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Essai sur la pellagre observée à Corfou

De
240 pages

Pellagre ; 3e année ; Accidents cutanés ; Délire ; Tendance au suicide ; Stupidité ; Paralysie ; Diarrhée. — Mort à la 4e année.

Village Dukades. Cathérine Moumouri, lymphatique âgée de 20 ans. Au dire de ses parents cette fille a eu pendant les deux années précédentes, vers le printemps, sur le dos des mains une éruption rougeâtre, sur laquelle arrivaient bientôt des phlyctènes dont la ruptûre donnait issu à un liquide aqueux ; En même temps la patiente se plaignait de sa tête ; La jeune fille était dans une tristesse extrême, et quelquefois insupportable par ses idées ; Elle aimait à rester seule sans se mouvoir ni parler ; Elle cherchait la mort, et en effet un jour elle se précipita dans un puits.

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C. Prétendéris Typaldos

Essai sur la pellagre observée à Corfou

NOTICES SUR CORFOU

L’île de Corfoù, Kέρϰυρα, célèbre dans l’antiquité et connue des temps Homériques sous les noms de Σχέρια, νñσος τῶν Φαιάϰωλ, est située vers le 39° 35’ degré de latitude Boréale, et le 17°, 34’, 36” de longitude Orientale (méridien de Paris), vers l’embouchure de l’Adriatique, et vis-à-vis de l’ Épire, dont elle n’est separée, à son extrémité Septentrionale, que d’une lieue environ.

Corfoù a une circonférence de 54 lieues, et une forme imitant la faux dont la plus large extrémité est tournée au Nord, la pointe au Sud-Est et la concavité à l’ Est. Couverte en grande partie de montagnes peu élevées dont la hauteur va en décroissant du Nord au Sud, d’un grand nombre de collines, et de vallées fertiles la plupart tapissées d’une immense plantation d’oliviers, l’île offre dans son ensemble un terrain bien accidenté couvert d’une verdoyante végétation, des points de vue très-pittoresques et variés représentant la nature sous son plus bel aspect, celui d’un printemps éternel.

Les montagnes en général sont formés de carbonates de chaux. Il y a des marbres de différentes couleurs et en grande abondance la pierre à chaux, et d’autres calcaires de différentes espèces, quelques-uns incrustés de cristaux de spath calcaire, et d’autres pénétrés par des filons de quarz dur. Le gypse n’est pas rare ; on trouve aussi quelques traces de soufre et de silex, celui-ci recouvert par la voie humide d’une couche plus ou moins épaisse de carbonate de chaux.

A part quelques exceptions, sur toutes les montagnes de Corfoù jusqu’au sommet on rencontre des couches de terre productive et âpte à la culture. Cette couche en descendant devient assez épaisse, recouvre les nombreuses collines et la campagne.

Éminemment fertile, la terre examinée soit dans la plaine, soit sur les collines, ou les montagnes, est composée d’une marne calcaire mêlée à un peu d’ alumine et les résidus abondants de la décomposition végétale. L’ argile y entre en petite quantité et à elle seule fait dans certains endroits peu nombreux les frais du gissement du terrain. En effet, vers la partie Sud surtout de l’île on en rencontre des collines entières, et là le terrain participe plus de l’argileux.

Les eaux douces sont abondantes, eu égard à la petite hauteur des montagnes, ce qui est par l’entourage de la mer et plus aussi par le boisement du terrain, boisement qui rend la terre âpte à conserver l’humidité qui lui vient de la condensation des vapeurs atmosphériques.

A proprement parler il n’ y a point de fleuves à Corfoù, il n’y a que des ruisseaux dont la plupart se dessèchent pendant l’été, à l’exception des petites rivières : Dissopotamos, débouchant au Nord vers l’Adriatique ; Potamos, Messongy et Potamy déversant leurs eaux à l’Est dans le canal entre Corfoù et l’Épire ; les eaux de source sont en échange abondantes, celles-ci arrosent et fertilisent les localités sur lesquelles vient à croître une végétation magnifique, celle de l’oranger, citronier et cedrat dont la beauté du feuillage, l’aspect plus ou moins doré des fruits et l’arôme des fleurs, remplissant l’atmosphère, imitent les célèbres jardins des Hespérides et rappellent l’image de ceux d’ Alcinoüs chantés par Homère, sur l’emplacement desquels on ne retrouve plus aujourd’hui les embellissements créés alors par la main de l’homme, mais seulement la beauté de la nature, une grande plantation d’ olliviers, et une eau fraiche et limpide ruisselant de la source Chrysside (Botta). Mais à coté de ces riants tableaux on ne tarde pas à voir disséminées dans toute l’île, plus spécialement vers le Sud, des eaux croupissantes, des étangs et des marais, dont les pernicieuses émanations rendent endémiques dans le pays les fièvres paludéennes. Ainsi les eaux, qui dirrigées par la main de l’homme industrieux, pourraient fertiliser la terre, augmenter largement le bien-être des habitants, ces eaux abandonnées déviennent la cause de malheur, de dépérissement et enfin de la mort.

