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Evaluations en placement familial

144 pages
Rénovant l'action sociale et médicosociale, la loi impose aux établissements et services une évaluation des activités et de la qualité des prestations. Mais l'évaluation est une "construction sociale" qui se structure en fonction des différentes représentations de chacun. Par ailleurs, peut-on tous poser les normes concurrentielles du secteur de la production marchande aux activités de service social ? La diversité et la complexité des interventions permettent-elles de parler d'évaluation au singulier ?
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EVALUATIONS EN PLACEMENT FAMILIAL Démarches normatives? Valorisation des pratiques?

www.librairieharmattan.com e-mail: harmattan1@wanadoo.ft @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9121-2 EAN : 9782747591218

ASSOCIATION NATIONALE DES PLACEMENTS FAMILIAUX Paris

EVALUATIONS EN PLACEMENT FAMILIAL Démarches normatives? Valorisation des pratiques?

Actes des journées d'étude 2004

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Rennes

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris

L'Harmattan

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L'Harmattan

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Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - ROC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

ALLOCUTION D'OUVERTURE
Christian MESNIER Président de l'A.N.P.F.

Monsieur le Président, Madame la conseiller, Mesdames, Messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue aux 13ejournées nationales d'étude de l'A.N.P.F. C'est un plaisir et une satisfaction pour notre association que de vous voir témoigner un intérêt toujours aussi vif à nos travaux, puisque vous êtes cette année 450. Je voudrais tout d'abord remercier nos partenaires locaux pour leur accueil chaleureux et leur soutien à nos journées. Le conseil général, représenté ici par son président, Jean-Louis Tourenne, qui nous a fait part de son vif intérêt pour nos travaux, et bien sûr la mairie de Rennes, représentée, en l'absence de Monsieur Hervé, excusé, par Marie-Anne Chapdelaine, conseillère municipale, chargée de l'intégration et de l'égalité des droits, qui nous accueillera, ce soir, après la visite du Parlement de Bretagne. Ceux qui connaissent le fonctionnement de l'A.N.P.F. savent que ces journées nationales n'existent que par l'engagement massif de la délégation régionale. Vous avez déjà pu constater, par la qualité de l'accueil et de l'organisation, l'efficacité de la région Ouest. Je ne peux citer toutes les personnes qui ont participé à cette organisation ni toutes les personnes du comité de pilotage, mais je tiens, au nom de toute l'A.N.P.F., à les remercier collectivement du travail accompli depuis deux ans. « Evaluations en placement familial, démarches normatives, valorisation des pratiques? », tel sera le thème abordé durant ces deux jours. Ce sujet fait suite aux journées nationales de 2002 et 2003, qui ont abordé le droit des usagers et les fondamentaux du placement familial, et s'articule, en les prolongeant, à nos réflexions précédentes. Sujet d'actualité aussi, l'évaluation étant devenue un « incontournable» dans tous les secteurs d'activités, au point que l'on peut se demander si

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nous ne sommes pas entrés dans une ère de l'idéologie de l'évaluation, mais n'anticipons pas les futurs débats... Sujet d'actualité, et obligation légale au titre de l'article L.312-8 du code de l'action sociale et des familles qui crée pour tous les établissements sociaux et médico-sociaux, ainsi que pour les lieux de vie et d'accueil, « l'évaluation de leurs activités et de la qualité des prestations qu'ils délivrent... » Sujet d'incertitudes, d'inquiétudes, de controverses, de recherches et peut-être de pratiques, en tous cas de réflexions. Comme tous les ans, ces journées se veulent un lieu de débats, d'échanges de pensées et de pratiques. Comme tous les ans, les opinions les plus variées, de praticiens en placement familial ou d'intervenants extérieurs, se confronteront dans le respect de leur diversité, sous leur responsabilité propre, n'engageant bien évidemment pas l'A.N.P.F. qui organise cet espace de réflexion. Connaissant vos contraintes d'emploi du temps Monsieur le Président, je conclurai donc ces courtes paroles d'introduction et de bienvenue, d'autant que Christian Le Moënne, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université Rennes II, introduira les travaux de façon détaillée dans quelques minutes. Je remercie à nouveau nos partenaires et soutiens locaux et nous souhaite un bon travail à tous.

