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PIERRE DAUPTAIN
ET COMMENT VONT LES ENFANTS ? Réflexions d’un notaire PIERRE DAUsPuTrAl’IéNvolution de la parentalité des années 60 à nos jours
ET COMMENT VONT LES ENFANTS ?
Et comment vont les enfants ? Réflexions d’un notaire sur l’évolution de la parentalité des années 60 à nos jours
Collection « Témoignages » dirigée par Sonny Perseil
PIERREDAUPTAIN
Et comment vont les enfants ? Réflexions d’un notaire sur l’évolution de la parentalité des années 60 à nos jours
Editions Pepper – L’Harmattan
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12076-8 EAN : 9782343120768
À Lucie, Jean et Eugénie, bien entendu.
PROLOGUE e La salle d’attente de la clinique située dans le XIII arrondissement de Paris était bien enfumée en ce jour de printemps 1964 quand le gynécologue obstétricien qui venait d’aider ma mère à me mettre au monde ouvrit la porte, passa la tête, et dit : « C’est un garçon ». Cela faisait plusieurs heures que mon père brûlait cigarette sur cigarette, incapable de se concentrer sur les grilles de mots croisés des magazines qui traînaient sur la table. Des heures assis sous un crucifix mural, placé là comme pour rappeler aux futurs pères que leurs épouses allaient souffrir en enfantant : si les méthodes d’accouchement sans douleur, importées d’URSS, s’étaient développées depuis les années 50, avec la bénédiction inattendue du pape Pie XII, la péridurale en était à ses balbutiements. Des heures donc à espérer que tout se passerait bien dans cette pièce mystérieuse où son épouse avait été accueillie et dans laquelle il n’aurait jamais eu l’idée d’entrer, mais d’où il percevait, à présent que le médecin accoucheur en avait laissé la porte ouverte, mes premiers cris de nourrisson. Vingt-sept ans plus tard, je pénétrais avec celle qui n’était pas encore ma femme dans la salle de travail de l’hôpital Notre-Dame de Bon Secours où tout naturellement une chaise m’attendait sans qu’on m’ait même demandé si je souhaitais assister à l’accouchement. Malgré le nom de cet e établissement du XIV arrondissement parisien, nous n’avions croisé aucune religieuse dans les couloirs, et les crucifix muraux avaient été remisés depuis longtemps. Mon anxiété était double : que la venue au monde de ma fille – nous avions souhaité connaître le sexe du bébé – se déroule sans problème et que je ne m’évanouisse pas en
ET COMMENT VONT LES ENFANTS ? voyant arriver le nourrisson. J’avais en effet entendu parler de ces pères, susceptibles de jouer dans un film de Pierre Richard, qui perdaient connaissance au moment de la naissance de leur enfant et s’ouvraient le crâne dans leur chute, obligeant une infirmière à les réanimer et à panser leur plaie. Et il me revenait aussi à l’esprit, souvenir de mes quatorze ans, les images de ce documentaire présentant un accouchement, projeté par notre professeur de sciences naturelles en cours d’éducation sexuelle, à une classe d’élèves ème de 4 d’abord émoustillés par l’intitulé de la matière mais soudain partagés entre les rires gênés et les expressions de dégoût. Je jetai un coup d’œil à l’horloge accrochée au mur. Il n’était pas loin de sept heures du matin. La veille, nous avions déjà franchi les portes de l’hôpital, persuadés que le moment tant attendu était arrivé. Mais, penauds et déçus, nous avions dû rentrer chez nous après qu’une sage-femme hésitant entre la moquerie et l’agacement eut signifié à la future maman qu’elle ne présentait pas les symptômes d’un accouchement imminent. Durant toute la journée, ma compagne avait alors guetté les signes adéquats et, le soir venu, relisant pour la 1 énième fois l’ultime chapitre deJ’attends un enfantde Laurence Pernoud – qui était devenu ces derniers mois notre livre de chevet – nous avions patiemment calculé la fréquence des contractions, inquiets d’arriver trop tôt ou trop tard à la maternité. Enfin, nous considérâmes qu’il était temps de remonter dans notre Renault 21 vert bouteille éditionSymphonieet de reprendre la route de l’hôpital. Cette seconde fois fut la bonne. Convaincu que je n’aurais pas su manier correctement l’appareil, je n’avais pas, contrairement à certains de mes amis, apporté avec moi le caméscope à cassettes que nous 1 Bestseller publié en 1956 aux éditions Horay et toujours en vente aujourd’hui dans une édition mise à jour.
PROLOGUE nous étions offerts pour sept cents francs quelques semaines plus tôt afin de ne rien rater des premiers exploits de notre enfant. Les reportages passionnants – plans séquences tremblotants d’un quart d’heure du bain de bébé – attendraient notre retour à la maison. Et tout se passa pour le mieux. Ma compagne, qui mit enfin en pratique les conseils qui lui avaient été prodigués pendant les cours de relaxation et de sophrologie remboursés par la sécurité sociale auxquels j’avais, non sans un peu de honte, refusé de l’accompagner – ces hommes allongés sur des tapis pour apprendre à respirer par le ventre et à souffler intensément n’étaient-ils pas ridicules ? – donna le jour à la plus jolie petite fille que de mémoire de sage-femme on n’ait jamais vue, et je parvins, à force de courage et d’auto-persuasion, à conserver ma dignité dans ce moment historique. D’autant que personne ne me suggéra, comme je le redoutais, de couper le cordon : les ciseaux n’auraient pu que m’échapper des mains inévitablement moites. Mais mon cœur recommença à battre de façon anormale quand on me mit ce superbe nouveau-né emmitouflé dans une serviette éponge au creux des bras et qu’on me donna pour mission de le conduire tout au bout du couloir, dans une salle où d’autres sages-femmes allaient procéder à sa première toilette. Combien ce couloir me parut long, pris de vertige que j’étais, persuadé que j’allais nécessairement trébucher sur un obstacle ou glisser sur le linoléum, l’ombre de l’acteur duGrand blond avec une chaussure noirevenant à nouveau se porter sur moi ! Arrivé à bon port, je confiai ma descendante aux mains expertes qui vinrent à mon secours, et repris un air que j’espérais détaché et satisfait. Est-ce à cette occasion que j’entendis pour la première fois cette phrase qui constituerait bien vite le leitmotiv de ma vie de jeune père : « Profitez-en bien, on ne les voit pas