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Étude et Revue de l'histoire de l'empereur Napoléon III - Jadis, et maintenant !

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132 pages

La famille Bonaparte, qui était noble, est originaire d’Italie. Son illustration remonte au XIIe siècle.

A cette époque, on en distingue trois branches, dont la troisième, la seule existant aujourd’hui et la plus illustre, résidait dans le territoire de Gênes.

Un membre de cette troisième branche, Charles-Marie Bonaparte, né en 1746, à Ajaccio, mort à Montpellier en 1785, épousa, en 1767, Lætitia Ramolino, et en eut trois filles et cinq fils, dont Louis, frère de Napoléon Ier, qui naquit en 1778 et mourut en 1846, roi de Hollande, marié en 1802, à Hortense de Beauharmais, père de Charles-Louis Napoléon, le futur Empereur des Français.

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NAPOLÉON III

Comte Durand de Beauregard

Étude et Revue de l'histoire de l'empereur Napoléon III

Jadis, et maintenant !

L’expérience a révélé la force du parti bonapartiste. ou pour dire plus vrai, du nom de Napoléon. C’est beaucoup d’être à la fois une gloire nationale, une garantie révolutionnaire et un principe d’autorité Il y a là de quoi survivre à de grandes fautes et à de longs revers.

 

GUIZOT.

INTRODUCTION

Nous n’avions pas encore, en France, d’histoire véridique de l’empereur Napoléon III. C’est pourquoi nous avons essayé de nous faire une idée des jugements contradictoires portés sur son caractère et sur sa politique, sur le Coup d’Etat du Deux-Décembre, sur les détails anecdotiques du Règne, sur la politique extérieure, sur diverses personnalités qui ont illustré la période Impériale.

Avoir redressé les erreurs des historiens et surtout des pamphlétaires, avoir défendu contre les calomnies la mémoire de l’Empereur : tel a été notre but, et nous osons espérer y être parvenu.

 

COMTE D. DE BEAUREGARD.

NOTE DE L’ÉDITEUR

L’ouvrage, dont nous donnons aujourd’hui une édition définitive, est de ceux qui ne sauraient passer inaperçus.

Nous sommes, en effet, à une époque où — qu’on le veuille ou non — un renouveau napoléonien n’est pas contestable.

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LE COMTE D. DE BEAUREGARD

Aussi, tous les livres qui ont trait à l’Empire, surtout ceux qui concernent le Second, sont-ils lus avec une faveur marquée.

C’est le cas de celui que le comte Durand de Beauregard a publié sous le titre de « Etude et revue de l’histoire de l’Empereur Napoléon III » et dont la première édition, parue en 1902, obtint un véritable succès.

Par un très logique enchaînement d’idées, le public aime à connaître, au moins dans ses grandes lignes, la biographie des auteurs auxquels va son approbation.

C’est pourquoi il nous a paru nécessaire de donner ici une notice sur la comte Durand de Beauregard.

Nous l’avons empruntée à l’excellente publication qui s’appelle le Dictionnaire des Contemporains.,

La voici

« Ecrivain, orateur, né le 7 mai 1857, à Paris, le comte Louis-Charles-Octave Durand de Beauregard appartient à une famille très anciennement connue, ennoblie à la fin du règne de Louis XV. Après avoir fait à Paris ses études classiques, il parcourut l’Orient, une partie de l’Asie et de l’Afrique et l’Europe tout entière dans un but constant d’études. On lui doit la publication de diverses narrations de voyage, d’un style vif, d’une observation sagace et subtile ; des études sur la littérature portugaise et ses impressions aux pays scandinaves : Danemark, Suède et Norvège.

De convictions très nettement bonapartistes, le comte de Beauregard s’est, depuis longtemps, montré l’un des plus ardents adversaires de la République. Président d’honneur du Comité plébiscitaire Napoléonien du IXe arrondissement de Paris, membré de la Ligue de la Patrie française et de la Ligue des Patriotes, il s’est révélé orateur de talent dans nombre de conférences historiques ou politiques, qu’il a données non seulement à Paris, mais à Nice, à Toulon, à Marseille, à Toulouse, au Vigan et dans d’autres centres ouvriers, où sa parole convaincue et enthousiate a été souvent applaudie.

