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Esquisses dramatiques du gouvernement révolutionnaire de France - Aux années 1793, 1794 et 1795

De
470 pages

Dînant chez moi, au mois de mars 1795, avec plusieurs convives de Paris et de la province, j’entamai la conversation sur les ridicules bévues, les grosses balourdises, l’ignorance crasse et les brutalités stupides des comités révolutionnaires. Les jacobins n’étaient point encore devenus de hauts et puissans seigneurs ; le mot de révolution n’était pas réhabilité, comme il l’est de nos jours ; il faisait horreur à toutes les classes de la société ; et la contre-révolution, aujourd’hui présentée comme la plus grande des calamités publiques, était alors l’objet de tous les vœux et de toutes les espérances.

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Charles-Pierre Ducancel

Esquisses dramatiques du gouvernement révolutionnaire de France

Aux années 1793, 1794 et 1795

AVERTISSEMENT

Dans un Prospectus qui n’a point été publié dans les journaux, et dont cinquante exemplaires environ ont été distribués dans la capitale, l’auteur avait annoncé que son ouvrage paraîtrait par souscription dans les trois premiers mois de 1822. Sa Majesté avait daigné en agréer l’hommage, et un auguste personnage, tenant à la famille royale, avait bien voulu l’honorer de sa souscription.

Cet ouvrage avait pour titre : Esquisses du gouvernement révolutionnaire en 1793, 1794 et 1795, et il était divisé en trois parties, devant former chacune un volume in-8°.

La première partie contenait les Esquisses historiques et parlementaires de ce gouvernement ; la deuxième, les Esquisses morales et législatives ; la troisième, les Esquisses dramatiques.

Des considérations, alors imprévues et personnelles à l’auteur, ont arrêté, jusqu’à ce jour, la publication de son ouvrage. Ces considérations ayant cessé, du moins quant à la partie intitulée Esquisses dramatiques, il se décide à la mettre dès à présent au jour, sauf à publier plus tard les deux autres parties.

Les Esquisses dramatiques se composent de trois pièces dramatiques. L’une est une nouvelle édition corrigée et augmentée de l’Intérieur des comités révolutionnaires, comédie en trois actes et en prose, qui a obtenu deux cents représentations dans la capitale en 1795 et 1796, et le même succès dans les départemens. Cette nouvelle édition est accompagnée de faits et anecdotes historiques entièrement inédits.

La seconde pièce a pour titre le Tribunal révolutionnaire, ou l’An deux, drame historique en cinq actes et en prose. La représentation en avait été autorisée par le Directoire exécutif, en 1796, sur le théâtre Feydeau. La veille du jour où elle allait être jouée, un ordre émané de la police directoriale en a suspendu la représentation. Depuis, l’auteur a fait d’inutiles tentatives auprès des gouvernemens qui se sont succédés jusqu’à ce jour. Partout il a rencontré la même résistance. Ayant perdu l’espoir de pouvoir produire son drame sur la scène, il le livre au public avec des notes, faits et anecdotes historiques, le tout également inédit.

Sa troisième pièce a pour titre le Thé à la mode, ou le Millier de sucre, comédie en un acte et en prose, jouée pour la première fois, en 1796, sur le théâtre du Palais-Royal, où elle a obtenu douze représentations. Cette pièce n’a point été imprimée.

Les trois pièces présentent le véritable état de la société française mise en mouvement par l’action des lois et du gouvernement révolutionnaire de 1793. L’auteur a un intérêt pressant d’en hâter la publication. Tous les jours la tombe dévore les témoins oculaires qui doivent garantir à la jeunesse actuelle et à sa descendance la fidélité historique de ses portraits, ainsi que la vérité des incidens et des faits qui constituent ses trois actions dramatiques. L’auteur a besoin de leur témoignage pour n’être pas taxé lui-même d’exagération et d’extravagance. Si les deux tiers puînés de la population actuelle, en lisant ces Esquisses dramatiques, s’écrient : « Ce sont des fables absurdes, des atrocités imaginaires ! l’autre tiers aîné lui répondra : Non, ce sont des vérités historiques ; c’est le gouvernement révolutionnaire de France ! »

