Et si le libéralisme n'était pas le développement

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Il existe un peuple africain riche de sa civilisation, de ses traditions, ses cultures. Seulement, les hommes politiques enfermés dans des éducations culturelle, spirituelle et économique étrangères s'obstinent à marginaliser la tradition en dehors des choix de société. Après une critique des concepts reçus et une approche analytique des relations Nord / Sud, cet ouvrage propose un modèle économique fondé sur la cohésion entre les schémas de pensée, le système de fonctionnement hérité de la tradition et le modernisme.
Publié le : lundi 1 septembre 2003
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EAN13 : 9782296333321
Nombre de pages : 175
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ET SI LE LIBERALISME N'ETAIT PAS LE DEVELOPPEMENT
Le traditionalisme économique

cgL'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5026-5

Henri PEMOT

ET SI LE LIBERALISME N'ETAIT PAS
LE DEVELOPPEMENT
Le traditionalisme économique

L'Harmattan 5-7~rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia ViaBav~ 37 10214 Torino ITALIE

FRANCE

Du même auteur

ENTRE DEUX VIES, Caractères, 1992 (Poésie) LA SOUTERRAINEÏTE - Lettre à Jacques CHIRAC, Tanawa Convergence, 1996 (Essai) MEMOIRE D'UNE SAISON suivie de SANS PAPIER Tanawa Convergence, 1996 (Poésie) L'AFRIQUE BRULE - Le traditionalisme démocratique, 1ereéditon : Nouvelles du Sud, 1995 2emeédition: Tanawa Convergence, 1997 - (essai)

« Je m'adresse à tous ceux qui se confondent dans la dépendance à des modèles fondés sur des subjectivités extérieures à leur monde sensible par lâcheté, facilité intellectuelle ou trahison. J'écris pour ces tenants du savoir marginalisés par les fossoyeurs de l' histoire, les prédateurs des richesses culturelles. L'Afrique est encore un chantier inexploité aussi bien en matière de démocratie qu'en ce qui concerne le développement». Henri PEMOT.

PREFACE

Les observateurs avertis et les organisations comme l'UNESCO, l'OUA, la Banque Mondiale, de même que certains leaders politiques, sont unanimes pour dire qu'il ne peut y avoir de modernité audacieuse bénéfique à l'ensemble sans prise en compte des facteurs traditionnels, sociaux et culturels endogènes dans les stratégies du développement. Seulement, les hommes politiques enfermés dans des éducations culturelle, spirituelle et économique étrangères qui par là légalisent leur pouvoir, s'obstinent à croire qu'exterminer la population traditionalis\~ porteuse des idéaux communautaires, du développement, de la liberté leur garantit un maintien paisible sur le trône. Dans les années 62-64, les Bamiléké au Cameroun vont subir une répression militaire de l'armée régulière aidée par des officiers ftançais à la demande du Président Ahidjo en complicité avec Charles de Gaulle qui s'était convaincu que ce peuple menaçait les intérêts de la France au Cameroun. Pendant deux ans, des centaines de milliers de Bamiléké vont succomber aux tirs des officiers ftançais du corps expéditionnaire et de l'armée camerounaise. Un massacre que ni l'ONU, ni l'Europe, ni même le Vatican ne dénoncera. «En deux ans, de 1962 à 1964, l'armée

régulière a complètement ravagé le pays Bamiléké. Ils ont massacré de 300.000 à 400.000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques, les Bamiléké n'avaient aucune

chance» 1 rapportait Max Bardet, un des officiers, pilote

d'hélicoptère, quelques années plus tard dans un ouvrage. Curieuse récompense pour ce peuple qui avec le Cameroun a accueilli et secouru un Général De Gaulle errant pendant l'occupation de la France par Hitler et la collaboration de Pétain dans les années 40. Si cette attaque retient plus l'attention en raison de son ampleur, le peuple Bamiléké a en permanence été victime de la barbarie politique du pouvoir autoritaire camerounais de l'époque. Ceci, en raison de sa capacité à fédérer une résistance contre la confiscation des libertés aussi bien individuelle qu'économique et culturelle. De même, les kongo notamment les Lari - peuple du Pool, au sud de Brazzaville au Congo - une communauté de forte détermination traditionnelle portée par la langue et de puissante solidarité renforcée par le messianisme dont André Grenard Matsoua (fondateur de l'Amicale des originaires de l' Aftique Equatoriale Française, association dont l'objectif premier était de défendre les intérêts des colonisés) et J. Fulbert Youlou (premier président du Congo au sortir de la colonisation politique) serviront de référence - sont victimes, tout au long de l'histoire politique congolaise, d'exactions militaires. S'il est vrai que la sensibilité de la majorité de ce peuple à l'idolâtrie aveugle, offre aux leaders politiques, pour peu qu'ils se considèrent «bénis» par Youlou et par Matsoua, une porte ouverte à la manipulation et l'expose à la barbarie
1

Pour plus d'infonnation, consulter Ie web BAMILEKE.COM
indocile, éd. Karthala.

et Lire Achile Mbembé, L'Afrique

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politico-milaire, il n'en demeure pas moins que la combativité, la ténacité, l'obstination et la détermination qu'il puise dans la capacité de métamorphoser des situations de détresse en des dynamiques d'espérance sont des atouts dans la reconquête d'une liberté effective. Aussi, en convenant que le développement doit prendre appui sur le dynamisme endogène engendré par la prise en compte des traditions, de la façon dont chaque peuple conçoit la vie, le temps, le travail, le loisir, l'intellectuel afticain est invité à penser un système économique répondant au constat précité. Cet ouvrage, suite du Traditionalisme démocratique2, se veut une contribution concrète à l'édifice d'un modèle de développement authentique, communautaire et durable pour l'Afrique.

