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Essai d'interprétation du vivre ensemble

De
178 pages
Aujourd'hui, le dialogue interculturel se présente comme un nouveau modèle de conception de la relation entre cultures. Dans ce livre, l'auteur soutient la thèse selon laquelle le texte d'une culture est inscrit dans la personne qui se l'approprie à travers l'éducation. Le dialogue est possible si la structure de la personne est la relation d'ouverture à l'autre et si les personnes en dialogue sont capables de dépasser leur horizon personnel et culturel pour créer une réelle solidarité.
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Essai d’int Erprtation Gianna Pa an
du vivr E En Embl E
En philosophie, on a pensé la rencontre des cultures sur trois E ai d’int Errtation
modèles : universaliste, multiculturaliste, interculturaliste.
Aujourd’hui, le dialogue interculturel se présente comme un du vivr E Ens Eml E
nouveau modèle de conception de la relation entre cultures.
Mais rapprocher les cultures n’est pas aisé, même si cela s’avère
nécessaire. Une herméneutique du dialogue interculturel peut du dialogue interculturel, volume 2
ainsi nous permettre de comprendre dans quelle mesure la
rencontre est possible.
L’auteur soutient la thèse selon laquelle le texte d’une
culture est inscrit dans la personne qui se l’approprie à travers
l’éducation. Le dialogue est alors possible si la structure de la
personne est la relation d’ouverte à l’autre et si les personnes
en dialogue sont capables de dépasser leur horizon personnel
et culturel pour construire une réelle solidarité personnelle,
sociale, cosmique, et religieuse, que les anciens philosophes
appelaient l’unité de l’être avec soi, les autres, le monde, et la
transcendance.
Gianna Pallante est titulaire d’une laurea de
docteur en pédagogie de l’Université La Sapienza
de Rome et d’un doctorat canonique en philosophie
de l’Université Pontifcale Salésienne de Rome. Elle
enseigne à la faculté de philosophie de l’Université
Catholique d’Afrique centrale depuis 1996, où elle a travaillé comme
coordinatrice de l’option philosophie de l’éducation de 1999 à 2012.
Depuis 2001, elle dirige le groupe de recherche PHIED2000. Elle
Préface de Cristiana Frenicollabore avec la chaire Unesco des Sciences de l’éducation à Yaoundé,
avec l’ENSET de Douala et l’ENS de Maroua.
Photographie de couverture de l’auteur (2013) :
enfants pendant la cérémonie de l’arbre de Noël
dans une école de Yaoundé (Cameroun).
17 €
ISBN : 978-2-343-04134-6 Problématiques africaines
H-CAMEROUN_S_PROBLEMATIQUES-AFRICAINES_PAILLANTE_ESSAI-D-INTERPRETATION-DU-VIVRE-ENSEMBLE_VOL-2 copie.indd 1 08/12/14 15:38
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Gianna Pallante
Essai d’int Erprtation du vivr E En Eml E






Essai d’interprétation
du vivre ensemble

Problématiques africaines
Collection dirigée par Lucien AYISSI

Il s’agit de promouvoir la pensée relative au devenir éthique et
politique de l’Afrique dans un monde dont on proclame de plus en
plus la fin de l’histoire et de la géographie. L’enjeu principal de cette
pensée à promouvoir est la réappropriation conceptuelle, par les
intellectuels africains (philosophes, politistes, et les autres hommes et
femmes de culture), d’un débat qui est souvent initié et mené ailleurs
par d’autres, mais dont les conclusions trouvent dans le continent
africain, le champ d’application ou d’expérimentation. La pensée à
promouvoir doit notamment s’articuler, dans la perspective de la
justice et de la paix, autour des questions liées au vivre-ensemble et
aux modalités éthiques et politiques de la gestion de la différence
dans un espace politique où la précarité fait souvent le lit de la
conflictualité.
La collection « Problématiques africaines » a également
l’ambition d’être un important espace scientifique susceptible de
rendre de plus en plus présente l’Afrique dans les débats mondiaux
relatifs à l’éthique et à la politique.


