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EVALUER EN CENTRE SOCIAL

De
238 pages
Basé sur une expérience de terrain, ce livre explique comment réaliser l’évaluation d’un Centre Social, et ce que l’on peut en déduire pour son pilotage. Méthodes, exemples et résultats alternent avec une réflexion approfondie sur le sens des différents aspects de ce travail social qui touche chaque année en France environ un million d’adultes et d’enfants.
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EVALUER
UN CENTRE SOCIAL

TECHNOLOGIE DE L'ACTION SOCIALE Collection dirigée par Jean-Marc DUTRENIT

Les pays francophones, européens notanunent, sont très carencés~ en outils scientifiques et techniques dans l'intervention sociale. Il importe de con1bler ce retard. "Technologie de l'Action Sociale" met à la disposition des organismes, des praticiens, des étudiants, des professeurs et des gestionnaires les ouvertures et les réalisations les plus récentes.
Dans cette perspective, la collection présente divers aspects des questions sociales du moment, rassemble des infoffilations précises, garanties par une dénlarche scientifique de référence, permettant au lecteur d'opérationnaliser sa pratique. Chaque volume présente des méthodes et techniques imnlédiatenlent applicables. Au-delà, la collection denleure ouverte à des ouvrages moins techniques, mais rendant compte d'expériences originales, pouvant servir de modèle d'inspiration. Méthodes de diagnostic social, individuel ou collectif~ Dlodalités efficaces de l'acconlpagnenlent social et de la rééducation, techniques d'insertion, modèles d'évaluation et d'organisation des services et établissements du secteur sanitaire et social, en milieu ouvert ou fermé sont les principaux centres d'intérêt de cette collection. Améliorer l'e:X'Pertise sociale pour faciliter l'intégration des handicapés de tous ordre à la vie quotidienne, tel est en résumé l'objectif visé. Ceux qui pensent que leurs travalLXpeuvent trouver place dans cette collection peuvent contacter: Jean-Marc DUTRENIT c/o L'Hamlattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Jean-Marc DUTRENIT

Professeurà l'Universitéde Lille ID

EVALUER
UN CENTRE SOCIAL

Préface de A. ZIMMERMANN

Méthode d'évaluation réalisée à la demande de la CAF de la Gironde avec la collaboration des Centres Sociaux de Bassens, Cenon, Floirac; Grand Parc, Pessac et Talence

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- 7 rue de l'Ecole

Editions L 'HARMATTAN
Polytechnique 75005 PARIS

Dans la même collection Philippe CASP AR L'accompagJlenlellt des perSOllnes handicapées mentales, 1994 Aline VEZIN~ Eva/11er!'ef1/ance ell danger, à paraitre

@ L'HARMA TI AN, 1994 ISBN: 2-7384-2842-8

SOMl\1AIRE
Préface par Alain ZIMMERMANN CHAPITRE I UN CENTRE SOCIAL DOIT-IL ETRE EVALUE '? Pourquoi une évaluation? A quoi cela servira-t-il? Mais qu'est ce qu'un Centre Social? Bref historique des Centres Sociaux Changen1ents individuels et effets de chan1p Les grands chapitres de l'évaluation Marche à suivre temporelle CHAPITRE II POPULATION CLIENTE ET ENVIRONNEMENT Composition socio-délnographique de l'environnement Population effectivement accueillie Diversités des activités CHAPITRE III L'AIDE EDUCATIVE PERISCOLAIRE La mesure des effets Groupe expériInental et groupe témoin Observation sur une année scolaire Traduire les résultats 1110nétairClnent A vantage antiretard Avantage avance Rapport coût/avantage CHAPITRE IV DELINQUANCE ET DEVIANCE Effets Je champ

