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Eurasie-Pacifique : archéologies interdites

De
286 pages
Loin d'être une barrière entre des peuples très distants, le Pacifique fut un trait d'union dès la protohistoire ! Si les migrations de peuples eurasiatiques de l'Oural vers l'Atlantique et la Méditerranée sont établies, de même que leur expansion vers l'Inde et l'Asie centrale, on commence à pressentir des mouvements beaucoup plus vastes : de l'Insulinde jusqu'au Sud du Chili, en passant par le Japon, l'Alaska et le Mexique, et traversant Behring avant les cultures mongoles...
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Avant-propos Convergences entre Eurasie et Amériques
Presque tout a déjà été inventé dans l’antiquité ! Sur tous les continents. De façon empirique, fortuite ou raisonnée, qu’importe ! Avec les matériaux simples et les technologies limitées dont ils disposaient, de grands esprits ont effectué des calculs remarquables et des hommes astucieux ont réalisé des machines qui ne l’étaient pas moins. Ils nous en ont laissé des descriptions, des représentations iconographiques et, parfois même, des artéfacts sont parvenus jusqu’à nous. La rotondité de la terre et le calcul du degré de latitude, la possibilité de mesurer de façon précise l’écoulement du temps, les vaccins et la trépanation, la connaissance basique de l’électricité, la navigation au long cours, le cristal poli pour faire loupe, la pierre reconstituée, ne sont pas des inventions apparaissant entre la Renaissance et notre époque. Comme son nom l’indique, la Renaissance a moins inventé que redécouvert. Mais un quasi-millénaire d’obscurantisme médiéval avait effacé de la mémoire collective toutes les connaissances d’antan. On n’en parle guère car en archéologie comme en histoire, il y a des sujets qui fâchent : objets anachroniques, monuments insolites et témoignages surprenants qui devraient attiser la curiosité des chercheurs. Au lieu de cela, quiconque essaie de les étudier est aussitôt assimilé aux charlatans, poètes de l’impossible et imposteurs du surnaturel, qui en ont fait leurs choux gras. Pourtant des preuves existent, nombreuses, infirmant la vision conventionnelle de la pré et de la protohistoire ! 9

Elles sont visibles dans les musées ou sur des sites archéologiques connus. Quelques endroits sont difficiles d'accès parce qu'au milieu de jungles, de déserts ou sous la surface des eaux. Mais tous ont été visités, décrits, répertoriés, photographiés, filmés, authentifiés. Même s'ils pratiquent le tri sélectif, les historiens traditionalistes ne peuvent en nier l'existence. Notre désaccord porte sur les conclusions qu'on peut tirer de la présence de ces pièces là où, en théorie, elles ne devraient pas être... Encore trop d’historiens souffrent hélas de cécité sélective. Ils ne voient que ce qui corrobore leurs certitudes. Toute preuve contraire est, à leurs yeux, invisible. Pire, impossible car inconcevable. Que s'est-il passé entre le caillou et le métal ? Entre les cavernes et l'écriture ? Entre l'état sauvage et les citésétats ? Rien ou pas grand chose. Une morne stagnation d'une durée désespérante, indigne de l’insatiable curiosité et du génie des Sapiens... Entre Cro Magnon et le néolithique, un trou de quinze ou vingt mille ans. Jusqu’à un seuil à l’issue duquel, par une sorte de génération spontanée, des civilisations structurées surgissent du néant, parées dès leurs débuts d'un impressionnant attirail culturel. Avec des analogies troublantes dues au hasard, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent. Le point de départ de mes réflexions, déjà anciennes mais informelles, s'est structuré lorsque je préparais mon essai sur les peuplements intermédiaires du Pacifique entre les vagues paléolithiques et les migrations austronésiennes, en relisant Bougainville. Celui-ci écrivait en 1772 dans son « Voyage autour du monde » que les habitants de Tahiti constituent ce que 10

