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Essais de sociologie institutionnaliste

De
278 pages
L'objectif de cet ouvrage est de proposer un autre regard sur l'origine et les supposés effets des interventions publiques. Pour cela, la genèse, la mise en oeuvre et la réception de politiques publiques variées sont examinées à l'aune du concept d'institution. Il en ressort des éclairages originaux sur les débats sociaux, politiques et sociologiques d'actualité : qu'est-ce qu'une action publique légitime ? Comment comprendre les rapports des citoyens ordinaires à l'action de l'Etat ?
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Denis Laforgue
Essais de sociologie institutionnaliste
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Essaisde sociologie institutionnaliste
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Anthony GALLUZZO,Mythologie comparée des stars, 2015. Yannick BRUN-PICARD,Territoires de mémoires. Interfaces référentielles d’expressions et d’affirmations sociétales, 2015. Fred DERVIN,La Chine autrement. Perspectives interculturelles critiques, 2015. Lei WANG,Pratiques et sens des soins du corps en Chine. Le cas des cosmétiques, 2015. Yannick BRUN-PICARD,Vivre aux côtés des autres en harmonie. L’indispensable ciment sociétal, 2015. HU Shen,L’État-croupier et les joueurs-coolies, Ce que la loterie nous apprend sur les mutations sociétales de la Chine,2015. François GUIYOBA (éd.),La littérature médiagénique, Ecriture, musique et arts visuels,2015. Jacques COENEN-HUTHER,Quel avenir pour la théorie sociologique ?,2015. Sous la direction de Christiana Constantopoulou,Médias et pouvoir, aspects du politique contemporain, 2015. Sous la direction de Fred DERVIN,Analyser l’identité, les apports des focus groups, 2015. Jean-Louis PARISIS,Sociologue à Marseille, 2015. Yannick BRUN-PICARD,La praxéologie. Au cœur de la structuration des interfaces sociétales, 2015. Alain CHENEVEZ et Nanta NOVELLO PAGLIANTI,L’invention de la Valeur Universelle Exceptionnelle de l’UNESCO. Une utopie contemporaine, 2014.
Denis Laforgue Essaisde sociologie institutionnaliste
Du même auteur Laforgue D., 2005,La ségrégation scolaire : l’État face à ses contradictions, Paris, L’Harmattan. Payet J.-P., Giuliani F. et Laforgue D. (dir.), 2008,La voix des acteurs faibles. De l’indignité à la reconnaissance, Rennes, PUR. Laforgue D. et Rostaing C. (dir.), 2011,Violences et institutions. Réguler, innover ou résister ?, Paris, CNRS Éditions. © L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06532-8 EAN : 9782343065328
Chapitre introductif Qu’est-ce qu’une sociologie institutionnaliste de l’intervention publique ? Cet ouvrage a un objet empirique : l’étude des rapports subjectifs et pratiques entre d’un côté des acteurs publics (professionnels et élus) et de l’autre des populations, des citoyens ou acteurs ordinaires qualifiés et traités par les 1 premiers de public-cible de l’intervention publique . D’une certaine manière donc, les propos de ce livre portent sur des questions classiques de la sociologie de l’intervention publique : les catégories de pensée et d’action de l’intervention publique ; la genèse, l’élaboration, la légitimation de cette dernière ; sa portée sur les acteurs ordinaires et réciproquement ce que ces derniers « font à l’action publique » dans et par leurs paroles et conduites… En l’occurrence on trouvera dans ce livre des analyses qui portent sur le système éducatif et certaines de ses actions en faveur de la mixité scolaire ; d’autres analyses ont pour objet la mise en œuvre au quotidien de politiques de prise en charge de personnes âgées considérées comme dépendantes ; d’autres enfin portent sur des projets publics de développement local et durable et sur les relations qu’ils entretiennent avec les 2 populations visées par de tels projets de développement . 1 J’utilise le terme de citoyen ou d’acteur ordinaire pour signifier qu’il s’agit ici d’étudier les individus, auprès desquels interviennent des professionnels de l’action publique, en ne les réduisant pas à leur statut octroyé d’usager ou de destinataire de l’intervention publique, mais en en les envisageant comme encastrés et évoluant dans une pluralité de mondes sociaux, autres que le monde de l’action publique. 2 Cf. Laforgue (2005), Raymond, Chavanon, Laforgue (2007 ; 2011) ; Gucher, Laforgue, Mollier (2008) ; Gucher, Cheauvaud, Laforgue, Vial, Warin (2011)
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Mais, ce livre a aussi pour ambition de traiter ces sujets d’étude classiques à partir d’une sociologie qui l’est moins : une sociologie institutionnaliste. Par sociologie institutionnaliste, j’entends une sociologie qui, par construction (c’est à dire au titre d’une modélisation), considère que la matière première du social est uniquement institutionnelle et non, par exemple, individuelle ou structurelle. Autrement dit, le regard institutionnaliste appréhende tout être individuel, collectif, socio-technique du monde social comme un enchevêtrement d’institutions plurielles ; il appréhende aussi tout mouvement social (de reproduction ou de transformation sociale, qu’on l’appréhende à un niveau micro, méso ou macro) comme relevant des mêmes processus institutionnels. Pour caractériser et spécifier davantage cette sociologie institutionnaliste, il faut entrer dans l’objet d’étude « intervention publique », afin de pointer les présupposés des théories de l’action publique avec lesquels une sociologie institutionnaliste prétend justement rompre. Ceci nous permettra ensuite de préciser les grandes lignes de son réseau conceptuel. Le premier présupposé avec lequel entend rompre cette sociologie institutionnaliste, c’est le présupposé individualiste (que ce soit dans sa version intentionnaliste ou actionnaliste) qui sous-tend nombre d’analyses de ce qu’est, de ce qui fait et de ce que fait toute intervention publique ; il s’agit donc de rompre avec la sémantique de l’action dans laquelle volonté, finalités, rationalité, intérêts, mais aussi sens pratique ou compétences pragmatiques forment la substance et la vie même de toute action publique. Plutôt que d’analyser une intervention publique en terme de jeux d’intentions ou d’actions individuelles, je considère que celle-ci peut être étudiée comme un phénomène institutionnel, qui ne soit pas réduit