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Indicateurs pertmel1ts Définir une zone analogue Taux de moindre déviance Rapport coûtlavaJltage Exemple du Bordelais Prédiction CHAPITRE V INTEGRATION, INSERTION~ ACCOMœAGNEMENTSOCML Etre intégré, c'est être branché Un CS qui branclle fait bien son travail Un outil qui mesure l'intégration Un outil qui mesure les effets des apprentissages dans la vie quotidietme Un bon écha.ntillon Un logiciel qui facilite les choses Les usagers ont-ils vraÎnlent progressé? Les différences sont-elles significatives? L'acconlpagnelnent social est-il efficace? Un tableau de bord mode d'acconlpagnement/effets Est-ce que ça rapporte à la société? Quel échantillon? Le niveau d'études Le reclassement professionnel Mais on peut avoir un solde négatif! Les petits boulots lVIesures de retour à l'eulploi Moins de 111esuressociales? AlI total conlbien cela fait-il ? Un bon tableur sur micro facilitera les choses CHAPITRE VI ANIMATION DE LA VIE SOCIALE Prolnouvoir les responsabilités Relai communicationnel

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Les habitués et les autres CHAPITRE VII LA COMPETENCE SOCIALE DES ENFANTS Compétence sociale ou habitus culturel? Qu'est-ce que la compétence sociale? Encore la question "quoi observer ?" Quelles valeurs, quelles nonlles ? Con1ffient sont faits les scores '7 Les enfants ont-ils vraiment progressé? Tableau de bord des activités CONCLUSION Bilan Coût-avantage global Retour aux questions du début Principaux résultats Renouvellenlent d'un centre social Agrément d'un centre social D'autres recherches

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L'EVALUATION AU QUOTIDIEN, par les acteurs de terranl
ANNEXES 1 - Désignation des infractions, état 4001 2 - Crimes et délits les plus fréquents 3 - Tableau de correspondance 4 Effectifs des équipenlents selon les .zones d'influellccs des CS et les zones analogues 5 - Descripteur d'intégration Sociale (DIS) 6 Consignes de passation du DIS 7 - Mesure de la qualité et de l'intensité de l'accolnpagnement social: DMA pour adultes, et consignes de passation 8 - Scores détaillés des jeunes 16/25. ans sur le DIS

113 119 121 127 129 131 135 149

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151 177

et le DMA

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confrolltant les nlodalites d'accompagnelnellt et les progrès en intégration sociale, au cours de l'activité illettrisme dans Utl CS 10 Table du t deStudent Il Descripteur de cOlnpétence sociale des enfants 12 Descripteur modalités d'acconlpagnelnent enfatlt 13 - Descripteur Responsabilités 14 Descripteur Relais Conlnlunicatiolmels 15 - Signification des sigles utilisés

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- Résultats -

183 189 193 205 225 229 233 235

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BIBLIOGRAPHIE

PRÉFACE

Dans une Société où la raison technicienne est dominante, la tentation est forte dans le champ de l'Action Sociale de se livrer à un discours rationalisateur, plus apte à justifier des pratiques qu'à démontrer leur pertinence en tenne d'efficacité mesurée. Le plus souvent, le décideur institutionnel est placé devant la nécessité d'avoir à prendre position selon la force de conviction émanant de la cohérence logique d'un discours évaluatif: plutôt qu'en prenant appui sur l'évidence des résultats d'une mesure à l'incertitude déterminée. Les Centres Sociaux qui constituent un outil pour l'Action Sociale sont un enjeu politique et économique tel, que dans le contexte des contraintes générales actuelles, leurs gestionnaires ne peuvent légitimer leur action auprès des partenaires que par la démonstration de sa pertinence au-delà de toute justification. Evaluer la performance dans des termes analogues à ceux qui prédominent dans l'univers économique et financier est une garantie de légitimité. Parce que ces termes ne sont pas par nature ceux de l'expertise sociale, leur usage crée la prise de distance indispensable à la mise en oeuvre d'une dynamique de changement, voire à l'innovation, bref, à la véritable décision. Impliquée dans la gestion de nombreux Centres Sociaux et liée, dans un partenariat étroit, à de nombreuses collectivités locales ou associations, la Caisse d'Allocations Fmniliales de la Gironde devait se doter des instruments légitimes de mesure pour évaluer leurs actions et leurs résultats. Dès lors, il fallait susciter chez les acteurs usagers, financeurs, professionnels, responsables d'établissement, une volonté de partage des préoccupations gestionnaires d'évaluation sur des bases claires et 13