nous appellerions aujourd'hui deux ethnies distinctes : les plus nombreux étaient des hommes à la peau cuivrée, de taille moyenne, aux cheveux noirs. Les moins nombreux étant plus grands, de teint plus clair, avec des cheveux roux et des yeux plus clairs aussi. Les premiers explorateurs feront des descriptions semblables des Rapa Nui, mais aussi des Micronéniens, donc des habitants des deux extrémités du Pacifique si l'on peut dire, bien avant que les insulaires n'aient eu le temps de se mélanger aux Européens. Les mêmes compte rendus seront donnés par les découvreurs des îles Sandwich et des Marquises... Aux Salomon, Alvaro Menda de Neira prétendra même que certains indigènes de la Maddalena sont si européens de peau et de traits... « que, habillés comme nous, ils passeraient inaperçus dans la foule de nos villes » Par ailleurs, des légendes des Maoris de NouvelleZélande font état d'un peuple ancien qui habitait ces îles avant eux : les « Tangata Ouénoua » ou « hommes de la terre ». Ces gens sont décrits comme ayant le teint clair, parfois des cheveux blonds ou roux et des yeux bleus. Bien qu'ils aient été vaincus par les Maoris lors de sanglantes batailles, certains survécurent et se métissèrent. Ainsi des résurgences de caractères « caucasiens » apparaissaient-elles régulièrement et étaient-elles rappelées dans les longues litanies de lignage, bien avant les métissages avec les colonisateurs européens. D'où venaient tous ces gens? Auxquels il faudrait ajouter ces Incas semblables à des Européens observés parmi l'aristocratie impériale, d'après les descriptions du frère de Pizarro qui les disait « pour certains de peau plus claire que les Espagnols! »

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Dès lors la question se pose : pourrait-il s'agir de lointains descendants de proto-indoeuropéens ? Je sais bien que les « spécialistes » répugnent à faire remonter à plus de 5000 ans les premiers mouvements de population Indoeuropéenne... Comme si ces gens-là étaient tombés du ciel ! Tandis qu'un paradigme tabou prétend réduire ces peuples à une langue ancienne aux racines communes, comme s'ils n'avaient pas partagé d'autres critères tels que le cheval, les rites funéraires, les bijoux et parures, la roue et la maîtrise précoce des métaux. Je trouve plus satisfaisant pour l'esprit, et plus conforme aux découvertes les plus récentes, d'associer dans un même tronc culturel commun les artéfacts et coutumes funéraires mis en évidence par Marija Gimbutas et la théorie eurasiatique de Greenberg. A partir d'assonances et de sens proches entre divers parlers, celui-ci a imaginé une langue-mère commune il y a 15.000 ans, parlée par les proto-indoeuropéens, les Ouraliens, les Sibériens et les Aïnous entre autres locuteurs. L'eurasiatique serait alors à l'origine du coréen et du japonais, mais aussi des mythes fondateurs communs à l'Europe méditerranéenne et à l'extrême-Orient selon le professeur Kudo, à l'époque d'avant 11.000 B.P quand un isthme reliait la Corée au sud du Japon... Là même où se trouvent les structures sous marines contestées de Yonaguni ! L'origine des Aïnous est toujours discutée. A partir de crânes récents de populations métissées, on a abandonné la thèse sibérienne pour les déclarer « protomongols » sans chercher plus loin... Car à ma connaissance aucune analyse PCR (polymerase chain reaction) susceptible d'amplifier les séquences d'ADN 12

polymorphe n'a été entreprise sur un panel significatif de personnes. Or il se trouve aujourd'hui des généticiens et des linguistes, y compris Japonais, pour soutenir l'idée que le Japon préhistorique aurait été occupé par des protoindoeuropéens qui se seraient mélangés plus tard avec les Aïnous, d'origine sibérienne, eux-mêmes métissés ultérieurement à des mongoloïdes. Tandis que les Yayoï (Japonais modernes) seraient arrivés il y a seulement dix sept siècles. Si des proto-indoeuropéens ont pu atteindre le Japon, on voit mal ce qui aurait pu les empêcher il y a environ 13.500 ans de franchir en masse Behring encore aisément praticable deux millénaires avant les Mongoloïdes de culture « clovis », et de se répandre en Amérique (hommes de type Kennewick, femme de Mexico) avec peut-être l'appoint de petits groupes ponctuels venus par la mer. On voit mal également ce qui aurait pu les empêcher d'essaimer d'île en île à travers le Pacifique où les navigateurs des XVII ème et XVIII ème s'étonnaient régulièrement de la présence de ces « sauvages blancs ne parlant aucune langue européenne connue », ce qui exclut évidemment des naufragés. Aujourd'hui grâce à l'anthropologie et à la génétique, on est en mesure de tracer les grandes migrations de la pré et de la protohistoire. Une « incongruité » pour les historiens classiques se dessine, d'abord de façon un peu floue, puis avec des traits de plus en plus précis : l'existence d'une mondialisation des échanges des biens, des cultures et des gènes, commencée il y a quinze ou vingt mille ans entre l'Oural et la mer noire et s'étant ensuite propagée dans deux directions : vers l'ouest et le 13

