Ethique de direction en institution sociale et médico-sociale

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Quelles sont les « tensions éthiques » qui traversent et structurent la fonction de direction en institution sociale et médico-sociale ?
Répondre à cette question suppose de cerner la fonction de direction d'établissement ou de service du champ social et médico-social. Fonction délicate sinon diffcile, marquée par l'environnement complexe qui caractérise l'action sociale, fragilisée par le contexte d'incertitude des politiques publiques, exposée au risque que représente l'exercice du pouvoir et, enfin, impactée par les situations particulières des usagers.
Répondre à cette question suppose également de situer ce qu'est l'éthique dans l'action sociale et médico-sociale. Elle n'est ni une normalisation comme la morale, ni une règle professionnelle à l'instar de la déontologie. Elle renvoie la personne à ses choix quotidiens et les collectifs de travail, notamment les équipes de direction, à leurs responsabilités engagées dans l'action au nom d'un projet partagé.
L'éthique est un sujet à la mode, de toutes les modes… À l'heure où les critiques fleurissent contre le « management », elle peut être une opportunité facile pour redonner ses lettres de noblesse aux formes d'exercice du pouvoir mises à mal par l'évolution des institutions.
L'auteur se plie ici à une double exigence. D'une part, relier l'éthique et le politique parce que l'orientation de l'action en travail social repose sur un projet qui contribue à la construction sociale. D'autre part, relier les pratiques professionnelles avec le travail de la personne sur elle-même, parce que la fonction de direction ne peut qu'être habitée, investie par un sujet assumant sa responsabilité et interrogeant son rapport au pouvoir.
Ce livre est destiné aux cadres de direction, directeurs ou cadres intermédiaires, en exercice et en formation. Il s'adresse également aux formateurs.
Publié le : dimanche 22 septembre 2013
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EAN13 : 9782710127758
Nombre de pages : 128
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Éthique de direction en institution sociale et médico-sociale
Roland Janvier
©ESF éditeur 2015 (2e édition)
Division de Intescia
SAS au capital de 4 099 168 euros
52, rue Camille Desmoulins, 92448 Issy-les-Moulineaux cedex
ISBN : 978-2-7101-2775-8
ISSN : 1146-5778
www.esf-editeur.fr
Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5, 2eet 3ea, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective »et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou ses ayants droit, ou ayants cause, est illicite »(art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Du même auteur
Conduirel'améliorationdelaqualitéenactionsociale, Dunod, Paris, 2009.
Lafonctiondedirectioneninstitutionsocialeetmédico-sociale:dirigerc'estdujeu? , L'Harmattan, Paris, 2012.
Avec Yves Matho :
Comprendrelaparticipationdesusagersdanslesorganisationsd'actionsociale, Dunod, Paris, 2011 (4e édition).
Aide-mémoire:Ledroitdesusagers, Dunod, Paris, 2013. Avec Bertrand Dubreuil:
Conduirelechangementenactionsociale.Mutationspratiquesetdesorganisations, ESF éditeur, Paris, 2014.
Avec Michel Jezequelet Jean Lavoué:
sociétales,transformationdes
Transformerl'actionsocialeaveclesassociations, Desclée De Brower, Paris, 2013.
Blog :www.rolandjanvier.org
Table des matières
Uu même auteur Avertissement Introduction 1. L'éthique : une « volonté bonne »en actes Fondements des principes éthiques Uéontologie, morale ou éthique ? Soi L'autre Les autres Et au-delà. . . Repères pour le travail social Éthique à tous les étages ! Traductions professionnelles de l'éthique En pratique(s) Ûne éthique de direction en action sociale ? Ûne posture singulière Ûne responsabilité Ûn engagement 2. Le projet au service d'une « institution juste » Vivre « avec et pour les autres » « Je », « Tu », « Ils »et « Nous » Ûn projet collectif et personnalisé Ûne culture de la conflictualité Le niveau de la discussion Le niveau des fins du bon gouvernement Le niveau du processus de légitimation de la démocratie Ûne organisation humanisée et « humanisante » Le projet est un espace de vie Prévenir la violence : ordre et désordre Ûn management de la dignité humaine 3. Technique et éthique Les moyens et la fin Technique et humanité Ûne philosophie de l'action Le rapport entre technique et politique Ûn rapport transductif Consubstantialité 4. La pensée complexe pour aborder les politiques sociales Éthique et système Contre l'instrumentalisation de la pensée simplifiante Rapport d'usage et liberté L'action sociale : un système ouvert La rencontre de l'autre est déterminée par l'imprévu Ûne organisation capable d'accueillir l'imprévu dans la relation d'aide Uécentralisation Uélégation Transversalité 5. Ûne éthique de l'échange Comprendre
Éthique de la compréhension Le refus du plus petit dénominateur commun Le bien commun, condition d'une visée qualitative Évaluer L'intelligence collective Ûn rapport à la vérité Communiquer Émission/réception Rapport d'usage et reconnaissance Basculement des postures et de l'organisation qui les supporte 6. L'autorité pour autoriser Pouvoir et éthique Uu pouvoir à l'autorité La place d'exception Nouveaux fondements éthiques de la posture d'autorité Gouvernance et management Uu « prince »à l'opportunité Coopération et collégialité comme principes éthiques de management Le management des compétences 7. La volonté d'être soi Investir la fonction Ûn engagement. . . . . . et un dégagement Assumer les contradictions du système Produire de la cohérence Habiter la fonction Être humain Ûn constant retour sur soi Uirection et genre Être en vérité Le doute et l'incertitude comme dynamique d'action Ues convictions jusqu'à l'objection ? Conclusion Bibliographie Table des matières
Avertissement
Écrire sur la fonction de direction représente une prise de risque tant les enjeux que recouvre cette fonction sont délicats. J'ai choisi de prendre ce risque.