Toujours dans le même ordre d’idées, le comte de Beauregard, pour servir la cause qu’il soutient avec dévouement, a publié : une remarquable Etude et revue de l’histoire de l’Empereur Napoléon III, ouvrage très artistement édité, dans lequel il s’efforce, avec conviction et non sans talent, de réfuter les critiques faites contre le régime impérial (1 vol. 1902) ; une Histoire du Maréchal Massena, enfant de Nice (1 vol. 1903) et un ouvrage des plus importants sur les Maréchaux du Premier Empire et les Maréchaux du Second Empire (1 vol. 1904), qui contient de précieux documents sur nos gloires militaires, On lui doit aussi une autobiographie, sous forme de récit humoristique, intitulée : Ma vie écrite en cinq minutes.

Il a collaboré à divers journaux ou revues, sous son nom ou sous divers pseudonymes, notamment à la Délivrance, au Suffrage Universel, au Napoléon, etc... »

 

Nous sommes convaincus que les lecteurs du présent livre ratifieront pleinement le jugement porté par le Dictionnaire des Contemporains sur l’écrivain auquel est dû l’ « Etude et revue de l’Histoire de l’Empereur Napoléon III ».

 

S.P.L.I.

HISTOIRE DE L’EMPEREUR NAPOLÉON III

I

Généalogie de la Famille Impériale

La famille Bonaparte, qui était noble, est originaire d’Italie. Son illustration remonte au XIIe siècle.

A cette époque, on en distingue trois branches, dont la troisième, la seule existant aujourd’hui et la plus illustre, résidait dans le territoire de Gênes.

Un membre de cette troisième branche, Charles-Marie Bonaparte, né en 1746, à Ajaccio, mort à Montpellier en 1785, épousa, en 1767, Lætitia Ramolino, et en eut trois filles et cinq fils, dont Louis, frère de Napoléon Ier, qui naquit en 1778 et mourut en 1846, roi de Hollande, marié en 1802, à Hortense de Beauharmais, père de Charles-Louis Napoléon, le futur Empereur des Français1.

L’hérédité de la dignité Impériale, à défaut de descendance mâle de Napoléon 1er, devait être dans la famille de son frère Joseph, roi de Naples, puis d’Espagne, l’aîné de la famille, et, en second lieu, dans celle de Louis.

C’est en vertu de ces dispositions que le prince Louis-Napoléon fut le légitime héritier de l’Empereur Napoléon Ier, quand il naquit le 20 avril 1808.

Un registre de famille pour la naissance des enfants de la dynastie Napoléonienne avait été déposé au Sénat, comme le grand livre des droits de successibilité à l’Empire. Le prince Louis y fut inscrit le premier.

Lors de cet événement, Napoléon était au château de Marsac, attendant Joséphine, alors à Bordeaux. Il lui écrivit aussitôt :

 

Bayonne, 23 avril 1808.

Mon amie, Hortense est accouchée d’un fils ; j’en ai éprouvé une vive joie. Je ne suis pas surpris que tu n’en dises rien, puisque ta lettre est arrivée du 21, et qu’elle est accouchée le 20 dans la nuit...

Adieu, mon amie.

Napoléon.

II

L’enfance du prince Louis-Napoléon

Troisième fils de Louis-Napoléon, roi de Hollande, frère de Napoléon Ier, et de Hortense-Eugénie de Beauharnais, fille de l’Impératrice Joséphine, le nouveau-né, Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, vit le jour à Paris, au Palais des Tuileries, le 20 avril 1808. Le jeune prince était à la fois le petit-fils et le neveu du Grand homme, qui était alors à l’apogée de sa puissance.

Le prince Louis naissait si faible que sa mère pensa le perdre le jour où il vit le jour. Il fallut, a-t-elle raconté, le baigner dans du vin, l’envelopper dans du coton, pour le rappeler à la vie. La mienne ne m’occupait plus. De sinistres idées n’offraient à mes yeux que la certitude de mourir. Je m’y attendais si bien que je demandais froidement à mon accoucheur si je pouvais encore passer un jour.

