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Entre Toulouse et Tripoli

De
120 pages
Revivre l’époque des croisades. Voilà ce que nous propose Francois Giraud. Il suit pour cela les pas de certains de ces acteurs : les comtes de Toulouse et de Tripoli. Ces derniers se sont en effet retrouvés en première ligne de ces guerres saintes initiées par Urbain II en 1095 et Innocent III en 1208. Analyse historique documentée et précise,"Entre Toulouse et Tripoli" jette un éclairage neuf sur un phénomène jamais véritablement élucidé. Après " Le grand soldat et la maîtresse royale", "De Haïti à Tahiti" et "La croix d'Anjou au coeur de la Provence", il évoque dans son quatrième livre "Entre Toulouse et Tripoli" l'époque des croisades en présentant l'histoire des comtes de Toulouse, marquis de Provence et des comtes de Tripoli au Moyen Age.
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Entre Toulouse et Tripoli François Giraud
Entre Toulouse et Tripoli
Les comtes de Toulouse, marquis de
Provence et les comtes de Tripoli
au Moyen-Age
Histoire


Éditions Le Manuscrit
Paris




© Éditions Le Manuscrit -www.manuscrit.com-
2010
ISBN : 978-2-304-03268-0 (livre imprimé)
ISBN : 13 : 9782304032680 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03269-7 (livre numérique) 97 (livre numérique) AVANT-PROPOS
Quelques années avant le concile de
Clermont du 18 au 28 novembre 1095 au cours
duquel le pape Urbain II lança son fameux
appel pour la croisade, un événement
particulièrement scandaleux défraya la
chronique au sein du royaume de France.
Evénement que l’on qualifierait aujourd’hui de
« people »… digne de figurer dans le « gala » ou
le « Closer » de l’époque, mais aussi dans la une
du Monde ou du Figaro tant les deux
personnages concernés sont importants
erpolitiquement : le roi de France, Philippe I qui
régna de 1060 à 1108 et le comte d‘Anjou,
Foulques le Réchin (1067-1109). Ce scandale
devait indirectement mettre en valeur un autre
personnage important contemporain des deux
premiers : le comte de Toulouse, marquis de
Provence Raymond IV de Saint-Gilles (1088-
1105).

