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Et pourquoi l'Afrique refuserait-elle le développement ?

De
319 pages
Ce livre fait largement état du vécu intellectuel, social voire politique de l'auteur et se veut être la réaction d'un universitaire africain francophone, suscitée par la lecture de Négrologie de Stephen Smith (2003) notamment. Il évite toutefois les positions tranchées et fournit, y compris dans des notes de bas de page, des renseignements inédits sur des acteurs et des situations de sous-développement de l'Afrique contemporaine.
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Dédicace
Cet ouvrage est dédié : A Landrigue Magloire, Flavienne Victoire, Delphine Jeanne respectivement mon brave neveu, ma sœur-amie et ma chère maman, tous trois décédés au cours de cette éprouvante année 2003, victimes non consentantes, mais victimes quand même, du sous-développement africain ; A Vincent, Etienne, Bertin, Ebo, Fô Dorothée, tous parents défunts, chacun à son heure… emportés dans l’engrenage du sous-développement africain, à n’en point douter ; A Arnaud Adjaho à titre spécial, lui dont le bilinguisme (français-anglais) et la maîtrise de l’outil informatique m’ont été d’une assistance appréciable ; Enfin à : Octaviano Muriel, El Pidio pour leur sens aigu du risque et par ricochet à Gwladys Géraldine, Serge Oscar, Stéphane Emmanuel, respectivement fils, "beau-fils", fille, fils à nouveau, et à Félicité Solange mon épouse, pour tout l’amour et l’accompagnement que j’ai souvent tenté de redonner à ce beau monde, fidèlement.

Avant-propos
A cet ouvrage il a fallu un titre : pour cela, l’auteur a dû passer par les « douleurs de l’enfantement » qu’affronte tout travailleur de l’esprit et après maintes convulsions, contorsions et tergiversations, l’accouchement eut lieu ; le nouveau-né, entre-temps, eut pour nom : L’Afrique contemporaine et son développement face à l’Occident. En vérité, il importait de choisir entre deux voire trois propositions principales à savoir : « Problèmes de développement de l’Afrique contemporaine », « L’Afrique contemporaine et ses problèmes de développement », « L’Afrique contemporaine et son développement », la seule et unique subordonnée étant dans tous les cas « face à l’Occident », un Occident dont les représentants savent toujours se retrouver autour de l’essentiel, face au reste du monde. L’auteur du présent ouvrage en est à sa deuxième expérience en matière de publication, la première s’étant imposée à l’universitaire qu’il est sous la forme d’une thèse de doctorat d’Etat « o tempora, o mores » éditée sur recommandation du jury et porteuse d’un titre plutôt long : Individu et société dans le roman négro-africain d’expression anglaise de 1939 à 1986. Fort heureusement, ce produit spécialisé fait son bonhomme de chemin depuis 1997, année de sa première livraison. Cette fois-ci, il a été question de quitter momentanément la spécialité majeure et, sous couvert d’une autre filière, tâter du grand public avec à la clé un titre qui interpelle rudement le public, un peu comme Négrologie de Stephen Smith (2003), ce journaliste émérite au franc-parler époustouflant. Le titre de l’ouvrage que voici : Pourquoi l'Afrique refuserait-elle le développement ? se situe dans le sillage de la série débutée par L’Afrique noire est mal partie, L’Afrique de l’Ouest bloquée, L’Afrique étranglée, et autres cris du cœur lancés en leur temps par des intellectuels bien pensants. Or l’Afrique dont il s’agit ici est aussi bien la blanche que la noire ; elle est plus au sud qu’au nord du Sahara, car la géographie expliquant la géopolitique et étant donné l’avènement de la CEE (1957) devenue depuis 1992 l’Union européenne, l’Afrique blanche (Maroc, Algérie, Tunisie), le Maghreb si l’on veut, y compris la Libye, en raison du pôle d’attraction que constituent la Méditerranée et le bassin qui s’y rapporte, semble avoir opté pour l’Union européenne de préférence à l’Union africaine devenue hypothétique pour certains en dépit et peut-être à cause du NEPAD, « monstre » à cinq têtes (Sénégal, Egypte, Algérie, Nigéria, Afrique du Sud), tenu en laisse par l’Europe voire l’Occident de toujours.

Enfin, et en effet, le meneur du jeu du sous-développement de l’Afrique contemporaine [1945-2005], c’est bel et bien l’Europe « de l’Atlantique à l’Oural », comme disait Charles de Gaulle. De la Conférence de Berlin (1884-85) à l’entre-deux-guerres (1918-1939), le maître du jeu, c’était l’Europe de l’Ouest ; mais après la Deuxième Guerre mondiale, l’ex-URSS, clé de voûte de l’Ostpolitik, eut cause liée avec l’Afrique sous toutes ses latitudes, de même que les Etats-Unis d’Amérique, devenus les gendarmes du monde et maniant, tour à tour et selon le cas, la carotte et le gros bâton au nom de l’irréfragable Occident. Dans le présent ouvrage, certains problèmes de développement de l’Afrique contemporaine (de 1945 à 2005) sont abordés par rapport à l’Occident moderne, c’est-à-dire l’ancienne Europe de l’Ouest, l’ancien Occident (l’espace de l’Imperium Romanum devenu Saint Empire romain germanique) et l’Amérique du Nord, soit surtout les Etats-Unis d’Amérique de l’après Deuxième Guerre mondiale qui s’ouvrirent au reste du monde y compris l’Afrique de l’ère Kennedy notamment (corps de la paix, etc.). Dans cet espace géographique situé résolument à l’ouest de la planète terre, les problèmes de développement traités sont surtout ceux de l’Afrique au sud du Sahara sur une période de cinq décennies environ (1945-2005), tels que vécus par l’auteur ainsi que les hommes et femmes de sa génération qui ont voyagé d’un continent à l’autre et vu de leurs yeux Gorée, El Mina, la Route des Esclaves, Tombouctou, les fleuves Sénégal, Niger, Nil, Zambèze, de même que cet axe qui relie le Caire au Cap en passant par Khartoum, Addis Abeba, Nairobi, Lusaka, Harare, Johannesburg. La perspective est à la fois historique, géographique, sociologique et la méthodologie, structurelle et conjoncturelle. Le contenu de l’ouvrage s’offre au lecteur en quatre temps, après une introduction générale qui présente les « visages de l’Afrique au seuil du 21ème siècle ». Le premier temps (celui des chemins d’un nécessaire développement des pays d’Afrique noire) se décompose en trois mouvements consacrés tour à tour à un état des lieux du sous-développement africain, à la part de l’Europe dans l’aide au développement africain et à toutes ces choses qui restent à faire… Le deuxième temps met en exergue l’exemple que représente pour les Africains, entre autres, un pays d’Europe, la Hollande, dont les habitants sont connus pour leur ardeur au travail et la victoire de leur culture sur la nature rude : la mer qu’il a fallu faire reculer à tout prix et coûte que coûte. Cette Hollande des années 50 et 60 qui fascina plus d’un observateur dans sa marche vers la modernité contemporaine, l’auteur y vécut quelques mois, de juillet à décembre 1971 « under Western eyes » (Sous le regard de 8

