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Entre rêve et création le fil rouge de l’infantile

De
140 pages

Le fil rouge de l’infantile, serait-il un fil qui court aussi bien dans le travail de l’artiste que dans la rencontre clinique ? Tout comme le rêve, l’infantile se nourrit de l’archaïque et témoigne du mouvement de l’inconscient, actif dans la cure par le travail du rêve. Faut-il encore que l’analyste accepte « d’entendre le corps en images », mobilisant sa propre dimension ludique et créatrice afin de laisser advenir, dans le transfert, celle de l’analysant. Transfert et inventivité sont aussi convoqués en Institution dans l’accueil de la souffrance psychique et de la psychose.

Le rêve traumatique est une tentative de lier psychiquement ce qui a fait effraction dans le psychisme et qui s’est inscrit dans une mémoire corporelle. Cette modalité du rêve peut être éclairée par le travail d’artistes dont l’œuvre élabore des « lieux de passage entre le mort et le vivant »


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Entre rêve et création
le fil rouge de l’infantile ?

Actes du Colloque duPoint de Capiton

les 11 et 12 novembre 2011

 

Scène Nationale de Cavaillon

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation de l’ouvrage :

Le fil rouge de l’infantile, serait-il un fil qui court aussi bien dans le travail de l’artiste que dans la rencontre clinique ? Tout comme le rêve, l’infantile se nourrit de l’archaïque et témoigne du mouvement de l’inconscient, actif dans la cure par le travail du rêve. Faut-il encore que l’analyste accepte « d’entendre le corps en images », mobilisant sa propre dimension ludique et créatrice afin de laisser advenir, dans le transfert, celle de l’analysant. Transfert et inventivité sont aussi convoqués en Institution dans l’accueil de la souffrance psychique et de la psychose.
Le rêve traumatique est une tentative de lier psychiquement ce qui a fait effraction dans le psychisme et qui s’est inscrit dans une mémoire corporelle. Cette modalité du rêve peut être éclairée par le travail d’artistes dont l’œuvre élabore des « lieux de passage entre le mort et le vivant »

OUVERTUREUn truc de fou !

L’enfance de la création ?

L’énergie du désespoir Patrick Chemla

René Pandelon

Que fait-on quand on écrit ? Jean-Louis Giovannoni

Le fil dans l’œuvre de Louise Bourgeois Catherine Saison-Baillet

Présentation du livre : Création d’une œuvre-Journal critique

Hommage à Marc Gérard Rapp, écrivain et acteur. Simone Molina

Parcours de l’Indien… Simone Molina

table ronde Le processus créatif dans les ateliers conte avec des enfants en hôpital de jour Martine Vial

Permettre la transformation du symptôme en sinthome Odile Chabre Tatibouët

Présentation du livre : Archives incandescentes Écrire, entre la psychanalyse, l’histoire et le politique

Création de l’enfance ?

Les goûters de Clara Christian Koehrlen et Joëlle Fatticcioni

La « peur du noir » ou les impasses névrotiques de la créativité des enfants Joëlle Molina

Le Fil Rouge Ou ce qu’il fallait comprendre et retenir jeudi 10 en soirée et vendredi 11 (au cas où vous n’étiez pas là) Texte slamé par Tolten

L’enfant et ses traumatismes Quand trop de réel sature la cure : Règle d’abstinence et Loi Symbolique Pierre Kammerer

« Je suis Policier » AnneJUSSREANDOT-RIVET

« On sans fous » Texte(extrait) slamé parTOLTEN

« Közsönöm / Ressac »

L’enfant s’écrit sans le savoir Jean Cooren

Il faut laisser du temps au temps Pierre Helly

Jean-Louis Giovannoni

biobibliographie

Entre rêve et création, le fil rouge de l’infantile ? Michèle Jung

 

OUVERTURE
Un truc de fou !

Jean-MichelGREMILLET

 

Gilles Deleuze dit que le charme des gens, c’est leur folie, ajoutant que la source de démence de quelqu’un serait son charme même…

C’est un peu cette démence, et aussi ce charme charismatique, que nous nous proposons d’explorer pendant ce mois de novembre. Des « psys » (choisissez la fin de mot qui vous convient), mais aussi des artistes vont nous accompagner sur ce chemin délicat et ardent. Le terme fou est un mot que nous devons surtout conserver dans notre langage quotidien, faire en sorte qu’il ne soit pas dissous avec tout ce que notre société d’aujourd’hui aime démonter, et lui fait par exemple nommer « laboratoire de production culinaire » la cuisine qui se construit à l’hôpital, ou encore « ouvrage de franchissement de la Durance » le futur pont de Cavaillon.

