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Essai d'interprétation des phénomènes culturels

De
174 pages
Le développement vertigineux des communications et la surexploitation de la planète nous obligent aujourd'hui à vivre en contact permanent. Dans ce contexte, le dialogue interculturel se présente comme une posibilité pour vivre ensemble. Mais cela suppose, selon l'auteur, que les hommes ont "du commun" à partager. Sa recherche veut donc montrer qu'au-delà des différences, il existerait une nature humaine qui s'exprime dans l'histoire des hommes et se manifeste dans la diversité des cultures.
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Essai d’int Erprtation Gianna Pa an
d E pénomèn E cultur El
Quand les cultures entrent en contact, elles se côtoient, E ai d’int Errtation
s’affrontent, se combattent. Aujourd’hui, à cause ou grâce
au développement vertigineux des communications et à la d E p nomèn E cultur El
surexploitation de la planète, nous sommes obligés, plus que
jamais, de vivre en contact permanent. Dans ce contexte, le
dialogue interculturel se présente comme une possibilité pour du dialogue interculturel, volume 1
vivre ensemble.
Mais cela suppose, selon l’auteur, que les hommes, quoique
leur horizon culturel puisse être des plus différents, ont « du
commun » à communier, à partager. Cette recherche veut donc
montrer qu’au-delà des diférences, il faut énoncer l’hypothèse
d’une nature humaine qui s’exprime dans l’histoire des
hommes selon les circonstances, les besoins, les aptitudes,
et qui se manifeste dans la diversité des cultures grâce à la
capacité symbolisante qui est propre à l’homme.
Gianna Pallante est titulaire d’une laurea de
docteur en pédagogie de l’Université La Sapienza
de Rome et d’un doctorat canonique en philosophie
de l’Université Pontifcale Salésienne de Rome. Elle
enseigne à la faculté de philosophie de l’Université
Catholique d’Afrique centrale depuis 1996, où elle a travaillé comme
coordinatrice de l’option philosophie de l’éducation de 1999 à 2012.
Depuis 2001, elle dirige le groupe de recherche PHIED2000. Elle
collabore avec la chaire Unesco des Sciences de l’éducation à Yaoundé,
avec l’ENSET de Douala et l’ENS de Maroua.
Préface de Cristiana Freni
Photographie de couverture de l’auteur (2013) :
gare routière de Bamenda.
17 €
ISBN : 978-2-343-03071-5 Problématiques africaines
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Gianna Pallante
Essai d’int Erprtation d Es p nomn Es cultur El






Essai d’interprétation
des phénomènes culturels

Problématiques africaines
Collection dirigée par Lucien AYISSI

Il s’agit de promouvoir la pensée relative au devenir éthique et
politique de l’Afrique dans un monde dont on proclame de plus en
plus la fin de l’histoire et de la géographie. L’enjeu principal de cette
pensée à promouvoir est la réappropriation conceptuelle, par les
intellectuels africains (philosophes, politistes, et les autres hommes et
femmes de culture), d’un débat qui est souvent initié et mené ailleurs
par d’autres, mais dont les conclusions trouvent dans le continent
africain, le champ d’application ou d’expérimentation. La pensée à
promouvoir doit notamment s’articuler, dans la perspective de la
justice et de la paix, autour des questions liées au vivre-ensemble et
aux modalités éthiques et politiques de la gestion de la différence
dans un espace politique où la précarité fait souvent le lit de la
conflictualité.
La collection « Problématiques africaines » a également
l’ambition d’être un important espace scientifique susceptible de
rendre de plus en plus présente l’Afrique dans les débats mondiaux
relatifs à l’éthique et à la politique.


Déjà parus

Henri Brice AFANE, Agents publics, pouvoirs et terroirs en
Afrique, 2014.
Pascal MANI, Le vade-mecum du chef de terre. How to succeed
in the prefectural career, 2013.
Joseph NDZOMO-MOLÉ, Autopsie de la « ploutomanie » et
critique de l’esprit de jouissance. Critique de la mentalité
« digesto-festive », 2013.
Roger Bernard ONOMO ETABA, Rivalités et conflits religieux
au Cameroun, 2013.
Jean NZIEH ENGONO, Discours sur l’afro-modernité, 2013.
Nsame MBONGO, La personnalité physique du monde noir.
Contre-histoire de la philosophie, tome 2, 2013.
Nsame MBONGO, La philosophie classique africaine.
Contrehistoire de la philosophie, tome 1, 2013.
Pascal MANI, La problématique de la retraite sous les
tropiques, 2012. Gianna Pallante