l’Occident) en stage de diplomatie à l’ambassade et au consulat général de France à la Haye et Rotterdam, et crut devoir montrer à travers cet exemple que l’Afrique n’était point si mal partie. L’exemple de cette Hollande, l’auteur l’a présenté en trois points, à savoir la part de son commerce dans ses relations avec l’extérieur, les éléments économiques de sa politique extérieure, enfin, sa place vis-à-vis de l’ordre public international de l’époque. Après la thèse et l’antithèse, la synthèse : étant donné l’état des lieux plutôt déliquescent, l’exemple de l’autre doit inciter à repenser le développement de l’Afrique ; le diagnostic une fois posé, la thérapeutique est envisagée du centre à la périphérie, et d’abord du point de vue des grandes instances de l’Occident (Remise de la dette, conditionnalité des réformes au sein du FMI, appréciations, plans Baker, Lawson, sommet économique de Toronto, propositions des institutions de Bretton-Woods et du système des Nations unies). Or, toutes ces préoccupations de l’Occident, l’auteur semble les avoir en fin de compte inscrites pour mémoire, comme au titre de la synthèse passive ; car la synthèse active qui suit l’envers du décor, l’auteur l’a résolument consacrée aux propositions des instances africaines tant officielles (Stratégie de l’OUA face à la dette du continent) que non officielles (Nouvelle approche du développement en Afrique, priorités d’un développement endogène autocentré et durable). Ces priorités se déclinent en intégration régionale/coopération Sud-Sud, participation et mobilisation, politique nationale d’autosuffisance accrue, puis corruption et sousdéveloppement. Enfin, observateur critique de son époque (contemporaine), l’auteur a cru devoir ouvrir des perspectives en se préoccupant des superstructures et du développement face aux défis du totalitarisme, des années 40 à nos jours. La guerre d’Afghanistan qui dura dix ans (1979-89) et fit 900.000 victimes puis cinq fois plus d’exilés, la guerre du Golfe, et leur retour de manivelle qui frappèrent de plein fouet l’altière Amérique du Nord, les USA s’entend, la guerre d’Irak, conséquence de tous ces actes de terrorisme ; toutes ces dérives ont interpellé l’auteur qui a cru devoir remettre au goût du jour 1984, ultime récit anti-totalitaire de George Orwell, citoyen du monde des années 40 dont l’actualité pérenne, pensons-nous, a rattrapé l’Occident et l’Afrique, entre autres satellites, en ce début du 21e siècle. Toutes ces préoccupations, l’auteur a voulu en toute sérénité et sans parti pris les partager avec les lecteurs du monde contemporain de manière indifférenciée, puis précisément par rapport à Nineteen Eighty-Four, signal fort envoyé par George Orwell au sortir du deuxième conflit mondial en guise de critique à peine voilée du totalitarisme soviétique et comme pour dire à la face du monde que ce mal gravissime qu’est la pensée unique se trouve indéniablement dans tous les camps. Le développement est à coup sûr 9

un processus sans fin et ne tient pas à la couleur de la peau ; souvenons-nous des pharaons noirs qui n’eurent rien à envier à leurs homologues voire leurs congénères au teint blanc. Or comme pour boucler la boucle, deux défis ont dû être pris en compte ; il s’agit de l’intégration, considérée comme défi majeur en raison de l’immensité du continent sur la superficie duquel pourraient se loger confortablement bien des pays d’Europe, d’Amérique et d’Asie mis ensemble. Par ailleurs, étant donné son actualité et sa force de frappe dans cette Afrique dont on ne sait plus si le présent débouchera sur un avenir viable, le sida a été l’objet des questionnements les plus divers en rapport avec les données de la famille et de la démographie qui font partie intégrante de la trame des études socioculturelles du continent noir menées depuis un demisiècle déjà. Enfin, pour clore cet ouvrage et non pas le débat du développement africain, loin s’en faut, nous avons eu recours non pas à une conclusion en bonne et due forme, mais à un épilogue, un peu comme pour rattraper certains non-dits inévitables dans un contexte où nous avons choisi de ratisser large en sortant du ghetto africain, en nous ouvrant autant que possible au reste du monde. En effet, alors que l’ouvrage était pratiquement bouclé, étant donné l’actualité du sujet, il a fallu suivre les actualités relatives à l'Afrique et au reste du monde au jour le jour pour être sûr d’en rendre compte autant que possible, sans a priori, sans parti pris véritable. Car, autant les Africains au sud du Sahara notamment ont besoin du « choc » de Négrologie, autant, aux francophones du monde contemporain, il faudra un ouvrage comme celui-ci, entre autres, qui vise non pas à retourner le couteau dans la plaie, mais à re-situer les conditions dans lesquelles la plaie est arrivée, de même qu’à énoncer les tentatives faites par les uns et les autres (toutes vues confondues) ainsi que ce qui paraît humainement possible et envisageable pour non pas guérir cette plaie (ne rêvons pas, chaque continent a ses plaies), mais comprendre autrement le dilemme du développement africain, entre autres, et avancer ou continuer d’avancer.

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Avertissement
Cet ouvrage était déjà en chantier avant que ne paraisse il y a quelque temps le best-seller de Stephen Smith, repère irréfutable qui s’est inscrit de manière magistrale dans la série des œuvres de René Dumont, Axelle Kabou et Jean-Paul Ngoupandé. Ce qui caractérise ces auteurs et bien d’autres encore, c’est la volonté de s’installer dans l’actualité brûlante, à telle enseigne que Smith a préféré faire l’économie de toutes notes de bas de page renvoyées à une abondante bibliographie fondée sur une prodigieuse documentation constituée de fort récentes parutions. L’ouvrage que voici est d’une autre facture ; il est un ouvrage de fantassin et n’ambitionne pas forcément d’être un succès de librairie. Il fait penser à une production antérieure bardée de notes de bas de page dont l’auteur semble avoir fait son péché mignon, par déformation professionnelle. En effet, la tendance à expliquer propre à l’enseignant l’a emporté dans la rédaction de ce second ouvrage que l’auteur destine prioritairement aux étudiants des premiers et deuxièmes cycles des universités africaines francophones. Le grand public pourra également tirer parti de cette production quelque peu atypique qui traite du « dilemme du développement » dans le cadre des problèmes intrinsèquement africains et du point de vue de l’Europe dont le cas d’un pays, la Hollande de 1956 à 1975, a été mis en exergue pour servir d’exemple aux Africains de toutes catégories, puisque c’est d’eux dont il s’agit avant tout.

Remerciements
Toute ma reconnaissance à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) dont le recteur et son équipe ont pris en charge la moitié des frais de l’édition des tout premiers exemplaires de cet ouvrage qui était parti pour une édition à compte d’auteur. Merci à l’UAC et à son équipe académique dirigeante pour les encouragements à la recherche.