NOTE IMPORTANTE DE L’AUTEUR, ET ERRATUM

J’ai mis dans la bouche de Dufour, scène V, acte II de l’Intérieur des comités révolutionnaires, page 73, les paroles suivantes :

« Citoyens, méfiez-vous de ces vociférateurs empyriques exaltant des sociétés sectionnaires par l’idée d’une souveraineté qui n’appartient qu’à la société tout entière ; qui, flagornant le peuple par le sentiment exagéré de ses droits, etc. »

Sans doute le lecteur trouvera dans ce langage une adhésion au moins indirecte au dogme absurde et antisocial de la souveraineté du peuple. Alors (en 1794) j’étais obligé de m’exprimer de la sorte ; autrement ma comédie n’aurait pas été représentée ; aujourd’hui j’aurais dû retrancher ce passage, et c’était bien mon intention. C’est par inadvertance qu’il subsiste. Dans mon opinion, je ne reconnais comme principe de souveraineté que le droit divin ; je ne reconnais que le Roi de France par la grâce de Dieu, et non le Roi des Français par les lois constitutionnelles de l’Etat. Tout publiciste qui entreprendra d’expliquer l’origine de la souveraineté par d’autres théories que celle du droit divin se lancera dans un labyrinthe de thèses inconciliables, contradictoires, absurdes et insolubles, dont je le défie de sortir sans blesser les règles rigoureures d’une saine logique.

Erratum.

Ainsi, au lieu de ces mots imprimés page 73 :

« Citoyens, méfiez-vous de ces vociférations empyriques exaltant des sociétés sectionnaires par l’idée d’une souveraineté qui n’appartient qu’à la société tout entière ; qui, flagornant, etc., etc., » supprimez la phrase intermédiaire, et lisez :

« Citoyens, méfiez - vous de ces vociférateurs empyriques, qui, flagornant le peuple, etc., etc. »

Illustration

L’INTÉRIEUR DES COMITÉS RÉVOLUTIONNAIRES,

COMÉDIE EN TROIS ACTES ET EN PROSE,

représentée pour la première fois à Paris sur le théâtre de la Cité (Variétés) le 8 floréal an III (27 mai 1795.)

 

NOUVELLE ÉDITION CORRIGÉE ET AUGMENTÉE.

Heu ! steriles veri, quibus una Quiritem
Vertigo facit ! hic Dama est non tressis agaso,
Vappa et lippus et in tenui farragine mendax.
Verterit hune Dominus. Momento turbinis exit
Marcus Dama. Papæ !.....
Hæc mera libertas, hanc nobis pilea donant !

Insensés pour qui une simple pirouette produit un citoyen ! Ce chétif Dama n’est qu’un misérable palefrenier, un sot, un menteur à toute outrance. Son maître le fait pirouetter.... Aussitôt ce vil affranchi devient l’important Marcus Dama. Quel miracle Mais cette liberté si belle, des bonnets nous la donnent !

(PERSE, satire V.)

INTRODUCTION

Dînant chez moi, au mois de mars 1795, avec plusieurs convives de Paris et de la province, j’entamai la conversation sur les ridicules bévues, les grosses balourdises, l’ignorance crasse et les brutalités stupides des comités révolutionnaires. Les jacobins n’étaient point encore devenus de hauts et puissans seigneurs ; le mot de révolution n’était pas réhabilité, comme il l’est de nos jours ; il faisait horreur à toutes les classes de la société ; et la contre-révolution, aujourd’hui présentée comme la plus grande des calamités publiques, était alors l’objet de tous les vœux et de toutes les espérances. Il n’y avait pas un seul de mes convives qui n’eût eu quelques rapports ou quelques démêlés avec son comité révolutionnaire : moi-même j’en avais eu de fréquens et de périlleux, non seulement avec le mien, mais avec plusieurs comités de la province, auprès desquels j’avais été, maintes fois, solliciter l’élargissement d’un parent ou d’un ami. Pendant tout le repas, ce ne fut qu’un feu roulant d’anecdotes plus ou moins atroces ou ridicules contre les révolutionnaires parisiens et provinciaux. Au dessert, ma tête s’agite et s’échauffe ; je me lève brusquement, et je dis à mes convives : « J’ai le cœur trop plein ; il faut que je me soulage : je vais faire une comédie sur les comités révolutionnaires. »

