T’es une sirène ! réalisa-t-il tout bas avec un étonnement émerveillé.

Une joie tout à fait unique, jamais ressentie auparavant, fit battre son cœur. D’accord ! C’est une sirène, admettons ! Mais celle-là est trop jeune pour être une sirène ! Elle a l’air d’avoir dix-sept ans. La curiosité se mit à le ronger. Dans un « oh ! » ayant tout d’un gémissement, la silhouette parut un peu inquiète d’être découverte, d’être mise à nu en un coup. Elle recula un peu plus et voulut repartir. Il la supplia presqu’à genou de ne pas repartir, mais celle-ci paraissait prendre une décision plus sage et dans leur intérêt à tous les deux. Elle lui jeta un dernier regard affectueux, et s’immergea en progression lente jusqu’à totalement disparaître. Dans son départ, Chris put apercevoir une large queue de poisson qui tapa moins fort la surface de l’eau.

Dans le mépris total de sa propre sécurité, il descendit sans contrôle dans les vagues, avança dans la marée en tentant désespérément de la faire revenir. Il resta dans les eaux quelques secondes, attendit vainement un signe et comme ne sachant pas nager, il remonta sur la côte, l’attendit là jusqu’à cinq heures du matin, mais hélas, plus rien ne se produisit encore. La mer, le vent, les vagues… tout semblait reconquérir progressivement son autonomie d’antan. Il n’y a plus rien de beau, de serein dans les airs, et même les cocotiers à travers les bruits de leurs feuillages ne répandaient plus aucune symphonie. Lorsqu’il essaya de raconter son expérience à son pote l’agent de sécurité du restau, celui-ci l’écouta avec beaucoup d’attention, mais, il savait que ces genres d’expérience, pour la plupart du temps, on ne vous croit jamais.

Le lendemain encore, Chris était là. Fumant, buvant au passage, espérant un nouveau miracle, mais sa foi semble encore insuffisante jusque-là. Tous les jours suivants n’avaient rien de différents aux précédents. Ce fut pareil jusqu’à la fin de la semaine. Ce soir encore, comme un soldat fidèle au poste, il y était. Il se distrayait cette fois-ci à regarder certains fidèles d’une religion où le port d’une longue soutane blanche est imposé, exécuter des rituels d’offrandes à la mer. Certainement pour obtenir des faveurs du ciel. À un moment donné, ces derniers rappliquèrent et détalèrent comme mis en déroute par un phénomène étrange. C’était au septième jour, après la première apparition de la reine des eaux bouillantes. Au moment où Chris finit de se marrer de la scène, il retourna la tête et réalisa qu’elle était là, qu’elle était revenue, droite et équilibrée dans l’eau comme midi trente ; située pratiquement à une distance proportionnelle que la première fois. Tout était de nouveau calme et harmonieux comme la première fois. C’est à croire que toute âme (êtres et inertes) vivant dans la mer et dans ses alentours, devait lui faire révérence quand elle manifestait sa présence. Chris fut court-circuité entre deux moments. Cette fois-ci, la jeune fille marine paraissait un peu sure d’elle. Les deux se regardèrent plus d’une minute avant qu’il ne lui déclare.

– Je t’ai tellement attendue, j’ai tellement espéré… Je savais que j’aurais tort de ne plus y croire… et finalement tu m’as donné raison. Tu dois sentir que je me sens également bien d’être honoré de ta présence.

Elle parut enjouée. Cela se lisait dans son sourire. Quand elle lui répondit, aucun son cohérent, ou du moins, aucune expression verbale humaine captable ne lui sortit de la bouche. Elle ne prononçait pas de mot. Cela ressemblait par contre aux petits signaux vocaux enchanteurs que poussent les nouveaux nés dans leur berceau, lorsque ces derniers sont ravis. Elle avait envie de se rapprocher plus encore, mais hésitait. Chris semblait plus que jamais rassurant, quand il tentait de gagner sa confiance en lui offrant la sienne. Cela lui marcha. Il avait réussi. Elle prit le risque, se rapprocha de Chris qui perché sur la côte, était aussi descendu de quelques pas, quand il essayait de lui prouver ses bonnes intentions. Elle était entièrement sortie des eaux. C’était une adolescente. Seize à dix-sept ans, pas plus. Avec un corps jamais encore effleuré par les idées perverses du genre masculin. La jeunesse de son corps était irréprochable. Elle était véritablement belle. Rien à voir avec ces filles de Cotonou en jean plaqué taille basse, plus tee-shirt décolleté étriqué, derrière les djenanan (jolies motos chinoises, en vogue dans la capitale).

Elle se dégagea entièrement de la marée. On pouvait la voir à cent pour cent. Moitié humaine, moitié poisson, elle essayait toujours de se hisser en prenant appui sur ses membres antérieurs. Ses seins étaient nus, peu volumineux, avec une couleur de peau presque blanche. À hauteur de la hanche, se débattait dans le sable une large et longue queue argentée, identique à un poisson, scintillante au reflet de la lune et des étoiles. Lorsqu’elle se trouva finalement à moins d’un mètre de Chris, il se rassit – presque couché – près d’elle dans le sable, et prit dans ses deux mains, la main droite saupoudrée de sable mouillée, de sa convive. Dans cette posture, ils se regardèrent longuement comme sous l’effet d’une hypnose interactive. Chris était obnubilé. C’était quand même normal. Un humain en face d’une créature, d’un personnage vivant des mythes et légendes, il faut se demander si ceci n’était pas un rêve éveillé. Elle semblait corrompre Chris par son aura. Elle sentait bon comme du Diesel – parfum de marque – mélangé à une fleur exotique, et rendait amoureux par sa présence. Elle était d’une beauté d’ange et de diable à la fois. Elle était belle à l’extrême. Si elle avait deux jambes à la place de sa queue de poisson, on pourrait l’appeler la mère du monde, la mère des femmes. Elle était superbe. Ils se regardaient toujours à ne point...

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