A part cette cause morbifique qui diminue chaque jour, l’île de Corfoù est un pays salubre. Elle possède un climat doux et tempéré, qui a été bien injustement calomnié. En effet la température moyenne de l’année monte à+19° centigrades. Pendant les fortes chaleurs de l’été le thermomètre oscille entre + 30° et + 33°, et pendant l’hiver rarement il descend à zero, et comme un phénomène exceptionnel la neige couronne parfois les montagnes, mais d’une durée bien éphémère.

Les saisons de l’année l’une empiète sur l’autre, et on peut dire, qu’ il n’ y a que deux saisons, l’été et l’hiver. L’été commence de bonne heure et se prolonge beaucoup sur l’automne, qui souvent est aussi chaud que l’été. L’ hiver est court et entrecoupé par une série de belles journées printanières. Même dans cette saison de l’année le soleil fait rarement défaut pendant plusieurs jours de suite.

Le printemps succède sans ligne de démarcation bien tranchée et bientôt la chaleur arrive pour marcher avec quelques oscillations sur celle de l’été. C’ est surtout vers les époques de ces empiétements des saisons qu on remarque des changements brusques dans l’état atmosphérique, qui à la vérité ne sont ni aussi fréquents, ni aussi forts, comme on a bien voulu le dire. C’ est à l’empiétement de la chaleur sur l’automne avancé que survient quelquefois et brusquement le froid ; et plus encore l’apparition de la chaleur précoce au printemps vient à être surprise par le froid, dont elle a usurpé pour ainsi dire la place.

Ces surprises dans les variations thermométriques ne sont pas rares dans les mois du printemps et en automne, et parfois même on les remarque aussi en plein hiver. L’ Adriatique qui débouche devant nous ses intempéries et celles du littoral qu il baigne ; les montagnes de l’Épire qui forment une demi-couronne au Nord et à l’Est devant l’île, enfin les immenses mers qui complètent ce cercle à l’Ouest et au Sud, sont les causes de ces brusques surprises de notre état thermométrique.

L’ entourage des mers, la direction des vents prédominants et l’immence plantation d’arbres sont les causes de fréquentes pluies ; Celles-ci viennent rarement par ouragan et torrentielles, mais dans les années ordinaires les mois les plus pluvieux, qui sont ceux de novembre, décembre et mars, reçoivent une pluie presque sans interruption.

S’il y a des mois à grande prédilection pour cet arrosement atmosphérique, il y en a d’autres, chez les quels la pluie fait place à une sécheresse presque continuelle : ce sont juin, juillet et août.

Les vents qui prédominent en hiver sont le Sud-Ouest et le Sud-Est ; Ceux-ci traversant la mer sont moins froids mais toujours accompagnés de nuages et de pluie. Ils alternent souvent avec ceux du Nord, du Nord-Ouest, rarement du Nord-Est, porteurs du froid sec et de la sérénité dans l’atmosphère.

Au printemps la sérénité et le calme de l’atmosphère deviennent fréquents, ils sont entrecoupés par des vents du Nord soufflant avec moins de véhémence et bien moins froids que pendant l’hiver, ainsi que par des vents du Sud-Est et Sud, qui sont accompagnés de nuages et de légères pluies, ou bien par une atmosphère brumeuse, humide, énervante, mais celle-ci est provoquée surtout par les vents du Sud, qui à peine mouvant l’air rendent ce milieu plus étouffant.

Avec l’été le mouvement de l’atmospère cesse, un calme et une sérénité complète mais brulante règne, ce qui rend la chaleur plus sensible que ne le comporte son degré thermométrique. Parfois le vent du Sud vient à donner des nuages à l’atmosphère et faire tomber une légère pluie fine et peu abondante, la quelle loin de raffraichir l’atmospère vient augmenter son influence suffocante par la surcharge des vapeurs aqueuses.

