Et demain la FAO à l'écoute des peuples paysans et fermiers

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Cet ouvrage poursuit le débat pour une réforme du Système des Nations Unies et de la FAO, qui débouche sur une alternative à la mondialisation sur deux aspects. Le 1er serait d'impliquer la sociéét civile, les paysans et fermiers dans les actions de la FAO, et réformer ses structures et sa politique. Le 2è aspect consisterait à doter la FAO d'une nouvelle politique agricole, alimentaire, rurale et environementale (PAARE). Ce qui suppose une réforme des relations entre Nord et Sud, sur la base d'accords, pactes et contrat social solidaires et pluriels entre le monde agricole et l société tout entière.
Publié le : vendredi 1 avril 2005
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EAN13 : 9782296394995
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... Et demain la FAO A l'écoute des peuples paysans etfermiers

Les idées contenues dans cet ouvrage n'engagent que leur auteur. Elles n'expriment pas nécessairement les points de vue officiels de la FAG.

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8216-7 EAN: 9782747582162

Mahamadou MAÏGA

. .. Et demain la FA 0
A l'écoute des peuples paysans et fermiers

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur: Le fleuve Sénégal et l'intégration de l'Afrique de l'ouest en 2011,243 pages, Editions du CODESRIA, Dakar, avril 1995. . Le bassin du fleuve Sénégal. De la traite négrière au développement sous-régional auto centré, 330 pages, Editions l'Harmattan, Paris, mai 1995. . Le transfert des technologies du "riz irrigué rendant prospère" de l'Asie à l'Afrique et la promotion des systèmes agricoles paysans africains, 131 pages, publié par l'auteur, Rome, janvier 1996. . Pour la survie de l'ONU: alimentation et agriculture face à la mondialisation. Lettre ouverte à ses utilisateurs, 226 pages, Editions l'Hannattan, Paris, décembre 2003. L'auteur est Docteur d'Etat ès sciences économiques, Université de Paris (avril 1976). Il fut: i) 1971-72, assistant d'étude sur l'intégration des 4 pays riverains du fleuve Sénégal, OCDE, Paris; ii) 1972-76, chercheur sur les ressources en eau du fleuve Sénégal pour l'intégration ci-dessus, IDEP, Dakar; iii) 1976-1977, au Bureau d'études belge

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Tractionel,participe à la 1ère étude de rentabilité du projet de

barrage de Manantali sur le fleuve Sénégal, OMVS, Dakar et Bruxelles; iv) 1978-79, professeur en préparation de projets, IPD, Douala; v) 1979-82, Coordinateur du projet d'assistance du PNUD et Chef, Unité de planification du CILSS, Ouagadougou. Depuis décembre 1982, analyste de projet, planificateur et agro-économiste à la FAO, avec appui à CILS S, CEPGL, MRU, CEDEAO, UEMOA, CEMAC, CEEAC, OMVS, CEN-SAD en poste à: CEA, Addis-Abéba; MRU, Freetown; ISRA, Saint-Louis; Bureau régional de la FAO pour l'Afrique, Accra et Siège de la FAO, Rome Couverture: visite d'un étang d'Azolla dans un champ de riz irrigué en Afrique (1992)

AVANT-PROPOS
Dans mon dernier ouvrage (<< Pour la survie de l'ONU: alimentation et agriculture face à la mondialisation. Lettre ouverte à ses utilisateurs », décembre 2003),j'avais ouvert un débat sur la viabilité et l'opérationnalité de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (plus connue sous l'acronyme anglais: FAO) dans le contexte de la mondialisation, qui a suscité des commentaires et des interrogations de la part d'amis et de nombreux collègues de cette Organisation. J'y avais montré que la FAO était restée une organisation des Etats membres soumise au contrôle presque exclusif de ces derniers dans un monde en forte mutation où la société civile et les ONG ont contesté la mondialisation et luttent pour leur implication dans les prises de décision au niveau national, régional et mondial. Et que dans cette mondialisation, la FAO semblait sérieusement menacée de disparaître, ou tout au moins d'être marginalisée et soumise à rude épreuve dans ses prérogatives essentielles face à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). L'interrogation la plus importante tirée de ce débat est la suivante: la FAO survivra t'elle à la mondialisation économique; si oui, comment? L'interrogation sous-jacente à cette question, qui est plus globale, est: que restera t'il du Système des Nations unies (SNU) dans son ensemble dans cette mondialisation? Dans le présent ouvrage, je tenterai de répondre à cette double question qui a déjà reçu quelques éléments de réponse dans les « Conclusions générales et pistes prioritaires de survie de la FAO à l'horizon 2009 » du dernier ouvrage. Ces questions sont d'une grande importance pour l'Organisation des Nations Unies (ONU) et la FAO qui aura 60 ans le 16 octobre 2005 et qui n'est pas encore arrivée dans cette longue période à réaliser son objectif essentiel de libérer l'humanité de la sous-alimentation et de la faim pour les raisons que j'ai données dans ce der-