La nourrice du Prince s’appelait Mme Bure.

Nous signalerons rapidement les événements, trop connus, pour qu’on y insiste, du divorce de Napoléon et du départ pour là Malmaison de Joséphine à qui succédait Marie - Louise. Nous ferons seulement observer ce fait que Joséphine en profita pour demander et obtenir de l’Empereur la-faveur de garder près d’elle sa fille, que les convenances appelaient en Hollande. Aussi bien, le roi Louis ne devait plus y demeurer longtemps. Son abdication devant suivre de deux ans à peine la naissance de son troisième enfant, et précéder de quatre mois le baptême du prince Louis, qui ne reçut ce sacrement des mains du cardinal Fesch, son oncle, que le 10 novembre 1810, au Palais de Fontainebleau. Il eut pour parrain Napoléon et pour marraine Marie - Louise. La chapelle du Palais avait été magnifiquement décorée pour la solennité, durant laquelle l’Empereur devait recevoir le serment de trois Evêques, nouvellement ordonnés : Mgr Le Camus, Mgr Costaz et Mgr Baillou, nommés, le premier à Aix-la-Chapelle, le second à Nancy, le troisième à Orléans. Un trône avait été élevé, à cet effet, en face du siège que devait occuper Mgr de La Roche, Evêque de Versailles, officiant ; la messe en musique était de la composition de Lesueur. Le cardinal Fesch ayant ondoyé le jeune prince dans les bras de sa mère, l’Empereur s’adresse à sa belle-fille : Madame, donnez-moi mon fils. Et comme l’enfant commençait de crier « Ah ça ! monsieur, voulez-vous venir avec moi ? »

En sortant de la chapelle, Napoléon dit à ceux des grands dignitaires placés près de lui : « Avant peu, messieurs, nous aurons, je l’espère, un autre enfant à baptiser. »

Le lendemain, racontent MM. Chopin et Leynadier, l’Empereur envoya à la reine Hortense un magnifique collier de perles fines, dont les plus petites étaient de la grosseur d’une noisette. Le cadenas de ce collier était monté d’un superbe saphir entouré de brillants. Toutes les personnes de la Maison de la Reine, qui avaient assisté à la cérémonie, reçurent également un riche présent.

Le Prince grandit entre sa. grand’mère et sa mère. De temps à autre, l’Empereur faisait demander les deux frères, l’aîné Napoléon-Charles, étant mort, à cinq ans, du croup, et, bien que le dernier ne fût pas d’âge à comprendre, il se plaisait à leur dicter pour l’avenir de véritables règles de conduite.

Le prince Louis passa des bras de Mme Bure dans ceux de sa gouvernante, Mme de Bombers, dans ceux aussi de Mlle Cochelet, lectrice de la reine Hortense ; puis, un précepteur lui fut donné : l’abbé Bertrand.

Cependant les événements vont se précipitant. L’étoile de l’Empereur pâlit de jour en jour. Nous sommes en 1814. Le roi Louis s’arrache à sa mélancolie de roi détrôné, et accourt à Paris offrir son bras à son frère. Je suis bien aise que mon mari soit ici, répond la reine Hortense à la personne qui lui en apprend la nouvelle. C’est un homme excellent, et, de plus, un bon Français ; il le prouve en ce moment plus que jamais. C’est ainsi qu’il faut reconnaître tout ce que le peuple français a fait pour notre famille.

Napoléon se rend à son. quartier général de Châlons-sur-Marne. La campagne de France est malheureuse. L’Impératrice se voit dans l’obligation de s’enfuir. Le roi Louis n’a qu’une pensée : sauver ses fils des dangers de l’invasion, et cela, malgré l’insistance de leur mère à ne point quitter Paris.

Enfin la Reine consent à partir, à neuf heures du soir, accompagnée de Mme Mailly, la sous-gouvernante, de M. et Mme d’Arjuzon, de M. de Marmold, de Mme Bure, de Mlle Cochelet et d’une femme de chambre, et se rend près de sa mère, à Navarre, où s’était réfugiée Joséphine. C’est là que la reine Hortense devait apprendre le départ de Napoléon pour l’île d’Elbe.