sud, contribuant à la révolution néolithique européenne et à l'émergence des premières civilisations, les seules qu'on enseigne encore aujourd'hui par un incroyable aveuglement européocentriste. Et de façon beaucoup moins étudiée par les historiens, d'abord à l'est jusqu'en Inde et en Asie centrale, avec parfois des mouvements concentriques ramenant au point de départ, puis selon un arc de cercle continu suivant les rivages nord ouest et est du Pacifique, en partant de l'actuelle Insulinde jusqu'au sud du Chili, en passant par le Japon, l'Alaska et le Mexique. Premiers indices : l'existence d'un marqueur génétique scandinave chez les Ouïgours, branche mongole établie en Asie centrale. Les momies indoeuropéennes « au nez pointu » du Tarim dans l'ouest de la Chine. Et l'origine probablement sibérienne des Aïnous du Japon. Premières preuves : les caractères caucasiens des crânes des hommes de type Kennewick aux USA et de la femme de Mexico, plus anciens que les premiers Amérindiens d'origine asiatique. Les squelettes de Monte Verde au Chili, vieux d'environ seize mille ans, présentant des caractéristiques proto-polynésiennes ou eurasiatiques. Et les fameux « sauvages blancs » du Pacifique décrits par les grands navigateurs du XVII ème et XVIII ème siècle. A cela il convient d'ajouter l'éclosion de civilisations éloignées les unes des autres par des milliers voire des dizaines de milliers de kilomètres, présentant des caractéristiques communes, des structures similaires, des technologies identiques, des évolutions convergentes et des mythes très proches. Avec une constance qui contrarie tant les tenants de l'histoire linéaire née à Sumer avant de se développer laborieusement autour du bassin méditerranéen, 14

conformément à des idées reçues que personne n'a essayé de confronter à l'expertise des sciences exactes. Par peur de perdre quelques unes des batailles d'une féroce guerre des savoirs ? Quoiqu'il en soit, trop d'éléments troublants imposent une relecture de l'histoire. Et si Chronos le dieu du temps souffre d’amnésie, la science est là pour lui rafraîchir la mémoire ! Pour ce faire, je propose une réexamen systématique des zones d’ombre du passé. Une analyse raisonnée de ce qui peut paraître inhabituel, inattendu, irrationnel, pour tout dire insensé au regard des théories conformistes. En appelant à la rescousse les mathématiques et la physique classique mais aussi les accélérateurs de particules et les mesures de dégradation isotopique. En invitant au débat la paléontologie, la biologie, la génétique, l’archéoastronomie et la paléobotanique. Sans oublier la linguistique, l’ethnologie, la médecine légale et même l’architecture navale et la mécanique des fluides… Les réponses que ces disciplines nous apportent bousculent parfois les certitudes des érudits. Certains acceptent cet apport comme un enrichissement et un défi à leur sagacité. Une saine émulation. D’autres perçoivent cela comme une menace contre leur autorité, leur réputation ou leur prestige. Ceux-là, je les fustige sans ménagement dans mes diatribes. Comme je suis affreusement matérialiste, je préfère raisonner sur du concret. Mais lorsqu’il s’amenuise, l’examen critique d’autres sources n’est pas à rejeter d’emblée. Même s’il vaut mieux se méfier des légendes, des traductions de symboles, des rapprochements sémantiques approximatifs, ou des 15