Nous allons nous immerger dans la profusion de création artistique réalisée dans (et hors de) l’hôpital de Montfavet, celui qui accueillit longtemps et vit mourir – de faim – en 1941 la grande Camille Claudel, à qui nous rendrons hommage. Nous allons vous proposer de découvrir d’autres travaux d’artistes en familiarité avec cette douleur, et aussi regarder ce monde et le vivre à l’intérieur, nous interroger, partager les expériences, en colloque, en films, en débats…

Ceci est la première édition de rendez-vous réguliers que nous avons nommés « exclamations ».

Ceci n’est pas un festival, quoique. Là, c’est juste Un truc de fou !

René PANDELON,

Coordonnateur des ateliers de psychothérapie à médiation créatrice

Moi, je serai très bref, ma crainte étant que si on fait trop long je sois obligé d’intervenir tout à l’heure à 11H 11 !

Pour écourter mon propos, je veux remercier M. GREMILLET de nous accueillir ici et de ce travail en commun qu’on fait. Je ne suis là aujourd’hui, qu’en tant que porte-parole de la Fédération, ce que l’on appelait avant la Fédération, le Forum des Ateliers Psychothérapeutique à Médiation Créatrice.

Merci à GREMILLET de nous accueillir ici pour ce colloque.

Je voulais aussi le remercier parce que dans ses propos d’introduction, j’ai trouvé qu’il était ma mémoire vive. Il a dit à plusieurs reprises que j’avais dit des trucs, je ne m’en rappelais plus du tout, mais comme c’était des propos que je pourrais tenir aujourd’hui… donc je le remercie d’avoir cette fonction de mémoire vive qui m’est actuellement très utile.

Puis, je voulais surtout remercier Simone, pour ce colloque aujourd’hui, pour tous les colloques et surtout officiellement et aujourd’hui en public, la remercier pour tout ce travail qu’elle a fait avec nous à la Fédérations des Ateliers, presque 20 ans de compagnonnage, elle nous a apporté beaucoup, j’espère que c’est ce qui va apparaître pendant ces deux journées, la qualité de ce travail et tout ce qu’elle a pu faire pour que ces ateliers de création soient maintenant quelque chose qui fonctionne, qui entraîne les merveilleuses expositions qu’il y a dans les rues de Cavaillon et puis ce que nous verrons tout à l’heure, cet après-midi.

Voilà, je lui laisse la parole.

 

Simone MOLINA

« Entre rêve et création, le fil rouge de l’infantile ? », est le 3e colloque organisé par le Point de Capiton, avec l’ECRPF, les Ateliers de création de Montfavet et la Scène Nationale de Cavaillon qui nous accueille dans sa maison.

Le colloque de 2003 dans ce même théâtre s’intitulait « Poésie et Réel » et celui de 2009, « Les voix du transfert ». Voici donc un premier fil rouge : celui du transfert à l’art avec l’interrogation du Réel qui préside à tout processus de création.

Ce colloque de novembre 2011 est né des rencontres artistiques qui ont nourri la réflexion des membres du Point de Capiton quant aux liens entre transfert et création. C’est cette réflexion qui nous a permis de nous retrouver ici. En quelques mots : Anne Rivet, psychologue clinicienne et membre du Point de Capiton, avait entendu lors d’une émission de radio datant de quelques années déjà, des enfants parler de leur rencontre à Beaubourg avec les araignées géantes de Louise Bourgeois. Elle s’émerveillait de la capacité de Louise Bourgeois à convoquer cet infantile que les très jeunes enfants savaient reconnaître.

Je connaissais quant à moi le travail de Maki Xenakis, dont nous déplorons l’absence, et son lien avec Louise Bourgeois. Il nous est alors apparu évident qu’il nous faudrait non pas creuser du côté de l’enfance, mais du côté de l’infantile et de ce qui fait nouage entre deux ou plusieurs artistes travaillant ensemble. Aussi, y aura-t-il au cours de ces deux journées des interventions, des incises artistiques, qui se répondront de façon plus ou moins proche dans le temps. Je vous les laisse découvrir.

En cela, ce colloque voudrait avoir fonction de rébus afin que se produise pour chacun un événement d’où des interventions pluridisciplinaires, des dialogues, des ponctuations artistiques… et quelques surprises à découvrir.

