//img.uscri.be/pth/05d7459266de12275dbf0b448f1943d6a7e8e3b3
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,25 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Etre biculturel : le cas des sourds

164 pages
En tant que membres d'une minorité linguistique et culturelle à l'intérieur d'une majorité d'entendants, de nombreux sourds sont en fait biculturels. Ils côtoient, participent et s'adaptent à la vie de deux cultures (sourde et entendante), même s'il arrive qu'ils s'identifient plus fortement à l'une ou l'autre. Cette diversité des personnes sourdes peut aboutir au rejet de l'une ou l'autre culture, mais souvent aussi à l'acceptation de ces deux mondes. Se pose aussi la question de l'appartenance aux autres cultures (religieuses, ethniques, sexuelles) à l'intérieur de la société.
Voir plus Voir moins



COnTaCTs - n° 2 - Être biculturel, le cas des sourds



Être biculturel : le cas des sourds



CONTACTS - N° 2 - Être biculturel, le cas des sourds

Chez le même éditeur
1, square du Croisic, 75015 Paris www.gers-biling.net

Le bilinguisme, aujourd’hui et demain Comment, pourquoi le le bilinguisme précoce ? Bilinguisme et implants, qu’en est-il ? Novembre 2003 - 17 €

Le bilinguisme : bien lire, aimer lire Comment utiliser fructueusement la connaissance de la LSF pour entrer dans l’écrit ? Doit-on considérer l’écrit comme une transcription de l’oral ou bien comme une langue à part entière avec ses propres contraintes phonologiques ? Quels sont les moyens et les méthodes trouvés par les équipes bilingues pour y parvenir ? Pour les tout-petits, la maternelle, le primaire, le secondaire ? Novembre 2004 - 15 € Relations Sourds-Entendants dans les équipes CONTACTS Sourds-Entendants, n° 1 Que se passe-t-il dans les équipes sourds-entendants ? Parents, professionnels sourds et entendants, quels points de vue ? Novembre 2005 - 18 €

4

Clind’œil sur les médias - Annette Gorouben

Êtrebiculturel:

le cas des sourds

Journée d’études 25 novembre 2006

Actes

5

sommaire
introduction
annette Gorouben .............................................................. 9

la personne biculturelle : un premier aperçu françois Grosjean .............................................................. 7 fragments d’identité joël chalude ..................................................................... 5 Les jeunes sourds qui voyagent : une occasion pour affirmer une identité bernard Douet ................................................... si je trouve ma place dans ma famille, je la trouverai partout ailleurs viviane matar touma …........................................9 De l’étymologie du signe français et de quelques autres : genèse des signes et biculturalisme yves Delaporte ........................................................87 vers une éducation interculturelle pour les enfants sourds ? fabrice bertin ................................................................. aux sources de la culture sourde benoît virole ................................................................... clins d’œil sur les médias, les entendants et les « sourds-muets » annette Gorouben ............................................................ 57

Comité de lecture
yves Delaporte
ethnologue, Directeur de recherche au cnrs

annette Gorouben
orthophoniste, présidente du Gers

pédiatre, ancien interne des Hôpitaux de paris ex-chef de clinique

Dr jean-claude Gorouben

Hélène Hugounenq
Doctorante en ethnologie

médecin de rééducation fonctionnelle, présidente honoraire du Gpf

Dr elisabeth Zucman

remerciements
nos remerciements chaleureux à la fondation orange pour son appui lors de la réalisation des journées d’études du Gers. la traduction en langue des signes française (lsf) des conférences de la journée du 5 novembre 00 a été assurée par les interprètes du sils (service d’interprètes en langue des signes).

introduction - annette Gorouben

annette Gorouben

introduction

COnTaCTs - n° 2 - Être biculturel, le cas des sourds

0

À partir du moment où il y a langage, il y a société. claude lévi-strauss

a

u cours de ces trente dernières années, j’ai rencontré de nombreux sourds : - des sourds oralisant rejetant les sourds gestuels; - des sourds gestuels rejetant les sourds oralisant; - des sourds oralisant ayant brusquement déposé leurs prothèses et décidé de ne plus parler alors qu’ils le pouvaient sans effort; - des sourds parlant, mais ne comprenant pas, car s’ils pouvaient exprimer, la lecture labiale seule ne leur donnait pas assez de repères; - des sourds gestuels désespérés de ne pas pouvoir parler avec leurs enfants entendants et de ne pas les entendre; - des sourds pleurant parce que leur enfant était sourd, ou au contraire pleurant parce que leur enfant était entendant… bref, une société vivante et disparate, pleine de contradictions, posant question à nombre d’entendants et aux sourds eux-mêmes. au cours de ces quinze dernières années, bien des changements sont intervenus qui font que les jeunes sourds de maintenant atteignent des niveaux supérieurs à leurs aînés. la technologie a beaucoup évolué tant en ce qui concerne les moyens de communication (informatique, téléphones mobiles avec sms, vidéo transmission) que l’arrivée des prothèses audi-