Quelque temps après, sur l’insistance de M. de Nesselrode, la Reine alla à la Malmaison, dont l’empereur Alexandre devint l’un des hôtes assidus. Il avait été curieux de connaître Joséphine ; il prit plaisir à la société de la reine Hortense, auprès de laquelle il s’excusait sans cesse d’avoir été l’un des promoteurs de l’invasion.

A cette époque, Napoléon-Louis a dix ans et Louis-Napoléon en a six. A ces âges, on commence à raisonner les choses. Ces deux enfants ont entendu le bruit retentissant de la chute d’un trône, et ce trône était celui de leur oncle, après celui de leur père. Dans ce château de la Malmaison, jadis témoin de leurs ébats, ils voient défiler des uniformes étrangers. Pour amener une diversion, il faudrait une joie inespérée ; c’est une mort qui se prépare, celle de Joséphine, leur grand’mère, succombant à une affection de la gorge, et le cercueil de l’Impératrice ne sera suivi que par deux enfants en deuil, conduits par la duchesse d’Arberg. Bientôt, suprême épreuve ! ils vont être séparés de leur mère, partie pour Plombières, et demeurer seuls à la garde de Mme de Bombers, de M. Deveaux et de l’abbé Bertrand.

Tout à coup une nouvelle circule de bouche en bouche : l’Empereur est revenu de l’île d’Elbe. Il est aux Tuileries. Un de ses premiers soins est d’y demander la reine Hortense, qui s’y rend, accompagnée de ses deux enfants. L’Empereur les embrasse ; puis, entendant les acclamations du peuple par une fenêtre du pavillon de Flore, il lui montre ses neveux qui connaissent l’enivrement de la popularité.

Aux acclamations du peuple succède le fracas des armes ; car il s’agit de parer aux décisions du Congrès des souverains et de leurs plénipotentiaires, réunis à Vienne. C’est la guerre !

Napoléon va partir pour Waterloo. Le temps passe, et vite ! Un soir, on annonce à la reine Hortense la visite du duc de Rovigo. L’Empereur a été battu, la France est de nouveau en danger, les alliés marchent sur Paris. La nouvelle du désastre de Waterloo est confirmée. Napoléon rentre à l’Elysée. C’était la dernière étape avant Sainte-Hélène.

L’Empereur à jamais prisonnier, il s’agissait de prendre une détermination. A l’éclat du trône succédait la rigueur de l’exil.

III

L’Exil. — L’Éducation

La Reine fugitive, après la rentrée de Louis XVIII à Paris, se voit contrainte de quitter la France. Elle obtient d’être escortée d’un chambellan de l’empereur d’Autriche, part avec les deux jeunes princes, M. de Marmold, son écuyer, Mme Bure et une femme de chambre, et, après mille péripéties, arrive à Genève. Mais à peine a-t-elle touché le territoire Suisse, que le gouvernement de Genève lui signifie d’avoir à repartir.

Pour aller où ! demande-t-elle à son entourage. Nous n’en savons rien, lui répond-on. Nous n’avons jamais vu chose semblable. Et se tournant vers M. de Marmold, le chambellan de l’empereur d’Autriche lui dit : Que vais-je faire de la Reine ? L’embarras de ce dernier fait pitié à la fugitive. Jetez-moi dans le lac, en ayant l’air de ne pas l’avoir fait exprès ; car, enfin, il faut bien que je sois quelque part1.

On se décida pour Aix, où un des plus grands chagrins de sa vie attendait la Reine. Un envoyé du roi Louis vient réclamer l’aîné de ses fils. Il faut se séparer. La scène est affreuse. La Reine tomba malade, et le prince Louis fut, de son côté, si affligé du départ de son frère qu’il en eût une jaunisse, qui n’eût heureusement pas de suites fâcheuses.

Aix devenant insupportable, la Reine se mit en campagne, et, après une résidence de quelque temps à Augsbourg, acheta, en 1817, le château d’Arenenberg, sur le lac de Constance, désireuse qu’elle était que l’éducation de son fils se fit dans un pays libre. Elle suivait les mouvements extérieurs avec une attention démontrant qu’elle ne passait pas tout son temps, comme certains historiens l’ont prétendu, à dessiner ou à composer de la musique, lorsque la mort de l’Empereur vint la surprendre.