Déjà parus

Gianna PALLANTE, Essai d’interprétation des phénomènes
culturels. Du dialogue interculturel, volume 1, 2014.
Henri Brice AFANE, Agents publics, pouvoirs et terroirs en
Afrique, 2014.
Pascal MANI, Le vade-mecum du chef de terre. How to succeed
in the prefectural career, 2013.
Joseph NDZOMO-MOLÉ, Autopsie de la « ploutomanie » et
critique de l’esprit de jouissance. Critique de la mentalité
« digesto-festive », 2013.
Roger Bernard ONOMO ETABA, Rivalités et conflits religieux
au Cameroun, 2013.
Jean NZIEH ENGONO, Discours sur l’afro-modernité, 2013.
Nsame MBONGO, La personnalité physique du monde noir.
Contre-histoire de la philosophie, tome 2, 2013.
Nsame MBONGO, La philosophie classique africaine.
Contrehistoire de la philosophie, tome 1, 2013.
Pascal MANI, La problématique de la retraite sous les
tropiques, 2012. Gianna Pallante



Essai d’interprétation
du vivre ensemble
Du dialogue interculturel, volume 2





Préface de Cristiana Freni






















PUBLICATIONS

Gianna Pallante et Michel Legault
2001 Une Education Libérale pour la démocratie. Jacques Maritain : Pour une
philosophie de l’éducation, Yaoundé, Presses de l’UCAC, pp.75.
2002 La conception Démocratique de l’éducation. John Dewey : Démocratie et
Education, Yaoundé, Presses de l’UCAC, pp.62.

Gianna Pallante
2014 Essai d’interprétation des phénomènes culturels. Du dialogue interculturel,
volume 1, Paris, L’Harmattan.
2000 Enjeux d’une compréhension éducative de la mémoire. Leçon inaugurale
faite au Campus d’Ekounou, Année Académique 1999-2000, Yaoundé, Presses de
l’UCAC, 28 pp.
2003 Pour une éducation à la mondialité en Afrique (dir.), Yaoundé, Presses de
l’UCAC.
2005 Ecole et Mondialisation (dir.), Yaoundé, Presses de l’UCAC.
2008 in Droit à quelle éducation en Afrique (dir.), Yaoundé, Presses de l’UCAC.
2010 Enseignement et culture

ARTICLES
2001 Eduquer à la mondialisation ?, in La Mondialisation : Quel Humanisme ?
Cahier de l’UCAC n.6, pp. 333-350.
2005 Interrogations autour des origines de la philosophie, in Relecture critique
des origines de la philosophie et ses enjeux pour l’Afrique, Paris, Minaibuc.
2009 Mounier et l’éducation en Afrique in Salesianum.
2010 Eduquer à la solidarité, in Solidarité en Débat, Cahier de l’UCAC n° 12.
2010 Le rôle des langues locales dans le processus de décentralisation de
l’éducation au Cameroun, in Cahier africains de recherche en éducation, n°7, en
collaboration avec le dr. Elobo P. T.
2010 Insegnamento della filosofia e cultura, in Didattica delle scienze,
Publication du GR STOQ, Roma Libreria Editrice Vaticana
2010 L’educazione tra natura cultura e libertà, in MALO A. (dir.), Natura
cultura libertà. Storia e complessità di un rapporto, EDUSC, Roma 2010.



© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04134-6
EAN : 9782343041346