COnTaCTs - n° 2 - Être biculturel, le cas des sourds

tives numériques plus performantes, des implants cochléaires de plus en plus pratiqués, permettant à de nombreux sourds un meilleur accès à l’oralisation. La législation donne aujourd’hui aux parents la tâche difficile de faire un choix éducatif dès le diagnostic de surdité, celui-ci intervenant de plus en plus tôt puisqu’actuellement il est expérimenté au lendemain de la naissance. absurdité dont il faudra bien sortir un jour pour éviter que les uns ou les autres plongent brutalement dans une direction ou une autre selon le premier professionnel de la surdité rencontré au moment du diagnostic. Aussi, parce que ce choix est bien difficile, et que, s’ils ne trouvent pas dans l’orientation qu’ils ont choisie les bénéfices qu’ils en espéraient pour leur enfant, les parents se détournent tout aussi brutalement de leur choix premier pour s’engager dans l’option inverse. Dans les établissements, on remarque un soudain engouement pour la lsf, le lpc, chacun faisant de tout un peu. les politiques, dans le dessein de réduire les coûts engendrés par l’éducation spécialisée, poussent vers l’intégration en école ordinaire, en oubliant trop souvent ce que peut vivre un enfant sourd seul dans une classe d’entendants, coupé de ses pairs. nous ne discuterons pas aujourd’hui de ces aspects de la vie des parents et des enfants qui feront l’objet du prochain numéro de notre revue. le mot « culture » est évoqué actuellement dans tous les milieux, qu’il s’agisse de ce qui caractérise une société (langue, religion, ethnologie, politique), un groupe de professionnels (culture des milieux de l’industrie, de l’éducation, du médicosocial), et bien sûr aussi le jardinage et ce qu’on peut faire pousser sur notre terre. quand le professeur Grosjean a proposé une journée sur le thème du biculturalisme, à partir de travaux qu’il mène depuis de nombreuses années, j’ai trouvé que c’était l’occasion rêvée


introduction - annette Gorouben

d’aborder un sujet qui traverse non seulement la communauté sourde, mais aussi la communauté entendante, avec tous ces « ismes » destructeurs comme racisme, fondamentalisme, ostracisme, communautarisme. « être biculturel » est le titre que nous avons choisi en sachant pertinemment que cette réalité bien particulière qui caractérise le vécu des personnes sourdes n’est pas comparable terme à terme avec celle des entendants. pourtant, on peut dire qu’être biculturel – aussi bien en surdité que chez les entendants (devenir une « entendante » a été une grande surprise pour moi en son temps) – recouvre l’acceptation de deux ou plusieurs parts de soi-même, complémentaires. être biculturel, d’une façon générale, ce n’est pas seulement être bilingue, mais c’est être imprégné, d’une façon ou d’une autre, par le milieu dans lequel on baigne, on a été élevé. pour les sourds qui, comme nous le savons bien, ont pour la plus grande part des parents entendants, des frères et sœurs et des enfants tantôt entendants tantôt sourds, l’appartenance à ces deux groupes grossièrement déterminés par une particularité sensorielle, la possibilité d’entendre plus ou moins bien, me semble être une évidence. car comment faire autrement dans un monde entendant où il est inévitable de vivre et de travailler ? le tout est qu’ils puissent exister sans rejeter ce qu’ils ont acquis, ce qu’ils sont, qu’ils puissent ne pas laisser se former ces stratifications artificielles entre « vrais sourds » et « faux sourds », sourds lpc versus sourds lsf, sourds oralisant versus sourds gestuels, sourds porteurs d’implants versus sourds porteurs de prothèses externes… et puis on pourrait ajouter sourds du nord, sourds du sud, de l’est ou de l’ouest pour faire encore plus hétérogène, blonds ou bruns, etc. j’ai vécu un jour, il n’y a pas si longtemps, peut-être sept ans, une bien douloureuse expérience : une soirée organisée par une association de sourds dont le thème était consacré aux


