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Essais d'épistémologie psychanalytique

De
246 pages
La psychanalyse pour originale et incisive quelle soit, n'évite pas toujours les imprécisions, pour en atténuer les imperfections ses théorisations doivent veiller à s'inscrire dans une épistémologique. L'ensemble des démonstrations proposées par l'auteur, étayé sur le corpus freudien entendu comme ouverture et éveil, constitue les bases d'une nouvelle épistémologie clinique. Jean-Tristan Richard propose, au professionnel et à l'étudiant, les références bibliographiques nécessaires à leurs propres réflexions.
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Essais d'épistémologie psychanalytique

Études Psychanalytiques Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat
La collection Etudes Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tout ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, «hors chapelle », «hors école », dans la psychanalyse. ARON Rayn10nd, Jouir entre ciel et terre, 2003. CHAPEROT Christophe, Structuralisme, clinique structurale, diagnostic différentiel, névro-psych ose, 2003. PAUMELLE Henri, Chamanisme et psychanalyse, 2003. FUCHS Christian, De l'abject au sublime, 2003. WEINSTEIN Micheline, Traductions de Psy. Le temps des non, 2003. COCHET Alain, Nodologie Lacanienne, 2002. RAOULT Patricl<-Ange, Le sujet post Moderne, 2002. FIERENS Christian, Lecture de l'étourdit, 2002. VAN LYSEBETH-LEDENT Michèle, Du réel au rêve, 2002. VARENNE Katia, Le fantasme de fin du monde, 2002. PERICCHI Colette, Le petit moulin argenté (L'enfant et la peur de la mort),2002. TOTAR Monique, Freud et la guérison,2001. RAOULT Patrick-Ange, Le sexuel et les sexualités, 2002. BOCHER Yves, Mémoire du symptôme, 2002. CLITT Radu, Cadre totalitaire et fonctionnement narcissique, 2001. BOUISSON Jean, Le test de Bender, 2001. GODEV AIS Luc, Le petit Isaac, 2001. MEYER Françoise, Quand la voix prend corps, 2001. BOUKOBZA Gérard, Face au Traumatisme, 2000. LALOUE René,Psychose selon Freud, 2000. GUENICRE Karine, L'énigme de la greffe, 2000. HURION Roseline, Les crépuscules de l'angoisse, 2000. MA TISSON Maurice David, L'injonction spectaculaire, 2000. GASQUET Gérard NUNEZ Angel, Avenir d'une désillusion, 2000. DERING Jef, Autour de W R. Bion, 2000. RAOULT Patricl<-Ange, Le transfert en extension, 2000. ROMPRE David, Sexe stase et orgone, 2000.

Jean- Tristan RICHARD

Essais d'épistémologie

psychanalytique

NOSOLOGIE ETATS LIMITES SCIENCE MYTHE INTELLIGENCE PREMA TURITE FONCTION PARTERNELLE COUVADE TESTS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

IT ALlE

(Ç)L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-5667-0 EAN : 9782747556675

SOMMAIRE

TABLE DES MATIERES

PREFACE

Il

PARTIE I : ETATS LIMITES ET PSYCHANALYSE

19

CHAPITRE 1 : LIMITES ET PSYCHANALYSE (S. Freud! Après S. Freud)
CHAPITRE 2 : LES ETATS LIMITES

21

31 51

CHAPITRE 3 : LES NOTIONS CONNEXES (Pré-psychose / Psychose blanche / «Comme si »/ Caractère narcissique / Caractère pré génital / Déficit spécifique du Moi / Défaut de base / Faux Self / Soi caché /Anti-analysant)

Compléments bibliographiques

89

PARTIE II : SOUS LA SCIENCE, LE MYTHE?