Écrire sur la fonction de direction dans les organisations sociales ou médicosociales représente un risque particulier du fait des questions qui se posent aujourd'hui au travail social et qui rendent plus complexes les missions d'encadrement. d'encadrement. J'ai accepté cette complexité supplémentaire.
Écrire sur l'éthique semble, aujourd'hui, être à la mode mais cela expose l'auteur à ne verser que quelques banalités de plus à un débat qui le dépasse. J'assume cette exposition aux critiques.
Mais alors, écrire sur l'éthique de la fonction de direction dans les organisations d'action sociale ou médico-sociale, là, c'est franchement de l'inconscience !
Je relève ce défi, non parce que je me sens à la hauteur mais par conviction.
Car ce qui paraît le plus déraisonnable dans ma démarche, c'est que je prends tous ces risques, non à partir d'une position théorique extérieure à la question, mais depuis le coeur de la fonction de direction.
Les pages qui suivent ne sont pas un «discours sur »mais un propos engagé « à partir »de ma pratique de direction. Ma responsabilité se trouve directement investie dans cet ouvrage parce que mon propos peut être lu par mes propres collègues et donc mis en balance avec une réalité, celle de l'organisation où j'assume la fonction de directeur général. Entre la réalité et les convictions que j'expose dans ces lignes, il y a tout l'écart des interprétations, tous les désaccords des positions personnelles, toutes les divergences de vues.
C'est peut-être cela l'éthique : la prise de risque personnelle d'un propos engagé depuis le point de vue de celui qui prend la parole.
Introduction
«Agisdetellesortequelamaximedetavolontépuissetoujoursvaloirenmêmetemps commeprinciped'unelégislationuniverselle1.»
Pourquoi entreprendre l'écriture d'un essai sur l'éthique concernant la fonction de direction dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux ? Pour se donner des repères dans la jungle des idées et, conséquemment, pour prendre position sur quelques enjeux forts d'une fonction d'autant plus exposée qu'elle est emblématique.
Ce livre n'est pas un cours exhaustif sur l'éthique. Il est simplement la trace d'une recherche de quelques balises qui, d'auteurs en auteurs, fondent les convictions d'un praticien convaincu que la théorie constitue l'étayage indispensable de ses pratiques. Il est donc très vite apparu nécessaire de recourir à quelques auteurs.
Le but est de ne pas parler dans le vide, ou de sa propre légitimité sans justification, mais de relier des convictions personnelles avec la grande tradition philosophique pour montrer que les idées sont avant tout affaire d'héritages, de filiations. Cependant, le parcours théorique qui introduit le propos et le sous-tend tout au long des pages est incomplet, imparfait, discutable et frustrant.
Incomplet parce que des philosophes sont dûment invités à la table des idées mais pas tous, ou pas tous ceux qu'il faudrait. Les absences ne sont pas justifiées par des désaccords ou l'insignifiance des travaux. Il fallait faire des choix, limiter les recherches, alléger les références. Que Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Hannah Arendt, Hans Jonas ou Baruch Spinoza acceptent des excuses pour ne pas avoir toute la place qu'ils méritent sur le sujet. Edgar Morin, Paul Ricoeur, Emmanuel Mounier, ont été non pas préférés, mais privilégiés, pour alimenter un itinéraire de pensée qui, faute de pouvoir être exhaustif et savant, se veut engagé et volontaire.L'éthiqueestunengagement.
Imparfait, parce que le propos ne vise pas à construire un argument scientifique qui serait épistémologiquement indiscutable. Le but est plutôt de montrer la manière dont des convictions fortes se sont construites. Partant du balbutiement de quelques idées, nées au coeur de pratiques quotidiennes, des rencontres avec des auteurs au fil de lectures aléatoires sont venues leur donner corps, les fonder, en faire de véritables convictions qui osent aujourd'hui s'écrire. Avec le secret espoir que cela puisse être un peu utile à quelqu'un.L'éthiqueestutile,utilisable.