Les vents du Nord ne sont pas rares, mais ils n’ arrivent chez nous qu’après avoir traversé des terres incultes, des marais et les montagnes arides de l’Épire. Ces vents viennent chauds énervants, et avec une influence délétère et morbifique. A la fin de l’été les vents du Sud commencent à prendre un peu plus d’élan, l’atmosphère se charge de vapeurs aqueuses et d’une grande quantité d’électricité : ainsi avec les éclairs et le tonnèrre arrivent les pluies alternant avec la sérénité, la chaleur et le calme de l’atmosphère.

Avec un climat si doux, des pluies abondantes, un terrain si propice conservant l’humidité même dans les mois d’une grande et prolongée sécheresse, à cause de son boisement, l’île de Corfoù présente une végétation florissante et une grande fertilité. La culture y est facile et toujours une riche moisson est la récompence de ceux qui avec leur travail viennent puiser les dons de la nature.

Celle-ci a prodigué des grands trésors dans le sein de la terre de Corfoù, mais hélas ! la main de l’homme ne va pas à leur recherche ; car une grande étendue de terrain reste inculte et l’olivier croit sans culture.

Ce sont ces forêts d’olivier qui font la principale et la plus riche ressourse des habitants ; après vient la vigne, le maïs, la pomme de terre, le froment, l’orge, le sorgho, le coton et le lin en très-petite quantité, enfin des légumes, herbages et des fruits délicieux tous abondants, surtout l’orange et le citron. A toute cette immence richesse si nous ajoutons les bénéfices de son commerce dû à sa position géographique, l’île de Corfoù paraît être la terre promise ; mais la main de l’homme bien souvent fausse les vues de la nature.

Le paysan de Corfoù au milieu de l’abondance est pauvre. Paresseux il attend le bien sans aller le chercher, sans se fatiguer pour le fixer. Rriche quand il a une bonne récolte en huile, il est misérable quand elle lui fait défaut, ce qui lui arrive souvent, abandonnant sans culture l’arbre qui lui donne la vie. Dans les années de bonheur il oublie la misère, et pour se consoler de ce qu’ il a souffert, il se livre à la bonne chère ; il se donne à la crapule ; il oublie sa maison ; il oublie de se munir de tout ce qui est nécessaire à la vie domestique, et ainsi il conserve son habitation telle comme elle était à l’époque de sa misère. Pour ses habits et pour ceux de sa compagne il se conduit tout autrement. Les habillements soignés, les bijoux, les foires, les fêtes sont les indices de la bonne récolte en huile, et alors toute autre culture languit, et si celle-ci n’est pas entièrement abandonnée et apporte une nouvelle ressource, plus certaine, dans la famille, on ne doit pas l’attribuer à l’amour de travail des hommes, mais bien aux travaux des femmes, qui par une exception digne de reproche pour les hommes, créées par la nature plus sensibles et plus faibles et devant trouver dans leur maris un soutien, supportent les travaux de la campagne et de leur ménage, et d’ordinaire pour toute recompense elles sont les plus pauvrement nourries. Souvent pour tout repas elles n’ont qu’un morceau de pain de maïs, quand leurs maris vont au cabaret se rassasier de mets plus substantiels. Pour elles excès de travail, mauvaise habitation, nourriture insuffisante et peu substantielle, telles sont les causes qui peuvent influer d’une manière bien délétère sur leur constitution. Pour ces causes plus sujettes à bien des maladies, elles le sont aussi à la Pellagre qui va nous occuper.

 

Corfoù, Août 1861.

HISTORIQUES

La maladie, connue généralement aujourdhui sous le nom de Pellagre, est une de ces affections dont l’origine se cache sous un épais nuage ; on ne trouve rien qui puisse lui ressembler chez les anciens, et il faut arriver jusqu’au 18e siècle pour trouver dans le monde scientifique les premières, notions sur cette affection.

C’ est en 1730 que le Docteur Gaspar Casal, qui exerçait à Ovideo en Espagne, a pu observer parmi les habitants les plus pauvres des campagnes une maladie, dont les traits sont ceux, qui caractérisent notre Pellagre actuelle.

Ce célèbre observateur, poursuivant ses recherches, compléta la description, de. la maladie dans son ouvrage sur les Asturies, la désignant sous le nom connu dans les campagnes Mal de la Rosa1.

Casal dont les précieux travaux n’ont été publiés qu’en 1762 par Don J. Garcia de Séville, considérait cette affection comme un mélange de scorbut et de lèpre. Toutefois le monde scientifique en France était déjà instruit sur les travaux du médecin Espagnol quelques années avant leur publication ; ce fut par une notice de Thierry en 17552.