Introduction générale VISAGES DE L’AFRIQUE AU SEUIL DU XXIe SIECLE
Il y a une quinzaine d’années, l’Afrique avait un certain poids sur la scène internationale. Le poids du continent noir était géo-stratégique (comme il l’est encore), mais surtout idéologique. A en croire un dicton kenyan selon lequel « lorsque deux éléphants se battent, c’est l’herbe sous leurs pattes qui souffre », il n’y aurait pas gros à parier sur le sort de cette Afrique-là. Or jusqu’à l’avènement de la perestroïka (1985), le continent dit « des ténèbres » était l’objet de maintes convoitises étant donné qu’il représentait encore l’espace d’affrontement privilégié des deux grandes idéologies de l’époque1. L’Afrique, berceau de l’humanité, était comme le nombril de la terre, avant la dérive des continents. De nos jours elle est le deuxième continent après l’Asie, du point de vue de sa superficie, soit environ 30 330 000 km² ou 22% des terres émergées. Sur l’espace qu’elle occupe peuvent se loger confortablement les Etats-Unis d’Amérique, la Chine, l’Inde, l’Europe occidentale, la Nouvelle-Zélande. Cette Afrique dont il s’agit est celle qui s’étend de la Tunisie à l’Afrique du Sud, de la Somalie aux îles du Cap-Vert, ce à quoi s’ajoutent Madagascar, l’Ile Maurice, São Tomé e Principe et les Seychelles. En 1884-85, elle était déjà la destination d’une nuée de ressortissants de l’Europe occidentale pour l’essentiel. Puis après la Deuxième Guerre mondiale, les données changèrent et à certains des anciens conquérants s’imposèrent deux meneurs de jeu qui, fort de leurs satellites, réussirent à créer leurs zones d’influence respectives. Or, l’ex-URSS disparut comme un château de cartes, de même que le mur de Berlin et nombre de régimes africains socialistes voire communistes. Du coup, l’Afrique perdit toute importance stratégique et se retrouva, l’instant d’une éclipse, sous la chape de la mondialisation, nez à nez avec ses « ténèbres » que quelques décennies de flirt avec l’Occident tout-puissant semblent avoir dissipées… Ces handicaps à vrai dire innombrables sont foncièrement liés à un secteur agricole écrasé par une population nombreuse
Il y a une trentaine d’années, Edgar Morin dans Journal de Californie, Paris, Seuil ; écrivait : « Nous sommes dans l’ère où l’individualisme et le communisme apparaissent comme les deux grands besoins contradictoires et interdépendants ». Erreur ! diront les partisans de la « mondialisation », mais les manifestations de rue provoquées par les conférences de l’OMC tenues à Genève et Seattle à des dates encore récentes indiquent que l’idée d’Edgar Morin est encore quelque peu d’actualité.
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installée sur des terres menacées par des catastrophes écologiques qui ont pour noms : inondations, érosion, désertification2. L’autre traquenard qui continue d’avoir raison de cette « Afrique bloquée » est l’insuffisance de l’industrialisation liée quelque peu à l’étroite dépendance du Continent noir vis-à-vis de l’Europe pour l’exportation des produits de base dont la transformation dans les pays du Sud n’arrange pas à terme ceux du Nord. Enfin, l’image de l’Afrique à l’orée du 3e millénaire est ternie par les guerres intertribales et fratricides à l’arme blanche en Algérie comme à l’arme lourde en Sierra Leone et entre-temps dans les deux Congo, en dépit des tentatives de réconciliation et des appels à la paix, sans compter les simulacres de démocratie et leur cortège d’avatars tels que la corruption, l’ethnocratie qui sont autant de freins à la croissance et au développement. La liste des problèmes de développement de l’Afrique est longue, par rapport à l’Europe contemporaine, fût-elle de 1945 à 1975 et au-delà, jusqu’à nos jours ; or à cet égard trois problèmes évidemment liés méritent qu’on s’y arrête quelque peu, ne serait-ce qu’en guise d’entrée en matière, pour baliser le chemin : il s’agit du poids de la dette extérieure notamment, du problème de la famine et enfin du déficit en matière d’éducation. * La crise de la dette extérieure africaine atteignit son paroxysme au cours des années 70, lorsque par deux fois (1973 et 1979) les pays producteurs de pétrole augmentèrent les prix de l’or noir. Il s’ensuit que les pays pauvres d’Afrique généralement non producteurs de pétrole, entre autres, durent contracter des prêts à l’extérieur du Continent pour satisfaire leurs besoins incontournables en carburant. Et comme on aurait pu s’y attendre, dans les années 80, les bailleurs de fonds firent monter unilatéralement les taux d’intérêt et pour tenir le coup, la plupart des pays africains ayant en mains la gestion de leurs monnaies dévaluèrent celles-ci dans l’espoir de bénéficier des effets positifs connus d’une telle opération3.

Dans les années 60, le développement pour les pays africains nouvellement indépendants se limitait à la promotion des secteurs primaire et secondaire ; et il a fallu un agronome français pour déclarer péremptoirement que « l’Afrique noire [était] mal partie ». On crut également à l’époque que la solution des hauts-fourneaux conviendrait mieux aux pays en question, en matière d’industrie… Puis, les problèmes de démographie vinrent se greffer sur cet ensemble déjà assez complexe, sans compter la dette extérieure notamment qui s’accumulait au point où après les deux chocs pétroliers des années 70, la décennie 80 devint celle de tous les dangers : programmes d’ajustement structurel, dégâts écologiques, le tout couronné dès les années 90 par les ravages du sida. 3 Les autres, notamment les francophones, après avoir fait la sourde oreille et recouru à divers expédients y compris la manne que constituait l’aide financière de la France, se sont vu imposer une dévaluation de facto du franc CFA en janvier 1994 à Dakar, par les soins d’un haut Représentant de la France et sous la supervision de cet autre français, directeur général du Fonds monétaire international, Michel Camdessu.