Nous voulions aussi donner à entendre ce qu’il en est du dispositif de la cure analytique dans sa dimension créatrice tant pour l’analysant que pour l’analyste. Nous voulions aborder le fait que la dimension institutionnelle du soin ne va pas sans la prise en compte d’une part du patient, et d’autre part de la manière dont il interpelle de façon spécifique l’institution. En cela nous sommes absolument à rebours de ce qui est enseigné aujourd’hui. Plusieurs intervenants aborderont sans doute ces questions.

Nous avions hésité quant au titre du colloque. « L’enfance de la création » est un titre qui a été abandonné et nous avons préféré essayer de dégager « le fil rouge de l’infantile » dans un intervalle et un mouvement « entre rêve et création ». Car ce qui fait l’œuvre est avant tout un mouvement, un processus, et la mise en mouvement du lecteur, du spectateur, de l’auditeur.

En effet l’enfance est un état du petit d’homme dans une période temporelle donnée, qui va de la naissance à la puberté dit le dictionnaire. Nous quittons l’enfance parfois à regret, parfois contents d’en être sorti.

L’infantile, au contraire, est ce qui nous habite et ne nous quitte pas{. Il est le creuset de nos fantasmes originaires et des expériences sensori-motrices les plus archaïques dont certaines sont irreprésentables. Nous ne pouvons les approcher que sous forme de traces mnésiques dont les théories sexuelles infantiles font partie, et qui sont à l’œuvre dans tout processus de création. L’infantile est le lieu le plus aigu où s’expriment l’affect mais aussi ce qu’il a de paradoxal entre amour et haine, ou encore entre courage et insouciance, ou entre espérance et cruauté.}

L’infantile est ce qui nous fait spécifique et donc différent, en même temps qu’il signe l’universel et le fait que nous appartenons tous à l’espèce humaine.

C’est dans l’infantile que puise la parole du poète.

Ce colloque doit beaucoup aux poètes, à Caroline Sagot-Duvauroux particulièrement, à Jean Louis Giovannoni, à mes amis poètes, au slameur Tolten que nous retrouverons avec joie demain, ou à Emma La Clown… qui sera présente samedi avec Catherine Dolto.

Ce colloque puise sa force dans la vigueur des textes des participants à l’atelier d’écriture Papier de Soi, dont vous aurez lecture aujourd’hui par les étudiants du Conservatoire, il puise son énergie dans la puissance des œuvres des artistes de l’atelier Marie Laurencin qui sont exposés dans le hall, dans l’étonnant travail artistique de Hippolyte Ludo, mais aussi, bien sûr, dans ce travail clinique quotidien dont témoigneront les intervenants qui parleront de la clinique du Sujet et de son nouage avec celle de l’institution, ou qu’aborderont des intervenants des tables rondes.

Ce colloque a été porté par le désir vivace des membres du CA du Point de Capiton, et par celui d’un groupe de travail qui s’est réuni cette année pour imaginer, rêver, et créer ce programme ancré dans la clinique et dans l’artistique. De même que l’œuvre crée du lien social pour l’artiste, mettre en œuvre un colloque comme celui-ci, dans ce théâtre, implique d’avoir une exigence clinique ET artistique. Nous avons conscience d’être sur un fil, comme le funambule, ou bien sur une crête, comme l’artiste qui cherche sa route tout en la parcourant et en s’exposant aux regards d’autres.

Le fil rouge de l’infantile serait-il un fil qui court aussi bien dans le travail de l’artiste que dans la rencontre clinique ? Telle est notre question.

Tout comme le rêve, l’infantile se nourrit de l’archaïque et témoigne du mouvement de l’inconscient, actif dans la cure par le travail du rêve. Faut-il encore que l’analyste accepte « d’entendre le corps en images », mobilisant sa propre dimension ludique et créatrice afin de laisser advenir, dans le transfert, celle de l’analysant. Transfert et inventivité sont aussi convoqués en institution dans l’accueil de la souffrance psychique et de la psychose.

Patrick Chemla et René Pandelon aborderont en début de matinée ce nouage entre clinique du Sujet et clinique institutionnelle. Mais avant d’écouter Corinne Zibetti, qui ouvrira le colloque à sa manière par un texte intitulé « Merci ! »,  je voudrais rendre hommage à deux personnes disparues en 2011, et qui comptent pour nous. Le premier, Jean François Coudurier était psychanalyste à Aix en Provence et fut président du Point de Capiton entre 2004 et 2006. Le second, Michel Anseaume, était libraire à Crest et avait créé une maison d’édition « Les ennemis de Paterne Berrichon ». Il était amoureux de poésie, de lettres, de l’art, des auteurs, de botanique, de théâtre, et… était un anticonformiste. Nous allons tenter de leur rendre le plus bel hommage en inventant ensemble un événement qui fasse trace.