La disparition de Napoléon qui, même du haut du rocher de Sainte -Hélène, jouait encore un rôle, changea les vues de la Reine. Le bonapartisme faisant alliance avec le libéralisme, il s’agissait de donner au Prince une éducation et une instruction qui le préparassent à ce nouvel avatar politique. Reine, qui, déjà, avait choisi pour successeur à l’abbé Bertrand M. Le Bas, comme précepteur M. Vieillard, ancien officier d’artillerie, qui avait déjà été le précepteur de son fils aîné. Il eut sur l’esprit du Prince une action bienfaisante. Outre les répétitions de M. Vieillard, le Prince avait les leçons des professeurs du collège d’Augsbourg. Mais la véritable éducatrice était encore la mère.

A Arenenberg, séjour enchanteur, le prince Louis poursuivit ses études et put se livrer aux exercices militaires sous la direction du général Dufour, à qui la Suisse doit sa liberté.

A 22 ans, l’éducation du Prince était presque complète. Il parlait presque toutes les langues de l’Europe. En même temps, il était passé maître dans les exercices du corps. Tout lui devint familier. Il ne tarda pas à marquer comme son oncle un goût tout particulier pour l’artillerie. Il avait étudié ces nombreux champs de bataille de la Suisse où avait brillé la valeur française. Il publia alors un ouvrage qui fixa sur lui l’attention du monde militaire, intitulé : Manuel de l’artillerie pour la Suisse, dans lequel il expliquait la science de Napoléon dans les grandes manœuvres, œuvre des plus remarquables, dont tous les journaux français et étrangers firent un éloge grandement mérité.

Le Prince fut, dès lors, considéré comme possédant un esprit militaire consommé.

Le jeune proscrit était à Thun, lorsqu’éclata la révolution de 1830, qui lui avait fait espérer un instant de voir la fin de son exil. Mais le gouvernement de Louis-Philippe proscrivit impitoyablement tous les membres de la famille Impériale.

Avide de périls et surtout de ceux que couraient ses compatriotes, on le voit, durant le siège d’Anvers, se plaisant à se mêler à eux, sous le feu de la place.

Sur ces entrefaites éclatent des troubles en Italie. Le Prince combat dans les rangs des patriotes italiens, qui avaient levé l’étendard de l’indépendance, et soutient dignement l’honneur de son nom ; mais il a le malheur de voir son frère aîné, qui l’avait rejoint, enlevé par une maladie subite.

Devant des forces trop considérables, il fallut se replier. A Ancône, où les patriotes italiens avaient opéré leur retraite pour ne pas tomber au pouvoir de l’ennemi, la reine Hortense, qui, à la chute de l’Empire, avait pris le titre de duchesse de Saint-Leu, était accourue pour essayer d’arracher son enfant à une maladie qui menaçait son existence.

Bravant la loi de proscription qui la frappait, elle arrive à Paris, descend place Vendôme à l’hôtel de Hollande, et demande au roi Louis-Philippe la permission d’attendre dans la capitale que son fils soit complètement rétabli. Mais des manifestations autour de la colonne Vendôme à propos de l’anniversaire de la mort de l’Empereur, ayant éveillé les inquiétudes du gouvernement, Casimir Périer, alors ministre de l’Intérieur, vient lui-même apporter à la duchesse de Saint-Leu l’ordre de quitter la France avec le Prince. Comme elle se récriait contre une mesure qui lui semblait imméritée, on entendit des clameurs confuses de Vive l’Empereur ! puis un escadron qui commençait de charger la foule. Madame, dit l’envoyé du Roi, vous entendez ? — Voici notre excuse, Monsieur, répondit-elle, la situation de mon fils s’est un peu améliorée ; si ce mieux se soutient, nous partirons demain.

Quelques jours après, la reine Hortense arrivait avec son fils en Angleterre, et, après un court séjour à Londres, retourrnait au château d’Arenenberg.