et objectives, de l'objet de l'action aussi bien que de l'action ellemême et de la méthode mise en oeuvre. La démarche évaluative proposée par le Professeur J.M. DUTRENIT correspond aux besoins spécifiques de la CAF et à son analyse du champ social. L'évaluation qu'il instrumente prend en compte la complexité du social et établit un lien entre comwssances, décisions et actions. S'appuyant sur un processus de recherche interactive avec les professionnels, il affiche clairement son parti pris théorique et négocie avec eux des valeurs fondatrices. En outre, il prend en compte le contexte des nlterventiol1spour adapter sa méthode à la philosophie de l'action des Centres Sociaux, aux caractéristiques et contraintes de ce secteur d'activités. J. Marc DUTRENIT, propose une conception stratégique de l'action au service d'un "humanisme appliqué" conciliant tout aussi bien la philosophie politique de l'Actioll Sociale de la Caisse d'Allocations Familiales ge la Gironde que les conceptions managériales de sa Direction. Il invite en effet à une lecture organisée et stratégique du champ social, reposant sur un système d'hypothèses cohérent, partant de l'idée que l'homme libre est dans un état de réciprocité avec son environnement social. Il domle et il reçoit. Dans cette approche, l'Action Sociale tendrait à prendre en compte ce rapport de réciprocité pour tenter de le faire évoluer vers un état d'équilibre entre contributions et rétributions sociales. Elle aurait pour effet de faire changer les personnes en difficultés, les cas sociaux, pour les faire passer d'un état d'assisté à un statut mieux intégré à la société. Une telle conception de l'action établit réellement l'Action Sociale en rupture avec les approches assistancielles ; elle implique d'entrer dans les démarches méthodiques de contractualisation tendant à faire évoluer les usagers vers plus de compétences sociales, de responsabilité et donc de citoyenneté. J. Marc DUTRENIT propose en outre une approche économique des effets, des interventions sociales. Sa démarche organisée, globalisante et quantifiée est scientifique. Bien que quantitative, sa dénlarche prend en colnpte les dimensions éthiques de respect des libertés individuelles et des valeurs pro-

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fessionnelles. Elle oblige les acteurs du travail à faire des choix en toute connaissance de cause. Elle favorise le changement et l'innovation. En ce sens, elle est formatrice. Les trois années de Recherche - Action menées avec le Professeur DUTRENIT nous conduisent à affirmer qu'évaluer est une nécessité vitale pour gérer de façon responsable les Centres Sociaux. Quantifier et mesurer les évolutions des individus constituant le tissu social, c'est par là-même créer du "lien social". Concevoir les instruments de l'évaluation adaptés, c'est impliquer les travailleurs sociaux dans une démarche de Recherche - Action. fi doit être dit que cela a suscité quelques angoisses, et résistances, provoqué de l'insécurité par la mise en cause des pratiques des acteurs eux-mêmes, des Institutions, mais a généré pour certains de l'enthousiasme, voire de la passion, et pour tous l'envie de connaître, d'aller plus loin car les Centres Sociaux ont une vocation "d'animation sociale globale" ; par leur présence ils ont des effets induits que certains qualifient "d'effet de champ". Comment évaluer cet effet dès lors qu'il ne recouvrirait pas seulement la somme des évolutions individuelles? Notre expérience à cet égard est un encouragement à cl1ercber.

Bordeaux, le 21 Décembre 1993

A. ZIMMERMANN Directeur de la Caisse d'Allocations Familiales de Gironde

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CHAPITRE I

UN CENTRE SOCIAL DOIT-IL ETRE ÉVALUÉ?