nier ouvrage. Ces questions sont évidemment basées sur l' appréciation que chacun se fait de la volonté politique et de la capacité économique des Etats membres à réaliser l'objectif de la FAO, d'une part, ainsi que de la nature des relations entre les Etats du Nord et ceux du Sud dans la mondialisation économique, d'autre part. La réponse positive à ces questions impliquera certainement une réforme de la FAO dont les textes constitutifs n'ont pas fondamentalement changé depuis 59 ans, pour qu'elle puisse survivre dans cette mondialisation.

Réformer les textes constitutifs de la FAD
Ma proposition de réforme des textes constitutifs de la FAO sera basée sur la constatation qu'à sa création en octobre 1945, les fondateurs de l'Organisation avaient une préoccupation essentiellement quantitative de ses objectifs et fonctions ainsi que de l'assistance technique aux Etats membres. Ils n'ont pas fait mention de la nature particulière des relations économiques et agricoles qui avait prévalu à l'époque entre les pays membres du Nord et ceux du Sud qui étaient pour la plupart des colonies ou quasi-colonies, ni du bienfondé des politiques et stratégies de développement agricole et rural préconisées et appliquées par les pays membres du Nord dans ceux-ci. Au vu de l'évolution du monde dans les années 50 et 60 caractérisée par les indépendances politiques de la plupart des pays du Sud, des conditions économiques et sociales spécifiques passées et présentes (qualifiées de sousdéveloppées ou en développement) des pays du Sud par rapport à ceux du Nord, de la situation inquiétante de l'agriculture et de l'alimentation dans les pays du Sud, et des effets déplorables de la mondialisation sur l'économie et l'agriculture de ces derniers pays, il apparaît aujourd'hui nécessaire de réexaminer, actualiser et réformer l'Acte constitutif de la FAO pour l'adapter à la réalité des relations Nord Sud. 6

Baser la réforme de la FAO sur la réalité des relations Nord Sud de la mondialisation
Je pars de la constatation faite par de nombreux hommes politiques et intellectuels que la mondialisation a creusé un fossé économique et social entre le Nord et le Sud, deux concepts qui n'existent pas officiellement dans le jargon des organisations internationales et des Nations Unies, mais qui sont abondamment utilisés aujourd'hui. Le Nord qui n'est pas un terme géographique, se définit par un certain statut économique et politique. Il est constitué des pays dits occidentaux ou de l'ouest, de civilisation européenne (Etats-Unis d'Amérique, Canada, Europe de l'Ouest, Japon, Australie et Nouvelle Zélande, etc.), ces deux derniers pays étant géographiquement situés dans l'hémisphère sud du globe. Selon Mme Sophie Bessis (in L'Occident et les autres. Histoire d'une suprématie. Editions la Découverte, septembre 2002, page 118), le Nord « réunit avant tout les héritiers de la même civilisation industrielle née sur le même terreau culturel, et supposé tirer sa singularité d'un dynamisme trouvant lui-même sa source dans l'incessante tension vers le progrès qui la caractérise».. .«Le vieil Occident, ces puissances bien assises d'Europe et d'Amérique du Nord, depuis longtemps accoutumées à dire la norme, depuis longtemps habituées à être la référence du monde, que ce soit sous forme de modèle ou d'anti-modèle, constituent bien le centre de ce Nord géographiquement introuvable et en définissent seules les conditions d'appartenance ». « Ces Etats qui forment le cœur du Nord connaissent certes des divergences dont il ne faut pas sous-estimer l'ampleur, mais elles ne remettent pas en cause leurs liens de parenté ». Quant au Sud, il se définit négativement comme l'ensemble des pays qui ne sont pas de ce Nord. Il s'agit des pays « sous développés », « en voie de développement» (expres-