91

CHAPITRE 1 : SAVOIR, CONNAISSANCE ET MYTHE
CHAPITRE CHAPITRE SCIENCE 2 : EPISTEME ET PSYCHE 3 : PSYCHANALYSE, ART ET

93

103 III

Compléments bibliographiques

122

PARTIE III : PREMATURITE ET INTELLIGENCE

123

CHAPITRE 1 : CAMSP ET PREMATURITE (Dépistage et prise en charge / La prématurité / Eléments de neuro-genèse / Grande prématurité et séquelles neuro-motrices)

125

CHAPITRE 2 : DE L'INTELLIGENCE (Psychologie et intelligence / L'inné et l'acquis / L'intelligence aujourd'hui) CHAPITRE 3 : PREMATURITE ET COGNITION (Les principaux tests / Quelques études)
CHAPITRE 4 : NOTRE ETUDE

147

165

183 197

Compléments bibliographiques

PARTIE IV : PERES ET PAIRS

209

CHAPITRE 1 : DEPRESSION ET CODV ADE CHAPITRE 2 : MASCULIN CHEZ« MES» PAIRS

PATERNELLE

211

ET PATERNEL

223

CHAPITRE 3 : APPROCHE EPISTEMOLOGIQUE Compléments bibliographiques

231 238

POSTFACE

243

SOMMAIRE

247

PREFACE

PREFACE

a psychanalyse, pour originale et incisive qu'elle soit, n'évite pas toujours ni les imprécisions de langage, ni l'inscription dans l'air de son temps. Ses détracteurs n'ont d'ailleurs pas manqué au fil des ans de lui en faire le reproche. Aussi, pour atténuer de telles imperfections, ses théorisations doivent sans cesse veiller à s'inscrire dans une épistémologie. On proposera donc d'emblée une définition liminaire de celleci: élaboration critique prenant pour objet un champ de connaissances en s'efforçant d'articuler trois axes: l'examen des hypothèses et des conclusions en vue d'en déterminer la portée objective, la mise à nu des différents courants philosophiques qui le traversent, le plus souvent à son insu (empirisme, rationalisme, idéalisme, etc.) et l'inscription dans l' histoire des idées. Autrement dit, l'épistémologie interroge, voire traque, le processus d'accumulation des savoirs. On conçoit aisément qu'à propos d'une science humaine comme la psychanalyse il importe de maintenir un tel souci épistémologique. En effet, une imprécision, si petite fut-elle, abandonnée dans quelque recoin de la théorie, suffit à engendrer une ignorance plus grande qui va se répercuter dans la clinique. Cela apparaît encore plus dangereux lorsque les différentes écoles psychanalytiques (freudienne, kleinienne, lacanienne, winnicottienne, etc.), tout en témoignant d'une vitalité toujours renouvelée, ne parviennent pas à s'harmoniser. De plus, il n'y a pas de psychanalyse sans confrontation ou mélange avec des domaines de la recherche scientifique obéissant à d'autres logiques: psychiatrie, sociologie, ethnologie, linguistique, éthologie, histoire, etc. Une autre difficulté tient évidemment à ce que la psychanalyse est elle-même une démarche épistémologique, puisqu'elle vise à rendre compte de la constitution des savoirs inconscients, difficulté redoublée par le