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En réalité, le problème de la dette extérieure africaine est caractéristique dans la mesure où tandis qu’en valeur absolue ladite dette est la moins importante au monde, elle a un poids énorme lié aux revenus par tête d’habitant qui sont les plus bas au monde. En effet, alors que le continent noir a contracté 11% de la dette des pays en voie de développement, ses richesses exploitées comptaient pour 5% dans les mêmes conditions en 1991. Ce qui signifie que la part de dette (extérieure) de l’Afrique était alors deux fois plus importante que celle de toute autre région du monde en voie de développement. Par ailleurs, d’après une organisation non gouvernementale basée à Accra au Ghana et dénommée « Jubilee 2000 Coalition »4, l’Afrique au Sud du Sahara a transféré vers ses créanciers internationaux quatre fois plus qu’elle n’a investi de ressources dans la santé de ses populations, soit globalement environ 227.2 milliards de dollars ou 379 dollars par Africain (homme, femme ou enfant), à raison de 1,31 dollar en remboursement de chaque dollar prêté au titre de l’aide octroyée en 1996. Selon la même ONG, la moitié de la population africaine (262 millions d’habitants) vit de moins d’un dollar par jour et par habitant, du fait de l’onéreux service de la dette du continent. Or le second paradoxe, c’est que les produits de cette dette disproportionnée sont utilisés pour entretenir des guerres fratricides et pour soutenir des structures ainsi que des violations des droits de l’homme à l’ouest, au centre, comme à l’est du Continent. Ainsi que nous le verrons, trois options s’offrent dans le cadre de la gestion de la crise de la dette : l’annulation, la répudiation ou le rééchelonnement. Car hormis les voix qui se sont élevées en faveur de l’annulation ou du rejet pur et simple, les approches de solution envisagées avec le soutien des bailleurs de fonds ont été à ce jour mises en œuvre sous forme de rééchelonnements qui font plutôt penser au supplice de Tantale ou de Sisyphe5. Or il y a des situations d’endettement (véritablement) insupportables, en particulier au niveau des pays pauvres les plus endettés du monde dont la plupart se trouvent en Afrique précisément et pour lesquels
Ladite ONG a été créée en 1996 par l’Eglise anglicane du Kenya, à laquelle se sont joints l’Eglise d’Afrique du Sud et un groupe de leaders tels que feu Julius Nyerere, Nelson Mandela et son épouse Gracia Machel... 5 Fondateur mythique de Corinthe, renommé pour sa ruse, Sisyphe passe parfois pour être le vrai père d’Ulysse. Aux enfers, il fut condamné à rouler éternellement un rocher sur une pente ; parvenu au sommet, le rocher retombait et il devait recommencer sans fin. Quant à Tantale, roi mythique de Lydie, fils de Zeus, il eut les faveurs des dieux, mais il en abusa en révélant aux mortels les secrets de l’Olympe ou en dérobant le nectar et l’ambroisie. Selon une variante, Tantale immola son fils Pelops et en fit un mets qu’il servit aux dieux. Pour un de ces crimes, son châtiment aux enfers fut exemplaire ; mais il varie aussi selon les versions. Nous retenons celle selon laquelle Tantale fut plongé dans l’eau jusqu’au cou, le niveau baissant chaque fois qu’il essayait de boire. Il en va de la dette africaine, comme du rocher de Sisyphe qui jadis roulait sans fin et de l’eau de Tantale qui baissait chaque fois que ce dernier essayait de boire…
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l’allègement est devenu comme un « impératif catégorique ». Entre-temps, une récente conférence du G7 tenue à Cologne a dû envoyer des ondes de choc dans la plupart des pays d’Afrique au sujet des critères d’éligibilité à la pauvreté en vue du bénéfice d’une annulation de la dette annoncée. En tout état de cause, toutes les mesures de ce type, en attendant mieux, sont à encourager naturellement, telle l’initiative 20/20 qui vise une injection accrue de ressources dans le secteur de l’éducation. Nous y reviendrons. * Quant à la famine, elle se définit comme un manque d’aliments à cause duquel une population meurt de faim ; il semble donc que la faim se conçoive avant tout au niveau de l’individu tandis que la famine constituerait un phénomène de groupe et de société. Elle a pu être un indicateur de niveau de développement dans la mesure où l’économie entendue au sens littéral d’« administration de la maison », du domaine et ayant été longtemps liée aux activités d’exploitation terrienne, voire agricole, tout déséquilibre de ces activités qui a pu entraîner une pénurie alimentaire à grande échelle liée aux aléas climatiques notamment a dû déclasser tel groupe d’hommes ou tel autre de la catégorie des communautés ou sociétés nanties de l’époque préindustrielle. Or en temps « normal », au Sud du Sahara, le Sahel6, cette zone semiaride d’Afrique tropicale faisant la transition entre le Sahara et la savane (humide), est caractérisé par une pluviométrie comprise entre 400 et 600 mm, qui permet la culture sans irrigation, donc la vie des sédentaires en dehors des oasis, ainsi que l’élevage des bovins. Cette longue bande, qui s’étend de l’Atlantique à la mer Rouge, est très sensible aux moindres variations atmosphériques. Ses limites varient selon l’importance des précipitations annuelles ; d’où il suit que de nos jours on a pu parler des « famines du Sahel » pour désigner des pénuries alimentaires provoquées par des déficits pluviométriques caractéristiques de cette partie du continent africain qui couvre la Mauritanie, le Sénégal, le Niger, le Tchad et l’Ethiopie, y compris le Soudan (celui proche de l’Ethiopie et celui devenu Mali, à l’Ouest du continent). C’est en effet en 1998, au Soudan, que la famine a refait son apparition pour la 16è année dans cette partie du continent. Des efforts diplomatiques ont pu faire taire la guerre quelque temps dans ce pays immense, mais le Nord musulman et le Sud majoritairement chrétien et animiste demeurent divisés.

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En Afrique du Nord, ce terme désigne les collines littorales en bordure des plaines intérieures. Le Sahel d’Alger domine la plaine de la Mitidja, l’isolant de la mer et favorisant les cultures maraîchères, l’arboriculture et la vigne. Le Sahel de Sousse et de Sfax en Tunisie s’étend sur les collines qui isolent les basses steppes de la côte et sont couvertes de plantations d’oliviers …