A Londres, le Prince fait la connaissance de lord et de lady Holland. Seul dans le secret du voyage que Louis-Napoléon venait de faire, le noble lord assure qu’à présent le ministère anglais, dont il faisait partie, ne s’opposerait plus à la fin de l’exil de la famille de l’Empereur. Le Prince lui dit avec tristesse que le souvenir que l’on avait conservé de la famille Bonaparte en France était bien affaibli : Le peuple cependant s’en souvient, ajouta-t-il. Alors, avec un sourire doux et fin, il s’écria : C’est bien quelque chose !

Il voit lady Grey, le général Wilson, la comtesse Glengall, la duchesse de Redefort, le fils aîné de Joachim Murat, roi de Naples, et beau-frère de l’Empereur, arrivant avec sa jeune femme d’Amérique, où il s’était réfugié, après la mort tragique de son père, etc.

Un instant, il peut espérer un trône à l’étranger, celui de Belgique, vacant à la suite du refus opposé par la diplomatie à l’élection du duc de Leuchtenberg. On parle même d’un mariage entre le prince Louis et une fille de Louis-Philippe. La candidature de Léopold de Saxe-Cobourg, qui réunit la majorité des suffrages au Congrès belge, met fin aux suppositions.

Telle était la situation des choses, dit le comte de Barins, lorsque le Prince reçut, à Arenenberg, où il venait de retourner, une députation de Polonais, envoyée de Varsovie pour lui proposer de se mettre à la tête de la nation en armes. Mais le triste dénouement de l’insurrection italienne et les quelques jours qu’il venait de passer à Paris l’avaient rendu défiant envers le cabinet du Palais-Royal. Seulement, bientôt désillusionné tout à fait (car à cette époque, on croyait réellement à l’intervention de la France), il résolut de répondre à ce cri d’honneur qui demandait un écho. Alors, sa mère, désolée, se jeta à ses genoux, le suppliant de ne point l’abandonner, lui qui était devenu son unique consolation. Emu par les larmes qu’il faisait couler, il promit de différer son départ ; mais, incapable de résister au cri de sa conscience, il trompa la surveillance dont il était l’objet, et se rendit en toute hâte en Pologne, trop tard pour défendre sa cause : car il apprit à la frontière la prise de Varsovie.

Mon fils, lui dit la reine Hortense, à son retour, jurez-moi de ne plus me quitter ; puisque votre première mère, la patrie, vous délaisse, j’ai le droit d’exiger tous vos instants,

Oh ! la digne mère, qui donne la première place à la patrie !

A cette époque survint un événement qui devait avoir les plus sérieuses conséquences sur la conduite de Louis-Napoléon : le fils de l’Empereur, le roi de Rome, Napoléon II, mourut à Vienne le 22 juillet 1832. Le duc de Reichstadt était un prétendant peu gênant. Exilé avec Marie-Louise, assez oublieuse de ses devoirs pour accorder sa main au général Niepperg, après avoir été sa maîtresse, élevé à la cour d’Autriche, surveillé de près par Metternich et l’empereur François, énervé par une longue inaction, c’était un prisonnier rêveur, plutôt qu’un prince agissant. Cependant, depuis la révolution de Juillet, la surveillance des agents de Metternich était devenue, autour du Duc, plus ombrageuse et plus active que jamais. Le Duc en subit un effet moral qui eut son contre-coup. Il dépérit dans la prison qu’on lui avait installée au milieu d’une des cours les plus somptueuses d’Europe. Il mourut de désespérance.

La disparition du Roi de Rome entraînait celle du représentant naturel de la dynastie Napoléonienne, puisque la France, par l’organe des Chambres, l’avait proclamé Empereur sous le nom de Napoléon II, et que les membres de la famille Bonaparte, ainsi que leurs amis politiques, n’avaient cessé de le considérer comme tel.

Le prince Louis aimait beaucoup le duc de Reichstadt, et sa disparition fut pour lui une cause de grande tristesse.

IV

Londres. — Arenenberg — Strasbourg

Désormais, devenu par la mort de son dernier frère Chef de la famille, le prince Louis se considéra à bon escient comme le véritable représentant de la noble famille des Napoléon.