J’entre dans mon cabinet ; je prends la plume, sans aucun plan arrêté. Exposition, intrigue, dénouement, je n’avais rien prévu ni préparé. Je comptais rassembler, dans le cercle d’un acte ordinaire, un certain nombre de scènes à tiroir. Bientôt les faits, les détails et les incidens se pressent en foule à ma mémoire. La rapidité de ma plume ne suffit pas pour les fixer sur le papier, tant je me sentais animé par le facit indignatio versum !

Je venais de composer, à peu près d’un seul jet, les huit premières scènes, et je m’aperçois que presque tous mes matériaux sont encore à exploiter. Je me décide alors à donner à ma pièce la dimension de deux actes, à lier les scènes entre elles, et à les rattacher à une action dramatique, présentant unité de temps et de lieu.

Mon deuxième acte terminé, mes provisions de faits et d’anecdotes n’étaient pas encore épuisées. Allons, ma pièce aura trois actes. Sauf quelques changemens, corrections et additions, je les offre aujourd’hui au public, tels qu’ils sont sortis de ma plume, au mois de mars 1795, sous le titre de l’Intérieur des Comités révolutionnaires.

La pièce a été composée, reçue, apprise et mise en scène en vingt-sept jours. Je ne m’attendais tout au plus qu’à huit ou neuf représentations, c’est à dire à ce qu’on appelle un succès d’estime. Les portraits hideux que je retraçais ne pouvaient guère inspirer que des sensations pénibles, et tout au plus amener, çà et là, le sourire de l’indignation et du mépris sur les lèvres. Quelle fut ma surprise, j’oserais presque dire ma stupéfaction, le jour de la première représentation sur le théâtre du Palais en la Cité ! Cette salle, distribuée en cinq rangs de loges, était une des plus vastes et des plus élevées de la capitale ; une affluence prodigieuse la remplissait jusque dans les combles.

Dès les premières scènes, les bravos, les applaudissemens et les trépignemens de pieds éclatent par redoublemens dans toutes les parties de la salle : c’était une espèce de délire universel que le besoin d’entendre la pièce interrompait, et auquel chaque scène nouvelle prêtait matière à nouvelle explosion.

La pièce finie, de nouveaux cris, de nouveaux applaudissemens se manifestent avec encore plus de violence et d’unanimité. De toutes parts on demande : L’auteur ! J’avais assisté à la représentation, caché au fond d’une loge et entouré de ma famille. Une forte oppression de poitrine interceptait ma respiration ; je pouvais à peine balbutier quelques mots, tant était profonde la commotion qu’avait produite dans tout mon être un spectacle aussi extraordinaire et aussi inattendu ! On vient me demander si je consens à être nommé ; je m’y refuse ; on annonce au parterre que l’auteur veut garder l’anonyme. Le public s’opiniâtre de plus belle. La lutte bruyante entre sa curiosité impatiente et ma discrétion se prolonge pendant une demi-heure. Enfin un jeune homme monte sur une banquette du parterre et demande la parole. Aussitôt, le calme se rétablit ; un profond silence règne dans la salle. « Je demande, s’écrie le jeune orateur, que l’on vote des remerciemens au courage de l’auteur, qui, en présence et sous les yeux des soixante comités révolutionnaires de la capitale, n’a pas craint de les immoler sur la scène. » Prenant cette proposition comme un appel fait indirectement à mon énergie, je ne balance plus à me faire connaître et à me rendre en personne aux vœux du public.