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à des composantes individuelles (de sens ou d’action) incarnées par les professionnels et les destinataires de l’action publique. Le second présupposé, dont s’affranchit cette sociologie institutionnaliste, c’est le présupposé de substantialité, de stabilité, c’est à dire le principe d’analyse qui consiste à envisager toute intervention publique comme un état stable et délimité au regard de certaines propriétés : référentiel, mandat, jeux d’acteurs, logiques d’action, dispositions, etc. Dans cette perspective, l’intervention publique peut seulement se reproduire (à l’identique) ou se transformer, c’est à dire passer d’un état stable à un autre. Pour échapper à cette vision substantialiste, je propose de considérer toute intervention publique dans son évènementialité permanente. Le troisième présupposé avec lequel j’entends rompre c’est le présupposé de causalité, c’est à dire l’idée que l’intervention publique serait, par nature, avant tout destinée à avoir des effets sur les populations, les individus ou encore la société ; ce serait même sa fonction sociale (réalisée ou pas ou en partie seulement… peu importe) : être la cause d’une transformation des individus et des collectifs. Pour rompre avec ce présupposé, extrêmement prégnant dans la plupart des approches, je propose d’envisager que toute intervention publique, considérée comme phénomène institutionnel, trouve face à elle, non pas des individus qu’elle considère comme son public-cible, mais bien d’autres institutions, que ces dernières s’expriment et se déploient sous la forme d’individus apparemment isolés ou de collectifs (associations, familles, réseaux, entreprises…), avec lesquels l’intervention publique va interférer. Si je propose de m’écarter de ces présupposés qui nourrissent bon nombre de travaux de sociologie de l’Etat
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ou de l’action publique, ce n’est absolument pas, il faut le dire avec force, du fait que ces présupposés ne seraient ni valables ni pertinents. Il serait empiriquement et épistémologiquement insensé de l’affirmer. Tout d’abord parce qu’une multitude de travaux s’enracinent dans ces présupposés et produisent des effets de connaissance - et c’est bien ce qu’on demande à un travail scientifique. Ensuite, d’un point de vue épistémologique, un présupposé n’est ni vrai ni faux : il est, tout simplement, car, tout en étant indémontrable, il fournit un socle suffisamment solide sur lequel déployer des enquêtes, des investigations, des analyses, des raisonnements, etc. Cela étant dit, il faut aussi convenir qu’aucun présupposé n’est absolu : il a une dimension heuristique, mais il a aussi ses impensés, ses boîtes noires, bref, ses limites. Ainsi, c’est la richesse même des sciences sociales que d’admettre en son sein différents présupposés, parfois irréductibles les uns aux autres, mais déployant chacun leur pertinence. C’est dans cet esprit que je propose d’étudier l’intervention publique (si ce nom convient encore dans la perspective d’une sociologie institutionnaliste) à partir de présupposés alternatifs à ceux communément admis : il s’agit d’esquisser un langage de description autre, basé sur la notion d’institution, qui, de fait, fera voir différemment l’intervention publique. Une des particularités de ces présupposés et de ce langage de description institutionnalistes, c’est qu’ils risquent de heurter le sens commun mais aussi le sens sociologique. Il ne faut y voir aucune volonté de construire un discours en surplomb, supérieur à celui des acteurs politiques, professionnels, ordinaires ou sociologiques ; il s’agit juste d’un autre jeu de langage (qu’il faut certes prendre le temps d’assimiler), dont la seule ambition est de proposer de voir le monde de l’intervention publique différemment, mais sans aucune visée hégémonique ! Ce sera ensuite aux lecteurs-acteurs
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d’en tirer une inspiration ou éventuellement des conclusions pratiques. Pour rompre avec les trois présupposés des sociologies de l’intervention publique évoqués précédemment (étudier une intervention publique, ce serait étudier 1) les intentions et actions individuelles qui la sous-tendent, 2) les propriétés qui en assurent l’existence stable, 3) ses effets sur la société et les populations), je place au cœur du langage de description alternatif, le concept d’institution en tirant parti de son caractère polymorphe (Passeron, 1990). Trois notions clés, dépendantes les unes des autres (la compréhension et la pertinence de l’une présuppose celles des deux autres) forment alors le socle d’une sociologie institutionnaliste de l’intervention publique. Dans une perspective institutionnaliste, toute intervention publique empiriquement délimitable par le chercheur (qu’il s’agisse d’une interaction entre un professionnel et un usager, d’une décision politique ou administrative censée s’appliquer à une population délimitée ou du rapport subjectif et pratique qu’un citoyen ordinaire entretient à l’égard d’une mesure publique qui l’affecte) sera alors considérée sous trois angles d’analyse complémentaires : étudier toute intervention publique en tant qu’institution, cela signifie qu’on l’analyse tout à la fois comme a) instanciations d’un « magma de significations instituées et instituantes », b) enchâssements d’ « évènements qui font suite » et c) interférences et connexions entre des « machines institutionnelles ». Premièrement, pour échapper au présupposé individualiste exposé précédemment, j’envisage toute intervention publique (dans ses dimensions subjective, pratique et relationnelle) comme instanciation d’unmagma de significations instituées et instituantes. Par ce terme
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