« A la Providence […] qui utilise les passions et les intérêts
égoïstes pour atteindre le bien commun ».
(G. VICO, La Science nouvelle (1725), Trad. de l’Italien par
C. Trivulzio, Préface de Ph. Raynaud, Gallimard, Paris 1993,
Introduction, 18).
PREFACE
On ressent aujourd’hui, en des termes toujours plus
conscients et plus urgents, sur le plan planétaire un retour
significatif à la question anthropologique. C’est en effet au
moment où l’homme entre en crise, qu’éclate de façon
dramatique la gravis quaestio de la sagesse ancienne : qui est
l’homme.
L’homme est un être extraordinaire, souligne Sophocle dans
l’Antigone, parce qu’il excelle sur tous les autres êtres. Il vaut
alors la peine de revenir à la question sérieuse des
anthropologies de tous les temps pour explorer une dimension
qui semble caractérisée, aujourd’hui plus que jamais, par des
approches escomptées d’un côté et par des carences de méthode
opérative de l’autre : il s’agit de la complexe question de la
culture, liée de façon particulière à l’événement de la
globalisation.
La culture apparaît comme une donnée constitutivement
anthropologique, ancrée sur le profil métaphysique de l’Homo
Sapiens, de l’Homo Volens et de l’Homo Faber, dans l’axe de la
dramatique dimension de l’existence. L’homme, en effet,
apparaît marqué par l’inéliminable condition de l’historicité.
Martin Heidegger scelle le profil ontologique de l’être humain
comme Ex-sistens, selon la notion bien connue du Da-Sein,
c’est-à-dire comme être, connoté par l’inéliminable expérience
de la limite, mais également tendu vers un irrésistible désir du
dépassement de la même limite. Dans cette direction, s’insère
alors le discours lié à la culture, comprise avant tout comme
attitude naturelle de l’être humain à transformer le monde qu’il
a devant lui en vue des projets de nouveauté. Sabino Palumbieri
souligne que « l’historicité implique, donc, la capacité
transformative d’une série de pré-données - c’est-à-dire
d’éléments déjà constitués, comme les coutumes, les normes de
vie, les comportements généraux, les modalités techniques ou
dominatrices du cosmos - à investir avec les autres, grâce au 1langage ». Dans cette optique, donc, la capacité transformative
de chaque sujet, appliquée et rendue opérative dans un contexte
communautaire et social, s’appelle culture en un sens subjectif.
Les produits de ce processus constituent la culture en un sens
objectif. Si la culture, au niveau radical du terme, exprime la
cultura de l’humain, alors elle produit, aussi bien dans le sens
synchronique que diachronique, la culture de l’humain.
Dans un tel socle fondamental et inéliminable de prémisses
et d’attention anthropologique, s’inscrit alors ce bel essai de
Gianna Pallante. L’auteur met en évidence dans son travail
l’incontournable charpente anthropologique qui est à la base de
ses analyses et de ses intentions de recherche. Du dialogue
interculturel. Essai d’interprétation du vivre ensemble. Vol. 2,
le titre du texte, est déjà un exemple dans lequel on annonce de
façon programmatique non seulement l’horizon thématique du
travail, mais aussi la méthode avec laquelle l’auteur choisit
d’avancer dans son exploration.
Il apparaît clair que si la culture se présente naturellement
comme le processus d’éducation et de transformation du sujet
dans la communauté des êtres humains, selon la vision
classique déjà connue par laquelle le mot grec Paideía était
traduit dans le socle de la tradition latine par le vocable
Humanitas, le titre caractérise toutefois le terme technique de
dialogue interculturel dans lequel le concept de dialogue se
présente clairement avec l’intention aussi d’activer la fonction
typique par excellence de la relation humaine qu’est
l’intersubjectivité, comme fondement de l’interculturalité.
Il s’agit d’accentuer un préfixe -inter- justement, non
escompté et automatique dans les latitudes de la globalisation
planétaire caractérisée par l’infusion connue de la liquidité
2baumanienne. La société liquide, en fait, célèbre le
relâchement des rapports forts, solides, robustes pour mettre en
évidence plutôt la difficulté et souvent l’impossibilité d’un
régime de relations sociales, familiales, politiques, culturelles