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Le Soudan (anciennement anglo-égyptien) vit ainsi un imbroglio « militaro-diplomatique » sur fond d’accusations fusant de toutes parts à l’endroit de certains pays de la sous-région qui soutiendraient les rebelles de tels ou tels autres pays. Entre-temps, depuis 1983, la famine et son cortège de maladies ne se sont guère donné de trêve, sans compter les victimes de la guerre dont le nombre en 1998 avoisinait le million et demi. Face à cette situation dramatique, les agences d’aide alimentaire, à pied d’œuvre dès février 1998, n’ont guère eu la tâche facile, étant donné l’ampleur de la famine, de la guerre et des inondations. Pour le PAM (Programme Alimentaire Mondial), il a fallu mettre en place « la plus grande opération de largage d’aide alimentaire de l’Histoire ». La gravité de la situation était confirmée par le dénuement quasi total des populations incapables, du fait de la guerre, de cultiver leurs terres ; d’où près de 3 millions de personnes alors déplacées. Dans les zones isolées, les familles n’ont pas eu accès à l’aide alimentaire ; ce à quoi se sont ajoutées les énormes quantités d’aide détournées par les belligérants des deux camps qui s’en sont servis comme trésor (arme) de guerre contre les populations civiles… Aux causes naturelles (déficits pluviométriques, etc.) porteuses de famines dans la zone sahélienne au cours des années 80, se sont ajoutées des causes artificielles, notamment les guerres, pour autant que celles-ci soient l’œuvre des mains des hommes. Depuis les « soleils des indépendances » par conséquent, dans un mouvement cyclique où éléments naturels et artificiels s’alternent et/ou se combinent, famine a souvent rimé avec guerre en zones tant du Sahel que des forêts et autres en Afrique. Ainsi les loques humaines projetées sur les médias pour illustrer les affres de la guerre du Soudan des années 80 et 90 rappellent étrangement des images similaires autrement plus parlantes qui ont fait les choux gras des mêmes médias dans le cadre des hostilités qu’ont connues le Liberia et la Sierra Leone à une période récente, ainsi que le Biafra de 1967 à 1970. Ailleurs, dans cette partie lusophone du Continent dont il n’est pas souvent question de ce côté-ci de la barrière linguistique, guerres, famines et misère mènent tambour battant un règne sans partage sur les territoires du Mozambique et de l’Angola que la révolution des œillets en métropole a dû libérer du joug d’un colonialisme à bout de souffle il y a plus d’un quart de siècle déjà. Or, tandis que cette autre révolution au pays de Samora Machel7
Homme d’Etat mozambicain (né à Madragoa en 1933 et mort en Afrique du Sud en 1986), il fut l’un des principaux organisateurs de la lutte armée en 1984 ; il présida le Front national de libération du Mozambique (Frelimo) à partir de 1970 et devint chef de l’Etat à l’indépendance en 1975. Malgré ses sympathies chinoises, il ne coupa pas pour autant les liens avec l’Occident, mais fut confronté à une guérilla financée par l’Afrique du Sud. Il disparut dans un accident d’avion. Sa veuve se remaria avec Nelson Mandela, président, après la séparation de ce dernier d’avec Winnie.
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eut son plomb dans l’aile en temps utile, puis mordit la poussière une fois à terre par les soins du bastion du grand pays voisin dont le souci dans ce cas semble n’avoir été que l’extension de sa zone d’influence, en Angola, par contre, la guerre continua, émaillée d’épisodes farouches suivis d’accalmies et de simulacres de réconciliation avant que l’usure n’ait eu raison d’un Jonas Savimbi, que les combats aient cessé véritablement faute de combattants et que se soit accélérée malheureusement la saignée des richesses naturelles dont le peuple angolais n’aurait jamais accepté de céder la moindre portion pour tout l’or du monde. Or Savimbi mourut dans un guet-apens en 2001 et Dos Santos dut enfin pousser un ouf ! de soulagement… Hors du Sahel et des pays lusophones de l’Afrique australe, la vie est dure pour le petit peuple qui, soit subit une famine endogène, rampante du fait des aléas climatiques et/ou de la spéculation, soit se trouve acculé à un seuil de pauvreté que certains pays (comme le Bénin) s’emploient à faire reculer dans le cadre de leurs Programmes d’Action Gouvernementale (PAG) souvent soutenus par la coopération internationale, notamment celle relevant des institutions de la famille des Nations unies. Selon les statistiques officielles, le Botswana passe pour être un eldorado en matière de développement8. Or, à côté de ce pays énigmatique profondément marqué par un passé tant traditionnel africain que colonial, la République d’Afrique du Sud qui demeure le pays-phare de la région (ayant, entre autres, assumé la tutelle du sud-ouest Africain devenu Namibie grâce à la détermination d’un Sam Njoma et au soutien des forces du progrès) à l’orée du 3e millénaire, continue d’être une nation à deux visages au moins, en dépit de l’abolition (sur papier) de l’apartheid9, les laideurs de la périphérie (Soweto où habite Winnie Mandela et autres conurbations de seconde zone) s’offrant toujours à la vue du visiteur médusé… Cette logique du « centre » et de la « périphérie », stigmatisée par Samir Amin mais n’étant guère propre à l’Afrique, est celle qui prévaut dans les villes et l’arrière pays du Sud, du centre et notoirement de l’Est du continent, situées sur l’axe (Cap-Caire) qui fit l’objet d’une idée fixe du financier et colon britannique Cecil John Rhodes, dans la deuxième moitié du 19ème siècle (1852-1902) déjà. Les pays de ce vieil Axe étaient, hormis, l’Afrique du Sud, et pour cause, les deux Rhodésie (du Nord et du Sud) devenues Zambie et Zimbabwe, l’Ouganda, le Tanganyika, le Kenya et même l’Egypte, ainsi que l’ancien Soudan anglo-égyptien.
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Voir le Rapport de la Coalition Mondiale pour l’Afrique (1997), entre autres sources d’information. 9 Johannesburg a été vidée de sa population blanche qui s’est transportée à Sandton, ville nouvelle située à quelques kilomètres seulement de ce qui n’est plus que l’ombre de la capitale économique du pays de Mandela.

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Cent ans plus tard, l’observateur averti, connaissant le terrain, constate que lesdits pays sont encore bel et bien dans la logique centre-périphérie, telle que l’a voulu Rhodes, à la seule différence de la transformation de la tutelle coloniale en « souveraineté nationale »10. A l’Ouest du Continent enfin, à part les pays comme le Liberia et la Sierra Leone, qui ont récemment connu la guerre politico-inter-tribale et son cortège d’horreurs physiques et morales, les pays du Sahel, tous francophones, présentent un profil à peu près net, à commencer par le Sénégal qui a tenu le coup à ce jour (hormis la longue parenthèse de la rébellion casamançaise) grâce à son héritage du fonds de commerce du colonialisme français sous forme de structures et d’hommes largement acquis à la cause de l’ancienne métropole et, une disponibilité avérée à l’endroit du monde arabe, bouillon de culture obligé de la Mauritanie voisine. Quant au Burkina Faso, au Mali et au Niger, ils ont l’un après l’autre connu leurs fractures politiques relativement récentes en la disparition brutale d’un Thomas Sankara et de Maïnasara ainsi qu’en la déstabilisation d’un Moussa Traoré entre-temps condamné à une captivité largement justifiée, étant donné les forfaits commis durant les vingt-trois ans (19681991) d’une dictature à peine voilée derrière une idéologie qui a fait faillite un peu partout dans le monde contemporain. Enfin, les pays de savane et de forêt situés à l’Ouest du Continent et au dessus de l’équateur s’inscrivent dans une logique de continuité des régimes aux apparences de démocraties pluralistes minées de l’intérieur par des contradictions tant ethniques que religieuses et la corruption érigée hélas en système de gestion de la chose publique d’un mandat (présidentiel) à l’autre. Or, au seuil du 3e millénaire, l’évolution de l’Afrique est placée sous le double signe de la démocratie et du développement, points d’ancrage d’un processus dont la viabilité dépendra largement du niveau d’éducation qui accuse malheureusement un grand déficit, particulièrement en Afrique subsaharienne, ainsi que le souligne le Rapport Annuel de l’Unicef au titre de l’an 1998. En effet, tandis que les besoins en matière d’alimentation pour l’actuelle décennie sont évalués à 19 milliards de dollars au titre de la partie subsaharienne du Continent africain, la communauté internationale consacre quelque 781 milliards de dollars par an aux dépenses militaires. Par ailleurs, pendant cette même décennie, on estime qu’il faudrait par an pour assurer la scolarisation de tous les enfants de la planète 7 milliards de dollars, dont le
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Une immense documentation en tous genres rend compte de cette mutation, puisqu’il s’agit incidemment de pays anglophones. Dans ce sens, et à titre particulier, la littérature africaine (romans, poèmes, études critiques) liée à cette partie du continent constitue une source fiable d’information sur l’état des lieux au cours du dernier quart de siècle notamment.