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INTERVENTION DE MADAME CHAPDELAINE
Conseillère municipale de la ville de Rennes, chargée de l'intégration et de l'égalité des droits

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Je voudrais témoigner de l'intérêt que la ville porte à vos travaux. Au nom de Rennes, je tiens à vous souhaiter la bienvenue. Nous sommes fiers d'avoir été choisis comme ville de congrès. En effet, Rennes est une ville dynamique, jeune, riche de sa diversité sociale, et dont le projet est que chaque jeune puisse y construire son avenir. Le thème de vos journées portant sur l'évaluation est ambitieux. En acceptant de mêler praticiens et universitaires, vous n'avez pas choisi la voie de la facilité. Mais, peut-on continuer son action sans prendre le temps de se poser, de réfléchir, de confronter ses expériences? Je voudrais vous souhaiter un très bon courage, d'autant plus que, même si les lois sont là pour simplifier quelquefois nos pratiques, le domaine dans lequel vous œuvrez est en perpétuel mouvement. Les problématiques de départ changent. Je pense aux mineurs isolés, étrangers. La société évolue, le cadre institutionnel aussi. Alors, je vous souhaite à nouveau bon courage et je serai ravie de vous retrouver ce soir à I'hôtel de ville.

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INTERVENTION

DE JEAN-LOUIS TOURENNE
Président du conseil général d 'Ille-et- Vilaine

Le parterre que vous constituez est très impressionnant, non seulement par le nombre mais plus encore par la qualité des professionnels qui m'entourent, si j'en juge par celle, éprouvée et reconnue, des agents d' Ille-et-Vilaine. Rien de tel pour me ramener, si j'étais tenté d'en sortir, à quelque humilité. J'avais préparé un discours, essayant de réfléchir au thème qui vous est proposé et de vous livrer, non pas des suggestions ni des orientations, mais quelques états d'âme assortis de profondes convictions. Et puis, au cours de discussions informelles qui ont précédé cette rencontre, je me suis aperçu que mon discours était en total décalage avec vos préoccupations, qu'il était hors sujet. Aussi, ai-je décidé d'improviser; je suis comme le funambule qui risque de tomber à chaque moment d'un côté ou de l'autre. Aussi, j'implore votre indulgence. Mais je veux d'abord vous saluer les uns et les autres, vous remercier d'avoir accompli parfois un long périple pour venir jusqu'à Rennes, dans ce beau département d' Ille-et-Vilaine. J'ose espérer que, malgré la densité des travaux qui vous attendent, vous aurez quelques minutes pour aller découvrir les trésors dont nous sommes les détenteurs. J'ai entendu que vous iriez voir le Parlement de Bretagne qui est l'emblème de notre ville et de notre région, et dont la restauration fut un magnifique exemple de solidarité internationale. Je vous en souhaite une bonne découverte. Le thème de vos réflexions est des plus ardus. Vous avez travaillé au cours de journées précédentes sur les conditions d'un placement familial réussi. Aujourd'hui, vous vous engagez dans une réflexion sur l'évaluation, un sujet extrêmement complexe et controversé. Mais c'est sans doute pour cela que l'on a réuni aujourd'hui dans une seule salle autant d'intelligences capables de dénouer l'ensemble des fils d'un écheveau fort emmêlé.
Evaluer, Monsieur le Président l'a dit tout à l'heure, c'est dans l'ère du temps. On évalue aujourd'hui à peu près tout et c'est devenu inexorable. C'est presque de l'ordre du religieux. Il n'est pas une seule politique, une seule action qui ne doive être évaluée. A telle enseigne qu'on finit par se

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demander si l'objectif de l'action, ce n'est pas l'évaluation, une façon de
la faire exister. J'évalue donc je suis.