L

13

fait que, comme dans les autres SClences humaines, sujet et objet s'avèrent ici identiques. Il me semble que l'approche de la notion de limite est un outil privilégié de ce souci épistémologique. De fait, elle apparaît bien, conformément à son étymologie, comme un sentier, une frontière délimitant à la fois séparation et passage. Le latin « limes» se rapportait à un chemin bordant un domaine afin de le séparer d'un autre, mitoyen et croisait « limen» qui signifiait seuil. L'histoire antique rapporte qu'Agricola fut le premier à entreprendre la construction des premières lignes de fortification frontalière en Bretagne, bientôt suivi par Domitien, en Rhétie, Flavien, en Numidie et Hadrien, en Bretagne et en Afrique. En psychanalyse, nous n'avons à faire, pourrait-on dire, qu'à des limites. Entre corps et esprit, soi et autrui, individu et socius, réalité psychique et réalité externe, normal et pathologique, sexualité et agressivité, histoire et devenir, affect et représentation, langage et acte, refoulement et sublimation, transfert et contre-transfert, théorie et clinique, etc. En réalité, les sciences dites exactes dépendent tout autant des facteurs subjectifs. C'est pourquoi elles évoluent, aussi bien dans le temps que dans l'espace. A cet égard, aujourd'hui, la notion de limite envahit parallèlement l'ensemble des savoirs. En topographie, la limite est moins une barrière perceptible qu'un horizon inaccessible. Elle est un point extrême que l'on ne peut approcher qu'indéfiniment. En mathématique, la limite désigne également un point extrême à partir duquel se rapprochent les images d'une suite de nombres. En termes plus complexes, elle définit la valeur vers laquelle tend une expression algébrique lorsque les autres variables qui lui sont associées prennent des valeurs fixes. On parle ici du résultat d'une fonction. Celui-ci n'apparaît donc pas comme nécessairement et immédiatement connu et il convient dès lors de procéder à des calculs auxiliaires pour le déterminer. Appliquée à la géométrie, la limite rejoindra le point de rencontre entre deux points unis par une sécante; autrement dit, elle signale une tangente. 14

En biologie, la grande limite est, bien sûr, celle séparant la vie de la mort, alors même que l'une ne saurait être sans l'autre. Le développement des aides médicales à la procréation et du clonage abrase les limites traditionnelles de la filiation. Avec lui les fantasmes de naissance sans sexe deviennent réalité. En physique, le cœur de la matière est bordé, ainsi que nous l'a appris A. Einstein, par les lois dégagées par I. Newton mais aussi par des lois relatives. Le temps et les distances ne sont pas absolus car ils dépendent de la vitesse, relative, de celui qui les mesure. De plus, les effets de la gravitation doivent s'interpréter aussi comme un effet de la courbure de ce nouvel espace-temps en lien avec les changements de matière et d'énergie. De plus, le principe d'incertitude de W. Heisenberg pose qu'on ne saurait en même temps situer la position et définir la vitesse de la particule élémentaire de l'atome, l'électron. Les deux approches ne sauraient s'unir dans une théorie unique et ne fournissent que deux représentations à la fois complémentaires et incomplètes. Nos théories ne sont que des discours approximatifs. Reste que la question de savoir si l'univers est fini ou en expansion permanente demeure indécidable. En effet, après avoir espéré pouvoir définir la courbure de l'ensemble des galaxies, on est aujourd'hui conduit à penser que, pour une même courbure, il peut co-exister plusieurs formes. Dès lors, l'univers réel pourrait posséder une taille inférieure à l'univers observable! Cela serait principalement dû au fait que la forme « chiffonnée» du monde crée l'illusion qu'il existe plus de galaxies qu'il n'yen a en réalité... En optique, la limite désigne ce qui advient lorsque la lumière passe d'un milieu dans un autre plus réfringent, par exemple, de l'air dans l'eau. Elle définit alors un nouvel angle appelé incidence limite. En psychanalyse, la terminologie limite a d'abord consisté en une intégration reformulatrice de la tradition psychiatrique attachée à des repères nosographiques mimant en quelque sorte les classifications de la médecine organique, de la botanique et de l'entomologie. Puis, l'effort de compréhension a rejoint l'efficace du souci freudien de la clinique. En effet, les états dits limites, «borderline» pour les anglo-saxons, interpellent 15

l'analyste d'un double point de vue interactif: les limites du cadre, ce qui a maintenu vivantes les questions du transfert et du contre-transfert, alors en risque de se scléroser, et les limites des catégories habituelles dont nous nous servons. Il en résulte une sorte de re-création de la cure et de notre savoir, même si ne sont pas pour autant écartés les risques de remettre en place les écueils de jadis face à ceux qui nous défient en prenant la tangente de nos repères psychopathologiques, en nous menant aux confins de l'analysable et en dépassant les bornes de notre entendement thérapeutique. Le présent ouvrage constitue une sorte de balade proposant des pistes, traçant des traverses et commentant le parcours. Il est constitué de chapitres originaux, mais également de la reprise d'articles parus dans diverses revues, notamment