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financement constitue un casse-tête chinois pour les grands de ce monde, alors que les Américains et les Européens dépensent le même montant pour l’achat de produits cosmétiques et de crèmes glacées respectivement. Et pourtant, en réponse à la crise économique de 1997-1998 en Indonésie, en Corée du Sud et en Thaïlande, le G7 a réussi, en quelques mois, à mobiliser plus de cent milliards de dollars au profit des « tigres » asiatiques. Bonnes actions, vertus, intérêts ? La Rochefoucault avait déjà dit que « les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer ». Or nul n’ignore que la scolarisation permet un épanouissement et une meilleure santé aux groupes vulnérables (femmes et enfants), plus de justice et de stabilité et un niveau supérieur de développement social et économique. Mais il faut aller au-delà de la simple scolarisation qui, du fait de la colonisation, constitue à ce jour pour la majorité l’objectif à atteindre à tout prix. En tout état de cause, l’optimum11 à réaliser en matière d’éducation se situe à la croisée des chemins entre les opportunités informelles d’épanouissement des individus, les structures non formelles d’acquisition et de maintien d’aptitudes à l’adaptation aux modes de vie et les systèmes formels d’éveil et de développement continus du potentiel humain. Car, plus que des lueurs d’espoir, il y a des « certitudes d’espérance » pour une Afrique qui, après cinquante ans d’indépendances même « nominales », doit revoir le contenu de cette idéologie, le « panafricanisme », qui lui a ouvert la voie de l’auto-détermination et de la gestion de la chose politique. De plus, ainsi que l’Etat devra le faire désormais au niveau de chacun des cinquante- trois pays du continent, l’Organisation de l’Unité Africaine (désormais l’Union Africaine) jouera un rôle de régulateur en matière d’économie notamment et (pourquoi pas) de défense, maintenant que l’ancienne mission politique (entendue sous l’angle de la décolonisation) semble accomplie et que l’ECOMOG au sein de la CEDEAO constitue une réalité en dépit des lacunes que pourraient aider à combler jusqu’à nouvel ordre certaines superstructures de la coopération militaire Sud-Sud tout naturellement et Nord-Sud également. Pour l’Afrique du 3e millénaire plus que par le passé la priorité des priorités sera économique, ainsi que l’a démontré à sa manière un ancien secrétaire général de l’OUA12. En effet, il est temps que le Continent noir

Voir le Rapport sur l’Education dans le Monde de l’UNESCO au titre de 1991, et le schéma illustratif figurant à la page 13 de l’ouvrage de Pai OBANYA, ancien Directeur du BREDA, intitulé The Dilemma of Education in Africa et dont la première édition est parue à Dakar en 1999. 12 Edem Kodjo, diplômé de sciences économiques et de gestion des Entreprises, puis ancien énarque (1962-1964) occupa, entre autres, le poste de secrétaire général de l’OUA (19781983) et est auteur de Et demain l’Afrique (1985). En 1986, il anima à l’Université du Ghana,

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sorte de la logique de l’aide « externe » au développement pour amorcer un processus de véritable prise en mains de son destin. Depuis 1955, où l’aide a basculé résolument de l’Europe, principale bénéficiaire dans le cadre du plan Marshall, vers les pays du tiers-monde et l’Afrique notamment, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du Continent noir sous forme de bénéfice présumé13 d’aides bilatérales, multilatérales et humanitaires d’un point de vue chronologique. Mais quelle que soit sa forme, l’aide, telle que pratiquée, pose plus de problèmes qu’elle n’en résout dans la mesure où en même temps qu’elle cache une volonté de puissance, elle crée un complexe d’assisté respectivement chez le donateur et le receveur, sans compter les effets pervers de l’aide liée (les surcoûts, entre autres) qui obligent les pays assistés à avoir recours aux produits et services des donateurs qui ne sont souvent ni les plus adaptés ni les plus compétitifs. Par ailleurs, l’aide « classique » n’a pas eu les effets escomptés dans les pays présumés bénéficiaires, faute de ciblages adéquats.14 Ainsi, il a fallu avoir recours aux programmes d’ajustement structurel dont les premiers avaient été expérimentés dans les pays d’Asie et d’Amérique fortement endettés. Mais en Afrique, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Or, d’après des analyses récentes fondées sur les ressources naturelles (90% des réserves de platine et de palladium, 85% de chrome, 75% de manganèse et 50% d’or)15, l’Afrique aurait des raisons d’espérer16 puisqu’il s’agissait d’estimations du Bureau américain des mines…

Legon, la 19e conférence dédiée à la mémoire de Aggrey-Fraser Guggisberg sur le thème de « Africa Today » axé sur les problèmes de développement économique du continent. 13 Un auteur allemand contemporain, du nom de Bauer, aurait dit : « l’aide externe est la source du conflit Nord-Sud, non sa solution. L’aide est un obstacle au développement, car elle réduit les peuples à la condition d’assistés ». 14 Selon différents rapports annuels récents du PNUD sur la pauvreté, moins de 10% de l’aide publique sont consacrés au « développement humain », 7% seulement des dépenses destinées à l’enseignement vont à l’enseignement primaire, 2,7% seulement des dépenses de santé vont aux soins de santé primaires, à l’approvisionnement en eau potable et à l’assainissement et 19% seulement des dépenses sont allouées aux zones rurales. 15 Une conférence sur l’énergie s’est tenue du 15 au 18 décembre 1999 dans la ville de Tucson, au Sud-Ouest des Etats-Unis, pour débattre notamment du développement durable du secteur de l’énergie en Afrique dans le cadre d’un partenariat renforcé avec les Etats-Unis. Cette conférence de trois jours, organisée par le département de l’Energie du gouvernement des Etats-Unis, a regroupé des ministres de l’Energie et de l’Economie en provenance de quelque 45 pays africains, ainsi que des hommes d’affaires africains et américains. Selon les observateurs, la conférence, qui entre dans le cadre d’une initiative destinée à susciter davantage l’intérêt des Etats-Unis pour l’Afrique, serait déterminante pour l’avenir du secteur de l’énergie et des économies africaines au 21e siècle. L’Afrique dispose d’énormes ressources énergétiques (pétrole, gaz, charbon et eau) largement sous- exploitées : 7% seulement de la production mondiale d’énergie sont assurés par le continent africain bien que la production commerciale ait pratiquement doublé depuis 1970.

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Selon également des sources concordantes, dans le secteur du gaz naturel, l’Afrique serait en train de se mettre à niveau dans la perspective de l’inéluctable mondialisation : elle dispose de 7% des réserves mondiales de gaz, dont elle ne produit que 4% pour n’en consommer que 2%. Dans ce sens, les exportations actuelles de gaz africain avoisinent les 55 milliards de mètres cubes par an et pourraient doubler dans une dizaine d’années. L’Algérie, premier pays gazier du Continent, rénove ses usines de gaz naturel liquéfié et construit un gazoduc à destination de l’Espagne, après avoir augmenté la capacité du conduit sous-marin qui la relie à l’Italie. Quant à la Libye, dans le sillage de l’Algérie, elle organise depuis plusieurs années déjà l’exploitation de son gaz dans le cadre d’un projet d’une canalisation sous-marine à raison de 10 milliards de mètres cubes par an à destination de l’Italie, le seul goulot d’étranglement ayant entre-temps été l’affaire Lockerbie17. Le Nigéria est en passe de devenir le 3e exportateur africain de gaz, étant donné la mise en service de l’usine de Bonny supposée devenir fonctionnelle début 2000 à raison d’une production annuelle de 8 milliards de mètres cubes. Mais alors qu’il est question d’extension de cette usine en vue d’accéder à des marchés autres qu’européens, le Nigeria, soucieux de prendre en compte les besoins intérieurs africains, s’active à organiser la construction d’un gazoduc qui pourra, dans un proche avenir, desservir le Bénin, le Togo et le Ghana « et, au besoin, d’autres pays voisins » selon Olusegun Obasanjo, entre-temps président en exercice de la CEDEAO.