sion des Nations Unies), du « Tiers-monde », et du « Quartmonde ». Avec la constitution du bloc communiste à partir de 1917 sous la direction de l'URSS, le Tiers-monde avait tenté de se constituer en un Groupe homogène autonome en jouant sur les rivalités ouest est entre les deux blocs. Mais avec l'effondrement de l'URSS et la domination progressive de la mondialisation capitaliste à partir des années 90, le tiers-mondisme est mort et le Sud se trouve actuellement composé d'éléments disparates face au Nord. Mais, aujourd'hui, la centralité du Nord et de l'Occident dans les relations économiques mondiales est remise en cause par de grands pays du Sud tels que la Chine, l'Inde et le Brésil, de façon confuse mais réelle, sur la base même des principes de fonctionnement de la mondialisation, comme cela transparaît dans les conflits commerciaux internationaux sur certains produits agricoles ainsi que dans les condamnations par l'OMC des politiques de subventions protectionnistes agricoles des pays du Nord, au profit de ces pays du Sud (condamnations le 8 septembre 2004 par l'OMC de la politique de subventions cotonnières des EUA et de celle du régime de protection sucrière de l'UE pour le non respect des règles commerciales internationales, suite aux deux plaintes déposées par le Brésil). La mondialisation n'est donc pas prédéterminée et se trouve actuellement dans une phase de transition avec le dépassement des trois modes de régulation économiques analysés par M. Samir Amin (in Mondialisation et accumulation, Editions Forum du Tiers-monde-L'Harmattan, septembre 1993), qui avaient caractérisé le monde dans les décennies 1960-90 : l'Etat providence à l'ouest, l'Etat centralisé de type soviétique avec planification impérative à l'est, et les Etats populistes tiers-mondistes au sud. Cette transition, voulue et subie en même temps par tous les pays du monde dans l'économie mondiale et dans le cadre de l'OMC, est plus ou moins forte, 8

plus ou moins rapide selon les pays. D'après Mme Odile Castel (in Le Sud dans la mondialisation. Quelles alternatives ?, Editions La découverte, septembre 2002) cette transition provoque dans le monde, un approfondissement de la pauvreté, un accroissement des inégalités et une fragilisation des organisations sociales et politiques nationales. Elle enferme les pays du Sud dans des relations plus défavorables dans le commerce mondial. L'humanité se trouve ainsi dans une situation inédite où les marchandises acquièrent un statut universel alors que les valeurs non marchandes (c'est-à-dire les valeurs civilisationnelles et culturelles, les droits de la personne humaine, les diverses formes juridiques de protection de ces droits, etc.) ont de plus en plus de difficulté à maintenir leur caractère d'universalité. Ce que M. Jean-Arnaud Mazères illustre par ces mots: « Le marché se substitue à la nation, s'impose à l'Etat, devient le droit: la loi du marché, faisant du droit une marchandise, aboutit au marché de la loi» (cité par Mme Mireille Delmas-Marty, Le Monde diplomatique, juillet 2003, page 4). Dans l'ordre actuel de la mondialisation, on favorise systématiquement les valeurs marchandes: libre circulation des biens et des flux financiers à travers les dispositions du GATT et de l'OMC qui dispose d'un règlement des différends (ORD) quasi juridictionnel, imposant aux Etats de lever les barrières douanières et autres au commerce mondial. Par contre, il n'existe pas de cour mondiale des droits de l'homme qui puisse condamner un Etat pour violation des droits de la personne (la Cour pénale internationale, dont la compétence est subsidiaire par rapport à celle des Etats, est limitée à certains crimes graves comme le crime contre l'humanité, et se trouve rejetée par des grands pays comme les Etats-Unis d'Amérique (EDA). La résistance et la défense des valeurs non marchandes au niveau mondial se trouvent ainsi affaiblies par la complexité des interactions dans un espace normatif 9