interprétations d'un passé recomposé à l'aune des référents culturels de notre époque, on ne peut ignorer tout à fait ces éléments car ils peuvent contenir des indices importants, révélateurs d’une culture oubliée. Dans ma démarche, j’ai privilégié les artéfacts tangibles et les écritures lisibles au premier degré, sans qu'il soit besoin d’extrapoler pour leur trouver un sens. Quand un objet est douteux, sans qu'on puisse le refuser a priori, je ne le cache pas. Quand un texte n'est pas assez précis, je l'écarte en disant pourquoi. Quand j’avance des spéculations, j’indique qu’il s’agit de pistes fragiles. Meilleur moyen à mon avis de convaincre les sceptiques et de confondre les dénigreurs de mauvaise foi. Grâce à de nombreux recoupements, j'ai éliminé tout ce qui pouvait ressortir de l'imposture, de la poésie, du fantastique ou du religieux. A part l'imposture, ces approches-là ne sont pas méprisables. Mais elles permettent trop facilement aux historiens traditionalistes de s'en tirer par un commode haussement d'épaules. Des illustrations relatives à cet ouvrage peuvent être vues sur le site Internet : http://navis.archeologies.site.voila.fr/

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Chapitre Premier Des indices troublants
L'exploration de notre passé renié commence par l’examen d’éléments qui ne sont plus guère contestés, même si l’histoire conventionnelle préfère les oublier dans les réserves des musées ou les considérer comme de simples épiphénomènes non significatifs. Difficiles cependant à occulter complètement, ces preuves matérielles embarrassent les tenants des théories officielles. Mécaniques de précision dans l'antiquité En 1900, des pêcheurs d'éponges repèrent une épave antique au large d'Antikythira, petite île située au sudest de Cythère, dans le détroit séparant le Péloponnèse de la Crête. Une voie maritime très fréquentée dès la plus haute antiquité. L'épave est riche, on y trouve des amphores ainsi que des statues de bronze et de marbre, mais surtout elle recèle un mystère. Qu'est donc cette étrange petite machine d'environ vingt-cinq centimètres de long sur quinze de large pour cinq centimètres d'épaisseur, reconstituée à partir des morceaux de bronze corrodés retrouvés dans les restes d'un coffret en bois ? Les roues articulées que l'on aperçoit clairement, recouvertes de graduations semblables à celles du limbe d'un sextant, font penser à un astrolabe. En tout cas, les savants de l'époque s'accordent pour dater du début du premier siècle avant notre ère l'ensemble de la cargaison, y compris la « curiosité mécanique » qui sera oubliée au musée d'Athènes pendant 70 ans. 17

En 1971, un physicien anglais, le docteur Derek Price, soumet la relique à une désoxydation électrolytique. Celle-ci met en évidence des roues dentées, des rouages et des engrenages finement découpés dans des pièces de bronze de deux millimètres d'épaisseur. Les trains d'engrenages sont mûs par des roues interchangeables répondant à des critères d'usinage normalisé. Cette machine n'était donc pas unique ! Une telle maîtrise semble peu compatible avec ce que l'on croit savoir des techniques de découpe du métal à l'époque. Qui plus est, il s'agit d'un ensemble cohérent, susceptible de fonctionner, tout à fait semblable aux pièces élaborées de l'horlogerie moderne. Une analyse aux rayons X révèle d'autres rouages et des biellettes, logiquement raccordées aux roues dentées, le tout étant susceptible d'être mû (ou remonté ?) par une intervention humaine. Alors ? Chronomètre de marine antique ? Un instrument indispensable pour mesurer la longitude à partir d'un méridien de base, soit 4 minutes de temps par degré, et 4 secondes par minute d'arc... Mais un instrument qui n'apparut officiellement qu'au XVIII ème siècle, et mit encore près de cent ans avant de devenir totalement fiable... Ou bien machine à calculer archaïque, à roues et engrenages ressemblant (en plus sophistiqué et en plus compact !) à celle inventée par Pascal en 1642 ? Ou bien encore, ordinateur antique à superposition de roues paramétrées permettant de simuler le mouvement des astres et des planètes, semblable dans sa conception aux computers mécaniques des aviateurs des années 1940 à 1960 ? Ou, pourquoi pas, tout bêtement une boîte à musique ? Héron d'Alexandrie a bien écrit un traité de construction des automates, deux siècles avant notre ère... Et il fut aussi l'inventeur d'un appareil 18