« Contraste»

1

ou de conférences prononcées à l'occasion de

congrès ou colloques organisés par elles. Que les rédactions de celles-ci soient ici remerciées de nous avoir autorisé à les reprendre et à les augmenter. Comme notre lecteur le constatera, ces chapitres abordent la question de la limite à propos des pathologies« borderline» proprement dites, des rapports entre science et mythe, des liens entre prématurité et intelligence et des discours sur la parentalité, plus spécifiquement sous l'angle de ce que représente la paternité. Ils sont donc regroupés en quatre grands chapitres. Le premier interrogera l'approche de la notion de limite, puis le développement de la catégorie des états dits limites dans le champ de la psychanalyse clinique, principalement aux Etats Unis entre 1884 et 1970, avant d'en exposer quelques notions annexes. L'ensemble nous rappellera qu'il n'y a de psychanalyse qu'individuelle. Le deuxième cherchera à montrer que toutes les sciences sont habitées, pour ne pas dire hantées, par des mythes agissant comme des fantômes. Il ne saurait exister de limite étanche entre rationalité et irrationnel. Le
1 «CONTRASTE» est le revue des associations et services de l'action sanitaire et sociale précoce. Sous l'égide de l' ANECAMSP, elle est actuellement dirigée par le Pr. B. GOLSE et F. DE BARBOT.

16

troisième partira d'une situation existentielle limite où la balance vie-mort est omniprésente, à savoir la grande prématurité, pour questionner le regain d'intérêt pour le quotient intellectuel, alors même que les méthodes utilisées pour le mesurer s'avèrent totalement irrecevables. Le dernier chapitre, à partir d'une réflexion sur une expérience institutionnelle et d'un commentaire critique sur la littérature spécialisée, tentera de relativiser l'abord moderne de la question de la paternité. Une fois de plus, la limite d'un corpus à prétention scientifique s'avérera rencontrer la limite 'd'un discours normatif. Bien sûr, cette partition, même si elle permet une lecture de chaque chapitre conçue pour pouvoir être consulté pour lui-même, peut être considérée comme approximative, voire artificielle. Le concept de limite se situe par définition au cœur de toutes les jonctions. De même, les références psychopathologiques que nous rencontrerons ici et là ne doivent être entendues que comme repères d'un champ transnosographique, c'est-à-dire franchissant les limites. Reste que ces différents thèmes témoignent de mes intérêts successifs ou simultanés nés de ma pratique professionnelle. Une fois de plus, il s'agira de partager ceux-ci avec l'ami lecteur, en ayant comme ligne d'horizon le fait que, y compris dans la psychanalyse, l'observateur, par sa personne comme par ses instruments et ses concepts, modifie radicalement le champ de l'observation et de l'observé et borne ainsi sa connaissance.

17

PARTIE I

ETATS LIMITES et NOTIONS CONNEXES

CHAPITRE 1

LIMITES ET PSYCHANALYSE
« La meilleure façon de comprendre la psychanalyse est encore de s'attacher à sa genèse et à son développement» (S. Freud/1923, in « Psychanalyse », dans « Résultats Idées Problèmes », Ed PUF, 1985, Vol. 2)

ous présenterons ici successivement les thèses de S. Freud et de ses disciples, ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui, de manière volontairement résumée puisqu'elles sont aujourd'hui connues d'un grand public. Le plus souvent, elles ne sont guère très formalisées, mais il nous est apparu nécessaire de les « extraire» tant elles infiltrent les conceptions relatives aux pathologies dites limites.
,

N

S. FREUD

Bien sûr, le créateur de la psychanalyse a pris conscience très tôt de l'importance de la question de la limite, même s'il ne l'a pas érigée en concept. Dès son « Projet pour une psychologie scientifique »2, S. Freud rend compte d'un être humain partagé entre son monde interne et son environnement
2

Cf. « Esquisse d'une psychologie scientifique» (1895/96), dans « La naissance de la psychanalyse », Ed. PUF, 1956/ 2ème édition, 1969 (pp. 307-396).