étatique très fragmenté ainsi que par l'inexistence d'une cour mondiale des droits de l'homme, d'autant plus que beaucoup d'Etats s'opposent à la défense de ces valeurs non marchandes et fragilisent le fait social et politique national. C'est pourquoi les sociétés civiles, aussi bien au Nord qu'au Sud, ont été dans l'obligation de s'organiser indépendamment des Etats en se constituant en organisations de la société civile (OSC), en organisations non gouvernementales (ONG) et en mouvements sociaux et citoyens divers sur les plans national, régional et international. Elles ont mené sur le plan mondial une lutte politique et sociale de protection et de défense de ces valeurs non marchandes, qui a abouti, entre autres, à la création du Forum social mondial (FSM) en janvier 2001 à Porto Alegre au Brésil. Impliquer de jure la société civile dans les actions de la FAO Je baserai l'essentiel de l'ouvrage sur la reconnaissance spécifique de la société civile comme partenaire à part entière du SNU et de la FAa ainsi que sur la nécessité de son implication de jure dans la formulation et la mise en œuvre des politiques, programmes et actions de l'Organisation à travers la distinction des intérêts spécifiques respectifs des Etats membres et de ceux des acteurs non gouvernementaux de cette société civile conformément à la Charte de l'ONU. En effet, dès sa naissance le 26 juin 1945 à la Conférence de San Francisco, cette dernière a spécifiquement fait mention des peuples; des nations; des générations futures à préserver du fléau de la guerre; de I'humanité; du droit, de la dignité et de la valeur de la personne humaine; de la liberté; de la justice et du progrès social, qui sont à distinguer de l'Etat. Dans la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH) qui a été adoptée et proclamée le 10 décembre 1948 par 10

l'Assemblée générale de l'ONU, il a également été fait mention des peuples et des nations dont les droits humains et la liberté devront être défendus et réalisés par les Etats membres en coopération avec l'ONU. Malheureusement, compte tenu de la faiblesse politique et économique des peuples et de la société civile, notamment au sortir des deux guerres mondiales 1914-18 et 1939-45, les Etats membres de l'ONU s'étaient portés garants de leurs intérêts. Ils avaient donc progressivement, depuis la naissance de l'ONU, pris la place des peuples dans les instances de l'ONU sans qu'il soit évident qu'ils aient pu défendre leurs intérêts de manière entièrement satisfaisante. C'est depuis la fin de la guerre froide est ouest et la montée du phénomène de mondialisation économique dans les années 90 que les peuples, communément appelés aujourd'hui la société civile, ont commencé à se démarquer de plus en plus des Etats dont les intérêts sont aujourd'hui quelque peu différents et parfois divergents des leurs, aussi bien au Nord qu'au Sud, comme je l'ai souligné plus haut. Le SNU les a reconnus et collabore avec eux sur la base de déclarations conjointes, de reformes institutionnelles, d'accords ciblés, de l'octroi d'un statut officiel, de renforcement des bureaux de liaison avec eux ou leur intégration plus étroite dans les programmes des agences du SNU. Mais comment ces ONG et OSC pourraient-elles devenir des membres de jure du SNU en général et de la FAO en particulier pour qu'elles puissent y défendre leurs intérêts agricoles et alimentaires spécifiques au même titre que ceux des Etats membres? Si l'Organisation internationale du travail (OIT) des NU estjuridiquement construite sur la base d'une représentation tripartite des intérêts respectifs (des gouvernements, des travailleurs et du patronat), je ne vois pas pourquoi les intérêts bien compris des ONG, des ose et du monde agricole et rural au sens large ne seraient pas juridiquement représentés dans la FAO au même titre que ceux des gouvernements. En raison de la Il

diversité des ONG, des OSC et des différentes composantes du monde agricole et rural, le mode de leur représentation dans la FAO devrait être résolu entre elles-mêmes d'abord, et entre elles et les gouvernements membres par la suite, sur la base d'une réforme profonde du partage du pouvoir et des relations de collaboration et de partenariat déjà existantes dans la FAO à l'égard du non gouvernemental. Evidemment, cette réforme n'est pas une fin en soi. Elle est un moyen sûr de penser et de résoudre ensemble les problèmes de la sousalil11entation et de la faim dans le monde, dans les relations

Nord Sud de la mondialisationau début de ce 21ème siècle où
il serait malsain que les gouvernements continuent de traiter dans la FAO des problèmes du monde agricole et rural sans sa participation pleine et entière dans celle-ci.