Vers cette même époque un médecin distingué des États Vénitiens, Antonio Pujati, observait dans les villages à Feltre une maladie inconnue (selon lui), insidieuse et grave. Nommé Professeur à Padoue, il la decrivait dans ses cours sous le nom de Scorbuto Alpino.

Une affection toute ressemblante au Scorbut Alpin frappait aussi les campagnes du Milanais. Celle-ci n’ excita d’abord aucune attention de la part des hommes de l’art ; mais plus tard, sa marche et ses progrès l’éveillèrent enfin.

En 1771 Francesco Frappoli s’en occupa, lui conservant le nom qui lui était imposé par les paysans du Milanais3. C’ est ce nom de Pellagre qui a prévalu dans la science.

Uu autre observateur Francesco Zannetti en 1775 publiait aussi un écrit sur la Pellagre qu’il observait depuis 17694.

Après ces deux observateurs Milanais suivirent Guerardini (Michiele) en 17805 ; Albera (Gio. Maria) en 17816 ; Videmar (Giovanni)7. Gaetano Strambio le plus célèbre de tous devanca les autres par une série de travaux sérieux 1786 — 17948.

La science avançait dans le territoire Italien. L’ esprit d’ observation y prenait un nouvel élan. La Société ainsi que le Gouvernement ne restèrent pas muets à l’appel de la science et de l’humanité.

La Société patriotique à Milan proposait des questions et des prix à ceux des médecins de la campagne qui auraient fait les meilleures études sur la Pellagre. Un hôpital fut expressement installé pour les Pellagreux dans la ville de Lignago, dont on confia la dirrection au savoir de Strambio. C’ est à cet hôpital, dont l’exercice ne dura que quatre ans, que le célèbre médecin a recueilli ses précieuses observations cliniques sur la maladie qui nous occupe.

A ce mouvement scientifique n’ont pris nullement part les pays limitrophes. Les médecins de Padoue et de la Vénétie continuaient de leur côté à étudier la maladie sous le nom de Scorbut Alpin ; et Odoardi (Jacopo) dissiple de Pujati, ignorant ce qui se passait dans le Milanais, avoue que c’ était par Omboni Pisone qu’il a été averti, que dans un pays si voisin on venait de décrire une affection sous le nom de Pellagre, semblable ou analogue à celle pour la quelle il publiait un ouvrage, où il indiquait la présence du Scorbuto Alpino9 non seulement à Feltre, mais aussi dans le village de Belluno, désigné par les paysans sous les noms de Pellarina, Scotatura del Sole etc.

En France en 1791 une nouvelle publication de l’ouvrage de Thierry10 fit renaître les importants travaux de Casal, auquel Je consciencieux Thierry a rendu un complet hommage, en publiant dans le T. Il, pag. 9 « J’ai puisé ces notions sur le mal de Rosa) dans les manuscrits et la conversation de Don G. Casal, médecin de la Cour » (Roussel, de la Pellagre : Paris 1845 pag. 3).

A cette époque les travaux des Italiens ne passèrent pas les Alpes. Les observations qu’on venait de faire dans une autre localité restaient bornées à leur territoire : ainsi la science restait en arrière, privée du grand secours de la pluralité des intelligences et de leur appui mutuel.

Mais cet état des choses ne devait point durer ; la science en première ligne doit la popularisation des études sur la Pellagre à deux élèves de Leyde : Janson (Fracesco-Zaverio) et Hollen-Hagen ; ceux-ci étudièrent en Italie cette affection sous les auspices et les conseils des grands maîtres Strambio, J.P. Frank, Moscati ; riches de buttin scientifique se firent des apôtres de leur savoir dans d’autres pays ; l’un d’eux Janson publia un travail en 178711.

autre ouvrage sur ce même sujet ne tarda pas à suivre ce premier pas fait à l’étranger. Il appartient à un élève de J.P. Frank, Titius Costanzo, Professeur à Würtenberg12

Mais revenons en Italie que nous avons quittée pour un instant à l’époque même, où Odoardi traitant du Scorbut Alpin, ne connaissait pas son identité avec la Pellagre du Milanais.