Essai d’interprétation
des phénomènes culturels
Du dialogue interculturel, volume 1





Préface de Cristiana Freni






















PUBLICATIONS

Gianna Pallante et Michel Legault
2001 Une Education Libérale pour la démocratie. Jacques Maritain : Pour une
philosophie de l’éducation, Yaoundé, Presses de l’UCAC, pp.75.
2002 La conception Démocratique de l’éducation. John Dewey : Démocratie et
Education, Yaoundé, Presses de l’UCAC, pp.62.

Gianna Pallante
2014 Essai d’interprétation du vivre ensemble. Du dialogue interculturel, volume 2,
Paris, L’Harmattan.
2000 Enjeux d’une compréhension éducative de la mémoire. Leçon inaugurale
faite au Campus d’Ekounou, Année Académique 1999-2000, Yaoundé, Presses de
l’UCAC, 28 pp.
2003 Pour une éducation à la mondialité en Afrique (dir.), Yaoundé, Presses de
l’UCAC.
2005 Ecole et Mondialisation (dir.), Yaoundé, Presses de l’UCAC.
2008 in Droit à quelle éducation en Afrique (dir.), Yaoundé, Presses de l’UCAC.
2010 Enseignement et culture

ARTICLES
2001 Eduquer à la mondialisation ?, in La Mondialisation : Quel Humanisme ?
Cahier de l’UCAC n.6, pp. 333-350.
2005 Interrogations autour des origines de la philosophie, in Relecture critique
des origines de la philosophie et ses enjeux pour l’Afrique, Paris, Minaibuc.
2009 Mounier et l’éducation en Afrique in Salesianum.
2010 Eduquer à la solidarité, in Solidarité en Débat, Cahier de l’UCAC n° 12.
2010 Le rôle des langues locales dans le processus de décentralisation de
l’éducation au Cameroun, in Cahier africains de recherche en éducation, n°7, en
collaboration avec le dr. Elobo P. T.
2010 Insegnamento della filosofia e cultura, in Didattica delle scienze,
Publication du GR STOQ, Roma Libreria Editrice Vaticana
2010 L’educazione tra natura cultura e libertà, in MALO A. (dir.), Natura
cultura libertà. Storia e complessità di un rapporto, EDUSC, Roma 2010.



© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03071-5
EAN : 9782343030715





« A la Providence […] qui utilise les passions et les intérêts
égoïstes pour atteindre le bien commun ».
(G. VICO, La Science nouvelle (1725), Trad. de l’Italien par
C. Trivulzio, Préface de Ph. Raynaud, Gallimard, Paris 1993,
Introduction, 18).
1PREFACE
On ressent aujourd’hui, en des termes toujours plus
conscients et plus urgents, sur le plan planétaire un retour
significatif à la question anthropologique. C’est en effet au
moment où l’homme entre en crise, qu’éclate de façon
dramatique la gravis quaestio de la sagesse ancienne : qui est
l’homme.
L’homme est un être extraordinaire, souligne Sophocle dans
l’Antigone, parce qu’il excelle sur tous les autres êtres. Il vaut
alors la peine de revenir à la question sérieuse des
anthropologies de tous les temps pour explorer une dimension
qui semble caractérisée, aujourd’hui plus que jamais, par des
approches escomptées d’un côté et par des carences de méthode
opérative de l’autre : il s’agit de la complexe question de la
culture, liée de façon particulière à l’événement de la
globalisation.
La culture apparaît comme une donnée constitutivement
anthropologique, ancrée sur le profil métaphysique de l’Homo
Sapiens, de l’Homo Volens et de l’Homo Faber, dans l’axe de la
dramatique dimension de l’existence. L’homme, en effet,
apparaît marqué par l’inéliminable condition de l’historicité.
Martin Heidegger scelle le profil ontologique de l’être humain
comme Ex-sistens, selon la notion bien connue du Da-Sein,
c’est-à-dire comme être, connoté par l’inéliminable expérience
de la limite, mais également tendu vers un irrésistible désir du
dépassement de la même limite. Dans cette direction, s’insère
alors le discours lié à la culture, comprise avant tout comme
attitude naturelle de l’être humain à transformer le monde qu’il
a devant lui en vue des projets de nouveauté. Sabino Palumbieri
souligne que « l’historicité implique, donc, la capacité
transformative d’une série de pré-données - c’est-à-dire
d’éléments déjà constitués, comme les coutumes, les normes de
vie, les comportements généraux, les modalités techniques ou