L'Afrique éd., 1997

2

Brûle, Le traditionalisme

démocratique,

éd. Tanawa, 2ème

Il

INTRODUCTION

« Trop souvent, on nous prête des intentions qui ne sont pas les nôtres, on interprète nos coutumes ou nos traditions en fonction d'une logique qui, sans cesser d'être logique, fi'en est pas une chez nous. » Amadou Hampâté Bâ Aspect de la civilisation africaine - Présence Africaine, Paris, 1972

Toute unité humaine, aussi naturelle qu'elle parait, dès lors qu'elle forme un groupe social organisé et structuré, traduit une culture, une civilisation, un monde sensible et obéit à une rationalité qui la fait, par là-même, exister en tant qu'être unité, en tant que corps constituant. Si l'on admet que la modernité n'a de sens que dans sa relation avec les solutions qu'elle est supposée apporter aux besoins du développement d'un groupe, alors, il ne peut y avoir de modernité en dehors des us et coutumes, de la civilisation du groupe. Ce, dans un souci de cohérence avec la rationalité avec laquelle le développement se conçoit et se réalise. Autrement, la modernité se présenterait comme une promotion de l'industrialisation des systèmes de production, indépendamment des besoins du développement 13

du groupe, soutenue par une idéologie aux prétentions universalistes. Or, une idéologie s'exprime à travers une pensée. Et, dès lors que la pensée est structurée, elle traduit une rationalité. A cet effet, aucune pensée - même dans l'acte de créer ou d'inventer, n'est générée par l'expression du néant, dans le seul fait qu'elle est exprimée dans un langage et à partir d'une rationalité qui conditionne sa genèse et la cohérence de son extériorisation. En définitif: toute pensée se réalise et évolue dans un univers de modèles, de référentiels sociaux, sociologiques et culturels sans leqtlel elle ne pourrait exister en tant qu'expression rationnelle. Ainsi, toute idéologie qui postule l'exportation de ses normes dogmatiques vers l'autre, porte en son sein un caractère de dépersonnalisation, d'acculturation, voire de négation en tant qu'être sensible, pensant, désirant de celui qui ne possède pas à la base les valeurs promues par elle. Si bien que, croire à un universalisme résultant d'un mécanisme naturel du monde en mouvement reviendrait à cautionner l'idée d'une pensée unique forgée dans le moule ultralibéral. Il existe un peuple africain riche de sa civilisation, ses traditions, ses cultures, facteurs d'explication de son système de fonctionnement qui impose d'aborder la modernité en intégrant les aspects traditionnels fondamentaux susceptibles de contribuer à une meilleure interprétation du développement. La première partie de cette analyse amorce une étude sur la personne en comparaison avec le décolonisé et l'élite. La personne, sans laquelle le développement ne peut être appréhendé qu'à un niveau abstrait qui conduirait droit à la pensée unique en dehors de toute subjectivité des peuples africains. La seconde partie est consacrée à une critique des concepts afin de mieux se les approprier dans la projection 14

d'un modèle de développement. La troisième partie constitue une approche analytique dans les relations Nord/Sud par rapport aux politiques de développement avec l'objectif de faire émerger les possibilités d'une meilleure coopération. La dernière partie propose un modèle économique fondé sur les réalités des peuples, modèle dénommé Traditionalisme Economique. Le traditionalisme économique tire sa source de la cohésion entre les schémas de pensée, le système de fonctionnement hérité de la tradition et les projets de développement censés améliorer la vie communautaire à partir d'une organisation politique et sociétale évoquée dans le précédent ouvrage: Le traditionalisme démocratique.

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PREMIERE PARTIE LE DECOLONISE ET LA PERSONNE

I LE DECOLONISE OU L'HOMME COLONISE

Tout en montrant que la décolonisation, qui se proposait de changer l'ordre du monde était en réalité un programme de désordre absolu, Frantz Fanon écrivait que «la décolonisation est la rencontre de deux forces congénitalement antagonistes qui tirent précisément leur originalité de cette sorte de substantification que sécrète et qu'alimente la situation coloniale. Leur première confrontation s'est déroulée sous le signe de la violence et leur cohabitation plus précisément l'exploitation du
colonisé par le colon

baïonnettes et de canons» . On aurait cru qu'avec les indépendances, la décolonisation aurait trouvé là, un moyen de réparation des torts causés aux peuples amcains. Hélas, elle a simplement facilité la translation de la colonisation politique vers une colonisation économique beaucoup plus astreignante. Les colons sont en retrait, propulsant leurs colonisés modelés dans les rouages des institutions coloniales aussi bien intellectuelles que spiri3 Les damnés de la Terre, éd. Maspero, 1968, p.6.

- s'est 3poursuivie

à grand renfort de

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