POURQUOI UNE EVALUATION?
Ce livre résulte d'une formation à l'évaluation pour six centres sociaux fmancés et gérés par la Caisse d'Allocations Familiales de Gironde. Engagé depuis longtemps dans une démarche de valorisation et d'évaluation des activités de la Caisse, son directeur, Alain Zimmennann voulait en faire autant pour le secteur de l'Action Sociale traditionnellement difficile à évaluer. Il s'agissait de faire d'une pierre trois coups: fonner les travailleurs sociaux à l'évaluation, établir une méthode adaptée aux Centres Sociaux, et offrir un guide évaluatif pennettant par la suite à tout candidat à un agrément ou à un renouvellement de présenter un dossier évaluant son travail autrement qu'au seul moyen de ratios budgétaires, de rapports d'activités et de projets. Le.budget, est évidemment d'une importance incontestable, mais il est trop souvent le seul critère mesuré, institutionnellement parlant. Le reste, c'est à dire l'essentiel activités éducatives ou de loisirs fait l'objet de développements importants. Cependant l'absence de critères d'évaluation partagés gêne son appréciation, même si les arguments évoqués sont souvent présents dans les négociations entre CS et Tutelle. C'est donc sur ce "reste" que nous avons .développé la méthode qui est exposée ici.

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Naturellement, on ne prétendra pas qu'elle ait une valeur universelle. Cependant c'est probablement vers des outils de ce type qu'on devrait se diriger pour savoir si l'utilisation de ce fameux budget atteint les objectifs assignés, s'il apparaît légitime de le faire croître, et dans quel sens. C'est rejoindre là les exigences éthiques habituelles des Associations de Travail Social, qui, paradoxalement ne disposent guère d'outil pour vérifier qu'elles ont bien atteint leurs objectifs. Mais c'est aussi de ce côté qu'on pourra trouver des arguments pour valoriser des résultats auprès des partenaires financeurs.

A QUOI CELA SERVIRA-T-IL?
Aussi bien, si l'on veut exprimer sous forme lapidaire les objectifs d'une telle évaluation, ce qu'avait fait la ,CAF de Gironde au début de ce travail, et qui traduit probablement avec exactitude la position de la plupart des gestionnaires de CS, on écrira : * donner une image incontournable, chiffrée aux partenaires de gestion du CS * passer d'un descriptif littéraire d'objectifs et de résultats à leur Inesure * valoriser le bénéfice d'investissement des différents partenaires financiers * à partir d'une définition du CS, apprécier le degré de conformité des effets obtenus aux effets recherchés * établir des descripteurs suffisamment significatifs pour être transposables à l'ensemble des CS, dans la perspective de leur agrément par la CAF * rechercher des indicateurs simples, pédagogiques et utilisables dans la négociation avec les partenaires * trouver comment associer les usagers à cette délnarche évaluative dans une perspective pédagogique et participative. Les pages qui suivent répondent à ces questions en mettant 18

toujours en lumière les procédures et les résultats obtellus. Elles constituent de ce fait un guide méthodique pour quiconque voudrait présenter une évaluation des effets d'un Centre Social.

MAIS QU'EST -CE QUUN CENTRE SOCIAL ?
La circulaire n° 370.1272 du 3 août 1972 du Ministère de la Santé, définit ainsi un Centre Social: "C'est un équipement où doit s'effectuer en priorité un travail social familial, se coordonner des activités médico-sociales et socio-éducatives en vue de mettre à la disposition des familles les moyens de remplir leur rôle. Cette action globale, si elle s'adresse à toute la population, doit être particulièremellt orientée vers les moins favorisés, socialement ou culturellement." A partir de là, la CNAF a tenté de préciser dans sa circulaire 59-84 du 31 décembre 1984 les fonctions des CS. Quatre points principaux sont retenus: 1) Un équipement de quartier à vocation sociale globale. fi s'agit de prendre en compte les difficultés économiques des familles et des jeunes, et de répondre en priorité aux problèmes sociaux des populations les moins favorisées. 2) Un équipement à vocation familiale et plurigéné rationnelle. n s'agit de travailler avec toutes les générations, des jeunes aux retraités, et avec des familles pour les aider dans leurs rôles parentaux, leur vie éconolnique et sociale. 3) Un lieu d'animation de la vie sociale: Le CS doit favoriser et susciter la participation des usagers et des habitants à la définition des besoins, à la prise de décision. Il doit promouvoir la vie associative. 4) Un lieu d'interventions sociales concertées et novatrices. Le CS associe les collectivités locales, les associations, les institutions., les travailleurs sociaux à des actions concertées. n promeut et soutient des interventions ponctuelles (insertion, femmes, jeunes etc..) qui évitent ainsi l'isolement ou la ségrégation. 19