Cent représentations successives, tant sur le théâtre du Palais en la Cité que sur celui de Montansier au Palais-Royal, ont consacré ce premier succès.

Au bout d’un mois, l’horreur des comités révolutionnaires devint si générale et si prononcée que la convention elle-même fut obligée de la partager, et de s’en rendre, bon gré mal gré, le solennel organe devant le public.

Dans la séance du 24 prairial an III, (3 juin 1795) un membre s’est présenté au nom du comité de sûreté générale pour demander la suppression d’un mot justement odieux,celui de comité révolutionnaire. « Le vœu général, disait le rapporteur, se manifeste pour que ce mot soit effacé de la langue française. » Il propose en conséquence et fait de suite décréter que les comités révolutionnaires s’appelleront désormais comités de surveillance.

Le cours des représentations de l’Intérieur des comités révolutionnaires s’est prolongé, sans interruption, tant à Paris que dans les départemens, pendant cinq mois consécutifs. Tout à coup, il fut suspendu par les événemens à jamais déplorables de vendémiaire an IV, (septembre 1795) qui, en plaçant Buonaparte sur le pavois, portèrent à la monarchie légitime de profondes blessures, dont elle est loin encore d’être guérie.

Après six mois d’interruption, je parvins, à l’aide de quelques légers changemens commandés par les circonstances, à obtenir l’autorisation de reproduire ma pièce sur les mêmes théâtres, où elle eut encore cent représentations successives qui ne furent arrêtées, vers la fin de l’an IV, que par une nouvelle réaction révolutionnaire concertée entre la minorité des membres du Directoire et la majorité des conseils législatifs.

Ce fut surtout à celte époque que les feuilles républicaines et anarchiques s’élevèrent avec une sorte de rage contre ma pièce. L’une de ces feuilles, l’Ami des lois, rédigée par un ex-prêtre conventionnel et régicide, répétait avec un acharnement périodique que « l’auteur de l’Intérieur des comités révolutionnaires n’expierait point par mille morts tout le mal qu’il a fait à la liberté. » J’aime à me flatter qu’aujourd’hui les feuilles de l’opposition me traiteront avec plus de bienveillance et plus de courtoisie.

Le lecteur verra ci-après, dans l’introduction qui précède mon Tribunal révolutionnaire, toutes mes tentatives, toutes mes démarches, mes pétitions et mes mémoires pour obtenir, des divers gouvernemens qui se sont succédé depuis 1796 jusqu’à ce jour, c’est à dire pendant un laps de trente-quatre années consécutives, la permission de remettre sur la scène mon Intérieur des comités révolutionnaires. Il verra aussi pourquoi et comment tous mes efforts ayant été infructueux, il ne m’est plus resté que la voie de la publicité.

Toutefois, j’attends de son impartialité et de sa clairvoyance que si, dans ce court avertissement, je me suis appesanti sur le succès aussi prodigieux qu’inespéré de mon ouvrage, ce n’est nullement par amour-propre d’auteur, mais bien par le besoin d’être historien exact et véridique. Non, certes, ce n’est point l’exécution littéraire et dramatique d’une faible esquisse, conçue et tracée à la hâte, que la France tout entière a entendu applaudir avec tant de chaleur et de démonstration, pendant deux années. Remontons pour un moment à ces temps de douloureuse mémoire. Il n’y avait pas alors, sur le sol français, une seule famille honnête qui ne comptât dans son sein une ou plusieurs victimes du gouvernement révolutionnaire. Les événemens du 9 thermidor avaient délié toutes les langues et soulagé tous les cœurs du poids accablant qui les opprimait. La scène s’ouvre tout à coup aux regards des opprimés, pour livrer leurs oppresseurs à la risée et à l’indignation de leurs victimes ; trop douce et trop insuffisante vengeance pour tant et de si effroyables attentats !1 Voilà ce qui explique et justifie en même temps cet enthousiasme unanime et cette joie délirante qui ont. accueilli les représentations de l’Intérieur des comités révolutionnaires tant à Paris que dans les principales villes des départemens, pendant deux années. Cette unanimité d’enthousiasme est devenue à son tour la protestation la plus solennelle et la plus énergique de la nation française contre les révolutionnaires qui l’ont asservie.