Adopter une alternative à la mondialisation en vue d'éradiquer la sous-alimentation et la faim dans le monde
Il s'agit de répondre ici, dans l'affirmative, à la deuxième série de questions posées par mes amis et collègues de la FAO : existe t'il une alternative à la mondialisation? Quelle sera la contribution de la FAO à la formulation et la mise en œuvre de cette alternative? Dans mon dernier ouvrage, j'ai mentionné les raisons pour lesquelles le Forum des ONG dont le compte rendu des débats a été présenté à la séance plénière du Sommet mondial de l'alimentation tenu par la FAO en juin 2002 à Rome, a rejeté la Déclaration finale de ce Sommet, du fait de son enfermement dans la voie de la mondialisation néolibérale en n'entrevoyant pas d'alternative à celle-ci. Au sujet de la mondialisation, M. Edgard Pisani (Un vieil homme et la terre, Editions du Seuil, janvier 2004, page 132) a donné trois exemples d'absurdité de celle-ci qui nous incitent à rejeter l'unidimensionnalité de son approche: i) l'OCDE veut que 12

l'eau devienne une marchandise alors que des gens ne peuvent pas se la payer; ii) l'DMC accepte la diffusion hâtive des OGM alors que leur innocuité est loin d'être établie et ; iii) il est scandaleux qu'on ait créé un marché où les grands pollueurs acquièrent des droits de polluer alors qu'ils sont euxmêmes assaillis de pollutions qui les menacent. L'essentiel devrait être dans le principe qui fonde la négociation internationale : celui qui produit le moins cher ne peut prétendre à exporter sans limites en faisant concurrence à l'agriculture de pays moins développés qui sont aujourd'hui incapables de soutenir la concurrence que leur font les agricultures développées, ni prétendre à conquérir des marchés territorialement définis qui entendent assurer la sécurité de leurs approvisionnements. Donc, l'alternative à la mondialisation uniformisante, c'est la gouvernance de la diversité, qui est à la fois mondiale et régionale. Je me situerai dans cette problématique de recherche alternative d'une politique agricole et alimentaire concertée et de développement rural durable que la FAD réformée devrait aider à définir et mettre en œuvre pour le monde, les régions et les pays, dans le respect de l'homme, de la nature et de l'environnement. Cela m'amènera à distinguer les différences et les divergences d'intérêt entre les Etats et les acteurs non gouvernementaux de la société civile en matière de développement rural durable dans le cadre d'une alternative à la mondialisation. Je suggérerai une concertation et une conciliation de ces intérêts respectifs à travers une participation effective de la société civile à la prise de décision. En d'autres termes, il s'agira de trouver la meilleure manière pour les Etats membres de la FAO et les acteurs non gouvernementaux de travailler ensemble, à égalité, pour relancer la FAD sur la base d'une vraie approche alternative d'éradication de la sous-alimentation et de la faim, en rejetant l'enfermement dans les règles et accords com13

merciaux internationaux, et en tablant sur les seuls besoins des êtres humains dans le respect de la nature et de l'environnement.

Adresser mes propositions de réforme et de viabilité de la FAO à tous les acteurs concernés du Nord et du Sud
La viabilité de la FAG dépendra certainement de la lutte des représentants des peuples paysans et fermiers pour en faire leur organisation à part entière, ainsi que de la volonté des Etats membres d'accueillir volontiers ces derniers en leur sein. Il est grand temps que cette volonté se matérialise contre la constatation faite par le Groupe de travail, constitué par M. Kofi Annan, Secrétaire général des NU, dans son rapport de juin 2004 analysant les relations entre l'ONU et la société civile, que beaucoup de gouvernements ne sont pas disposés à partager ce qui a toujours été leur pré-carré, et contestent la représentativité, la légitimité, l'intégrité et la responsabilité de la société civile. Dans tous les cas, les Etats membres de la FAO qui sont les acteurs principaux de la politique agricole et alimentaire ont eux-mêmes reconnu qu'ils devraient être épaulés par la société civile pour trouver ensemble la solution de la faim. Ici les acteurs concernés seront donc les Etats membres (fonctionnaires nationaux, Conférence, Conseil, divers Comités et Directeur général de la FAO) et leurs ambassadeurs accrédités ; les paysans et fermiers; les transformateurs des produits agricoles; les financiers; les commerçants; les consommateurs ruraux et urbains et les acteurs de l'information et des communications, tous reliés économiquement, socialement et culturellement aux niveau national, régional et international, dans cette ère troublée et incertaine de la mondialisation. 14