Fort de ces orientations., un CS doit trouver un personnel qualifié d'animateurs socio-culturels, de conseillères en économie sociale et familiale, de secrétaires et de vacataires, proposer un budget et être agréé par la CAF locale qui fmancera en moyenne 30 % des dépenses d'investissement et 45 % de celles de fonctionnement. Naturel1ement, à une époque de décentralisation des responsabilités et des financements, tout gestionnaire de CS aura intérêt à faire valoir sa prestation de service auprès de différents partenaires pour obtenir des crédits proportionnels à la qualité de sa prestation. L'évaluation des effets du Centre sur une population est un bon moyen de valoriser cette prestation.

BREF mSTORIQUE DES CENTRES SOCIAUX
Les premiers CS sont nés en France, au lendemain de la guerre de 1870, à travers quelques initiatives isolées. En 1903, sous l'impulsion de Mme Fer de La Motte et de la baronne Piérar<L s'ouvraient les premières maisons sociales qui posaient pour la première fois le principe de la localisation de l'établissement au coeur du quartier à traiter. La Résidence Sociale de Montnmrtre en 1910 et celle de Levallois-Perret en 1917 en sont directement issues. En 1921 la nécéssité de se connaitre, de s'associer rapprocha les CS existants, et en 1922 est créée la Fédération Française des Centres Sociaux et socio-culturels, devenue aujourd'hui Fédération des Centres Sociaux et socio-culturels de France. Elle fédère plus de 800 CS gérés par des Associations, des CAF, des MSA, des CCAS des Municipalités, qui sont regroupés en outre en 28 Fédérations départementales. La période clé de l'essor des CS se situe entre 1960 et 1980. Au 31/12/1984, la CNAF avait agréé 1.208 centres sociaux, et les CAF géraient 20 % d'entre eux. Aujourd'hui, il en existe 1345 dont 18 % gérés par des CAF. La crise économique et le chômage sollicitent beaucoup les Centres Sociaux parce qu'ils sont au contact immédiat des popu20

lations les plus touchées. Des expériences de Services de proximité (restauration, entreprises d'insertion, et de prestations diverses) ont vu le jour ces dernières années à l'initiative de la Caisse des Dépôts et de la Fédération des Centres Sociaux. Elles sont directement greffées sur les équipements existants et viennent diversifier leur activité quotidienne de service et d'aide à la population locale.

CHANGEMENTS CHAMP

INDIVIDUELS

ET EFFETS

DE

Au plan de la stratégie de recherche, nous avions un choix délicat à faire. En effet, les CS agissent en même temps sur des individus, des institutions et sur un contexte local, tout en recevant des influences de leur part. Et nous devions trouver une méthode qui permette de bien comprendre les relations entre ces

trois éléments, mais qui soit en outre utilisable par la suite
comme tableau de bord pour piloter l'action sociale des dits CS. Aujourd'hui et à propos d'un problème de ce type, on peut chercher l'inspiration grosso modo dans quatre paradigmes fondamentaux: fonctiolU1alisme,habitus culturel, ethnométhodologie, individualisme méthodologique (ou actionnisme selon sa dernière dénomination). L'orientation fonctionnaliste qui postule que l'origine des faits sociaux se trouve dans d'autres faits sociaux, et attribue du sens aux phénon1ènes sur la base d'une sorte de sén1antique sociale ne permettait pas d'accéder à la mesure ni à la valorisation monétaire de l'irtfluence des CS. Ensuite elle disqualifie les acteurs en tant que tels, alors que les animateurs d'un CS sont intéréssés au premier chef par la mise au point de stratégies n1icrosociales pour produire des effets sur les usagers et leur enviromlement. On peut trouver des exemples de cette orientation dans les travaux de DONZELOT, GANS ou MURY. Mais pour intéréssants qu'ils soient ils ne pouvaient constituer des modèles d'inspiration pour cette évaluation. De son côté, le paradigme de l'habitus culturel qui part du 21