21

externe. Il s'attelle alors à préciser le fonctionnement du désir, de la perception et de la mémoire. L'accent est surtout mis sur le corps, et plus particulièrement sur la motricité. De fait, les stimuli endogènes peuvent être fuis grâce à la décharge motrice. Avec son étude sur « L'interprétation des rêves »3, S. Freud sera conduit à distinguer plusieurs régions psychiques. Entre l'Inconscient et le Conscient, le Préconscient fera figure de zone frontière. Certes, il est un lieu vivant, avec ses représentations et ses affects propres, mais il est d'abord un espace limite plus ou moins perméable. C'est le pays de la censure, laquelle ne permet pas aux contenus de l'Inconscient d'entrer sur son territoire sans être préalablement transformés, et le pays du système « pare-excitation », lequel filtre les stimuli extérieurs qui, par leur intensité, risquent de l'envahir et de l'attaquer. Il ne faut pas oublier que l'espace du rêve, où s'animent nos pensées inconscientes, est un espace intime, clos par le sommeil certes, mais soumis à certaines exigences liées au vécu de veille qu'il intègre et remodèle et au maintien d'une certaine conscience, comme en atteste le réveil brutal en cas de bruit extérieur inopiné. Plus tard, en particulier dans «Les deux

principes de fonctionnementmental» 4, « Pulsions et destins des pulsions» 5 et «La négation» 6, la séparation entre monde
interne et monde externe se verra définie de manière encore plus dynamique. Les processus d'interface seront précisés, notamment en ré-évoquant la décharge motrice mais surtout en invoquant la haine de l'objet. Ce dernier, parce qu'il manque, suscite l'agressivité et naît à la pensée dans le même temps. C'est ainsi que la toute-puissance narcissique et la recherche de
3

Cf. «L'interprétation des rêves» (1899), Ed. PUF, 1926/ NUe Cf « Formulations sur les deux principes du cours des événements

édition, 1967/ O. C., Ed. PUF, vol. IV,2003.
4

psychiques» (1911), dans « Résultats, idées, problèmes », Ed. PUF, vol. 1, 1984 (pp.135-143)/ O. C., Ed. PUF, vol. XI, 1998. 5 Cf. «Pulsions et destins des pulsions» (1915), dans « Métapsychologie », Ed. NRF-Gallimard, coll. Idées, 1968/ O.C., Ed. PUP, vol. XIII, 1988.
6

Cf. « La négation» (1925), dans « Résultats,idées, problèmes», Ed.

PUP, vol. 2, 1985 (pp. 135-139)/ O. C., Ed. PUP, vol. XVII, 1992.