COnTaCTs - n° 2 - Être biculturel, le cas des sourds

parents entendants d’enfants sourds et au désir très motivé qu’avaient ces sourds de les accueillir. ils expliquaient combien c’était important que les parents rencontrent des sourds, tout le bénéfice que leur enfant en retirerait, combien de voir des sourds adultes lui serait profitable, combien la LSF permettait aux enfants une communication harmonieuse même tout petits, combien les sourds étaient heureux de les accueillir, etc. ce qui est exact, mais… quelques familles entendantes étaient présentes… je les ai vues tristement partir les unes après les autres : les sourds avaient tout simplement oublié que ces parents qui venaient d’apprendre la surdité de leur enfant, rencontrant des personnes sourdes pour la première fois, ne pouvaient se passer d’un interprète pour pouvoir les comprendre. j’ai entendu des parents dire en partant : « si c’est comme cela qu’ils espèrent nous convaincre ! ». c’est vrai : le milieu des sourds gestuels apparaissait comme clos, hermétique, rébarbatif… c’est justement contre ces positions extrêmes que je me suis toujours battue. être bilingue et biculturel me semble être la meilleure façon de se construire. les textes ici réunis traitent de différents aspects de ce biculturalisme : le professeur françois Grosjean, biculturel lui-même par son appartenance au royaume-uni et à la suisse, parfaitement bilingue français-anglais, a travaillé durant douze ans à l’université Gallaudet pour les sourds, à Washington, aux côtés de Harry markowitz (il est un bon locuteur en asl aussi). récompensé pour son travail en faveur des sourds par une médaille qui lui a été attribuée par les sourds suisses récemment, il s’est fort intéressé à cette dimension identitaire. françois Grosjean est professeur de psycholinguistique et directeur du laboratoire de traitement du langage et de la parole à l’université de neuchâtel en suisse. après des études universitaires à paris, menées jusqu’au doctorat d’état, il a travaillé douze ans aux


introduction - annette Gorouben

états-unis (northeastern university et mit) dans les domaines de la perception et la production du langage (langue orale et langue des signes) chez les monolingues et les bilingues. il est revenu en europe en 98 et occupe actuellement une chaire de traitement du langage et de la parole à l’université de neuchâtel. il est l’auteur d’une centaine d’ouvrages et d’articles, et fondateur de la revue Bilingualism : Language and Cognition (cambridge university press). joël chalude, comédien talentueux bien connu, a été élevé dans l’oralisme et a découvert la lsf tardivement en même temps qu’il remettait en question non sa capacité de parler, car la parole qu’il manie avec brio fait partie de lui-même, lui est fondamentalement nécessaire, mais le fait qu’étant sourd, il ne pouvait s’exclure de ses pairs sans en souffrir. sa carrière lui a fait toucher à tous les domaines de l’expression théâtrale, du mime à la mise en scène, en passant par la danse, le cirque, le cinéma, et enfin à l’écriture avec le livre qui le raconte, Je suis né deux fois. viviane touma est psychologue, créatrice de tests psychologiques adaptés aux enfants sourds. elle nous apporte la vision libanaise de la surdité. psychologue clinicienne et psychothérapeute en privé, et à l’institut père roberts pour jeunes sourds (iprjs), elle a déjà une longue carrière orientée vers la recherche. elle est aussi professeur associé et chercheur à l’université saint esprit Kaslik (useK) et à l’université saint joseph (usj) de beyrouth. également, elle est formatrice en matière de pédagogie spécialisée, de psychologie clinique et psychopathologique depuis 990, membre du biap (bureau international d’audiophonologie) depuis 00. son intérêt pour les enfants sourds l’a conduite à créer un matériel psychologique d’évaluation sociale tsea avec b.virole (publié par ecpa, paris, 00-00), ainsi qu’une batterie de tests pour sourds (étalonnage en cours). elle est directrice de liban tests
5

COnTaCTs - n° 2 - Être biculturel, le cas des sourds

editions (lte) pour la distribution de tests psychologiques, orthophoniques et d’orientation. bernard Douet, psychologue psychothérapeute, maître de conférences et directeur de recherche à l’université paris v travaille égale-ment au centre pour jeunes sourds du château de la norville. un échange entre jeunes sourds libanais et jeunes sourds français a eu lieu dans cet établissement, les jeunes sourds français devant à leur tour visiter leurs pairs libanais, voyage remis à plus tard à cause des événements politiques actuels au liban. le travail de bénédictin, d’observateur passionné d’yves Delaporte, est impressionnant. ethnologue, directeur de recherche au cnrs, ses travaux portent sur la culture lapone, l’ethnozoologie, l’anthropologie du vêtement et, depuis 99, sur l’anthropologie de la surdité et des langues signées. il est membre du laboratoire d’anthropologie urbaine (cnrs, ivry-sur-seine). ses principaux ouvrages ont été d’abord orientés vers les populations du Grand nord : Une communauté d’éleveurs de rennes, 98 ; Chants lapons, 989 ; Le regard de l’éleveur de rennes, essai d’anthropologie cognitive 00 ; Le vêtement lapon, 00 ; tout en tournant en parallèle son regard plein de perspicacité et d’humanisme vers les sourds : Moi, Armand, né sourd et muet (avec armand pelletier), 00 ; Les sourds, c’est comme ça, 00. actuellement il travaille à l’édition d’un dictionnaire étymologique des signes, énorme et patient travail de recherche dont nous verrons dans ce numéro quelques extraits. fabrice bertin, sourd lui-même, est professeur d’histoiregéographie et formateur à l’institut national de suresnes (ins Hea), chargé de cours à l’université de paris viii, militant pour une éducation bilingue et biculturelle, mais avant tout militant pour «l’accessibilité pédagogique», auteur du film « Une scolarité bilingue en cycle 1 et 2. Un autre regard sur l’enfant sourd» (cnefei, 005).