Certains considèrent qu'ils font de l'évaluation tous les jours, que l'observation est une évaluation et qu'elle est bien suffisante. D'autres font de l'évaluation pour l'évaluation, de l'évaluation comme alibi, pour justifier les demandes de crédits ou affirmer la nécessité de politiques différentes. Parfois, les élus l'utilisent pour expliquer à la population, en choisissant judicieusement leurs indicateurs, que leur politique est la meilleure possible. Ces comportements excessifs ne condamnent pas pour autant l'évaluation. Car il faut évaluer. Il faut évaluer parce que nous avons, les uns et les autres, à rendre compte aux contribuables, à ceux qui donnent de l'argent, à la société tout entière, de ce que nous en faisons. Il faut évaluer pour construire des allers et retours constructifs et permanents entre les objectifs affirmés et les résultats obtenus. Sans cet effort de confrontation, il ne saurait y avoir d'intléchissements correctifs de l'action en cours et, par conséquent, de réelle efficacité. Il faut donc évaluer. Evaluer, c'est mesurer l'écart entre les objectifs visés et les résultats obtenus. Ce qui induit que les objectifs soient clairement définis et qu'ils soient, parce que c'est mieux, partagés par tous ceux qui ont à conduire l'action commune. On conviendra alors qu'il est essentiel, en matière d'action sociale, que soient énoncées clairement les fmalités sociétales vers lesquelles elle doit tendre. Il n'est pas indifférent de savoir si l'objectif poursuivi est de construire une société plus harmonieuse, plus juste, plus accueillante, pour fabriquer de l'égalité des chances, donner à chacun, quelles que soient les conditions de sa naissance, des perspectives enthousiasmantes d'insertion professionnelle et sociale. Ou bien, s'il ne s'agit que de fournir à la société les cautères et sutures qui permettent que, se construisant sur le principe de l'inégalité, elle reste malgré tout supportable, satisfaisant les privilégiés par la paix sociale ainsi achetée, empêchant les exclus, rendus dépendants, de se révolter. Nous avons choisi notre camp en Ille-et-Vilaine, et délibérément opté pour la première hypothèse. Nous souhaitons forger collectivement tous les instruments de l'épanouissement afin que chacun puisse envisager son avenir sous les meilleurs auspices. 10

Cela passe tout d'abord, par une vraie politique de prévention: un ensemble d'actions qui sont par nature collectives, qui n'intéressent pas simplement une partie de la population que l'on aurait préalablement ciblée et par conséquent isolée et étiquetée - et dont on voit immédiatement les effets marginalisants -, mais concernent toute la population, et particulièrement, pour les axes forts du conseil général, toute la petite enfance et toute l'adolescence. Rappelons que, dans ce pays -le cinquième le plus riche du monde-, deux millions d'enfants vivent dans des familles au-dessous du seuil de pauvreté. Quel est le destin de ces enfants-là? Si la collectivité ne s'efforce pas d'atténuer les différences, si elle ne crée pas les conditions nécessaires pour qu'ils puissent tirer le meilleur profit de l'école, de la culture, des activités sportives, les handicaps liés à la naissance ne feront que s'accroître tout au long de leur existence. Nous voyons bien, alors, dans cette volonté de construction d'une société plus harmonieuse, que le placement familial prend une autre dimension et n'est pas en soi un dispositif isolé, mais s'insère dans une approche globale de l'enfance. Cela modifie considérablement la perception que l'on peut avoir du rôle de l'assistante maternelle, demain familiale. Audelà même des impératifs de confort, d'apaisement, d'éloignement temporaire de la famille, un dialogue permanent doit s'installer. Il ne s'agit pas seulement de viser à rendre l'enfant placé réinsérable ou inoffensif pour son environnement. L'ambition n'est pas uniquement de le faire rentrer dans les normes sociales pour que la société soit tranquille. Il faut qu'il trouve les moyens de son expression et son épanouissement. Il faut bien que, par le dialogue, par l'échange, par une espèce de « maïeutique» permanente, s'élabore progressivement pour l'enfant accueilli un projet de vie. Un projet de vie ne peut se résumer à un contrat entre une institution, adulte par essence, et un enfant qui, au bout du compte, lassé par les demandes répétées, finirait par signer. Il faut qu'émerge de lui le projet qu'inconsciemment il porte, parce que ce n'est que d'une perspective de réussite de vie que peut venir la rédemption. C'est cette volonté de le faire exprimer tous ses talents qui constituera le fil rouge qui guidera les méthodes d'accompagnement et l'ensemble des interventions.

Il

Ayant dit cela, je n'ai pas le sentiment de vous avoir fait découvrir grand-chose, je n'avais d'ailleurs pas cette prétention. Je vous ai simplement présenté quelques états d'âme. Mais votre sujet, c'est d'évaluer. La loi, pour les raisons évoquées tout à l'heure, vous l'impose. Mais on ne peut pas évaluer le travail fourni par le travailleur social comme on évalue celui d'un ébéniste. Lui peut se reculer devant son meuble achevé et dire s'il a bien accompli sa tâche. Jamais le travailleur social, pas plus que l'enseignant, ne pourra s'asseoir pour contempler en toute quiétude l'œuvre accomplie parce qu'il pensera toujours que les résultats auraient pu être encore meilleurs. Travailler sur du vivant est sans doute la mission la plus exaltante qui soit parce que rien n'est plus utile, mais rien n'est parfois plus désespérant. Et certains se demandent alors comment on pourrait évaluer, avec la rigueur que suppose le terme, une science aussi rigoureusement inexacte. Sur ce point, comme sur d'autres, je n'ai que des questions et aucune réponse. Mais il vous appartient de fabriquer les outils les mieux adaptés, car si vous ne le faites pas, quelqu'un d'autre, plus familier des études statistiques que des difficultés de l'action sociale, plus soucieux de quantifier l'apparence que la réalité complexe que vous affrontez, le fera à votre place.
Aussi, cette journée que vous avez consacrée à ce thème me paraît-elle tout à fait importante par les questions qu'elle pose.