De même, la part du continent en matière de consommation d’énergie commerciale a augmenté de 1% seulement, passant de 2% en 1970 à 3% en 1997. A l’origine de cette situation, il y a les faibles revenus par tête, le faible niveau d’industrialisation, le nombre insuffisant de véhicules et d’équipements électriques et la forte consommation d’énergie non commerciale, principalement le bois de chauffe et le charbon (qui accélèrent malheureusement la dégradation de l’environnement) ainsi que les déchets animaux. 16 Jeune Afrique, N° 1977, du 1er au 17 décembre 1998. 17 Après onze ans d’incriminations et d’atermoiements, les deux accusés libyens de l’attentat de Lockerbie (Ecosse) qui avait fait 270 morts en décembre 1988, ont comparu pour la première fois publiquement (mardi 07-12-99) lors d’une audience préliminaire devant des juges écossais siégeant de manière exceptionnelle aux Pays-Bas. La Libye remonte la pente et a même pu se repositionner sur l’échiquier politique africain, ainsi que le montre la récente déclaration de Syrte. Plus près de nous dans le temps, la situation s’est franchement améliorée et le président Khadafi a largement redoré son blason, faussant compagnie à Saddam Hussein qui du coup s’est retrouvé résolument seul dans l’œil du cyclone des Occidentaux acquis à la cause dominatrice des Etats-Unis d’Amérique qui, en avril 2003, imposèrent leur loi à l’Irak au grand dam de l’écrasante majorité des pays du monde contemporain. La suite de cette opération lancée sur fond de pétrole et non d’armes de destruction massive, de l’éclatement des hostilités à ce jour, on la connaît.

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Enfin, l’Egypte, grâce à la découverte de nouveaux gisements, rêve d’un ambitieux projet consistant en la construction, en partenariat avec l’Italie, d’un « gazoduc de la paix » qui approvisionnerait la Palestine, Israël et d’autres pays du Moyen-Orient. Ces projets et bien d’autres sont des motifs d’espoir pour l’Afrique dont on oublie souvent de mentionner les performances en matière de croissance économique, de démographie, d’éducation, d’alphabétisation et de processus démocratique. En effet, de 1966 à 1996, l’économie africaine a réalisé un taux de croissance de 4,5%, ce qui n’est guère négligeable étant donné les pesanteurs et les freins en tous genres qui ne militent guère en faveur des grands bonds en avant enregistrés sur le continent africain. De plus, le taux de croissance de la population africaine est de l’ordre de 3% par an, ce qui signifie un temps de doublement (peu alarmant) de 23 ans, étant entendu que le taux de 3% est inférieur à celui de la création de richesses (4,5%). Globalement, par conséquent, l’Afrique dispose d’un potentiel économique qui ne demande qu’à être développé, ainsi que l’a dit haut et fort dans divers forums Kwame Nkrumah il y a environ plus d’un demisiècle déjà, de même qu’il l’a écrit à satiété dans ses ouvrages, en particulier L’Afrique doit s’unir. Ainsi, les observateurs attentifs de l’évolution du continent africain n’ont cessé de rechercher les créneaux porteurs, à l’instar de Coca-Cola par exemple, qui, conscient du gigantesque marché qu’est l’Afrique, s’organise pour y accroître ses ventes de 15 % à l’horizon 2020, si d’ici cette date, il n’y a pas de bouleversements majeurs. De plus, le Zimbabwe constitue un cas fort intéressant en matière d’efforts endogènes soutenus ayant abouti à des résultats positifs dans le secteur de développement qu’est l’éducation. A l’indépendance de ce pays arrachée de haute lutte en 1980, seule la moitié de la population savait lire ; or, dix ans après, le nombre des maîtres du primaire a triplé et la totalité de la population enfantine a été scolarisée, sans compter le taux d’alphabétisation des adultes qui a atteint 85% en 1999. Or depuis lors, que reste-t-il de ces avancées ? L’utilité de l’éducation et l’amélioration des conditions de vie à divers niveaux ne sont point à démontrer dans les pays en voie de développement (africains, notamment). On est alors fondé de se demander pourquoi sur 70 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) liés à l’Union européenne dans le cadre de l’accord de Lomé IV, environ 14 et 45 ont estimé que l’éducation était une haute priorité et une faible priorité respectivement, tandis que 6 Etats (ACP) n’avaient à leur actif aucun projet d’éducation ou de formation viable. Pour Carol Bell Amy, directeur général de l’UNICEF, commanditaire du rapport ayant fait état des anomalies cidessus évoquées, l’explication réside en ce qui apparaît désormais comme 25

une fatalité que les Africains n’arrivent point à vaincre, à savoir « l’absence de volonté politique ». Et c’est cette lacune grave (qui hélas perdure) qui a largement conditionné de la part des Africains les relations entre les ressortissants de l’Europe voire de l’Occident et ceux de l’Afrique (sub-saharienne notamment) dans la période 1945-1975-2000, ainsi que l’Auteur du présent ouvrage le suggère dans les deux premières parties qui suivent. La quatrième partie en son chapitre A est réservée à certains spécialistes qui seuls peuvent prétendre connaître les liens qui existent entre certaines préoccupations d’un George Orwell, britannique et citoyen du monde des années 30 et 40, et les conditions de vie de ceux que Frantz Fanon a nommés « les damnés de la terre »18.

En République populaire du Bénin de 1975 à 1989, parmi les nombreux slogans « révolutionnaires » chers aux membres du Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB), il y en a un qui annonçait et/ou clôturait les discours de Kérékou 1 à savoir « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Ce slogan, le PRPB l’avait emprunté à Lénine. Or George Orwell avait ses prolétaires dûment représentés par certains personnages de 1984, ultime roman sociopolitique de l’auteur paru en 1948, trois ans après Animal Farm qui fustigeait au sortir de la Deuxième Guerre mondiale des dictatures européennes dont certains dirigeants de l’Afrique contemporaine ont pu s’inspirer pour le malheur de populations et sociétés prises au « piège sans fin » de leurs convulsions et autres manifestations de leurs contradictions internes.