Il ne me reste plus qu’à dire un mot sur la création des comités révolutionnaires et sur les lois qui se rattachent à cette atroce institution.

L’assassinat de Louis XVI avait soulevé l’indignation des puissances étrangères et provoqué, par suite, leur coalition contre la république française. La convention, craignant l’influence des étrangers sur la population, voulant isoler la France de tout le continent, et la tenir, en quelque sorte, parquée dans son enceinte, rendit, le 21 mars 1793, deux mois, jour pour jour, après la catastrophe du roi, un décret portant qu’il serait établi dans chaque commune un comité chargé de surveiller les étrangers. Le décret du 21 septembre suivant sur les suspects étendit et augmenta les attributions de ces comités. Plus de cinquante mille de ces comités ont été installés à la fois et presque en un clin d’œil dans tous les coins et recoins de la république. Ils lui coûtaient, d’après les calculs du conventionnel Cambon, annuellement la somme effrayante de 591,300,000 livres. Chaque membre recevait trois livres par jour. Ils étaient cinq cent quarante mille, ce qui donnait une dépense journalière de la somme de un million cent soixante-deux mille livres. L’ex-conventionnel Guffroy, dans son rapport sur Joseph Lebon et ses complices, n’attribuant à chaque membre de ces comités qu’une seule injustice, s’écriait : « Eh bien ! voilà douze cent mille injustices répandues sur la surface d’un pays que l’on voulait régénérer. »

Les attributions déjà si effrayantes des comités révolutionnaires ont été portées au dernier degré de l’arbitraire et de la tyrannie par le décret du 14 frimaire de l’an II (4 décembre 1793) portant institution du gouvernement révolutionnaire.

Voici quelques-unes des dispositions les plus remarquables de ce décret :

« ART. 1er et 2. La convention nationale est le centre unique de l’impulsion de ce gouvernement....

ART. 8. L’application des lois révolutionnaires et des mesures de sûreté générale et de salut public est confiée aux municipalités et aux comités révolutionnaires.

ART. 12. Il est défendu aux autorités intermédiaires d’ordonner l’élargissement des citoyens, etc... (Ainsi permis de faire le mal, défense de le réparer.)

Les membres des comités révolutionnaires, coupables de négligence dans la surveillance et dans l’application des lois, sont privés du droit de citoyens pendant quatre ans, et condamnés à une amende égale au quart de leurs revenus, » etc., etc.

Sous l’influence d’une pareille législation les brigandages et les attentats des comités révolutionnaires se multiplièrent à tel point que la convention elle-même en fut alarmée.

Voici quelques fragmens d’une lettre du 24 germinal an II (13 avril 1794) écrite de Lyon au conventionnel Couthon par un nommé Laporte, envoyé dans cette ville comme agent du comité de salut public.

« Ce qui est pour moi de toute évidence c’est qu’il s’est commis ici d’horribles dilapidations ; que ce sont les comités révolutionnaires qui ont apposé les scellés ; qui ont les clefs des maisons et magasins séquestrés ; qui ont mis dans ces maisons et magasins des gardiens à leur dévotion ; qui n’ont pas fait d’inventaires ; qui n’ont pas fait appeler les intéressés à leurs opérations ; qui ont chassé de leurs domiciles les femmes, enfans et domestiques pour n’avoir pas de témoins, et qui par conséquent ont pu faire tout ce qu’ils ont voulu.

Lorsque la voix publique est venue nous informer que l’on dilapidait les magasins, nous avons pris un arrêté qui a défendu à toute autorité de lever des scellés sans notre autorisation. Eh bien ! croirais-tu, cher et digne Couthon, que, même après cette défense, on est venu enfoncer un magasin séquestré jusque dans notre maison ? Nous avons pris les dilapidateurs sur le fait. C’était précisément deux commissaires du comité, qui vidaient le magasin, sans autorisation de nous, ni même de pouvoirs de leur comité.