fonctionnant avec des jetons et d'une machine à vapeur ! En vérité personne ne sait trop à quoi servait la mécanique d'Antikythira même si, dans le contexte de sa découverte, un chronomètre de marine est une idée séduisante... L'importance de cette « pêche » reste le fait que, normalement, eu égard aux certitudes de l'histoire officielle, un tel instrument n'aurait jamais dû se trouver là ! A moins d'admettre qu'il soit tombé, par un hasard bien extraordinaire, du pont d'un navire plus récent passant pile à la verticale d'une épave dont on ignorait alors l'existence. Hypothèse farfelue, infirmée d'ailleurs par l'état de corrosion de l'objet. Le problème est qu'il y a plus de deux mille ans, on prétend qu'il n'y avait pas de maîtres horlogers pour concevoir, assembler et régler de telles mécaniques ! On a longtemps pris la mécanique d'Antikythira pour un astrolabe. Une autre machine improbable, mais admise par surabondance de preuves, à condition de ne pas remonter trop loin dans le temps. Pour rester dans l'historiquement correct, jusqu'à environ deux ou trois siècles avant J.C. Mais surtout pas plus, sinon trop de belles théories se télescoperaient ! L'astrolabe sert à déterminer la latitude. Pour ce faire, on aligne son axe sur l'horizon, puis on pointe son alidade (bras articulé) vers le soleil ou l'étoile polaire. L'angle formé entre l'axe et l'alidade donne, de façon assez correcte la hauteur solaire ou stellaire en degrés. Les sextants de nos navires, avant la généralisation du GPS, fonctionnaient sur le même principe... Il n'y a là rien d'extraordinaire. Des génies de l'antiquité classique comme Eratosthène ou Thalès s'attachaient à l'étude du mouvement apparent de la voûte céleste. 19

Les Babyloniens l'avaient fait avant eux, et consigné les résultats de leurs observations. A partir de cette base de données antique, nos surdoués du passé ont fort bien pu relever des corrélations itératives entre l'emplacement des astres, les périodes de l'année et la latitude. Pour faire simple, la terre retrouve la même position galactique par rapport au soleil tous les 1461 jours (4 fois 365 plus un), mais entre temps, elle subit des fluctuations appelées déclinaisons. Celles-ci font que, sauf aux équinoxes, le soleil ne se lève jamais tout à fait à l'est ni ne se couche jamais tout à fait à l'ouest. Et il culmine presque toujours quelques minutes avant ou après le midi local, quel que soit le lieu où l'on se situe. Pour découvrir cela, il faut beaucoup voyager. Puis observer le mouvement des astres sans télescopes, et calculer sans connaître l'algèbre les valeurs remarquables des asymptotes et des paraboles de l'équation du temps (les 1461 jours) Ensuite replacer ces points dans un graphique cartésien, en positif et en négatif, pour déterminer les valeurs intermédiaires, en sachant que la terre tourne autour du soleil, comme le soleil tourne dans la galaxie. Voilà bien des sujets d'émerveillement pour une époque qualifiée dans maints ouvrages comme « un désert scientifique » ! Néanmoins, cela reste du domaine du plausible. Après tout Einstein a bien élaboré ses fameuses équations par le raisonnement pur ! Mais l'affaire se corse quand on sait que, pour traduire la hauteur observée en coordonnées géographiques, il faut utiliser non seulement les éphémérides nautiques déjà connus de Hipparque, mais encore un jeu de tables astronomiques dont l'élaboration date de notre XIX ème siècle. Deux types de tables existent. Les unes se servent des logarithmes, les autres utilisent des interpolations 20

stellaires. Sans ces documents, il est certes possible de pratiquer une navigation astronomique sommaire, dite de latitude méridienne, où l'on mesure la culmination du soleil au moment du midi local. Cela permet, connaissant la déclinaison, de calculer la latitude grâce à quelques formules relativement simples. Mais la marge d'erreur avec les méthodes antiques reconnues sera de l'ordre d'au moins un degré soit soixante milles nautiques ou cent onze kilomètres. Dans le meilleur des cas ! Ciel clair, mer calme, et navigateur très entraîné... Quant à la longitude, il sera tout simplement impossible de la déterminer. En pratique, le navigateur essaiera de se rapprocher le plus possible de la latitude, connue ou supposée, de son port de destination et jouera avec les vents et les courants pour essayer de ne pas trop s'éloigner du bon parallèle. Grâce au soleil, il saura évidemment s'il fait route à l'est ou à l'ouest, mais il sera dans l'incapacité de mesurer sa longitude, c'est-àdire sa distance par rapport à l'objectif. Et pourtant... Certaines cartes antiques, autres réalisations impossibles, sont d'une précision époustouflante. On n'a pas su faire mieux pendant des siècles, avant la mise en orbite de nos satellites ! Il est étrange que cette anomalie troublante n'entame pas quelques certitudes. Cependant pas de polémiques sur l'existence des astrolabes. Il en est arrivé un bon nombre jusqu'à notre époque, personne ne le conteste, ce qui laisse supposer un objet relativement répandu. On en admet donc l'existence... Sans trop se demander comment, concrètement, on l'utilisait ! Ah si, quand même, l'archéologie classique a trouvé une réponse : l'astrolabe pouvait servir à connaître l'heure ! Une utilisation possible mais absurde à une époque où cadrans solaires 21