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Première partie LES CHEMINS D’UN NECESSAIRE DEVELOPPEMENT
Le sous-développement est un thème qui a nourri une littérature abondante et constitue un sujet qui fera encore couler beaucoup d’encre et ceci, tant en raison de l’immensité que de la complexité de ce problème qui se pose d’emblée au niveau planétaire. Il n’est, pour s’en convaincre, que d’essayer de replacer dans son contexte politico-économique, et aussi bizarre que la chose a priori puisse paraître, l’événement scientifique que fut la réussite de l’expérience Apollo II. En effet, cet exploit scientifique semble, d’un certain point de vue, confirmer l’idée d’une nécessaire entente entre les diverses nations de la terre. Certes, les querelles idéologiques firent que le peuple chinois, entre autres, fut « politiquement » tenu dans l’ignorance de l’événement ; mais il n’est point homme alors adulte qui n’ait éprouvé quelque émotion à l’annonce du succès de la mission des trois cosmonautes américains… L’événement du premier voyage sur la Lune, spectaculaire si l’on veut, n’en demeure pas moins lourd de conséquences quant aux traditionnels rapports d’entraide et de coopération entre nations développées et pays en voie de développement. Quand on parle de sous-développement et de pays sous-développés, on pense d’abord et avant tout à une certaine misère, une misère humaine et économique que caractérisent par exemple certaines méthodes agricoles primitives et une quasi-totale absence d’industries. Certains esprits, un peu trop catégoriques, trouvent dans le sousdéveloppement la directe conséquence de l’exploitation de peuples moins éclairés par d’autres nations scientifiquement évoluées. Cette exploitation, disent-ils, consiste en une utilisation outrancière, par le monde développé, de matières premières ayant existé et existant encore en quantités importantes dans les pays sous-développés. Le retour d’Apollo II sur Terre donna lieu, on s’en souvient, à un branle-bas inaccoutumé, marqué par une minutie particulière dans la conduite des manœuvres de sauvetage. La « quarantaine » à laquelle eurent droit Aldrin, Amstrong et Collins s’explique par le souci qu’eurent les techniciens américains de limiter les risques de propagation sur Terre de corps nocifs en provenance de la Lune. Mais ces précautions, de nature apparemment « philanthropique », n’allaient point sans une certaine curiosité, peut-être fondamentalement scientifique, mais dont il ne semble pas moins qu’elle vise tant à servir qu’à

justifier certaines fins économiques : les échantillons de sol lunaire soigneusement enfouis dans des mallettes étanches furent en effet scrupuleusement analysés non sans péripéties mélodramatiques ! par les techniciens de la N.A.S.A. qui découvrirent comme par hasard que la poussière lunaire contenait une proportion non négligeable de corps « rares ». Ainsi, en dehors du fait que toutes les nations pauvres ou riches, petites ou grandes, entretiennent des rapports d’interdépendance qui se veulent pour le moins pacifiques, il ne semble pas que la conjoncture, du moins en ce qui concerne les cinq Grands d’alors, fût à la détente totale, les mécomptes des techniciens russes n’étant d’ailleurs point pour affadir l’ardeur des uns et des autres dans la course au Cosmos. En ce début de notre ouvrage et aussi inattendue que puisse paraître la chose, nous avons délibérément insisté sur la conquête du Cosmos pour une raison double, à savoir : - D’une part, que la conquête de la Lune, entre autres planètes, pourrait à long terme avoir une incidence sur les relations politiques et économiques entre les pays développés et sous-développés ; - D’autre part, que malgré et peut-être à cause des exploits scientifiques accomplis dans le cadre de la découverte de l’espace, le problème du sous-développement n’en continue pas moins de peser d’une manière générale sur les relations internationales. Il s’agit d’un problème qui se pose brutalement dans les termes suivants : à l’heure où les progrès de toutes sortes rapprochent les peuples, l’écart s’aggrave entre le monde des nantis et celui des moins pourvus. Ce n’est pas que la production s’accroît dans des proportions infimes alors que la population sous-développée enfle à un rythme plutôt accéléré ; ce qui fait que le revenu par habitant (qui vers la fin des années 60 correspondait en moyenne dans les pays sous-développés au 1/12ème environ de celui des pays développés) stagnait littéralement du côté des moins nantis d’alors qui sont d’ailleurs pratiquement les mêmes aujourd’hui, quarante ans plus tard… Le sous-développement recouvre une réalité dont il n’est point aisé de cerner les divers éléments. Notre étude porte exclusivement sur les pays d’Afrique noire qui, à n’en point douter, constituent un véritable cas d’espèce. Cette étude, nous avons choisi de la mener en trois étapes successives mutuellement complémentaires. Notre démarche, qui se veut essentiellement holistique, sera successivement circonspective, rétrospective, puis enfin prospective. Pour commencer, nous partirons d’un constat du sous-développement des pays d’Afrique noire et nous nous attacherons tout particulièrement à procéder, en quelque sorte, à un inventaire des divers éléments qui, à notre avis, caractérisaient il y a une quarantaine d’années le sous-développement africain. 28

Ensuite, jetant un regard en arrière dans le temps, nous nous efforcerons d’établir un bilan de l’effort accompli par les riches nations étrangères, en particulier l’Europe occidentale, pour sortir l’Afrique noire de son état de dépendance économique à l’égard du monde développé… Portant enfin notre regard vers l’avenir, nous essayerons de préciser les limites et de dégager la portée des efforts qui incombent non seulement à l’assistance extérieure mais surtout à l’Afrique et aux Africains. Ainsi, par un tel tour d’horizon nous aurons procédé à une certaine analyse de la préoccupante question du sous-développement des pays d’Afrique noire qui, plus que jamais, ont besoin d’être situés autant que possible dans le concert des nations du monde contemporain.

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A. LE SOUS-DEVELOPPEMENT AFRICAIN
1 - ASPECTS ÉCONOMIQUES a) Généralités L’économie de l’Afrique noire se caractérise par un certain nombre de vicissitudes et d’incohérences qui sous-tendent le cadre général que voici : - économies du secteur traditionnel - économies urbaines - économies de grandes firmes Qu’est-ce qui caractérise donc ces économies juxtaposées et pourquoi cette juxtaposition ? Il convient de distinguer entre économies locales et celles qui, pourraiton dire, évoluent en marge des réalités de leurs lieux d’implantation. - Non point que les firmes exportatrices, là où il y en a, constituent a priori un élément favorisant systématiquement le sousdéveloppement des pays d’Afrique. Au contraire, parce qu’elles connaissent parfaitement l’économie moderne, ces firmes pourraient constituer un facteur positif de développement, si elles faisaient partie intégrante des pays où elles sont implantées. Il semble y avoir là une sorte de légère contradiction dans les termes : en effet, ou bien une firme est exportatrice de matières premières ou bien elle est nationale. Mais en l’état actuel des choses, l’activité des grandes firmes est plutôt polarisée par la conjoncture des marchés internationaux, donc par l’état des marchés dans les pays développés. Cette dépendance est accentuée par des méthodes de production exigeant l’apport de matériel étranger et une faible proportion de main-d’œuvre locale. Par ailleurs, les centres de décision de ces grandes firmes sont situés à l’étranger. Autant de facteurs qui réduisent leur impact sur les pays où elles sont installées : elles paient des impôts, détiennent des devises, sans pour autant s’embrayer sur l’économie locale africaine. Elles jouent en quelque sorte le rôle d’un grand touriste international, et c’est sans doute à juste titre qu’on a parlé d’enclaves, d’îles de développement… s’agissant de ces firmes. - Juxtaposées aux firmes exportatrices et n’entretenant entre elles et avec les autres secteurs que de rares relations, les économies du secteur traditionnel subsistent, souvent repliées sur elles-mêmes. L’économie traditionnelle, c’est autant la société que l’économie à