1 S. PALUMBIERI, L'uomo, questo paradosso. Trattato sulla
concentrazione e condizione antropologica, UUP, Roma 2000, 177.
2 Cf. Z.BAUMAN, Modernità liquida, Laterza, Bari 2006.
8 stables et réellement réciproques. On vit aujourd’hui, plutôt
dans un climat de rapports d’in - dépendance, de détachement
des liaisons authentiques, ou bien on se débrouille souvent aussi
dans des contextes de relations de dépendance, connotées par
l’aliénation morbide dans laquelle la médiatisation globalisée a
contribué désormais depuis quelques années, à de-réactiver les
capacités critiques des consciences.
C’est donc une préoccupation très forte sur le plan du défi
anthropologique aujourd’hui, et donc sur le plan des sciences
humaines, de relancer certaines prémisses et de les indiquer
comme fondement de son approche. C’est ce qu’accomplit
justement l’auteur, en confirmant que la méthode choisie pour
son travail est celle d’une herméneutique de la culture,
justement, là où la science toujours antique et toujours nouvelle
de l’herméneutique apparaît comme un style d’approche
véritatif et non dominateur, dialogique et non monologique, qui
n’a pas de prétention définitive sur le plan culturel, mais
d’ouverture non préjudicielle à ce qui, justement dans l’horizon
de la globalisation aujourd’hui, s’impose comme régime de
confrontation, de valorisation des spécificités et non
d’anéantissement ou d’homologation.
L’herméneutique, cette nouveauté ancienne, pour le dire en
termes augustiniens, si elle est fondée de façon authentiquement
socratique, a en effet la caractéristique de vouloir être qualifiée
comme l’espace dramatique des vérités que la singularité
subjective et donc par la suite communautaire-culturelle,
apporte dans l’ordre de la confrontation, dans lequel les points
de vue peuvent certainement converger, pas pour piétiner, mais
pour valoriser le vrai, le bon et le beau qui se révèlent dans le
cours millénaire de la recherche humaine et dans sa complexe
acculturation, à chaque latitude et horizon
géographicohistorique.
Il s’agissait d’un défi très difficile, défi justement que cette
spécialiste très au courant et courageuse, a préféré accepter,
puisque considéré comme l’unique réellement possible et
respectueux pour pénétrer aujourd’hui dans le magma de la
question.
9 L’interculturation aujourd’hui plus que jamais nécessite des
méthodes ponctuelles qui ne soient indulgentes ni à des
faiblesses défaitistes, dans lesquelles aussi une certaine
herméneutique contemporaine semble verser, ni à des positions
de force paralysante ou ghettoïsante, sur le plan du dialogue et
de la construction d’un futur plus humain qu’on invoque dans
chaque angle de la planète.
Il s’agit donc d’accomplir le passage d’une anthropologie de
l’individu à celle de la personne. Une approche herméneutique
et dialogique, est naturaliter, physiologiquement, d’empreinte
personnaliste. La personne, soulignait un des plus grands
èmephilosophes de l’éducation du XX siècle, Emmanuel
Mounier, est celle qui s’exprime, s’expose, qui entre dans
l’espace métaphysique de l’autre non pas pour l’envahir, mais
pour le pénétrer. Ce n’est pas au hasard que Pallante invoque
souvent, pas seulement dans cet essai, l’auteur français, comme
paradigme d’intellectuel et de penseur capable d’une approche
éducative et culturelle jamais commode et escomptée, mais qui
par le fait même se révèle réellement constructive et
propositionnelle sur le plan de sa paideía et sur le plan de la
paideía globalisée.
La culture de l’individualisme a produit des pathologies qui
se mettent bien en évidence sous les yeux experts des sciences
humaines : une rétorsion de solipsisme, de privatisme,
d’intimisme, d’intellectualisme fermé, de technicisme faustien,
d’économie délirante.
Le retour à un axe personnaliste de l’approche culturelle, se
meut par contre en sens complétif par rapport à la tradition
philosophique de l’individu, qui bien qu’ayant comme aspect
positif l’aseitas spécifiante, reste en soi un mouvement de l’être
rétréci, puisque naturellement, radicalement, l’homme est aussi
une personne, c’est-à-dire bien défini en soi, mais aussi ouvert
constitutivement aux autres.
La culture en ce sens, présente alors une dialectique interne
très précise constituée par l’unité et la multiplicité. Si l’unité se
réfère au fait que chaque culture se manifeste comme
production du sujet singulier dans le contexte ; la multiplicité
10 est déterminée par l’interdépendance des productions
particulières dans un réseau plus large, selon divers niveaux et
intentions. Ainsi soulignait Jean Paul II dans une lointaine
Allocution à l’Unesco :
« La culture est une façon spécifique d’‘exister’ et d’‘être’ de
l’homme. L’homme vit toujours selon une culture qui lui est
propre et qui, à son tour, crée entre les hommes un lien
également particulier, déterminant le caractère inter-humain et
social de l’existence humaine. Dans l’unité de la culture […]
s’enracine en même temps la pluralité des cultures à l’intérieur
desquelles l’homme vit. Dans cette pluralité, l’homme se
développe sans perdre cependant le contact essentiel avec
l’unité de la culture en tant que dimension fondamentale et
3essentielle de son existence et de son être ».
C’est justement sur ces prémisses que semble aussi se fonder
le travail de l’auteur, qui choisit par conséquent comme
contribution préférentielle de sa recherche, celle de relancer un
débat certainement pas nouveau, mais sans doute émergeant
avec des connotations toujours diverses, qui justement
s’alimentent et se vivifient grâce aux défis permanents que le
contraste historique pose et qui aujourd’hui s’articulent avec la
question ouverte par le contact des cultures.
L’organisation traditionnelle selon laquelle l’approche
culturelle s’était déclinée dans le passé en trois points de vue de
l’Occident, c’est-à-dire celui propre des universalistes, des
multiculturalistes et des interculturalistes, avait souvent archivé
une approche dialogique et comparative avec une accentuation
nationaliste qui tendait à identifier l’universalité de la culture
avec sa propre culture.
Dans ce sens, les pensées soi-disant ‘barbares’ ou ‘sauvages’
s’étaient abondamment rendues chroniques dans l’approche, en
fixant des points de vue fermés et autocentrés. Seulement avec
èmeTaylor, à partir des années ‘60 du XX siècle, la culture a
commencé à connaître la possibilité d’une approche
multiculturelle, mais ce sera cependant au cours des années ‘90