et clepsydres mesuraient le temps avec une plus grande exactitude et étaient directement lisibles par tout un chacun. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Et puis, la science est venue une fois de plus au secours de l'histoire. En l'an 2000, l'astronome Mike Edmunds de l'Université de Cardiff proposa d'utiliser un scanner pour percer les secrets de l'étrange artéfact d'Anticythère. Hélas aucun scanner n'étant adapté à un tel usage, notre astronome en fit construire un sur mesures en 2002. Un engin de 8 tonnes, susceptible de créer des images en 3D et des hologrammes, autour desquels se pressa la crème de la physique et de l'astronomie. D'après Xénophon Moussas, directeur du laboratoire d'astrophysique d'Athènes : « Cette pièce est infiniment plus complexe que tous les astrolabes connus à ce jour. Le plus sophistiqué que l'on connaisse, conservé au British Museum, ne comporte que quelques engrenages. » (source « AFP », conférence de presse du 9 juin 2006). Et il ajoute : « Nous avons découvert de nouvelles inscriptions en grec, sur les pièces du mécanisme et sur des fragments de feuilles de bronze. Nous avons déchiffré 2000 lettres. Ces textes, sont à la fois un mode d'emploi de l'appareil et un traité d'astronomie, faisant référence aux étoiles. » Quatre cadrans au moins et non trois indiquent les positions du Soleil et de la Lune, ainsi que, pour le plus petit, les phases de notre satellite et de quelques planètes. Par ailleurs, la forme des caractères, comparée à celles d'autres inscriptions de la même époque, conduit les experts à dater la pièce de la fin du IIe siècle avant notre ère... C'est alors qu'un latiniste se souvint que Cicéron dans une relation de son voyage à Rhodes en 78 BC, rapporta avoir vu Poséidonios 22

d'Apamée et ses disciples construire d'étranges mécaniques, encore plus compliquées que la clepsydre de Ctésibios. Une source d'étonnement énorme. Moins pour les mécaniques sophistiquées que pour la transgression d'un tabou qui voulait qu'en Grèce antique, tout homme libre méprise la technique et les activités manuelles, laissant cela aux esclaves... On peut noter au passage que l'astrolabe n'est que l'utilisation pratique d'une invention bien plus ancienne, la sphère armillaire, modeste ancêtre de nos planétariums. Officiellement inventée par Hipparque, qui semble avoir fait la synthèse des fonctions d'appareils très antérieurs tout en les simplifiant, la sphère armillaire comprend un minimum de cinq cercles métalliques. Quatre cercles fixes représentent l'équateur, l'écliptique, un méridien de référence, et les positions de quelques étoiles remarquables. Un cinquième cercle mobile, avec une boule symbolisant la terre au milieu, permet de représenter le mouvement apparent du ciel à toutes les latitudes. Un moyen approximatif de se situer en comparant les observations d'un lieu donné avec ce qui s'en rapproche le plus sur la sphère. Voilà qui semblerait à peu près correspondre au niveau scientifique et technologique de l'élite du monde grécoromain... A part que des représentations de sphères armillaires figurent sur des murs de nécropoles égyptiennes vieilles de plus de cinq mille ans ! « Iconographie magique » ont décrété les experts face à ces figurations de cercles entrecroisés sur un socle, porté par un homme entouré d'étoiles, de constellations et de comètes. Force est d'avouer que, jusqu'à présent, on n'a retrouvé aucun objet manufacturé qui y ressemble dans les tombeaux. Cette absence de preuve 23