même postulat de l'originesociétale des faits sociaux cherche à débusquer partout l'immobilité sociale intergénérationnelle, et les éléments de reproduction de la société par la transmission de l'habitus. L'individu n'est plus alors qu'un relai entre deux moments d'une structure sociale considérée comme invariante, mais à propos de laquelle les statistiques semblent laisser voir plutôt l'inverse. Les nombreux travaux de ce paradigme sur l'action sociale cherchent à montrer que la position de classe des acteurs ne leur permet pas de construire des espaces culturels hors de leurs habitus (BOBROF et LUCCIONI, CHAMBOREDON, CHAUVlERE, LASCOUMES, VERDES-LEROUX), ce qui est évidemment contraire à l'expérience du travail social qui montre des microchàngements non accessibles à ce type de direction de recherche, bien critiquée par F.HERAN dans un article récent. En revanche, l'ethnométhodologie ou interactionnisme symbolique, qui observe la liberté de l'acteur, sa capacité à subvertir les structures, et qui finalement postule l'origine individuelle des faits sociaux est un paradigme de nature à mieux faire comprendre les interactions entre les travailleurs sociaux et leurs clients. Chacun élabore peu ou prou des stratégies d'utilisatiol1 des autres, et le pouvoir des uns est médiatisé par celui des autres comme l'explique fort bien M. CROZIER. Des travaux comme ceux de BERGER et LUCKMAN puis de DUBAR ont mis en lumière combien une socialisation secondaire pouvait être efficace et effective comme changeInent d'habitus culturel, ce qui contredit évidemment la thèses de l'habitus courroie de transmission d'un état constant de la structure sociale. Cependant, ce paradigme ne conduit pas à la construction statistique, nécéssaire à l'évaluation. A vrai dire c'est l'individualisme sociologique (ou actionnisme) qui se révèle le plus suggestif pour le genre d'étude que nous devons faire ici. En effet, sa grande idée consiste à expliquer le passage d'un état E d'une société ou d'une de ses parties constitutives, vers un état E' de cette même société par l'effet des centaines ou des milliers de stratégies des individus concernés. C'est au fond une généralisation du paradigme ethnométhodolo22

gique, avec un supplément nlathématique et expérimental. Les travaux les plus significatifs dans ce domaine sont évidenunent ceux de R. BOUDON, mais dans le domaine de l'analyse de l'intervention sociale, au sens large, on doit citer ceux de O. BENOIT, V. de LANDESHEERE, J. PAUGAM même si leurs auteurs ne se réclament pas tous nécessairement du paradigme de l'actionnisme, et les nôtres. Dans le cas de figure des CS, nous avons bien des individus face à face: usagers et travailleurs sociaux, plongés dans un contexte plus vaste de leur quartier d'habitation. Cette perspective paradigmatique nous a inspiré les principales hypothèses suivantes: 10_Les stratégies. des travaillleurs sociaux et celles des usagers sont confrontées localement les unes aux autres sur le terrain du Centre Social. Les premiers veulent maÎ11tenirleur légitimité en usant de techniques diverses pour parvenir aux objectifs assignés par les tutelles (circulaires sur les CS, Tutelle CAF notalnment). Les seconds cherchent une utilisation du dispositif à leur profit, dans les domaines de la vie quotidienne et si possible professionnelle. L'attrait de loisirs bon marché, d'enseignement ménager, de rencontres guidées, du suivi scolaire des enfants, d'aide à la réinsertion, et la simple curiosité en regard des façons de penser, de sentir et d'agir des travailleurs sociaux suffisent à déclencher la participation de l'usager. On peut donc dire que d'une manière générale, le point de rencontre, ou terrain commun des stratégies de ces deux types d'acteurs est constitué par le développement des capacités des usagers. De ce point de vue, les techniques de travail social constituent des médiations entre les stratégies des types d'acteurs que sont les travailleurs sociaux, les usagers possibles et les autres partenaires plus ou moins institutionnalisés (élus et responsables divers). 20_ Le développement de capacités des usagers s'accompagne de micromutations de valeurs et de mode de vie qui exercent probablement une influence sur le voisinage qui ne fréquente pas les CS, mais qui fréquente leurs usagers. Cela peut se traduire par une baisse du taux de déviance dans la zone d'influence d'un CS. Mais on ne sera certain de cette possibilité que si les usagers du