Relever les défis majeurs auxquels la FAO se trouve dangereusement confrontée
Je suis néanmoins conscient du danger d'étiolement et de disparition progressive de la FAO du fait de la divergence profonde qui existe actuellement entre deux visions différentes sur l'avenir de l'Organisation. En effet, les Etats membres du Nord qui financent la presque totalité de son budget (17 Etats du Nord contribuant pour 83% de ce budget sur un total de 187 Etats membres) veulent la« dégraisser» drastiquement et lui imposer une « approche programme» du développement. Ils rejettent l'approche traditionnelle par projets qui a généralement prévalu à la FAO chez la plupart des Etats membres du Sud et qui a eu tendance à utiliser une partie des fonds d'assistance au financement et à une subvention déguisés de leur bureaucratie administrative plutôt que de les consacrer au développement des populations paysannes pauvres auxquelles ces fonds sont normalement destinés. Cette position est notamment celle d'un Groupe de sept Etats européens membres de la FAO qui contribuent pour près de 50% du budget du Système des Nations Unies (SNU) dans son ensemble et qui est désireux de réformer le SNU pour lui faire abandonner cette approche traditionnelle par projets et par actions éparpillées sans un souci d'intégration qui puisse avoir un impact certain sur le développement à moyen et long termes des populations paysannes pauvres. Puisque la plupart des pays du Nord ne veulent plus financer à la FAO ces projets et actions épars, ils ne se préoccupent pas outre mesure à alimenter normalement le budget de l'Organisation qui se trouve ainsi dans des difficultés financières sérieuses de fonctionnement. La seule voie de sortie est évidemment de réaliser une réforme en profondeur du SNU en général et de la FAO en particulier, et d'appliquer cette approche programme comme je l'ai abordée dans l'ouvrage. 15

Cette voie est également celle adoptée par les Etats-Unis d'Amérique (EVA) et le Canada qui ont conjointement présenté à la 127èmesession du Conseil de la FAO en novembre 2004, une proposition d'évaluation externe approfondie et indépendante de la FAO. Cette proposition a été motivée par le fait que la FAO qui est sollicitée dans de nombreux domaines concurrents, et dont le budget subit des restrictions sérieuses, ne peut pas satisfaire toutes les demandes d'assistance. En outre, la structure de l'assistance internationale au développement ayant profondément changé dans la dernière décennie avec le renforcement des relations bilatérales au détriment des relations multilatérales au sein du SNU, les États membres de la FAO se trouvent aujourd'hui confrontés à une concurrence accrue lors de la mobilisation de fonds destinés à faire face aux défis mondiaux. Ainsi, cette évaluation externe approfondie des réalisations de la FAO, de l'impact de ses activités dans les pays concernés, et de l'efficacité et l'efficience de ses actions, permettrait d'atteindre les objectifs suivants: mettre à la disposition des organes directeurs de la FAO et de son Secrétariat une évaluation objective des actions de l'Organisation qui lui permettrait de tirer parti de ses atouts et de remédier à ses carences; apporter une contribution significative à l'examen du Cadre stratégique de la FAO pour la période 2000-2015, qui a été prévu pour 2007 ; communiquer aux États membres des informations confirmées sur l'Organisation qu'ils peuvent utiliser pour rendre compte à leurs gouvernement et populations, des contributions qu'ils apportent à la FAO ; . annoncer clairement aux Etats membres que la FAO adhère fermement aux principes de transparence et est résolue à tirer les enseignements de ses réalisations pour améliorer ses résultats; et

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fournir des éléments pour la définition des besoins futurs de la FAG en ressources.

A la demande des initiateurs, cette proposition d'évaluation qui a été approuvée par la 127 ème session du Conseil, devrait être à fois exhaustive - c'est-à-dire porter sur l'ensemble des activités de la FAO dans les régions et les pays membres - et externe - à savoir être prescrite et supervisée par le Conseil, et menée par des évaluateurs professionnels indépendants conformément aux meilleures pratiques internationales. Je soutiens cette bonne initiative des EVA et du Canada qui, réalisée, permettrait à tous les utilisateurs de la FAG de connaître ses avantages et ses inconvénients, et de la réformer en conséquence afm qu'elle devienne une organisation des peuples paysans et fermiers par excellence, comme je l'ai souhaité à travers le titre de l'ouvrage. Si la réforme de la FAO a été demandée par ces Etats membres du Nord, c'est parce que l'Organisation se trouve dangereusement confrontée aux deux défis majeurs suivants:

1. La divergence entre la politique pratiquée par la direction générale de la FAO, et la vision des ONG et des OSC quant au développement agricole et rural, a pris un ton décisif lors du 2èmeSommet mondial de l'alimentation (SMA) en juin 2002 quand le Forum des ONG y a clairement déclaré que le Plan d'action du 1er SMA de
1996 a échoué parce qu'il avait préconisé des politiques conduisant à la faim, favorisant la libéralisation économique dans les pays du Sud, ainsi que l'uniformisation culturelle. Le Forum a par ailleurs estimé que seules des politiques profondément différentes fondées sur la dignité et les moyens d'existence des communautés pouvaient éradiquer la faim. Pour que la FAO puisse lever ce premier défi, il lui appartient d'impliquer juri-

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diquement la société civile dans ses actions, comme je l'ai soutenu dans l'ouvrage. 2. La divergence existant dans la FAO entre les deux visions différentes sur son avenir, à savoir celle des Etats membres du Nord, et celle des Etats membres du Sud, abordée plus haut, paralyse effectivement l'Organisation. Alors que les premiers semblent pressés de réformer la FAO pour y introduire une approche programme, clarifier et fixer des priorités dans ses actions dans une plus grande transparence, les Etats membres du Sud prennent leur temps pour ce faire et semblent même apparemment satisfaits du fonctionnement actuel de l'Organisation dans une certaine mesure. Les questions fondamentales que je pose à certains de ces Etats membres du Sud et notamment à leurs ambassadeurs accrédités auprès de la FAO sont les suivantes: ont-ils suffisamment mesuré le danger de disparition que court la FAO à terme quand seulement 17 Etats membres du Nord qui contribuent pour 83% de son budget demandent sa réforme en profondeur qu'ils semblent retarder pour des raisons politiques inavouées? Sont-ils réellement conscients que s'ils détiennent dans la FAO le pouvoir politique mécanique par le vote du fait de leur majorité écrasante par le nombre (dans le cas de l'élection du directeur général par exemple), par contre, les Etats membres du Nord y détiennent le pouvoir économique et financier et pourraient la paralyser par une simple rétention de leurs contributions? Il ne fait pas de doute, dans la situation actuelle des relations économiques Nord Sud franchement en défaveur du multilatéralisme, que le SNU en général et la FAO en particulier se trouvent dans l'obligation de« dégraisser », car leurs grands contributeurs du Nord ne sont plus prêts à les financer substantiellement, comme ce fut le cas dans la période des vaches 18

grasses des années 1970 et 1980. Si les Etats membres du Sud sont prêts à prendre la relève budgétaire et financière de ceux du Nord, qu'ils s'y emploient rapidement et sûrement avant que la FAO ne disparaisse à terme. A moins qu'ils ne fassent appel aux ONG et OSC qui, devenant membres à part entière de la FAG, apporteraient à cette dernière leurs contributions constituées sur la base de la solidarité régionale et internationale des peuples paysans et fermiers et de la société civile, dans le respect de leur propre vision du développement agricole et rural qui insufflerait une nouvelle vie à l'Organisation.

Transformer le Personnel de la FAO en un véritable acteur
Le Personnel de la FAO qui a toujours été victime de ses nombreuses restrictions budgétaires et financières et qui a souvent souffert d'un manque de considération de la part de sa Direction générale, de démoralisation profonde dans son travail quotidien et de manque de vision sur son avenir professionnel, devrait être transformé en un véritable acteur de l'Organisation et avoir désormais le droit à une considération plus positive et partenariale de la part de la Direction générale, comme cela n'avait jamais été le cas jusqu'ici. En effet, ce qui a le plus marqué la FAO dans la décennie passée, c'est l'absence d'espaces ouverts de dialogue et de travail partagé entre sa Direction générale et le personnel, en dehors de sa hiérarchie officielle relativement figée et inadaptée du point de vue de l'approche participative qu'elle n'a cessé paradoxalement de recommander d'appliquer par les pays membres alors qu'elle ne l'a pas souvent appliquée à elle-même. Il faudrait ainsi prévoir dans les nouveaux textes constitutifs de la FAO un mécanisme de dialogue et d'échanges directs entre le personnel de la FAO et ses organes décisionnels (Conférence 19

et Conseil), indépendamment du Directeur général de l'Organisation. Ce mécanisme permettrait à l'Association du personnel de cadre organique (APS) et à l'Association du personnel des Services généraux (UGSS), les deux seules institutions autorisées à représenter et défendre les intérêts du personnel au sein de l'Organisation, de contribuer grandement à son efficacité et efficience, en collaboration étroite avec la Direction générale.

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