22

la satisfaction battues en brèche s'avèrent être les moteurs de la structuration du principe de réalité. Mais l'existence humaine ne se consolera jamais tout à fait de ce déplaisir, puisque « la fin première et immédiate de l'épreuve de réalité» ne consistera pas tant à trouver dans le monde extérieur un objet correspondant à l'objet perdu qu'à le retrouver, comme si il s'agissait de « se convaincre qu'il est encore présent». Plusieurs configurations cliniques viendront étayer ce cheminement de la pensée freudienne. D'abord, la paranoïa7. Celle-ci se développe autour de la projection, c'est-à-dire de l'expulsion à l'extérieur, sur les objets environnants, de ce qui se trouve originairement à l'intérieur du sujet. Il est toujours plus économique de réprimer ses pulsions en les attribuant aux autres. On le voit, le point d'origine est ici une situation vécue agréablement qui n'est que secondairement transformée en insatisfaction sous le poids de la culpabilité et de la honte, avant d'être, dans un troisième temps, exportée. Ensuite, l'hystéries. Ici, l'individu souhaite se fondre dans le désir d'autrui, là où il avait été à la fois séduit et effrayé. Mais le souvenir des événements est refoulé, non pas en réalisant une idée contraire, note S. Freud, mais en renforçant une « représentation limite »9 qui, dès lors, va représenter, dans les opérations mentales, le souvenir repoussé. Une telle représentation limite, qui appartient au Moi et est attachée au souvenir non déformé de l'événement originaire, résulte d'un compromis basé sur le
7

Cf. « Manuscrit K » (1896), lettre à W. .Fliess,dans « La naissance

de la psychanalyse », op. cité (pp. 129-137) et «Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa /Le Président Schreber », (1910/1911), dans« Cinq psychanalyses », Ed. PUF, 4èmeédition 1970 (pp. 263-324)/ O. C., Ed. PUF, vol. X, 1993. 8 Cf. «Manuscrit K» (01/01/1896), dans «Naissance de la psychanalyse », op. cité (pp. 129-137), « Etudes sur l'hystérie» (avec J. Breuer)/1895, Ed. PUF, 3èmeédition, 1971 et «Fragment d'une analyse d'hystérie/Dora» (1905), dans «Cinq psychanalyses », op. cité (pp. 1-91). 9 Cf. «Manuscrit K» (01/01/1896), dans «Naissance de la psychanalyse» (pp.129-137), op. cité.

23

déplacement de l'attention tout au long d'une série de représentations qui sont connexes; elle explique que « lorsque l'incident traumatisant a donné libre cours à des réactions motrices, ce sont celles-ci justement qui se muent en représentations limites et en premier symbole des matériaux refoulés », puis, ajouterons-nous, en symptôme. Par ailleurs, l'ensemble de l'œuvre de S. Freud est traversé par la perspective globale de refonder le domaine nosographique de la psychiatrie à l'aune des connaissances acquises grâce à la psychanalyse. C'est ainsi que le créateur du dispositif divan/fauteuil revisitera les notions de névrose, psychose et perversion. A mes yeux, il en fera, tout autant que des structures paradigmatiques de pathologie, des éléments virtuels propres à toute construction subjective, la différence résidant uniquement dans la quantité de pulsions et de défenses présente. Nous y reviendrons plus avant. Pour l'heure, je mentionnerai qu'il a approché les patients dits limites de trois manières. Tout d'abord, avec nombre de ses patients névrosés, psychotiques ou pervers, il a été confronté aux marges de leur fonctionnement structurel. D'ailleurs, bon nombre des héros freudiens de l'hystérie, de la phobie ou de l'obsession seraient aujourd'hui

renommés limites10. Ensuite, il s'est toujours intéressé aux
délinquants et autres psychopathes. Ces malades de la pensée et de l'acte étaient pour lui des déprimés a-sociaux complexes ou « limites» nécessitant une ré-éducation spécifique s'appuyant sur l'expérience analytiquell. Enfin, S. Freud a toujours questionné l'impact des séparations sur le psychisme en formation. Sans s'accorder totalement avec la thèse d'O. Rank sur «le traumatisme de la naissance », il a incessamment considéré que la naissance était le modèle psychique de toute séparation d'avec la mère, la première coupure nécessaire à la
10 Note:

il est à remarquer que ce point fait aujourd'hui l'unanimité,

tant chez les psychanalystes américains qu'européens, tant chez les « orthodoxes» que chez les lacaniens. 11Cf. la préface de S. Freud à l'ouvrage d'A. Aichom, « Jeunesse à l'abandon» (1925), Ed. Privat, 1973. 24