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CS manifestent eux mêmes des progrès significatifs sur différentes dimensions de leurs capacités, et si on est renseigné sur le degré de communication entre les usagers du CS et les non usagers habitant le quartier. Si ces hypothèses sont vérifiées, on pourra alors confinner la production d'effets de champ des CS, parce qu'il existe d'abord des effets sur les usagers qui produisent eux-mêmes d'autres effets en cascade sur le voisinage. Afin de produire ces vérifications, on mesurera d'abord les effets directs des CS sur les usagers dans différents domaines comme l'intégration sociale individuelle, le progrès scolaire par l'AEPS, le progrès en niveau culturel des adultes, la diminution de mesures sociales individuelles, la réinsertion professionnelle, le niveau de responsabilité des usagers, le niveau de relai communicationnel entre CS et quartier manifesté par les usagers. Mais tout cela n'aura de validité qu'à condition de disposer de groupes témoins ne bénéficiant pas de ces actions pour établir des comparaisons fiables. Il va de soi que tout cela peut se quantifier. On mesurera ensuite l'intensité de différentes composantes de l'accompagnement social existant dans ces différentes activités, et il sera intéréssant de trouver celles qui mènent plus au succès que d'autres. Car, pour les travailleurs sociaux, un tel dispositif est un guide opératoire direct qui demeure utilisable après la première évaluation. Pour mesurer un effet de champ conlme celui de la déviance, on établit parallèlement la variation de déviance sur des zones territoriales d'influence des CS, et des zones analogues dépourvues de CS, pour deux années consécutives; l'intensité du travail social de chaque CS ; la quantité des structures opérant sur ces zones. On établit ensuite l'impact respectif du travail social et du nonlbre d'équipements sur la variation de déviance. Cela est possible avec l'outil statistique appelé "analyse de régression multiple". La vraisemblance de cet effet de champ des CS est renforcée dès lors que l'on a mis en évidence des effets statistiques significatifs au niveau des usagers des CS : intégration sociale, progrès scolaire etc... Et dès lors que des effets ont été attribués avec une certitude raisonnable aux activités des CS, on 24

peut les traduire en avantages monétaires. Cet examen de la définition d'un CS et de la problématique évaluative qui s'y attache pennet de dégager et de justifier les principales orientations que nous suivrons au cours de ce volume.

LES GRANDS CHAPITRES DE L'EVALUATION
Ainsi, on devra d'abord vérifier que le critère sociodémographique énoncé dans la circulaire CNAF est satisfait, ainsi que le caractère novateur et concerté des activités (chap II). Cotnme les institutions et la construction identitairevont de concert, la concertation ne peut nuire. Mais en rester là serait largement insuffisapt, comn1eon vient de le voir. Par conséquent, on devra ensuite exan1Îner les EFFETS principaux, directs et indirects de toutes ces activités. Ainsi l'AEPS, qui peut se traduire en notes obtenues, retards évités et rapport coût avantage fera l'objet du chapitre III. Les possibles effets de champ du CS seront testés au moyen d'un examen des variations de la déviance et de la délinquance, chap N. Les effets des activités pour adultes (loisirs, alphabétisation, insertion, économie sociale et familiale, etc...) seront exmninés au moyen d'une tnesure de la variation du degré d'intégration sociale des personnes concernées, chap V. Les effets d'animation de la vie sociale du quartier seront testés au moyen de la variation des prises de responsabilité et de fonction de relai des usagers du CS (chap VI) L'influence du CS sur les enfants qui le fréquentent sera étudiée à partir de la variation de leur compétence sociale, au cours de l'année (chap VII) Enfin une méthode et des applications de bilan récapitulatif coût/avantage de l'ensemble des activités du CS seront. exposées ce qui est évidemment un point essentiel pour valoriser complètement l'action d'un CS.

On trouvera dans les chapitres qui suiventun exposéaussi 25