formelle n’invalide pas pour autant le témoignage des fresques. Autre sujet d'étonnement qu'on peut raccorder à l'étrange machine d'Antikythira, les clepsydres à rouages. La clepsydre est, à l'origine, une machine d'une simplicité enfantine. Pour mesurer le temps la nuit ou quand le ciel est bouché (les jours clairs on dispose des cadrans solaires) on fait couler l'eau d'un vase au goutte à goutte, ou d'un vase dans un autre selon le principe du sablier, et l'on connaît l'heure en fonction du niveau de l'eau. Mais des textes de Vitruve, dont l'authenticité n'est contestée par personne, confirment des dessins figurant sur des vases grecs plus anciens. Ils nous parlent d'un instrument autrement plus perfectionné, la clepsydre de Ktésibios. Imaginez un réservoir se déversant dans un autre où l'on a placé un flotteur. L'eau en montant soulève le flotteur qui actionne lui-même une tige crantée, laquelle impulse à son tour plusieurs roues dentées de diamètres différents, sur l'axe desquelles sont fixées des aiguilles donnant l'heure, les minutes et les mois. Dans ce cas-là, un cadran triple est gradué en 24 heures, 60 minutes, douze mois. Mieux encore, certaines de ces clepsydres pendules peuvent fonctionner en continu, l'eau circulant dans un circuit parfaitement étanche, en se recyclant selon le principe des vases communicants. Difficile de penser qu'un génie inconnu a découvert, par pur hasard, le mécanisme des engrenages et s'est ensuite appliqué à l'utiliser pour la mesure du temps qui passe, au profit des riches oisifs de son époque. C'est pourtant ce qu'on voudrait nous faire croire... Ces instruments de mesure du temps et de l'espace, 24

particulièrement utiles aux navigateurs, nous conduisent tout naturellement à nous intéresser à une approche plus globale de l’univers. Et là, nous ne sommes pas au bout de nos surprises ! Géomètres et astronomes des savoirs perdus Beaucoup de gens s'imaginent que la découverte de la sphéricité des corps célestes et de l'univers, et leur corollaire la connaissance de la gravitation, a commencé avec Copernic, s'est peaufinée avec Galilée, avant de s'achever par Kepler et ses trois lois, des orbites, des aires et des périodes, applicables à tout corps en mouvement... Cette révolution épistémologique ayant accompagné notre Renaissance européenne. Certes, auparavant et pendant près de quinze siècles, pour des raisons religieuses autant que par pur conformisme s'en était-on tenu aux cosmogonies d'Aristote et de Ptolémée faisant de la terre le centre du monde. Une terre sphérique tout de même selon eux, un grand progrès par rapport à Thalès qui la voyait plate ou à Anaximandre qui la figurait cylindrique. Mais que ces aberrations ne nous égarent pas. Il existe encore aujourd'hui des gens, y compris en Amérique, pour croire à la terre plate parce que, selon eux, ce serait plus conforme à la religion ! Or la connaissance des lois régissant le cosmos existait dans des temps très anciens, avec la maîtrise d'un outil mathématique élaboré allant de pair. D'où la question : en l'absence de lunettes astronomiques (selon la vérité officielle) et de calculateurs puissants, d'où tenaient-ils ce savoir ? Calculs remarquables et surtout laborieusement lents, 25