Il est une foule de faits graves et même atroces qui nous sont dénoncés journellement, et sur lesquels nous hésitons à prendre un parti, dans la crainte de frapper des patriotes .... Nous voyons impunément violer devant nous la justice et la probité. Il y a ici plusieurs milliers de gardiens et un grand nombre de membres des ci-devant trente-deux comités qui se tiennent comme teignes. Prenez-en un sur le fait, vous les faites tous crier à l’oppression des patriotes, et il faut fermer les yeux. C’est un système pour qu’on ne puisse rechercher personne... » (Rapport de Courtois sur Robespierre, n° 102, p. 319 et suivantes.)

La convention, craignant de frapper dans un patriote un complice de ses crimes, crut devoir passer l’éponge de l’oubli sur le passé, et, dans la séance du 26 messidor an II, (juillet 1794) elle se borna à déclarer que « la surveillance attribuée aux comités révolutionnaires a plutôt pour objet le personnel et les opinions que les choses ; en conséquence elle ordonna qu’à l’avenir ils ne pourraient saisir aucunes marchandises, comestibles, etc. »

Plus tard, effrayée du nombre de comités qu’elle avait établis, et des dépenses énormes qu’ils occasionnaient, rougissant de la stupide ignorance des membres qui les composaient, elle ordonna, dans sa séance du 7 floréal an II, (24 août 1794) « qu’il n’y aurait plus désormais qu’un seul comité révolutionnaire par chaque chef-lieu de district et par chaque commune qui, sans être chef-lieu de district, contiendrait une population de huit mille individus ; (art. 1er et 2) que les membres seront tenus de savoir lire et écrire ; (art. 18 et que les banqueroutiers en seront exclus. (art. 47). »

L’existence des comités révolutionnaires, dénommés comités de surveillance, n’a cessé qu’avec celle de la convention, par la mise en activité de la constitution directoriale de l’an III.

PERSONNAGES

ARISTIDE, ancien chevalier d’industrie, président du comité.

CATON, ancien laquais escroc, membre du comité, grand aboyeur.

SCEVOLA, coiffeur, Gascon, membre du comité.

BRUTUS, ancien portier de maison, membre du comité.

TORQUATUS, rempailleur de chaises, membre du comité.

DUFOUR père, négociant, honnête homme persécuté, officier municipal et membre du comité.

DUFOUR fils, officier de la garde nationale, persécuté.

La citoyenne DUFOUR mère, persécutée.

FANCHETTE, domestique chez Dufour.

DESCHAMPS, domestique chez Dufour.

VILAIN, homme contrefait, commissionnaire au tribunal révolutionnaire.

UN OFFICIER MUNICIPAL.

QUATRE MEMBRES du comité révolutionnaire.

CINQ GENDARMES.

UN GARÇON DE BUREAU.

DEUX AGENS DU COMITÉ, à figure pâle et à moustaches.

La scène est dans le comité révolutionnaire de Dijon. Au milieu du comité est une grande table ovale, autour de laquelle sont dix siéges. Sur la table, dix bonnets rouges ; plumes, encre, papier ; un registre des délibérations ; des lunettes. Autour de la salle, des cartons rangés sur des tablettes.

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE

ARISTIDE seul, en carmagnole élégante et pincée

(Tirant sa montre.)