La science des pratitiens de Padoue et de la Vénétie en était en général à ce point-là lorsque se présenta sur la scène Fanzago (Francesco Luigi). Celui-ci revenant de Pavie et observant dans l’hôpital de Padoue des cas semblables à ceux qu il connaissait de la vraie Pellagre, publia un premier mémoire en 178913, dans lequel, après avoir fait un rigoureux parallèle entre la Pellagre du Milanais et la maladie qu’il observait à Padoue, il en confirma l’identité. Ce véritable progrès acquis à la science par l’illustre Fanzago ne manqua pas d’avoir de fervens contradicteurs ; et malgré les encouragements de J.P. Frank et de Videmar, et le puissant soutient des observateurs Milanais, la vérité eût encore bien de la peine à triompher.

Après cette grande révolution apportée par Fanzago, les observations venaient tous les jours grossir et soutenir l’édifice de l’auteur. Les incrédules à Padoue devenaient de moins en moins nombreux. Enfin tous se rangèrent de son côté et le Gouvernement commença à prendre quelques mésures contre la Pellagre de la Vénétie, comme on avait deja fait pour le Milanais.

Parmi les propagateurs des idées de Fanzago se trouvent Dalla Bonna14 ; Luigi Soler15 ; Sartogo-Pietro16 ; Amai et Zuccolo17 ; Carlo Ballardini ; Piacentini18. Se sont eux qui ont mis en évidence la présence de la Pellagre dans le territoire de Padoue, connue sous les noms de Scorbuto Alpino ; Scorbuto Italico ; Salso.

Le Tyrol Italien ne tarda pas à prendre place dans la topographie pellagreuse.-Comini19 ; Stofella20 ; Mazzanelli.

Le Piémont aussi, Allioni21 ; Buniva22 ; Griva23 ; Boerio24 ; de Rolandis25 : le Duché de Parme et le Bolonnais-Guerreschi26 ; Beliotti27. Tommasini28 ; Farini29. Les observations de Tozzini Targetti et Chiaruggi30, démontrèrent la présence de la Pellagre en Toscane, surtout aux environs de Pistoja et Mugello. C’est vers la fin de 18e siècle en 1790 que Chiarugi fait remonter la première apparition de la maladie limitée dans certains points du territoire Toscan ; quelques années après, elle s’ y multiplia gagnant du terrain, suivant ainsi pour la Toscane la même marche que dans le Milanais, le Padouan et la Vénétie en général.

La Pellagre prenant avec les premières années de notre siècle une grande extention, paraissait limiter sa topographie au Nord de l’Espagne et dans la plus grande partie de la belle Italie31. Mais il n’en était pas réellement ainsi. La France prenait part à cette topographie pellagreuse envahissante. C’ est en 1829 que pour la première fois un médecin Français s’ occupa d’une pareille maladie observée en France. En effet ce qui existait dans la littérature médicale Française, en commençant par Thierry, Sauvages, ensuite par Touvenel32, Levacher de la Feutrie33, Biett et tant d’autres avait pour modèle la Pellagre Italienne ou bien des pellagreux venus de la Péninsule (Roussel)34.

A cette époque (1829) un digne médecin praticien à Teste le Buck (Gironde) présenta à la Société Royale de Bordeaux une note, laquelle révelait une découverte et un bienfait pour l’humanité souffrante. Mr Hameau, quand il lisait cette note, n’était pas nouveau dans l’étude de ce sujet. Il avait observé la maladie dès l’an 1818 chez les habitants pauvres du bassin d’Arcachon. Il commençait sa note par les termes suivants : « Une maladie de la peau, que je crois peu connue, et qui est des plus graves menace d’attaquer la population du pays que j’ habite. Je veux seulement en exposer les principaux symptômes pour savoir si elle aurait été observée par quelque autre médecin, et par ce moyen me mettre mieux à même de porter des secours efficaces à ceux qui ont le malheur d’en être atteints » (Roussel, pag. 17).

A cet appel fait par Hameau pour une maladie existant au sein de la France, et qui par ses traits ressemblait à la pellagre, un mutisme complet fut la réponse du monde scientifique Français.

Brière de Boismont qui un an après (en 1830) présentait à l’Académie des Sciences ses recherches sur la pellagre en Italie n’éveilla pas plus que Hameau l’attention sur cette affection, qui n’ était plus une maladie exotique mais bien une domiciliée au sein même du territoire Français.

Mais cela ne devait pas durer long-temps. Les médecins de Bordeaux Gintrac et Bonnet constatant la maladie en reconurent l’identité avec la Pellagre Italienne. L’autorité chargea Mr Leon Marchand de s’en occuper35. Après six années de travaux il vint lire un mémoire devant l’Académie de médecine, dans lequel il constatait que la Pellagre des Landes comptait plus de trois-mille affectés.