Première question: qui évalue-t-on? L'enfant et les progrès réalisés, les améliorations dans son comportement, dans ses résultats scolaires? Ou l'institution et sa capacité à mettre en place des dispositifs efficaces, à engager des actions porteuses, à mobiliser l'ensemble des partenaires?
Mais, est-ce que cette distinction n'a pas quelque chose d'artificiel? Estce que mesurer les progrès de l'enfant ou de l'adolescent n'interpelle pas inévitablement l'institution sur les réponses qu'elle est capable d'offrir?

C'est donc tout à la fois apprécier minutieusement l'état de l'enfant à son arrivée, déterminer les évolutions positives ou négatives et mesurer l'écart entre les objectifs, qu'on doit avec ambition se fixer, et les résultats obtenus. Et puis, s'interroger toujours sur les améliorations à apporter, les cohérences à trouver entre les responsabilités des uns et des

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autres, les complémentarités à affiner, la confiance à partager entre les intervenants. Je parlais d'objectifs ambitieux car là réside, sans doute, l'une des clés parmi d'autres - de la réussite. Rien ne serait plus dommageable que de réviser à la baisse ses objectifs en considérant que les potentialités de l'enfant accueilli sont plus faibles. Dangereux parce qu'il finirait par se conformer au regard résigné qu'on porte sur lui. Nous devons partir du principe qu'il peut passer son bac s'il le souhaite. Seules la pédagogie et les stimulations que nous utiliserons pour qu'il y parvienne seront différentes. Deuxième question: comment évaluer? Qu'est-ce qu'on mesure? Faut-il se contenter d'un travail subjectif sur l'humain, de données objectives, quantifiables, ou s'efforcer de mesurer l'incommensurable, le mal-être, le bien-être, les difficultés d'ordre divers? Et comment le faire? Troisième question: je sais que vous arriverez à garnir votre caisse à outils des meilleurs instruments. Mais alors, que fera-t-on des résultats obtenus? A quoi serviront-ils? S'ils ont simplement pour vocation d'être fournis à une administration de tutelle, avec pour sort définitif d'être enfermés dans un placard et que personne ne s'y réfère jamais, je ne suis pas sûr qu'on atteigne le but assigné. Il me semble, au contraire, que l'évaluation, c'est d'abord et avant tout une occasion de réfléchir collectivement sur ses pratiques, d'infléchir les modalités de l'action, de se référer à la source du projet pour établir son degré d'atteinte. C'est la raison pour laquelle l'évaluation ne saurait être distinguée du projet. Elle en fait organiquement partie. Dès les objectifs clairement énoncés, doivent être imaginés les moyens de mesurer l'écart qui les séparera de la réalité constatée. Pour rendre le dispositif plus performant, en modifier la trajectoire. Mais, dans ce bilan d'étape, se pose inévitablement la question du « qui décide? ». Est-ce que c'est une autorité qui impose une modification des attitudes, des comportements, des pratiques? Ou est-ce plutôt une réflexion concertée qui réunit, dans une même élaboration, l'ensemble

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des acteurs: assistantes familiales, éducateurs, psychologues, psychiatres? Et puis, est-ce que ces documents doivent rester confidentiels, la propriété du groupe? Ou sont-ils l'expression d'une expérience supplémentaire qui doit être partagée? Sous quelle forme? Quelle diffusion doit-on en faire? Vos journées s'inscrivent dans un contexte particulier, l'application imposée de la loi du 2 janvier 2002, mais également la modification du statut des assistantes maternelles. J'ose espérer qu'il ressortira du Parlement une reconnaissance pour la noblesse des missions qu'elles assument, missions qui sont faites de grandeur - il n'y a pas plus humaniste, il n'y a pas d'actions qui demandent plus d'empathie que celles-là -, mais aussi de grandes servitudes. Il me semble que l'évaluation autour de laquelle vous allez travailler n'est pas l'épiphénomène du projet. Cela ne peut pas être simplement un rapport que l'on va fournir demain pour justifier de son action, c'est le cœur même du projet. Et c'est un outil indispensable pour l'action.
Merci et bon courage.

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