Déjà neuf heures !.... Caton et Scévola ne viennent pas... Quand j’y songe j’admire ma métamorphose. Jadis en talons rouges, la brette au côté, le chapeau panaché sous le bras, tout brillant de soie et de dorures, brûlant le pavé de Paris sur un char léger, que traînait un coursier fringant, éclaboussant insolemment ces pauvres piétons dont je suis aujourd’hui le très humble adulateur ; marquis dans un quartier, duc et pair dans un autre, homme de la première qualité pour tout le monde, et fils d’un chétif bourrelier de campagne pour moi seul ; passant les jours dans les boudoirs de nos courtisanes, et les nuits dans les tripots.... aux prises quelquefois avec dame justice, et échappant comme par miracle à ses limiers aristocrate forcené tant que j’ai eu l’espérance de conserver fructueusement mes fastueuses qualifications Telle était mon existence... Aujourd’hui le bonnet rouge succède au chapeau à plumet ; la carmagnole à l’habit brodé ; une sale perruque à mon élégante coiffure... Et cependant (tant les événemens de la vie sont bizarres !) quoique j’aie changé de costume je n’ai pas changé de métier (A)... Ma profession actuelle est même bien plus lucrative... Président d’un comité révolutionnaire !.. Mais j’aperçois mes deux collègues.

SCÈNE II

ARISTIDE, CATON, SCÉVOLA

ARISTIDE.

Tu te fais bien attendre, Scévola.

SCÉVOLA, Gascon.

Mon cher Aristide, jé conviens que jé suis vénu un peu tard, mais j’avais quelqués pratiqués à coiffer, et sans le coup de peigne prépondérant que tu me connais, jé crois ma parolé d’honnur...

ARISTIDE.

Et Caton avait-il aussi des pratiques ?

CATON.

Moi, j’avais bien d’autres choses, ma foi. Et le savon que nous avons confisqué l’autre jour chez cet accapareur du coin... fallait-il le laisser moisir ? Je viens de le vendre six francs la livre au-dessus du maximum. J’ai les assignats dans ma poche...

ARISTIDE.

J’approuve ton zèle, mon cher Caton ; mais ne crains-tu pas que l’homme à qui tu viens de vendre ton savon ne te dénonce ?

CATON.

N’est-ce que cela ? sois tranquille. Ce soir je le fais incarcérer.

SCEVOLA riant.

Ce diablé dé Caton a l’imagination inépuisable...

CATON.

Nous allons décerner le mandat d’arrêt contre lui, comme ayant acheté au-dessus du maximum. En l’arrêtant ce soir., je reprends mon savon qu’en patriote fidèle je rends à la république ; la nation n’y perd rien, et moi je garde les assignats.

ARISTIDE.

Tu es un rusé coquin.

CATON.

Aristide doit me connaître depuis long-temps Te souviens-tu de nos fredaines quand j’étais, moi, le laquais par excellence de cette courtisane célèbre dont tu étais l’amant en titre....

SCEVOLA.

Sandis, jé m’en souviens. J’étais alors le coiffur en chef de la susdite personne...

CATON.

De quel train nous y allions tous les deux !.... elle aurait eu cent mille livres de rente qu’elle n’aurait pas tenu six mois avec nous.

SCÉVOLA.

Mon sort était bien différent du vôtre, mes amis. Vous aviez les clefs du coffre-fort : et moi, pauvré pétit coiffur, jé n’avais qué la chétive ressource dé quelques bijoux errans çà et là sur la toilette, et qui jé né sais comment venaient sé mettre sous ma main.

ARISTIDE.

Il suffit. Laissons cela, et parlons d’affaires plus sérieuses.

SCÉVOLA.

Eh bien, voyons, que faut-il faire ? faut-il signer des mandats, incarcérer, apposer des scellés, fabriquer des dénonciations, payer des témoins, faire des motions, sonner le tocsin, battre la générale ; enfin dites-moi ce qu’il faut faire, et dépêchons, car encore une fois...

ARISTIDE.

J’ai bien réfléchi, mes amis, sur la situation actuelle de notre commune : les autorités constituées y sont épurées, et à l’exception de Dufour, officier municipal, et notre collègue, tous les autres fonctionnaires, ou sont dans nos principes, ou sont des automates. J’aurai des mesures générales à vous proposer ce soir à l’ouverture de notre séance ; mais il en est une particulière que vous devez surtout appuyer. Il faut perdre Dufour.

SCÉVOLA.