7 Entre Toulouse et Tripoli
Un scandale au Moyen Age et ses conséquences sur la
première croisade
L’événement se situe en 1092 à Tours où le
erroi Philippe I rencontre Bertrade de Montfort,
la femme du comte d’Anjou, Foulques IV le
Réchin et tombe éperdument amoureux d’elle.
Il lui promet de la faire couronner reine de
France si elle abandonne le comte son mari et si
elle accepte de le suivre. Bertrade fut séduite et
se fit conduire à Orléans où le roi l’attendait. Ce
dernier répudia dans la foulée sa femme Berthe
de Hollande. A noter toutefois que Foulques le
Réchin avait lui aussi abandonné sa précédente
femme pour épouser Bertrade !
Il faut se placer dans le contexte d’une
époque à bien des égards déroutante et notre
compréhension de la vie et des mœurs des
personnalités du Moyen Age est forcément
limitée. Un même individu pouvait en même
temps exprimer une foi naïve et agir avec une
extrême sauvagerie, se repentir d’une manière
spectaculaire et vivre une débauche effrénée.
Les alliances matrimoniales se dénouaient avec
rapidité et le plus souvent l’intérêt seul motivait
les mariages. Le mariage de Ermengarde, la fille
de Foulques le Réchin en 1086 avec Guillaume
IX d’Aquitaine (âgé à peine de 15 ans) en est
exemple : Il s’en sépara à 20 ans et l’Eglise ne fit
aucune opposition alors que le comte d’Anjou,
8 François Giraud
mécontent du renvoi de sa fille, ouvrait les
hostilités contre le duc d’Aquitaine. Ce dernier
devait épouser par la suite en 1094 Philippa de
Toulouse et revendiquer les droits de cette
dernière sur le comté de Toulouse.
C’est lors de ce fameux concile de Clermont
que le roi de France fut excommunié pour
adultère par Urbain II, excommunication qui
l’empêcha de participer à cette première
ercroisade. Philippe I de France adressa en juillet
1096 un message au Saint-Père qui se trouvait à
Nimes, proclamant son entière soumission à
propos de l’adultère (mais sans revenir en
arrière) et annonçant compte tenu de son
excommunication la participation de son frère,
le comte Hugues de Vermandois. Inutile de
préciser que le comte d’Anjou n’avait pas, dans
sa situation, la volonté de s’impliquer dans une
telle croisade… sauf peut-être pour récupérer sa
femme. Comme l’écrivit le comte de
Quatrebarbes à l’occasion de la réédition en
1841 des Chroniques d’Anjou et du Maine de
Jehan de Bourdigné : « La parole brûlante
d’Urbain II, qui embrasait tout l’Occident de
l’enthousiasme de la guerre sainte, ne put
réchauffer cette âme glacée par le souffle impur
des sens; et pour reconnaître l’hospitalité du
comte, le saint Pontife n’eut qu’une fleur d’or à
offrir au lieu de l’épée des compagnons de
Godefroy ».
9 Entre Toulouse et Tripoli
De même, le roi d’Angleterre n’avait pas
autorisé l’accès du légat du pape dans son
royaume et l’empereur de Germanie était
schismatique.
Raymond IV de Saint-Gilles dont les
domaines étaient immenses et dont la richesse
était bien supérieure à celle des autres croisés,
se retrouva donc à la tête de l’armée la plus
nombreuse et la plus cohérente de cette
première croisade : l’armée des Provençaux. Les
chroniqueurs des croisades opposèrent
régulièrement les rudes Français et « les occitans
qui avaient l’œil fier, le cœur hautain, la main
prompte à saisir les armes. De même que la
poule est en tout point le contraire du canard,
de même les Provençaux diffèrent des Français
dans leurs mœurs ». A cet égard les événements
en Europe et en Palestine illustrent ces
différences tout en les relativisant : l’histoire des
comtes de Toulouse et de Tripoli dans leur
relation avec les puissantes familles régnantes
sur ces deux territoires est exemplaire à plus
d’un titre.
Il faut citer une autre conséquence indirecte
de ce scandale : la reconnaissance par l’Eglise de
la légitimité de l’action de Robert d’Arbrissel
dans la fondation de l’ordre de Fontevraud.
Convoqué en novembre 1100 devant le concile
réuni à Poitiers par les légats du pape Pascal II
erpour condamner l’adultère de Philippe I ,
10 François Giraud
condamnation qui devait provoquer la colère de
Guillaume IX d’Aquitaine (il vivait aussi dans le
désordre), Robert prit la défense des légats. Ces
derniers étaient très critiques devant son
comportement et l’errance de la foule (dont de
nombreuses femmes) qui l’accompagnait, vivant
de la charité publique, et couchant un peu
partout dans les champs et les taillis : ils finirent
par l’accepter en lui imposant l’obligation de se
fixer dans un lieu précis pour y fonder un
établissement monastique. Ce lieu fut trouvé
vers Pâques 1101 à Fontevraud.
Bertrade de Montfort
Née en 1061 de Simon I, comte de Montfort,
Bertrade de Montfort dont le nom allait devenir
célèbre plus tard dans le comté de Toulouse et
singulièrement dans le Languedoc, était une
cousine proche de Foulque le Réchin et était
réputée pour sa beauté. Elle allait être la mère
du futur roi de Jérusalem, Foulque V d’Anjou
né en 1092 de son premier mariage et de Cécile
de France, future comtesse de Tripoli, née du
ersecond mariage avec le roi Philippe I . Le
royaume latin de Jérusalem et le comté de
Tripoli naîtront de cette première croisade en
Terre sainte.
A la mort de Philippe de France en 1108, le
fils de son premier mariage avec Berthe lui
11 Entre Toulouse et Tripoli
succéda sous le nom de Louis VI. La reine
Bertrade le détestait. Avec l’appui de son frère
Amaury III de Montfort, elle poussa Philippe,
le fils qu’elle avait eu avec le roi, à réclamer le
trône. Une révolte s’ensuivit. Le calme revenu,
Bertrade prit le voile à l’abbaye de Fontevraud :
elle attira sur la communauté de nombreux
bienfaits et surtout des donations (trente
chartes sont consacrées à l'abbaye et Bertrade y
figure comme cosignataire sur une grande
majorité de ces documents). Elle finit par
fonder en 1112 le prieuré de Haute-Bruyère
avec l’aide de Louis VI et de son frère, prieuré
dont elle devint elle-même abbesse avant d’y
mourir en 1128. Dans la dynastie qui porte son
nom, l’arrière petit fils d’Amaury III, Simon V
de Montfort, seigneur de Montfort en 1195 fut
le fameux chef de la croisade des Albigeois de
triste mémoire.
Renouveau spirituel et développement des relations nord sud
Les relations épisodiques entre le nord et le
sud de la France allaient se multiplier à
l’occasion du renouveau religieux au tournant
ème èmedes XI et XII siècles. Les différentes
croisades qui allaient dramatiquement intervenir
étaient le fruit bénéfique ou vénéneux de la
politique du pape Grégoire VII (1073-1085) qui
visa à sortir l‘Eglise du système féodal et à
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