3 GIOVANNI PAOLO II, Allocuzione all’Unesco (2.6.1980), in
L’osservatore Romano (3.6.1980) 1.
11 du siècle dernier, particulièrement grâce à la recherche bien
connue de Betancourt, que s’initie un nouveau paradigme
interculturaliste qui propose et postule une possibilité constante
de dialogue entre cultures.
La préoccupation de Gianna Pallante s’est alors justement
articulée dans cette direction. Il ne peut y avoir dialogue et
même possibilité de compréhension, si l’on n’active pas une
libération progressive de la « cage » de son propre horizon
existentiel et culturel pour le valoriser et le traduire en un
espace ouvert, dynamique, fait d’accueil et de réciprocité. Il
n’est pas question d’annuler son identité propre, mais de
l’exercer et de l’enrichir dans la patiente construction de
l’intersubjectivité qui, comme nous l’avons bien noté, est la
première garantie métaphysique du mouvement de l’être vers
plus-d’être. L’autre alors, ne peut pas apparaître comme un plus
selon l’image sartrienne bien connue, mais comme révélation
aussi de la possibilité d’un plus de notre propre être.
La réflexion de l’auteur démontre de façon extrêmement
convaincante, que la compréhension culturelle demande non
seulement un effort intellectif, mais aussi-nécessairement une
cum-préhension métaphysique comprise comme embrassement
de l’altérité, altérité certes fatigante, mais pas homologable ou
colonisable sinon par homicide de la croissance culturelle, que
seul un monde fondé sur le principe dialogique bien connu de
4Martin Buber peut vraiment alimenter et valoriser.
Rapprocher et comparer les cultures n’est plus alors suffisant
pour garantir un dialogue authentiquement interculturel.
Pour que cette société des visages de lévinassienne mémoire
puisse vraiment s’accomplir, il faut alors la bonne volonté de
construire de nouvelles arcades de cultures et donc de
civilisations et d’humanité. Si la culture est vraiment croissance
de l’humain, on peut se demander ouvertement en quels termes
se sont déclinées les approches dans la complexe phase de la

4 M. BUBER, La vie en dialogue, Je et tu, Dialogue, La question qui se pose
à l’individu, Eléments de l’interhumain, De la fonction éducatrice, Trad. par
J. Loewenson-Lavi, Aubier Montaigne, Paris 1959.
12 globalisation. La culture en effet, échoue désespérément, si elle
ne peut garantir une croissance en axe à l’humanisation,
c’est-àdire selon un développement qualitatif de l’être humain, qui ne
s’accomplit pas en ordre à la seule hominisation, c’est-à-dire
comme seul progrès quantitatif sur le plan des techniques ou de
la recherche scientifique, du moment où souvent de telles
approches, surtout depuis l’illuminisme- ont caché-
dangereusement une paralysie sapientielle de l’approche du
vrai, du bien et du beau qui sont par contre les facettes de
l’authentique esprit prismatique de la culture.
C’est alors dans cette direction que l’essai de Gianna
Pallante ne cesse de poser des questions et de tenter de
répondre, pour laisser la place à l’attitude typique de la
phrónèsis socratique tant réactualisée par un des maîtres de
èmel’herméneutique du XX siècle qu’a été Gadamer, pour offrir
une conclusion qui ait le goût de fondements authentiques,
d’engagement d’un nouvel humanisme, sans fausses idéologies
iréniques ou superbes positions d’Hybris dans lesquelles les
perspectives herméneutiques sont encore in fieri, à la lumière de
l’héritage de Bernard de Chartres : « nos sumus sicut nanos
positus super humeros gigantis ».

Cristiana FRENI
(Prof. de philosophie du langage et d’esthétique à
l’Université Pontificale Salésienne à Rome).