1 Cette préface est déjà parue presque intégralement dans notre ouvrage : Du
dialogue interculturel. Essai d’interprétation du vivre ensemble. Vol. 2,
L’Harmattan, Yaoundé 2014.

dominatrices du cosmos - à investir avec les autres, grâce au
2langage ». Dans cette optique, donc, la capacité transformative
de chaque sujet, appliquée et rendue opérative dans un contexte
communautaire et social, s’appelle culture en un sens subjectif.
Les produits de ce processus constituent la culture en un sens
objectif. Si la culture, au niveau radical du terme, exprime la
cultura de l’humain, alors elle produit, aussi bien dans le sens
synchronique que diachronique, la culture de l’humain.
Dans un tel socle fondamental et inéliminable de prémisses
et d’attention anthropologique, s’inscrit alors cet ouvrage de
Gianna Pallante. L’auteur met en évidence dans son travail
l’incontournable charpente anthropologique qui est à la base de
ses analyses et de ses intentions de recherche. Du dialogue
interculturel, Essai d’interprétation des phénomènes culturels
Vol. 1, le titre de ce texte, est déjà un exemple dans lequel on
annonce de façon programmatique non seulement l’horizon
thématique du travail, mais aussi la méthode avec laquelle
l’auteur choisit d’avancer dans son exploration.
Il apparaît clair que si la culture se présente naturellement
comme le processus d’éducation et de transformation du sujet
dans la communauté des êtres humains, selon la vision
classique déjà connue par laquelle le mot grec Paideía était
traduit dans le socle de la tradition latine par le vocable
Humanitas, le titre caractérise toutefois le terme technique de
dialogue interculturel dans lequel le concept de dialogue se
présente clairement avec l’intention aussi d’activer la fonction
typique par excellence de la relation humaine qu’est
l’intersubjectivité, comme fondement de l’interculturalité.
Il s’agit d’accentuer un préfixe -inter- justement, non
escompté et automatique dans les latitudes de la globalisation
planétaire caractérisée par l’infusion connue de la liquidité
3baumanienne. La société liquide, en fait, célèbre le
relâchement des rapports forts, solides, robustes pour mettre en
évidence plutôt la difficulté et souvent l’impossibilité d’un

2 S. PALUMBIERI, L'uomo, questo paradosso. Trattato sulla
concentrazione e condizione antropologica, UUP, Roma 2000, 177.
3 Cf. Z.BAUMAN, Modernità liquida, Laterza, Bari 2006.
8

régime de relations sociales, familiales, politiques, culturelles
stables et réellement réciproques. On vit aujourd’hui, plutôt
dans un climat de rapports d’in - dépendance, de détachement
des liaisons authentiques, ou bien on se débrouille souvent aussi
dans des contextes de relations de dépendance, connotées par
l’aliénation morbide dans laquelle la médiatisation globalisée a
contribué désormais depuis quelques années, à dé-réactiver les
capacités critiques des consciences.
C’est donc une préoccupation très forte sur le plan du défi
anthropologique aujourd’hui, et donc sur le plan des sciences
humaines, de relancer certaines prémisses et de les indiquer
comme fondement de son approche. C’est ce qu’accomplit
justement l’auteur, en confirmant que la méthode choisie pour
son travail est celle d’une herméneutique de la culture,
justement, là où la science toujours antique et toujours nouvelle
de l’herméneutique apparaît comme un style d’approche
véritatif et non dominateur, dialogique et non monologique, qui
n’a pas de prétention définitive sur le plan culturel, mais
d’ouverture non préjudicielle à ce qui, justement dans l’horizon
de la globalisation aujourd’hui, s’impose comme régime de
confrontation, de valorisation des spécificités et non
d’anéantissement ou d’homologation.
L’herméneutique, cette nouveauté ancienne, pour le dire en
termes augustiniens, si elle est fondée de façon authentiquement
socratique, a en effet la caractéristique de vouloir être qualifiée
comme l’espace dramatique des vérités que la singularité
subjective et donc par la suite communautaire-culturelle,
apporte dans l’ordre de la confrontation, dans lequel les points
de vue peuvent certainement converger, pas pour piétiner, mais
pour valoriser le vrai, le bon et le beau qui se révèlent dans le
cours millénaire de la recherche humaine et dans sa complexe
acculturation, à chaque latitude et horizon
géographicohistorique.
Il s’agissait d’un défi très difficile, défi justement que cette
spécialiste très au courant et courageuse, a préféré accepter,
puisque considéré comme l’unique réellement possible et
9