Nous allons écouter Corinne Zibetti…

L’enfance de la création ?

L’ÉNERGIEDUDÉSESPOIR
PATRICK CHEMLA

En relisant une fois de plus Création et schizophrénie de Jean Oury qui constitue pour moi l’ouvrage de référence sur ces enjeux,  je me suis dit que l’essentiel avait été dit ; l’essentiel en terme de positionnement, de justesse par rapport à la création. Il est question chez Oury de donner image à un lieu supposé qu’il appelle fort joliment fabrique du pré en hommage à Francis Ponge, et qui serait préobjectal, pré-prédicatif, préverbal etc. Ce lieu serait le support, le soubassement du sujet parlant et de la gestaltung qu’il traduit par forme formante, enforme du sujet.

Il est important de remarquer que Winnicott nous parle lui aussi d’un tel lieu dans « Jeu et réalité » quand il évoque un « coming together » un premier rassemblement qui ne ferait pas image, une sorte de moi pré-spéculaire.

Vous voyez que tous les analystes conséquents, et on pourrait aussi citer abondamment Sylvie le Poulichet, témoignent de cet appui sur une zone, un lieu de la fabrique qui aurait le plus étroit rapport avec le refoulement originaire. C’est dans cette zona incerta que nous puisons à la source de l’être et en particulier dans tous les points de défaillance, de fêlure, de points de réel non encore advenus à la symbolisation…

Oury nous dit que c’est dans cette zone que se tient avec ses grands pieds l’homme qui marche de Giacometti ; je rajouterai que la première ébauche de cette sculpture fut une femme, et il est étrange que ce ne soit pas souvent mentionné. Je n’ai trouvé cela que dans la biographie que James Lord a consacré à son ami disparu. James Lord c’est celui qui s’est faire son portrait par Giacometti et dont le portrait, le visage en apparition sur la toile se trouvait effacé chaque jour. Giacometti n’était jamais satisfait par son travail, et il lui démontait en quelque sorte le portrait chaque jour ! Ce qui retardait d’autant le départ en Amérique de son modèle, qui de plus ressentait douloureusement cette destructivité en acte. Un jour James Lord s’est levé et a en quelque sorte interrompu la séance tel un analyste. Il voulait sans doute aussi sauver sa peau, son visage, et pas seulement prendre son bateau ! Giacometti a également écrit et consigné ses rêves dont le rêve de l’araignée particulièrement menaçant comme de nombreux artistes à l’époque surréaliste. Plutôt que de surinterpréter ses rêves en croyant que cela expliquerait son œuvre, et il ne serait pas très difficile d’y retrouver le motif de la mère qui le tient dans ses filets, il me paraît important de souligner ce travail de recensement des rêves, ou plutôt en l’occurrence des cauchemars. J’en rapprocherai la confidence que nous fait Winnicott dans son introduction à « la crainte de l’effondrement » : il avait des rêves qu’il racontait à son analyste et toute une autre série qu’il consignait secrètement à part et gardait en réserve, dont il estime qu’ils sont à la source de toute son œuvre ultérieure. Cela peut être interprété comme une résistance à l’analyse, ou plutôt à un certain type d’analyse à laquelle W s’est confronté. L’orthodoxie de l’époque, kleinienne en l’occurrence, qui ne laissait aucune place à l’originalité de quelqu’un qui se refusait à la modélisation et au « comme si ». On peut aussi penser qu’un certain mode d’interprétation intégrale du rêve raterait complètement l’enjeu de l’ombilic du rêve, de ce qui échappe à la symbolisation, et qui serait au plus près du réel qui pulse aux sources de la création. Plus encore le projet de déduire l’œuvre à partir du matériel inconscient enfin dévoilé du créateur est un projet irrespectueux et dévoyé.

Nous ne devons pas oublier la douleur de Jean Genet et sa très grande difficulté à créer après la parution du livre de Sartre qui le perçait cruellement à jour.

L’œuvre échappe toujours à son créateur qui la regarde comme une chose étrangère, dans laquelle il ne se reconnaît pas.

Que dire de plus ?