13 5INTRODUCTION GENERALE
Le monde contemporain est de plus en plus ouvert aux
contacts entre cultures. Nous pouvons dire qu’aujourd’hui, plus
que les anciens et les modernes, nous sommes dans une
situation qui nécessite la communication avec les autres
cultures. Cela est un fait inégalé dans l’histoire humaine et les
migrations de masses montrent la nécessité d’une relation entre
les différentes cultures qui s’instaure à l’intérieur et à l’extérieur
de chaque nation. Quant à la nature de la communication,
nombreux sont les problèmes qu’elle soulève. En effet, même si
la mondialisation se présente comme une nouvelle pentecôte
capable de créer une entente entre les peuples, elle cache des
intérêts économico-politiques qui empoisonnent la
6communication humaine. Elle fait miroiter une communion des
peuples, mais génère en réalité une uniformisation à l’échelle
mondiale qui masque les diversités. Une analyse herméneutique
de la communication entre cultures, peut ainsi représenter
l’objet de notre recherche.
Le débat philosophique sur la culture s’est organisé
jusqu’ici, nous semble-t-il, autour de trois points de vue qui
s’opposent : les universalistes, les multiculturalistes et les
einterculturalistes. Jusqu’au XVIII siècle, la philosophie était
considérée comme faisant partie du patrimoine de l’Occident.
L’histoire était alors dominée par une conception de la culture
qui tendait à confondre l’universalité de la culture avec sa
propre culture. On trouvait normal de taxer de ‘barbares’ la
langue et les coutumes des autres peuples.
Avec la redécouverte de la grandeur des civilisations de
l’Orient, mais aussi de la civilisation égyptienne, s’est

5 Ce volume est un extrait de la thèse doctorale de G. PALLANTE,
Herméneutique du dialogue interculturel, UPS, Rome 2013.
6 Cf. GEMDEV, Mondialisation. Les Mots et les Choses, Kartala, Paris 2000.
Cf. S. AMIN, Les défis de la mondialisation, l’Harmattan, Paris 1996.
Cf. S. ZAMAGNI, Verso una società civile transnazionale, in Quali frontiere.
Cooperazione Cultura Sviluppo, (2000/3) 2-39. développée la volonté de comparer les pensées des différentes
cultures. C’est dans cette perspective que Paul Masson-Oursel
initie la réflexion sur La philosophie comparée, mais qui sera
7vite dépassée.
Autour des années 1960, en Amérique du Nord, dans le
cadre de la politique publique canadienne du bilinguisme et du
biculturalisme, entre en circulation pour la première fois le
terme multiculturalisme dont Charles Taylor deviendra le
8représentant le plus connu.
Le multiculturalisme qui reconnaît et affirme la diversité des
cultures et la possibilité de leur coprésence dans une même
société, a exprimé une conscience diverse de la relation aux
autres cultures. A la suite du multiculturalisme, Raul
FornetBetancourt initie un mouvement de recherche qui aboutit vers la
moitié des années 1990 à la publication de l’ouvrage
9Transformacion intercultural de la filosofia. Le paradigme
interculturaliste qui y est développé postule, dans ses diverses
expressions, la possibilité d’un dialogue entre cultures.
C’est dans ce contexte que s’inscrit notre interrogation sur la
possibilité d’une compréhension entre les cultures. Le dialogue
implique-t-il la compréhension ? Ne pose-t-il pas, en toile de
fond, le problème de savoir jusqu’à quel niveau la
compréhension entre les cultures est-elle possible et comment
éviter de phagocyter l’autre, c’est-à-dire de l’interpréter selon
les canons de sa culture ? L’interculturalisme ne masque-t-il pas
une forme d’universalisme si l’autre est interprété à partir de ce
que je suis ? Aujourd’hui, en effet, le problème émerge du fait
que si un homme appartenant à une culture entre en dialogue
avec son homologue d’une autre culture, chacun n’est souvent
compris et interprété par l’autre sujet qu’à l’intérieur de sa
propre culture. Et pourrait-il en être autrement ?

7 Cf. P. MASSON-OURSEL, La philosophie comparée, Alcan, Paris 1931.
8 Cf. CH. TAYLOR, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Trad. de
l’américain par D.-A. Canal, Aubier, Paris 1994.
9 Cf. G. COCCOLINI, Presentazione, dans R. FORNET- BETANCOURT,
Trasformazione interculturale della filosofia, Trad. et presentazione di G.
Coccolini, Dehoniana libri-Pardes edizioni, Bologna, 2006, 19.
16