Ses doctrines dans deux remarquables opuscules, où il se déclarait au dehors pour la politique des nationalités, au dedans pour l’amélioration du sort des masses, éveillèrent l’attention générale.

Cet ouvrage révéla un homme d’Etat.

Les Suisses comprirent de quel intérêt il était pour eux de s’attacher un homme de cette portée, et, ne pouvant mieux faire, ils lui offrirent le titre de citoyen de la République suisse, que le Prince n’accepta que parce que ce titre n’entraînait pas la naturalisation, et qu’en l’acceptant, il restait Français, de même que le maréchal Ney et le prince de Metternich auxquels pareil honneur avait été fait et qui l’avaient accepté.

Pour reconnaître ce don, le Prince offrit au canton de Thurgovie deux canons ; puis créa une école construite dans le village de Soltenstein.

Il semble qu’à cette époque il sente plus que jamais le besoin de ne pas se laisser oublier. Il envoie au comité Polonais de Berne un nécessaire en vermeil ayant appartenu à Napoléon. On en fait une loterie qui produit 20,000 francs. Quelques jours après, une commission étant instituée à Paris, sous la présidence du général La Fayette, pour la mise en loterie d’une foule d’objets d’art précieux, au profit des détenus politiques, le Prince envoie un sabre, sur la lame duquel sont gravés les emblèmes du Consulat et de l’Empire.

Au mois de juin 1834, un nouvel incident va lui permettre de tenir à nouveau son public en haleine. Il est nommé capitaine d’artillerie au régiment de Berne.

Louis-Napoléon adresse aussitôt au Président de ce canton les lignes suivantes :

 

Monsieur le Président,

Je reçois à l’instant le brevet qui m’apprend que le Conseil exécutif de la ville de Berne m’a nommé capitaine d’artillerie. Je m’empresse de vous en exprimer tous mes remerciements ; car vous avez entièrement accompli mon désir. Ma patrie, ou plutôt le gouvernement de la France, me repousse, parce que je suis le neveu d’un grand homme ; vous êtes plus juste à mon égard.

Je suis fier de compter parmi les défenseurs d’un Etat où la souveraineté du peuple est reconnue comme base de la Constitution, et où chaque citoyen est prêt à se sacrifier pour la liberté- et l’indépendance de son pays.

Recevez, etc.

Louis-Napoléon Bonaparte.

 

Tandis que tout cela se passait, de hauts dignitaires du Portugal font des avances au Prince pour lui faire épouser la jeune Reine ; mais loin de céder aux séductions d’une alliance aussi brillante, il se hâte de mettre fin aux négociations-entamées à ce sujet.

Cependant la France avait été déçue de toutes ses espérances de Juillet, et Louis-Napoléon n’avait pu rester insensible au spectacle de l’abaissement continu de sa patrie. Il ne lui était pas permis d’oublier que, quatre fois, le suffrage universel avait placé le pouvoir dans les mains de Napoléon et de sa famille.

Les éloges de la presse, même républicaine, qui ne cherchait qu’à déplaire au gouvernement de Juillet, le confirmèrent dans l’idée qu’une restauration Napoléonienne serait possible. Il en concluait non pas un droit, mais un devoir, celui de relever le drapeau de la souveraineté nationale, et de faire un appel au peuple. Dès que ce devoir a parlé à son âme, il y dévoue sa vie.

Au commencement de l’année 1836, Louis-Napoléon se rend à Bade. Il y reçoit la visite de nombreux officiers auxquels il a adressé son Manuel. Les réunions ont lieu chez une amie intime de M. de Persigny, homme décidé à tout, avec lequel il s’était lié particulièrement. Chaque jour augmente le nombre de ses partisans.

Son premier soin est de s’assurer par lui-même des dispositions de l’armée. Il ne réussit pas tout d’abord à convaincre M. de Franqueville, aide de camp du général Voiral, qui commande la 5e division militaire. Il décide de s’adresser au général lui-même, qui lui fait répondre : Tout ce que je puis faire pour le Prince, c’est de lui donner un quart d’heure pour repasser le Rhin.

Louis-Napoléon tourne ses regards du. côté du général Excelmans, hostile aux Bourbons pendant tout leur règne. Pas plus de succès.