respectueux pour pénétrer aujourd’hui dans le magma de la
question.
L’interculturation aujourd’hui plus que jamais nécessite des
méthodes ponctuelles qui ne soient indulgentes ni à des
faiblesses défaitistes, dans lesquelles aussi une certaine
herméneutique contemporaine semble verser, ni à des positions
de force paralysante ou ghettoïsante, sur le plan du dialogue et
de la construction d’un futur plus humain qu’on invoque dans
chaque angle de la planète.
Il s’agit donc d’accomplir le passage d’une anthropologie de
l’individu à celle de la personne. Une approche herméneutique
et dialogique, est naturaliter, physiologiquement, d’empreinte
personnaliste. La personne, soulignait un des plus grands
èmephilosophes de l’éducation du XX siècle, Emmanuel
Mounier, est celle qui s’exprime, s’expose, qui entre dans
l’espace métaphysique de l’autre non pas pour l’envahir, mais
pour le pénétrer. Ce n’est pas au hasard que Pallante invoque
souvent, pas seulement dans cet essai, l’auteur français, comme
paradigme d’intellectuel et de penseur capable d’une approche
éducative et culturelle jamais commode et escomptée, mais qui
par le fait même se révèle réellement constructive et
propositionnelle sur le plan de sa paideía et sur le plan de la
paideía globalisée.
La culture de l’individualisme a produit des pathologies qui
se mettent bien en évidence sous les yeux experts des sciences
humaines : une rétorsion de solipsisme, de privatisme,
d’intimisme, d’intellectualisme fermé, de technicisme faustien,
d’économie délirante.
Le retour à un axe personnaliste de l’approche culturelle, se
meut par contre en sens complétif par rapport à la tradition
philosophique de l’individu, qui bien qu’ayant comme aspect
positif l’aseitas spécifiante, reste en soi un mouvement de l’être
rétréci, puisque naturellement, radicalement, l’homme est aussi
une personne, c’est-à-dire bien défini en soi, mais aussi ouvert
constitutivement aux autres.
10

La culture en ce sens, présente alors une dialectique interne
très précise constituée par l’unité et la multiplicité. Si l’unité se
réfère au fait que chaque culture se manifeste comme
production du sujet singulier dans le contexte ; la multiplicité
est déterminée par l’interdépendance des productions
particulières dans un réseau plus large, selon divers niveaux et
intentions. Ainsi soulignait Jean Paul II dans une lointaine
Allocution à l’Unesco :
« La culture est une façon spécifique d’‘exister’ et d’‘être’ de
l’homme. L’homme vit toujours selon une culture qui lui est
propre et qui, à son tour, crée entre les hommes un lien
également particulier, déterminant le caractère inter-humain et
social de l’existence humaine. Dans l’unité de la culture […]
s’enracine en même temps la pluralité des cultures à l’intérieur
desquelles l’homme vit. Dans cette pluralité, l’homme se
développe sans perdre cependant le contact essentiel avec
l’unité de la culture en tant que dimension fondamentale et
4essentielle de son existence et de son être ».
C’est justement sur ces prémisses que semble aussi se fonder
le travail de l’auteur, qui choisit par conséquent comme
contribution préférentielle de sa recherche, celle de relancer un
débat certainement pas nouveau, mais sans doute émergeant
avec des connotations toujours diverses, qui justement
s’alimentent et se vivifient grâce aux défis permanents que le
contraste historique pose et qui aujourd’hui s’articulent avec la
question ouverte par le contact des cultures.
L’organisation traditionnelle selon laquelle l’approche
culturelle s’était déclinée dans le passé en trois points de vue de
l’Occident, c’est-à-dire celui propre des universalistes, des
multiculturalistes et des interculturalistes, avait souvent archivé
une approche dialogique et comparative avec une accentuation
nationaliste qui tendait à identifier l’universalité de la culture
avec sa propre culture.
Dans ce sens, les pensées soi-disant ‘barbares’ ou ‘sauvages’
s’étaient abondamment rendues chroniques dans l’approche, en