Discutable, parce que, dans le monde des idées, seule vaut la discussion, le refus de prendre les opinions pour des affirmations définitives. Aussi construit que soit le discours et articulées que soient les démonstrations, toute idée doit offrir des failles, des fêlures qui ouvrent la perspective d'une possible remise en cause. L'imperfection L'imperfection des arguments qui suivent est donc à envisager comme une ouverture au débat.L'éthiqueestun débat.
Frustrante, parce que l'éthique n'apporte pas une réponse universelle et transférable à d'autres. C'est dans la contradiction que naît le questionnement éthique.«Leproblème éthiquesurgitlorsquedeuxdevoirsantagonistess'imposent2.»Ce livre est traversé par ces antagonismes. Il ne cherche pas à unifier une théorie de l'éthique.
Les questions abordées sont levées depuis les pratiques, elles sont donc marquées au fer des incohérences de toute expérience concrète.L'éthiqueesttension.
C'est cette démarche incomplète, mais engagée, imparfaite, mais utile, discutable, c'est-à-dire ouvrant à un débat, frustrante mais sachant utiliser la dynamique de la tension qui est proposée ci-après. Démarche qui établit quelques balises dans un univers d'idées où il est parfois délicat de se repérer. Le mot éthique, lui-même, est utilisé à tort et à travers, « mis à toutes les sauces ». Aujourd'hui tout est éthique !
Et à force que tout le soit, le risque est grand que plus rien ne reste vraiment habité par cette tension interne à nos actes qui les interroge sur leur sens. De même, tout doit « faire sens ». On « fait sens » aujourd'hui comme d'autres « font l'amour »...
Nous sommes passés du « sens unique » à une circulation tous azimuts où de trop rares « sens interdits » ne parviennent plus à baliser un itinéraire toujours menacé par le « sens giratoire », c'est-à-dire de tourner en rond. Toutes les idées se valent, chacun est libre de croire ce qu'il veut. Tout est disponible en rayon dans un monde transformé en supermarché des opinions. Mais jamais les « valeurs » n'ont été autant invoquées dans des discours incantatoires où ce terme ressemble à la couche de vernis dont on recouvre les façades abîmées d'institutions qui se délitent.
Nous sommes ainsi plongés dans un univers d'idées plurivalent, multiforme, pluriel et donc, inévitablement, ambivalent. Il semblait donc utile d'essayer de faire un point, un levé topographique, modestement, et du seul point de vue des questions éthiques qui interrogent la posture de direction dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux. L'objectif était, une fois une carte sommaire du paysage des questions éthiques rapidement esquissée, de pouvoir s'y situer.
Prendre position est, en effet, un enjeu de toute première importance quand on parle d'éthique. Les pages qui suivent ne dressent donc pas un inventaire neutre des enjeux éthiques. Elles exposent une prise de position, argumentée, étayée sur quelques auteurs, fondée sur une conception de l'homme, de la société, des rapports entre les personnes. Prendre position, du point de vue d'un sujet, engagé dans des idées et dans une pratique de direction, c'est, semble-t-il, le meilleur moyen de permettre au lecteur de se situer lui-même. À lui de repérer, au fil des thèmes abordés, ses points d'accord et de désaccord. À travers ce repérage, que chacun puisse mieux percevoir ses doutes, ses zones d'ombre, ses incertitudes mais aussi ses convictions personnelles, en consonance ou en opposition à celles qui sont affirmées ici.
Pourquoi, encore, entreprendre l'écriture d'un essai sur l'éthique concernant la fonction de direction dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux ? Entreprise un peu folle - s'il n'y avait la confiance d'un éditeur -du fait de l'ampleur du sujet et de ses multiples aspects. D'emblée, apparaît le risque de l'insatisfaction l'insatisfaction pour celui qui aborde ce texte avec la ferme intention d'y trouver des réponses. En matière d'éthique, il n'y a pas de réponse, que des questions ! Affronter, pour soi et au regard d'une fonction professionnelle, la tension éthique n'apporte pas la tranquillité. tranquillité. C'est au contraire entrer dans les tourments de sa conscience. Ce voyage intérieur peut cependant apporter l'apaisement d'une manière de vivre qui sait revenir sur ce qui lui est fondamental.
C'est ce retour sur soi qui permet d'oser affronter les turbulences de la responsabilité et de l'engagement. l'engagement. Il y a urgence de l'éthique parce que les incertitudes qui pèsent aujourd'hui sur toute fonction d'encadrement doivent être mises au travail pour être moins lourdes sur les épaules des personnes qui se risquent dans l'aventure de piloter un projet d'établissement ou de service, d'animer une équipe de professionnels, de gérer les contraintes matérielles et organisationnelles d'une institution.
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