Etudes sur le romantisme

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Balzac, Hugo, Lamartine, Vigny, Musset, Guérin, Sainte-Beuve : pour chacun de ces grands écrivains romantiques, Jean-Pierre Richard a voulu dessiner le paysage qui lui était propre : ce monde singulier de sensation, de rêverie, d'écriture, où se retrouve, chaque fois différent, le plaisir de la lecture.



Pour la phénoménologie, a-t-on dit, "les sens ont un sens" : si elle a raison, c'est bien ce "sens des sens" que ces études tentent de repérer, d'amener progressivement au jour.


Publié le : mercredi 27 août 2014
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EAN13 : 9782021186727
Nombre de pages : 304
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Études sur le romantisme
Du même auteur
AUX MÊMES ÉDITIONS
Littérature et Sensation «Pierres vives», 1954 (Stendhal, Flaubert «Points Essais», 1990)
Poésie et Profondeur «Pierres vives», 1955 «Points Essais», 1976
Pour un Tombeau d’Anatole «Pierres vives», 1961 «Le don des langues», 1990
L’Univers imaginaire de Mallarmé «Pierres vives», 1961
Onze Études sur la poésie moderne «Pierres vives», 1964 «Points Essais», 1981
Proust et le Monde sensible «Poétique», 1974 «Points Essais», 1990
Microlectures «Poétique», 1979
Pages paysages Microlectures II «Poétique», 1984
CHEZ D AUTRES ÉDITEURS Stéphane Mallarmé Correspondance (1862-1871) (recueillie, classée et annotée en collaboration avec Henri Mondor) Gallimard, 1959
Nausée de Céline Fata Morgana, 1973, 1991
L’État des choses Études sur huit écrivains d’aujourd’hui Gallimard, 1990
Jean-Pierre Richard
Études sur le romantisme
Éditions du Seuil
978-2-02-119949-9 ISBN re (ISBN: 2-02-002621-X, 1 publication)
© , 1970 ÉDITIONS DU SEUIL
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CO R P S E T D É C O R S B A L Z A C I E N S
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SE T É N E R G I EU B S TA N C E
S’il est une qualité que l’on s’accorde à reconnaître aux créa-tures balzaciennes, c’est bien le relief actif de l’existence, disons banalement le don devie.Mais que signifie ici le vivre? Com-ment Balzac pense-t-il ou plutôt rêve-t-il cette puissance à être par laquelle tous ses grands personnages se trouvent si géné-reusement emportés et soulevés? Selon quelles formes, quelles analogies concrètes? Cette question, sans doute préalable à tout essai d’interprétation, se voit donner un commencement de réponse dans quelques phrases importantes deLa Recherche de l’absolu.Sur un ton un peu pédant B. Claës – avec derrière lui sans nul doute Balzac – nous y fournit l’une des clefs de sa mythologie. «Toute vie,déclare-t-il,implique une combustion. Selon le plus ou moins d’activité du foyer la vie est plus ou moins persistante. «La vie est donc essentiellement ici brûlure, auto-brûlure: flambée d’être, et d’autant plus violente qu’elle se produira dans des systèmes plus subtilement affinés: «Toutes les fois que la nature a perfectionné un appareil, que dans un but ignoré, elle y a jeté le sentiment, l’instinct, ou l’intelligence, ces trois organismes veulent une combustion dont l’activité est en raison directe du résultat obtenu1.» Ne nous laissons pas abuser par le caractère un peu lourdement massif de l’assertion: c’est bien l’imaginaire balzacien le plus profond qui s’y engage. Car pour Balzac toute existence, dans son origine et dans sa fin, dans sa manifestation ou sa limite, bref dans sa ligne de destin, peut se rêver comme incendie. La plus vivante, et aussi la plus
1. La Recherche de l’absolu, IX, 537. Nos références renvoient à l’édition de laComédie humaine(10 volumes) fournie par la Biblio-thèque de la Pléiade.
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Corps et décors balzaciens
fragile, la plus aisément consumée, la plus mortelle, sera donc la chair la plus ardente. Le corps, dans toutes ses fonctions, se place sous le signe de la flamme. Car s’il est naturel, ou du moins conforme à toute une tradition métaphorique, de voir le désir relever de l’ignition («vouloir nous brûle, et pouvoir nous détruit2»), il l’est moins d’assister à la complicité (forcée) de la méditation et de l’incandescence: «la vie est un feu qu’il faut couvrir de cendres», écrit Balzac en une phrase célèbre des Martyrs ignorés,et il ajoute: «penser... c’est ajouter de la flamme au feu3». Un peu plus loin, de manière plus générale encore, Balzac évoque, en accord avec une thématique qui sou-tient tout le reste de son œuvre, «le feu de notre organi-sation4». Une fois posée cette constante, il faudrait se demander quelles sont les valeurs libérées et installées par elle dans l’es-pace romanesque du corps. L’une des premières serait sans doute la capacité d’affirmation: tout feu déclare en effet une existence, la pose activement, lui donne un pouvoir personnel d’assertion. Le feu, selon Nietzsche, dit oui. Et ce oui suppose en outre, implique comme une densité de l’être. La pensée du feu, si nous en croyons Gaston Bachelard, «plus que celle de tout autre principe, suit la pente de cette rêverie vers une puis-sance concentrée5». Concentration, cela veut dire réunion, ramassement de l’ardeur manifestée tout autour d’un lieu que l’on rêvera comme son site originel, sa source. Le personnage balzacien possédera bien en effet un centre indubitable, il sera mû par un principe évident d’action, tous ses actes, pensées, paroles jailliront d’un même brasier passionnel. Mais cette focalisation n’entraînera pas pour autant repli sur soi, clôture. Car le feu n’existe aussi que par le déploiement envolé, l’éter-nelle dissipation de sa substance, il vit sous le mode du déga-gement, de la danse oblative, de l’éclaboussure frénétique. Il se lie, l’œuvre de Nietzsche le confirmera encore, au caprice de la métamorphose. Aussi violemment éclaté et perdu dans
2. La Peau de chagrin, IX, 40. 3. Les Martyrs ignorés, X, 1149. 4. Ibid., 1150. 5. Psychanalyse du feu, p. 103.
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