4 GIOVANNI PAOLO II, Allocuzione all’Unesco (2.6.1980), in
L’osservatore Romano (3.6.1980) 1.
11

fixant des points de vue fermés et autocentrés. Seulement avec
èmeTaylor, à partir des années ‘60 du XX siècle, la culture a
commencé à connaître la possibilité d’une approche
multiculturelle, mais ce sera cependant au cours des années ‘90
du siècle dernier, particulièrement grâce à la recherche bien
connue de Betancourt, que s’initie un nouveau paradigme
interculturaliste qui propose et postule une possibilité constante
de dialogue entre cultures.
La préoccupation de Gianna Pallante s’est alors justement
articulée dans cette direction. Dès lors, il ne peut y avoir
dialogue et même possibilité de compréhension que si d’une
part la culture est considérée comme l’expression d’un fond
commun de l’humain et d’autre part si l’on active une libération
progressive de la « cage » de son propre horizon existentiel et
culturel pour le valoriser et le traduire en un espace ouvert,
dynamique, fait d’accueil et de réciprocité. Il n’est pas question
d’annuler son identité propre, mais de l’exercer et de l’enrichir
dans la patiente construction de l’intersubjectivité qui, comme
nous l’avons bien noté, est la première garantie métaphysique
du mouvement de l’être vers plus-d’être. L’autre alors, ne peut
pas apparaître comme un plus selon l’image sartrienne bien
connue, mais comme révélation aussi de la possibilité d’un plus
de notre propre être.
La réflexion de l’auteur démontre de façon extrêmement
convaincante, que la compréhension culturelle demande non
seulement un effort intellectif, mais aussi-nécessairement une
cum-préhension métaphysique comprise comme embrassement
de l’altérité, altérité certes fatigante, mais pas homologable ou
colonisable sinon par homicide de la croissance culturelle, que
seul un monde fondé sur le principe dialogique bien connu de
5Martin Buber , peut vraiment alimenter et valoriser.
Rapprocher et comparer les cultures n’est plus alors suffisant
pour garantir un dialogue authentiquement interculturel.

5 M. BUBER, La vie en dialogue, Je et tu, Dialogue, La question qui se pose
à l’individu, Eléments de l’interhumain, De la fonction éducatrice, Trad. par
J. Loewenson-Lavi, Aubier Montaigne, Paris 1959.
12

Pour que cette société des visages de lévinassienne mémoire
puisse vraiment s’accomplir, il faut alors la bonne volonté de
construire de nouvelles arcades de cultures et donc de
civilisations et d’humanité. Si la culture est vraiment croissance
de l’humain, on peut se demander ouvertement en quels termes
se sont déclinées les approches dans la complexe phase de la
globalisation. La culture en effet, échoue désespérément, si elle
ne peut garantir une croissance en axe à l’humanisation,
c’est-àdire selon un développement qualitatif de l’être humain, qui ne
s’accomplit pas en ordre à la seule hominisation, c’est-à-dire
comme seul progrès quantitatif sur le plan des techniques ou de
la recherche scientifique, du moment où souvent de telles
approches, surtout depuis l’illuminisme- ont caché-
dangereusement une paralysie sapientielle de l’approche du
vrai, du bien et du beau qui sont par contre les facettes de
l’authentique esprit prismatique de la culture.
C’est alors dans cette direction que l’essai de Gianna
Pallante ne cesse de poser des questions et de tenter de
répondre, pour laisser la place à l’attitude typique de la
Phronèsis socratique tant réactualisée par un des maîtres de
èmel’herméneutique du XX siècle qu’a été Gadamer, pour offrir
une conclusion qui ait le goût de fondements authentiques,
d’engagement d’un nouvel humanisme, sans fausses idéologies
iréniques ou superbes positions d’Hybris dans lesquelles les
perspectives herméneutiques sont encore in fieri, à la lumière de
l’héritage de Bernard de Chartres : « nos sumus sicut nanos
positus super humeros gigantis ».