peut-être sur plusieurs générations, de disciples au service de l’intuition géniale d’un maître ? Calculateurs prodiges de l'antiquité semblables à ces phénomènes de foire encore en vogue il y a quelques décennies, avant que la démocratisation de l’ordinateur personnel ne mette de tels exploits à la portée de tout un chacun ? Ou déjà division du travail dans une de ces écoles de pensée, mi-scientifique, mi-philosophique qui ont fleuri tout au long de l'antiquité ? En tout cas, des écrits subsistent prouvant qu'au troisième siècle avant notre ère, Eratosthène sait déjà que la terre est une boule dont il connaît le rayon, 6500 kilomètres, et la circonférence 40.000 kilomètres. On nous enseigne que, pour parvenir à cette conclusion, il serait parti d'une opération simpliste : observant le 21 juin que le soleil était à la verticale d'Assouan, ville sise sous le tropique du cancer soit à 24 degrés de latitude nord (mais d'où tenait-il cette connaissance ?) il compare avec la hauteur solaire à Alexandrie à la même heure, ce même jour. A Alexandrie environ 7° plus au nord, l'ombre des rayons du soleil forme un angle avec la verticale de l'ordre de 7° également. Appliquant la corrélation d'équivalence entre angles alternes et internes, il en déduit qu'un angle de sept degrés dont la pointe se trouve au centre de la boule « Terre » correspond à la distance séparant les deux villes. La suite est lumineuse. Observant qu'en divisant 360° par 50, on obtient 7,2 degrés, Eratosthène établit une relation arithmétique « évidente ». Comme la distance entre Assouan et Alexandrie est de 5000 stades, il suffit de la multiplier par cinquante pour connaître la circonférence de la terre. Et partant de là, son rayon en inversant la formule pi d'Archimède. Ou encore la valeur du degré 26

de latitude en divisant par 7 la distance entre les deux villes. Mais la mesure de l'ombre n'est pas assez précise pour se situer dans un désert, sur un océan ou dans les cieux. Pour cela, seuls les sextants fabriqués depuis le XIX ème siècle sont capables de procéder à des mesures angulaire exactes. Les tout premiers astrolabes nés au temps d'Eratosthène, selon la vérité des professeurs, n'étaient pas assez performants. Pourtant, Pythéas plus d'un siècle avant Eratosthène, effectuait couramment ce genre d'observations et de calculs. Alors ? Plagiat, intuition géniale ou plus prosaïquement simple démonstration pédagogique destinée à ses disciples ? Car tous ces calculs reposent sur un bienheureux hasard faisant que les deux villes utilisées pour la démonstration sont situées sur le même méridien. Sinon le résultat aurait été faux ! Si l'on y ajoute que les spécialistes avouent ne pas connaître la dimension exacte du stade égyptien, l'estimant plus ou moins autour de 160 mètres... On peut se permettre de sourire. Il est plus plausible de penser que, pour avancer son postulat de la rotondité de la terre, Eratosthène a puisé dans les anciens papyrus de la bibliothèque d'Alexandrie. Des grimoires antérieurs au tour de l'Afrique accompli par des marins phéniciens au service du pharaon Nékao, six siècles avant notre ère. Le livre de bord de cette expédition nous dit que « comme prévu » (mais par qui donc ?) ils avaient par deux fois franchi l'équateur et que, tandis qu'ils naviguaient en dessous, le soleil tout en se levant toujours à l'est et se couchant toujours à l'ouest, avait une course de gauche à droite à la différence de ce qu'on observe dans l'hémisphère nord, ce qui 27

« confirmait bien que la terre est ronde ». CQFD. Ces calculs impressionnants par leur exactitude ne sont rien, quantitativement, comparés aux connaissances mathématiques et géométriques des siècles antérieurs. Ainsi, dès les débuts de la civilisation égyptienne, tout comme aux prémices de la civilisation sumérienne, trouve-t-on un corpus impressionnant qui va de la mesure des surfaces planes à celle des volumes, et de la géométrie dans l'espace à la résolution des équations du second degré par des algorithmes. Une science apparaissant sur un très bref laps de temps, comme préfabriquée, parmi des populations primitives montant des murs en brique crue et grattant des tablettes d'argile avec des bouts de roseau épointés... Avec cette justification amusante : ils avaient besoin de ces calculs pour mesurer la surface de leurs champs et dénombrer leurs troupeaux. Soit. Mais alors, à quoi leur servaient la résolution des équations du second degré et la connaissance de la géométrie sphérique ? On parle toujours de Pythagore et de ses fameux triangles. Des théorèmes finalisés au sixième siècle avant J.C. Mais on oublie que près de trois mille ans auparavant, les Babyloniens et les riverains de l'Indus les connaissaient ! Même si certaines démonstrations sont moins rigoureuses au sens actuel du terme, les conclusions d'équipollence et de proportions, applicables à tous les cas de figures, étaient parfaitement exactes. Allons à l'autre bout du monde connu d'alors. Au troisième siècle avant notre ère, des auteurs chinois inconnus publient un ouvrage qui surprend encore aujourd'hui : «Les neuf chapitres sur les procédures 28