Cristiana FRENI
(Prof. de philosophie du langage et
d’esthétique à l’Université Pontificale
Salésienne à Rome)

13 6INTRODUCTION GENERALE
Notre recherche est partie du constat très évident
qu’aujourd’hui les cultures se côtoient, s’affrontent, se
combattent plus que par le passé grâce au développement
vertigineux des communications et à la surexploitation de la
planète. En même temps qu’on perçoit la diversité des cultures
comme enrichissement, on revendique aussi une identité
culturelle et personnelle. La philosophie interculturelle, après
l’universalisme et le multiculturalisme, est une réflexion
articulée sur ce rapport, peut-être déjà dépassé, par ce que l’on
appelle la transculturalité.
Avant d’entrer dans le débat sur la communication entre
cultures, il nous a semblé important d’enquêter sur les
prémisses qui pourraient rendre compte du désir d’entrer en
dialogue et aussi de son échec, si le désir n’est pas fondé sur
l’être profond de l’homme. En effet, si l’homme n’a rien de
commun, il est tout autant inutile de tenter une communication,
puisqu’elle sera d’avance vouée à l’échec. De même qu’une
communication unidirectionnelle, qui nie l’autre en présence
avec sa spécificité et son unicité, sera aussi vouée à l’échec.
C’est ce qui se produit dans la mondialisation qui, à côté de
l’uniformisation alimentaire et vestimentaire, prétend nous
niveler aussi culturellement. Nous avons donc vu la montée des
particularismes culturels, puisqu’on communique non pour se
faire absorber, mais pour construire quelque chose de nouveau,
en commun et ensemble.
On peut dire qu’il existe en l’homme un désir de se laisser
appréhender par l’autre et en même temps celui de vouloir
rester soi-même. Nous sommes égaux, mais pas identiques,
nous sommes uniques, mais pas isolés. Le questionnement
autour du dialogue interculturel a été, pour nous, une occasion
de revenir à un certain nombre de convictions sans lesquelles

6 Cet ouvrage est un extrait de la thèse doctorale de G. PALLANTE,
Herméneutique du dialogue interculturel, UPS, Roma 2013.

des confusions et des conséquences néfastes prennent place
dans la manière de concevoir les relations entre cultures.
Il nous a donc semblé important de nous atteler
premièrement à décrire le phénomène de la culture et qui est
même étymologiquement polysémique. En fait la culture,
assumée comme synonyme d’éducation, c’est-à-dire comme
processus de formation et de transmission des connaissances,
croyances et comportements, rend compte du fait que la culture
n’existe pas en dehors des personnes qui l’incarnent.
L’éducation est donnée justement pour transmettre aux
membres de la communauté ce que l’on considère comme étant
la meilleure part du patrimoine culturel. Il est évident que cet
aspect est commun à toutes les cultures et se base sur une nature
de l’homme inachevée, perfectible et commune. Chaque culture
pour survivre et se maintenir dans l’histoire a besoin d’éduquer
ses membres pour transmettre tout son patrimoine de
connaissances, de mythes, de rites, de croyances, de religions,
7de techniques de travail, d’organisation, etc.
L’histoire montre qu’une telle approche a été accompagnée
d’une vision universaliste et ethnocentrique du monde. On
donne une bonne culture, on forme dans la culture, mais on
pense en réalité à la sienne comme l’unique valable pour tous.
C’est pour cela que l’effort de civiliser les « sauvages », propre
à la colonisation, fut accompagné par une éducation tendant à
8les éduquer dans une culture différente.
Pour ce qui nous concerne, la culture nous apparaît aussi
comme une interprétation, personnelle et collective, non
seulement de la nature-monde, mais aussi de soi, des autres et
de Dieu. Une interprétation des événements de la nature, de la
société et de tout ce qui va au-delà. Comme interprétation
commune de personnes qui perçoivent le monde et

7 C’est aussi la conviction d’Ernst Cassirer que nous allons exploiter par la
suite. Cf. E. CASSIRER, Essai sur l’homme, Trad. de l’anglais par N. Massa,
Minuit, Paris 1975.
8 Pour s’en tenir seulement au cas du Cameroun une étude historique
d’Engelbert Atangana nous décrit cette tendance. Cf. E. ATANGANA, Cent
ans d’éducation scolaire au Cameroun, l’Harmattan, Paris 1996.
16